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Les Harkis et la guerre d’indépendance.



Les Harkis et la guerre d’indépendance.

Dans une contribution à l’hebdomadaire La Nation, Djamel Guerid fait la genèse de ces troupes de supplétifs, dont il attribue la paternité à l’ethnologue Jean Servier. Ceci est avéré pour ce qui est de la guerre d’indépendance 54/62, mais le recours aux supplétifs remonte aux premières années de la conquête. En effet, dès le débarquement, et probablement bien avant, le corps expéditionnaire Français a cherché et obtenu la participation des troupes indigènes. Une grande partie sera directement prélevée dans les rangs du Makhzen qui était le bras séculaire du pouvoir ottoman (je n’ai pas dit « Turc », juste pour ne pas froisser certaines susceptibilités locales) . Il est utile de rappeler que lors des enfumades par le colonel Pélissier, parmi les 2500 hommes de troupes engagés dans l’affaire de la grotte de Nekmaria, les 18, 19, 20 et 21 juin 1845, il y avait pas moins de 700 soldats du Makhzen, sans compter les calife de Nekmaria, ses proches et ses affidés qui se sont spontanément mis à la disposition du sanguinaire colonel. Voici donc cet extrait emprunté à Ali Guerid…un excellent éclairage sur le processus ayant enfanté le corps des Harkas qui fit tant de mal aux populations démunies, désarmées et sans défenses…


« JEAN Servier  (1920 - 2000) a été le grand spécialiste des Berbères dont il parle les différentes variantes de la langue comme il parle l’arabe. C’est celui qui a été le plus loin dans l’engagement en faveur de la colonisation à telle enseigne qu’il a accepté de se dépouiller de sa qualité de scientifique pour se faire combattant parmi les combattants. Fort de sa connaissance intime des populations algériennes, il pensait que la France n’avait aucune chance de gagner parce qu’elle menait une guerre aveugle car dépourvue de connaissance suffisante de la société autochtone. Il se fait, alors, théoricien et praticien de la contre-guerilla. Son principal enseignement est que c’est avec les autochtones qu’il faut mener la guerre et que les guerriers doivent être recrutés non pas à titre individuel mais  en groupes dans les mêmes tribus. Servier est probablement à l’origine, dès 1955, des premières harkas de la guerre d’indépendance dans les Aurès, dans la région d’Arris. Ce n’est qu’en avril 1956 qu’une circulaire du Ministre-Résident, Robert Lacoste est venu fixer les normes de création de ces supplétifs. Il refait l’expérience dans le Zaccar (au sud de Djelfa), région qu’il connaît bien pour en avoir fait l’étude lors d’un séjour à la fin des années 40. Là, il se fait chef de guerre d’une troupe d’un millier d’hommes. C’est au cours de cette expérience qu’il se lie d’amitié avec le  lieutenant parachutiste,  Jean-Marie Le Pen auquel il dédicace son livre, ‘’Dans l’Aurès, sur les traces des rebelles (France-empire, 1955).
Le souvenir de l’engagement de ces ethnologues est resté, longtemps,  vivace et c’est ce qui explique, pour une grande part, le rejet de la science anthropologique dans notre pays. D’une certaine manière, le parti pris colonialiste de certains ethnologues a déteint sur la discipline toute entière et l’a, en quelque sorte, entaché de quelque chose qui rappelle le péché originel. Pourtant il y a eu des ethnologues qui avaient pris un autre engagement, celui de la reconnaissance de l’altérité, du droit à la différence qui, entier, est synonyme du droit à l’autodétermination. Dans ce camp, les grands noms n’ont pas manqué à l’instar de Germaine Tillon, Jacques Berque, Pierre Bourdieu, pour ne parler que de ceux qui se sont intéressés à l’Algérie. »  
Extrait de l’article « Science et politique » de Djamel Guerid
Pour lire l’article complet :

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