samedi 29 octobre 2011

Le riz coutera plus cher

Les inondations en Asie compromettent la récolte de riz et accentuent la pression sur notre facture alimentaire. L'article publié dans Le Figaro est truffé de données agronomiques très importantes. Ce en quoi, il est plus qu'utile.

Le prix du riz pourrait grimper après les inondations en Asie

Mots clés : inondations, prix alimentaires, riz, THAÏLANDE, VIEtnam, CAMBODGE, LAOS, Margareta Wahlstrom, FAO, ONU
Par Hayat Gazzane Mis à jour le 28/10/2011 à 22:23 | publié le 28/10/2011 à 21:58

Premier exportateur au monde, la Thaïlande aurait déjà perdu un quart de sa production sous les eaux. Le prix de la tonne de riz thaï pourrait grimper de 34% après la décrue, mettant un peu plus la pression sur les prix alimentaires mondiaux.

Le prix du riz thaï poursuit inexorablement sa hausse. Depuis cet été, et le début des inondations monstres qui touchent la Thaïlande, premier exportateur mondial de riz, le prix de référence de la tonne de riz blanc thaï est passé de 519 dollars à 622 dollars en quatre mois. Sur les marchés, investisseurs et exportateurs prédisent une tonne à 850 dollars lorsque les eaux se seront retirées.

La Thaïlande, qui exporte 30% du riz mondial et sert de référence au marché, devrait en effet subir de graves pertes sur ses récoltes qui l'empêcheront inévitablement de respecter ses promesses à l'export. D'après les premières estimations gouvernementales ce vendredi, 1,6 million d'hectares seraient déjà engloutis par les eaux. Près d'un quart de la production a disparu, ce qui ramène les prévisions de production du pays à 19 millions de tonnes contre 25 millions jusqu'ici. «Les 6 millions perdus ne sont qu'une première estimation. Nous devrons mener une autre après la décrue», a expliqué Apichart Jongsakul, responsable du département de l'Agriculture du pays.

La Thaïlande comptait sur sa deuxième récolte de l'année pour assurer ses arrières. Mais là encore, les eaux menacent de rabattre les cartes. Les inondations ont en effet détruit les greniers des fermiers où étaient stockées les graines. «Ce qui pourrait signifier une baisse des récoltes», a déploré Apichart Jongsakul. Aucune donnée prévisionnelle sur les pertes de cette deuxième récolte n'est disponible pour le moment.

Cette baisse des récoltes, couplée à la concrétisation d'une promesse électorale de subvention des prix aux producteurs (un prix de 500 dollars la tonne de riz est désormais garanti aux riziculteurs), expliquent la flambée envisagée par les intervenants du marché.
L'Inde en profite

Cette poussée est par ailleurs renforcée par des baisses de production dans les pays voisins. Le delta du Mékong dans le sud du Vietnam, grenier à riz où les paysans assurent jusqu'à trois récoltes par an, a déjà fait état d'une perte de quelque 6000 hectares de riz. Près de 99.000 de plus sont menacés. Au Cambodge, tampon entre les plaines thaïlandaises et le delta du Mékong, plus de 330.000 hectares de riz sont inondés dont un tiers sont détruits, selon le ministère de l'Agriculture, qui craint que ses objectifs d'un surplus de 3 millions de tonnes cette année ne puissent être atteints. Enfin, le Laos a déploré la perte de plus de 60.000 hectares de riz.

Sur d'autres continents, les récoltes de riz sont aussi menacées par des pluies violentes. Au Honduras, des inondations ont détruit 64% des cultures de riz, au Costa Rica 8000 hectares ont disparu et 157.000 quintaux de riz sont menacés au Panama.

Cette situation pousse déjà les gros importateurs à se tourner vers le riz indien. L'Inde, qui n'exportait plus de riz depuis quatre ans, a autorisé la livraison de 2 tonnes de riz basmati en septembre. Selon les investisseurs, ce dernier est bien moins cher que le thaïlandais ou le vietnamien puisqu'il se négocie entre 460 et 470 dollars la tonne.
Pression sur les prix alimentaires

À moyen terme, ces pressions sur le marché font craindre le pire à l'ONU alors que le riz reste l'aliment de base pour près de la moitié de la population mondiale. «L'ensemble de la région va désormais souffrir de la hausse des prix alimentaires puisque les récoltes potentielles ont été dévastées. Les dégâts sont très importants cette année et il faudra du temps pour que les gens reprennent une vie normale», a déploré Margareta Wahlstrom, représentante du secrétaire général de l'ONU pour la prévention des catastrophes.

Au début du mois, la FAO se réjouissait de voir son indice mensuel des prix alimentaire baisser de 2% en septembre par rapport à août. L'indice est pour l'instant inférieur de 13 points à son pic de 238 points atteint en février dernier. L'organisation estime que la production céréalière mondiale devrait atteindre 2,310 milliards de tonnes pour la campagne de commercialisation en cours. Mais elle précise que ces catastrophes naturelles «pourraient torpiller les résultats attendus».

jeudi 27 octobre 2011

Hachemi Ameur surprend Alger

Hachemi Ameur expose à Alger jusqu'au 10 novembre. Voici quelques échos parus dans la presse nationale...bonne lecture à tous...


Culture : EXPOSITION
Les «Miniatures modernes» de Hachemi Amer
L'œuvre du plasticien et miniaturiste Hachemi Amer est l'objet d'une exposition intitulée «Miniatures modernes» qui se tient du 24 au 10 novembre prochain au Musée national de l'enluminure, de la miniature et de la calligraphie, au Palais Mustapha-Pacha.
Inaugurée lundi par la ministre de la Culture, Khalida Toumi, l'exposition qui révèle une grande expérience dans la miniature algérienne comprend une série d’œuvres de l'artiste, dont la miniature est empreinte d'une touche de contemporanéité. A travers des formes et des couleurs rassemblées dans un esthétisme particulier, l'artiste a exprimé des sensations et des sentiments à l'égard de ce qui l'entoure, et décrit l'atrocité de certains évènements qui marquent la conjoncture actuelle. Il compte à son actif des expositions dans plusieurs pays étrangers, à l'instar de la France, la Pologne, les Etats-Unis et le Yémen. Enseignant à l'Ecole des beaux-arts de Mostaganem, dont il est le directeur, Hachemi Amer a également écrit sur l'art et l'histoire des villes algériennes et leurs artistes. Intervenant à la clôture de la cérémonie d'inauguration de cette exposition, Mme Toumi a souligné l'importance de la formation pour les élèves des arts plastiques, assurée au niveau de plusieurs écoles régionales de beaux-arts à travers le pays. La ministre a, dans ce sens, incité les plasticiens «à unir leurs efforts dans le cadre d'unions et de syndicats pour défendre leurs droits», ajoutant que l'artiste a besoin de soutien et d'encouragement. Elle a également annoncé la promulgation prochaine d'un décret qui garantit le droit de l'artiste à la retraite.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/10/29/article.php?sid=125103&cid=16




Musée national de l’Enluminure, de la Miniature et de la Calligraphie
Hachemi Ameur expose ses «Miniatures contemporaines»
25 Octobre 2011

Le Musée national de l’Enluminure, de la miniature et de la calligraphie d’Alger accueillera, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 10 novembre, l’exposition du peintre-miniaturiste-enlumineur algérien Hachemi Ameur sous le thème «Miniatures contemporaines».

Les passionnés de cet art découvriront un artiste qui a révolutionné les arts musulmans et les a introduits dans la modernité. Il a changé le style et les techniques des arts islamiques avec une vision modernes et vivaces.
Directeur de l’école régionale des beaux-arts de Mostaganem, il ne cesse pas pour autant de sillonner les plus grandes capitales du monde pour montrer à travers ces œuvres le génie des artistes algériens et leur conception de la beauté. Ces œuvres se distinguent d’ailleurs par une précision hors normes et par une esquisse d’un patrimoine ancestral.
Hachemi Ameur est né en 1959 à Hadjout dans la wilaya de Tipaza. Il se découvre, dès son plus jeune âge, une passion très forte pour la peinture, et effectue ses classes régulièrement à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger de 1981 à 1985. Il se rend, après, en Chine où il obtiendra un diplôme de l’Ecole des arts appliqués de Pékin. De retour au pays, il enseignera à l’École nationale des beaux-arts (ENBA) avant de rejoindre l’Ecole des beaux-arts de Mostaganem où il ouvre un atelier de miniatureS. Il a, à son actif, plusieurs expositions en Algérie et à l’étranger.
Témoin de son temps, il devient rapidement le chef de file d’une conception à la fois classique et moderne de la peinture arabo-musulmane, la néo-miniature. Apprécié tant à Washington qu’à Varsovie ou à Pékin, cet artiste iconoclaste est d’une prolificité prodigieuse.
Ses œuvres transcrivent l’âpre quotidienneté de ses contemporains. En transgressant les dogmes, il réussit l’exploit de révolutionner un genre pictural entièrement centré sur les signes en un genre qui investit et mobilise le symbole et la métaphore.
«Hachemi Ameur s’inscrit dans la tradition des arts du livre arabomusulmans, perpétuant ainsi la pratique et la sensibilité d’Al Wassiti, de Behzad, d’Aga Mirek, de Mohamed Racim... Sur les traces des maîtres anciens tout en renouvelant un art oublié depuis la fin d’un âge d’Or ; celui des dynasties omeyyade, abbasside et andalouse : tel est Hachemi Ameur, un artiste qui s’entête à redonner vie à une pratique oubliée ou presque, en tout cas une tradition figée depuis longtemps», dira de lui le peintre Ali Hadj Tahar.
Avec sa peinture Hachemi Ameur rend à la miniature ses titres de valeurs. Sensibilité, raffinement et couleurs, sont les quelques caractéristiques d’une peinture algérienne qui renvoie sur la personnalité de son auteur. D’ailleurs tous ceux qui l’ont côtoyé s’accordent à affirmer qu’il est d’une bonté inégalable. Il est d’ailleurs utile de souligner qu’il ne cesse d’encourager les artistes de tous bords et à travers son poste occupé au sein de l’école il envoie ses étudiants régulièrement en stages à l’étranger, leur ouvrant ainsi d’autres horizons artistiques.
«Hachemi, tout en respectant les principes fondateurs et les règles essentielles de la création artistique des grandes écoles de la miniature depuis les Perses jusqu’à Mohammed Racim, dont il emprunte certaines techniques, «viole» la dogmatique des thèmes, des matériaux, des supports et même des techniques qui a toujours pesé sur cet art et compromis son évolution et son rayonnement [...] L’artiste devient presque à son insu « l’enlumineur de nos jours sombres», comme le souligne Aziz Mouats qui nous restitue honnêtement une œuvre qui reste à découvrir, «surtout parce que notre artiste n’a pas encore tout dit. », annoncera Mohamed Bahloul
Par : Kahina Hammoudi
Le Midi Libre du 25 octobre 2011


Le musée national de l’Enluminure, de la Miniature et de la Calligraphie arabe abrite une exposition de miniature contemporaine de Hachemi Ameur, plasticien, enlumineur et miniaturiste.

Cette manifestation culturelle qui a été inaugurée avant-hier dans la soirée au Palais Mustapha Pacha en Basse Casbah, par la ministre de la Culture, Khalida Toumi, s’étalera du 24 octobre au 10 novembre.
Le public découvrira une palette d’œuvres d’un artiste habile dans l’innovation et la recherche constante; qui restent sa marque de fabrique.
Hachemi Ameur décline un pan de son sens de la création dans ce vaste domaine de l’enluminure et de la miniature contemporaine. Il met en lumière ses préoccupations, ses réflexions.
S’il faut consentir à l’exercice des résumés succincts et des raccourcis, alors, il nous est permis de dire que Hachemi Ameur se distingue par la diversité de ses thèmes, la contemporanéité de ses compositions qui se confirment en d’infinies variations, d’arabesques délicieux, d’entrelacs charmants qui trahissent indubitablement une influence étroite avec la filiation de miniaturistes arabo-musulmans. Cette tendance se dégage nettement de ses œuvres à travers des paysages champêtres des scènes de la vie urbaine, des intérieurs de maisons, des évocations historiques… L’amateur d’art simple et exubérant mais non dénué de délicatesse et de beauté, trouve son compte en même temps que des œuvres qui exhument les souffrances de notre pays, ses joies et ses peines.
Hachemi Ameur est aussi un artiste qui ose confronter son art avec les exigences d’une modernité qu’il affronte résolument dans ce qu’elle signifie de dynamisme.
L’exposition qu’il nous donne à voir et à apprécier, sans doute, confirme un talent qui ne verse pas dans une insolente rébellion mais plutôt dans une volonté de rechercher une mixture qui fait se rencontrer l’Occident et l’Orient qui soit en phase avec l’esprit de l’époque que nous vivons.
Il semble évident que les œuvres exposées, s’inscrivent dans cette continuité qui demeure le point d’attache de Hachemi Ameur.
Attachement au patrimoine et souci d’ouverture, tel est le sacerdoce.
La ministre de la Culture, Khalida Toumi, en donnant le coup d’envoi de cette exposition, n’a pas manqué de fournir ses remarques et des réflexions sur la formation qu’elle juge nécessaire pour promouvoir un art qui soit compatible avec les impératifs de qualité et de compétitivité, qui exclut l’improvisation et un sentiment négatif de vouloir brûler les étapes. C’est une manie qu’elle n’a cessé de fustiger, tant il est vrai que les raccourcis faciles, le manque d’ardeur et un certain dilettantisme ne seront jamais des voies royales pour les jeunes artistes qui se laissent soudoyer par le chant des sirènes du succès trompeur.
L’art demande des efforts, de la persévérance et n’est pas artiste qui veut, déclare-t-elle, péremptoirement, convaincue qu’il n’y a pas d’autres échappatoires si on veut durer et acquérir sa place au soleil et une notoriété indiscutable.
Ce sont des messages qu’elle voulait transmettre aux futurs artistes, dont certains se laissent obnubiler par une célébrité fugace.
Dans le même ordre de réflexion, elle a demandé aux artistes de se rassembler autour de la défense de leur art qui est menacé par les appétits délétères de ceux qui ont des visées mercantiles. Elle a constamment réitéré son souci de maintenir la formation qui est son cheval de bataille, dans les normes axées sur des valeurs qui sont celles du mérite et du travail inlassable.
Une telle conviction fondée sur des évidences claires et dans une vision saine de la profession, a recueilli une totale adhésion de la part des artistes qui étaient présents. Encore faut-il que ces artistes se décident à en tenir compte.
M. Bouraib

El Moudjahid du 25 octobre 2011

vendredi 7 octobre 2011

Bataille des chiffres dans la guerre d'Algérie

Article publié dans Agoravox lien: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-bataille-des-chiffres-dans-la-43541

La bataille des chiffres dans la guerre d’Algérie

En Algérie, une sanglante actualité a fait encore une fois passer à la trappe la commémoration d’un événement qui coûta la vie à plus de 12 000 victimes et qui ruina les populations de près de 30 douars du Nord constantinois. Il s’agit de l’insurrection généralisée du 20 août 1955, qui marquera à jamais l’histoire de la guerre d’Algérie dont elle fut incontestablement le véritable catalyseur. Comme toute guerre, celle de l’indépendance de l’Algérie aura laissé d’indélébiles traces. Chez les populations autochtones, mais également européennes. Plus d’un demi-siècle après ces douloureux événements, les chiffres des victimes de la répression continuent d’être l’objet de contestations et d’interprétations pas toujours désintéressées.

Cette contribution tente, les consciences enfin apaisées, de remettre de l’ordre dans ce bilan macabre. Pour l’Histoire et pour la mémoire des milliers de victimes.

Rappelons que durant l’insurrection 20 août 1955 dans la région du Nord constantinois, ce sont la petite bourgade minière d’El Alia et la ville de Skikda (ex-Philippeville) qui en furent les épicentres. Au niveau du village minier d’El Alia, il y eut les premières victimes civiles d’origines européennes – entre femmes, enfants et hommes – que différentes sources crédibles évaluent à 37. L’insurrection sur Skikda fera autant de victimes parmi la population d’origine européenne. Un témoin soutiendra que « 26 militaires sont tués et 92 civils dont 71 Européens sont massacrés ».

Dans un bilan dressé par la gendarmerie sur son site internet (histoire gendarmerie/dossier moi/aout 2005/violence/central2.htm ), parlant d’El Alia, il mentionne « 35 morts, 15 blessés et 2 disparus. Au total, le bilan des victimes des insurgés s’élève à 123 morts dont 71 dans la population européenne ». On peut noter que le total recensé par la gendarmerie – que l’on ne peut soupçonner de manipulation des chiffres – le document étant à l’époque ultra confidentiel et donc destiné à un usage interne –, s’élève bien à 71 morts européens entre ceux d’El Alia et ceux de Skikda.

Quant à la répression qui s’ensuivra et dont le sanguinaire Aussaresses ne fait aucun mystère, elle aura concerné sans distinctions les populations de tous les douars et les mechtas qui entourent Skikda. Notamment à Zef Zef, non loin de la carrière romaine et à Béni Mélek ; car ici, c’est à proximité du mausolée de Sidi Ahmed que les principaux responsables de l’insurrection (à l’exclusion de Ziroud Youcef) ont donné le signal à plus de 4 000 (quatre mille) combattants pour s’ébranler en deux colonnes en direction de Skikda. L’une contournera la muraille pour pénétrer par le Mont Plaisant et l’autre empruntera le chemin qui relie la Prise d’Eau à la ville par les hauteurs. Enfin, une 3e colonne composée essentiellement de travailleurs agricoles et commandée par Mahmoud Daïboun, partira de Zef Zef vers le faubourg de l’Espérance et la porte de Constantine. Le choix de tactique de prise en tenaille était très judicieux car il permettait de répartir les milliers de combattants, encadrés par près de 400 moudjahidines armés. Alors qu’ils étaient attendus comme l’affirme Aussaresses, les insurgés, relayés par des combattants infiltrés quelques jours auparavant, parviendront à tenir tête et surtout à engager le combat pendant toute l’après-midi.

Des chiffres disputés des deux côtés

Mais alors que le nombre des tués dans les rangs de la population européenne et ceux de l’armée française font l’unanimité, il n’en est pas de même pour les assaillants de l’ALN, ni encore moins pour les victimes de la terrible répression qui s’ensuivra. Curieusement, c’est cette histoire que d’anciens combattants de la guerre d’indépendance, lors d’un entretien au journal El Watan du 20 août 2005, auront superbement ignorée. Apparemment, ni le nombre de combattants mobilisés par le FLN- ALN – alors que la révolution qui avait à peine neuf mois commençait à s’enliser dangereusement –, ni celui des victimes algériennes n’auront échappé à la manipulation.

Souvent, c’est le chiffre officiel des victimes, qui est très loin de la réalité comme nous allons le démonter, qui sert de référence exclusive aux historiens et surtout aux universitaires et aux journalistes, dont certains passent à juste titre pour être des spécialistes de la guerre de libération. Dans ce cadre, la dernière contribution rapportée par El Watan du 21 août 2008 n’aura pas dérogé à la règle. L’auteur, Zahia El Mokrani-Gonon, reproduit les mêmes erreurs que ses nombreux prédécesseurs et collègues. Il en est ainsi de l’article de Florence Beaugé, du quotidien Le Monde du 27 février 2008 où la journaliste donne la parole à Daho Djerbal qui « voit ainsi dans la tragédie d’El-Halia, le 20 août 1955 – date à laquelle 123 personnes, dont 71 Européens, ont été massacrées […] ». Dans la foulée, suite à la sortie du documentaire Algérie, histoires à ne pas dire de JP Lledo, Médiène Benamar s’étonnait du chiffre rapporté par un témoin de premier ordre, âgé à l’époque de 20 ans et disposant encore, lors du tournage, de toutes ses capacités intellectuelles. On peut lire sous la plume de Médiène Benamar que « La narration qu’en présentent les témoins à Yazid l’enquêteur, fils de la mechta des Mouats, laisse pantois par ses outrances quant au chiffre des assaillants évalués par l’un d’entre eux de 1 500 à 2 000 personnes déferlant des maquis sur les paysans et ouvriers européens. Ni l’enquêteur ni le réalisateur maître du projet artistique et du discours pédagogique, n’interviennent pour pondérer, sinon corriger ».

Encore une fois, les chiffres dérangent y compris ceux qui tentent de s’en distancer, comme notre intellectuel et néanmoins ami de Kateb Yacine. Que les chiffres soient contestables en soit, il n’y a là rien de choquant, ce qui choque, de la part d’un homme très raffiné, c’est l’usage du mot « outrance ». Outrance envers qui ? S’il avait été historien, Médiène Benamar aurait été fort avisé de nous dire sa vérité à lui, celle qui s’alimente à des sources irréfutables. Non, sans aucune retenue, ni aucune clémence à l’égard d’un témoin parvenu à un âge plus que respectable, donc totalement désintéressé, il assène sa sentence. Elle est imparable surtout après une critique rondement menée du film de JP lledo.

La guerre commence par des massacres

Dans cet enchevêtrement de chiffres, il est une vérité que personne n’ose plus contester de nos jours, celle de l’étendue de la répression. Alors que, depuis la fin de la guerre, seuls les pieds noirs, pour des raisons évidentes, auront eu droit à la parole. Déjà dès le lendemain de l’insurrection la machine de désinformation se mettra en branle, faisant la part belle aux victimes d’origine européenne d’El Halia. Les corps mutilés des femmes st surtout des enfants feront le tour des rédactions internationales. Les rares images de la répression seront littéralement noyées dans le flot. Il est pour le moins anormal que cinquante-quatre ans après ces événements, on continue de traiter la question dans le sens voulu par la propagande pied noir et largement relayée par les médias et les officines militaro-politiques de l’Hexagone. Le comble de l’insoutenable est atteint lorsque des historiens de renoms, des intellectuels algériens ou des amis de l’Algérie continuent à recourir à des sources totalement subjectives. Cette contribution s’inscrit dans un cadre strictement historique et mémoriel. C’est pourquoi, elle se fixe comme règle de ne rien affirmer sans en citer les sources, les références et les auteurs.

Dans son livre Services spéciaux en Algérie, Aussaresses qui était en poste à Skikda parle de « quelques milliers d’hommes » (page 46) que le FLN allait lancer dans une attaque frontale contre Philippeville. Concernant la colonne conduite par Mahmoud Daïboun, qui se fera accrocher avant l’heure au niveau de la carrière romaine (Zef Zef), Aussaresses parle de 500 paysans mal armés.

Dans Le Temps de léopards, Yves Courrière note que « depuis 11 heures du matin, dans les faubourgs et aux abords de la ville, des dizaines de milliers d’Algériens se sont massés, encadrés par des soldats de l’ALN en uniforme kaki et en armes (page 208). L’auteur dont les ouvrages font référence parle « d’une marrée humaine, un flot dévastateur […] ils avancent inexorablement […] c’est la foule en marche, folle, furieuse, qui écrase tout (page 209). Le bilan de ces heures sauvages : 123 morts dont 71 Européens (page 211). Ce soir du 20 août, la nuit n’apportera aucune fraîcheur sur le Constantinois. L’odeur de poudre, de gaz lacrymogènes se mêlent au sang […] des victimes européennes. Celui des musulmans ne va pas cesser de couler de sitôt. Car la répression va être aussi atroce que l’a été l’attaque. A la différence de chiffres près. A la fin des attaques contrôlées par les hommes de Zighoud, on compte 1 273 morts musulmans, et plus de 1 000 prisonniers […] les Européens se sont armés. On tire sur tout ce qui est bronzé. Au stade […] les responsables ont amené tous les jeunes musulmans […]. Coupables. Pas coupables. On tire dans le troupeau à la mitraillette […] à Philippeville, il y aura plus de 2 000 morts algériens dans les quinze jours qui suivent le 20 août » ajoutant qu’en ce qui concerne le Nord constantinois, lieu de l’insurrection, il y aura 12 000 victimes algériennes. Ce chiffre est à rapprocher de celui publié par le FLN (voir infra).

De son côté, Marc Ferro, dans Le Livre noir du colonialisme (page 540), l’auteur retient le chiffre de 12 000 et s’exclame du rapport 1 à 100 entre victimes européennes et victimes algériennes.

Dans son édition du 22 août 1955, le magazine The Times cite le chiffre de 12 000 Algériens massacrés par l’armée, la police et les colons organisés en gangs. Pour l’histoire, les représailles effectuées à Béni Mélek, à 4 km à l’ouest de Skikda, chez les Mouats, qui feront 23 victimes – voir le documentaire de JP Lledo – ont été effectuées dans la matinée du 23 août 1955. Ceci démontre bien que le chiffre publié par le Times est loin de la vérité. Surtout lorsque Benjamin Stora soulignera que la répression aura perduré quinze jours après le 20 août.

Suite à la sortie du dernier film de JP Lledo, Algérie, histoires à ne pas dire, on peut lire sur le site de la LDH de Toulon (http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2537) le point de vue très pertinent de l’historien Benjamin Stora, en voici un extrait :

« Personne ne conteste le droit d’un créateur à jeter un regard passionnel et subjectif sur le passé. Mais la critique des chercheurs porte essentiellement sur l’absence de mise en contexte : "Le 20 août 1955, l’assassinat à Skikda (ex-Philippeville) de 71 Européens par le FLN est un moment-clé du déclenchement de la guerre d’Algérie. Mais on ne peut pas évoquer cette période en étant allusif sur la répression féroce de l’armée française qui a suivi et qui a fait au moins 12 000 morts du côté algérien", s’étonne l’historien Benjamin Stora qui travaille depuis plus de trente ans sur cette période. "Militaires et civils confondus, la guerre d’Algérie a tué environ dix fois plus d’Algériens que d’Européens. Un film qui manie l’émotion doit faire attention à ne pas jouer avec les faits historiques." »

Amnésie partagée

A ce titre, l’insurrection du 20 août 1955, constitue, pour Benjamin Stora – mais également pour Jacques Soustelle, gouverneur général à l’époque –, « le véritable début de la guerre d’Algérie ». Avec tout que cela autorise comme dépassements, tortures et exécutions extra-judiciaires. Même s’il continue de faire mal à la mémoire collective, le drame vécu par les populations algériennes mérite un autre sort que celui qui est le sien. La première des injustices à reconnaître n’est-elle pas justement celui du statut et du nombre de victimes ? Enfin, combien de temps devrons-nous attendre avant d’accéder à ces dossiers noirs que les archives de l’Etat français continuent de nous cacher ? Ce que les notes en bas de l’article de Zahia El Mokrani-Gonon dans El Watan du 21 août 2008 (http://www.elwatan.com/20-aout-1955-sur-deux-fronts-La) mettent particulièrement en exergue. A force de minimiser le nombre de victimes algériennes, ne cherche-t-on pas à formater nos mémoires afin de préparer le lit de la négation ? Une bonne fois pour toutes, il faut retenir que le nombre de victimes de la répression aveugle, mais néanmoins organisée et soutenue, qui suivit l’insurrection du 20 août 1955 aura fait plus 12 000 victimes parmi la population algérienne, musulmane, autochtone du Nord constantinois.

De son vivant, le colonel Saout El Arab (Salah Boubnider, alors adjoint de Zighoud Youcef) avait affirmé que suite à cette répression sans discernement par l’armée française, mais également par une partie de la population pieds noirs, le FLN avait établi un inventaire de toutes les personnes disparues, en vue, expliquait-il dans les colonnes d’El Watan (voir entretien de Boukhalfa Amazit avec le colonel Salah Boubnider – in El Watan n° 4 124 du 17 juin 2004), d’aider les familles qui avaient perdus les leurs du fait de la répression. Cette volonté du FLN/ALN est par ailleurs affirmée par l’un des successeurs de Ziroud à la tête de la wilaya 2, le colonel Lakhdar Ben Tobbal. A Mahfoud Bennoune qui l’interrogeait, Ben Tobbal soutenait que « le prix que nous avons payé était très lourd. Après le 20 août pas moins de 12 000 morts ont été inscrits sur nos registres avec le nom et l’adresse de chacun d’eux, car leur famille devait recevoir une allocation. C’est la raison pour laquelle nous avons insisté pour que le recensement soit exact ». Ces statistiques n’ont jamais été publiées à notre connaissance. Il serait même très curieux qu’elles le soient un jour. C’est à se demander si elles existent encore ou si une main trop farfouilleuse ne les a pas définitivement subtilisées, voire détruites. Pourtant, ces morts civils, des hommes, beaucoup d’hommes, des femmes et parfois des adolescents, voire des enfants, auront été sacrifiés pour que la voix de l’Algérie combattante se fasse enfin entendre par la communauté internationale. Et elle sera entendue, puisque la question algérienne figurera en bonne place et pour la première fois au menu de l’Organisation des Nations unies, à New York. Cette incursion sur la scène internationale aura eu un lourd tribut : pas moins de 12 000 morts, dont certains n’ont pas encore été portés sur les registres de l’Etat civil de Skikda, voire d’ailleurs. Car, une fois l’indépendance acquise, plus personne ne se penchera sur cette douloureuse plaie. Hormis l’institution de la Journée du Moudjahid, l’insurrection du 20 août qui embrasa le quadrilatère Aïn Abid, Collo, El Harrouch, Skikda, est à peine évoquée lors de cette date fondatrice de la guerre de libération. Quant aux familles des 12 000 victimes – leurs maisons rasées, le bétail confisqué, les cultures brûlées, elles furent déplacées et casées dans des bidonvilles –, une fois la fin de la guerre, elles seront dans leur grande majorité totalement oubliées. Par les criminels de la soldatesque coloniale, par les égorgeurs pieds noirs, mais également par leurs frères d’armes du FLN/ALN. S’il est vrai qu’à Skikda quelques centaines de sépultures furent regroupées en un cimetière – il se trouve entre El Hadaiek et Ramdane Djamel, au bord de l’ancienne RN désaffectée –, pour toutes les autres victimes, il y a une véritable chape de plomb qui s’est confortablement installée des deux côtés de la Méditerranée. Comme si les protagonistes avaient en partage des choses peu avouables.

Averroès
Documents joints à cet article
La bataille des chiffres dans la guerre d'Algérie La bataille des chiffres dans la guerre d'Algérie La bataille des chiffres dans la guerre d'Algérie

le 20 aout 55 à Montréal...

Un article de Wissam Chekkat paru dans Algérie focus
lien: http://www.algerie-focus.com/2011/10/05/contribution-le-canada-la-guerre-d%E2%80%99algerie-et-les-massacres-de-philippeville/

Le Canada, la guerre d’Algérie et les massacres de Philippeville

Le refus des services consulaires du gouvernement du Canada d’accorder un visa à un ressortissant Algérien au motif que celui-ci a fait partie du FLN durant la période 1955-1961 est non seulement une bourde susceptible de détériorer sensiblement les relations algéro-canadiennes mais un précédant grave devant relancer un débat sur l’amnésie lourde et délibérée entourant ce terrible conflit que fut la guerre d’Algérie. A quelques mois du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, ce débat est plus que jamais vital.

Cependant, cette petite évocation de l’histoire tumultueuse du passé colonial d’une nation nord-africaine par le pays d’érable ne doit pas inciter certains à verser dans un populisme stérile, mais bel et bien à affronter de face cette histoire occultée. D’abord par la France officielle, pour laquelle ces massacres sont un sujet tabou; puis par l’Algérie, laquelle, au gré des ans et des gouvernements du moment, a souvent hésité à commémorer ces tristes évènements au profit d’autres épisodes de la guerre de libération.

Commençant de prime abord par l’essentiel. Un Algérien s’est vu refuser un visa par une chancellerie étrangère. Quoi de plus banal. Cependant, au lieu de lui faire signifier une fin de non recevoir non motivé, les services consulaires de l’ambassade du Canada à Paris lui font parvenir un courrier au contenu pour le moins subversif et au ton dévastateur. Le refus de la demande de visa est motivé par le fait que le ressortissant Algérien a été un responsable dans l’organisation du Front de Libération Nationale au royaume du Maroc ; que le FLN est impliqué dans des massacres, nommément ceux de Philippeville (aujourd’hui Skikda) du 20 août 1955 susceptibles d’être qualifiés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité; et que par conséquent, ce vieux monsieur, de par ses fonctions à l’époque, ne pouvait ignorer de tels fait.

Pour se faire une idée de la gravité de cette affaire, il suffirait d’imaginer le refus de visa par un pays de la région à un homme d’affaires canadien au motif que ce dernier est le ressortissant d’un pays dont l’armée ( et les firmes contractantes accompagnant ses opérations) est fortement soupçonnée de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de torture en Afghanistan et en Libye.

Logique tourbillonnaire, erreur d’appréciation ou acte de provocation délibéré. Toujours est-il que c’est au chargé d’affaires canadien à Alger qu’incomba la tâche fort délicate et non moins ingrate de rattraper l’immense bourde commise par l’un de ses collègues à Paris. Mission toujours difficile, a fortiori lorsqu’on est confronté dans de tels cas à un autisme institutionnel. Quoi qu’il en soit, presque cinquante ans après la fin de ce conflit meurtrier, le Canada s’y est invité. Assez mal apparemment. Bien qu’étant un des membres de l’Alliance Atlantique (OTAN), ce pays était indirectement impliqué dans les opérations militaires de l’armée française en Algérie de 1954 à 1962, alors territoire français. De là à accuser le Canada d’avoir contribué par une aide logistique aux interminables bombardements au napalm des zones montagneuses algériennes, il n’y a qu’un pas. Les raccourcis sont toujours aisés.

Quelle mouche prit donc ce fonctionnaire canadien en poste à Paris pour mettre en péril des relations assez stables, des intérêts économiques (notamment ceux du groupe Lavalin) et désormais des liens générés par la présence d’une communauté algérienne au Québec ? A-t-il été induit en erreur par une tierce partie ? Ou bien a-t-il agi de son propre chef en interprétant d’une manière erronée certaines dispositions de lois canadiennes sur les violations du droit humanitaire international ? Dans ce dernier cas, pourquoi le Canada n’a jamais refusé l’accès sur son territoire de dignitaires de pays violant sans cesse le droit international, le droit humanitaire, les lois de la guerre et la légalité internationale et l’allusion est claire. Toujours est-il que dans ce cas précis mettant en cause un retraité Algérien sollicitant l’accès en territoire canadien, l’on ne saura jamais les motivations réelles d’une telle initiative.

Beaucoup moins connus que les massacres de Sétif et de Guelma du 08 mai 1945, Les massacres de Philippeville sont pourtant un évènement majeur et décisif de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Conflit extrêmement complexe, violent et meurtrier. Les massacres du 20 août 1955 sont surtout l’évènement le plus connu en Amérique du Nord et plus particulièrement aux États-Unis d’Amérique quand il s’agit d’évoquer la guerre d’Algérie. En France, ces massacres sont le tabou des tabous. A tel point que l’évènement est totalement occulté, voire officiellement ignoré. Néanmoins, cet épisode dramatique de la guerre est une étape charnière de la guerre d’Algérie tant au niveau interne que sur le plan externe. Enfin, c’est suite à la répression brutale qui s’en suivit qui consacrera la rupture entre les communautés d’Algérie et feront connaître la cause algérienne dans les arènes internationales.

Mais que c’est-il passé Le 20 août 1955 ? Quelques mois après l’éclatement de l’insurrection du 01er novembre 1954 marquant le début de la guerre d’indépendance algérienne, conflit s’inscrivant dans le cadre des guerres anticoloniales, les premiers maquis des massifs des Aurès, dans le Sud-Constantinois sont entièrement encerclés par les renforts militaires français. Cette situation conduit quelques chefs historiques de l’ALN à lancer une offensive de diversion dans le Nord Constantinois en adoptant une méthode assez controversée au sein même du FLN : un soulèvement populaire armé évoluant à découvert, face à face. Méthode allant à l’encontre des principes de guérilla, plus idoine pour la révolution algérienne. Qui plus est, L’armée de libération nationale (ALN) manque d’effectifs, est très mal équipée, voire pas du tout et assez mal structurée ; ces carences seront palliées un an plus tard à l’issue du congrès de la Soummam. Toutefois en ce mois d’août torride, Le déclenchement d’une attaque générale d’éléments de l’ALN dans le Nord-Constantinois, en mobilisant des centaines de paysans et de chômeurs sans armes tourne très mal. Plus particulièrement l’attaque d’un petit village d’ouvriers miniers à El-Alia, situé à quelques kilomètres de la ville de Philippeville, au cours de laquelle des familles d’ouvriers sont malheureusement massacrées. Des femmes et des enfants figurent parmi les victimes. Cela donne lieu à l’une des plus lourdes répressions jamais entreprises par une armée européenne à l’encontre de populations civiles. L’émotion fut très vive. L’enterrement de trente quatre victimes européennes au cimetière de la ville, se transforma vite en un délire hystérique au cours duquel le maire, Paul Dominique Benquet-Crevau laissa fouler au pied les insignes de la république française et refusa fermement les condoléances du Gouverneur général, générant ainsi un climat propice à la violence aveugle. Les fossoyeurs musulmans du cimetière furent les premiers à en faire les frais car ils furent abattus en pleins funérailles. Les forces spéciales, notamment le 1ER Régiment de parachutistes de l’armée coloniale française, mais également des éléments de la Légion étrangère, des bérets rouges ainsi que des miliciens armés (ce qui était illégal au regard de la loi) investissent le centre de Philippeville et tirent sur tout ce qui bouge. Au gré du hasard. En cette chaleur de mois d’août, l’hystérie meurtrière se répand comme une épidémie parmi les troupes. Tous les occupants d’un café maure bondée sis en plein centre ville sont mitraillés ; des petits vendeurs ambulants sont abattus ; les militaires ne font plus de distinction entre un prolétaire musulman ou européen car il y eut nombre de méprises. Les ruelles sont jonchées de cadavres qu’il faut enjamber pour rentrer chez soi. Un peu plus loin, des hameaux tel que celui des Béni Malek sont pilonnés à l’artillerie et rasés de la carte. Un bâtiment de guerre, le croiseur « Montcalm » se dirige vers le littoral et pilonnera quelques jours plus tard les côtes entre Philippeville et la presque-île de Collo.

Le renseignement militaire local, dirigé à l’époque par un certain capitaine Paul Aussaresse, averti de longue date de cette offensive par des informateurs locaux, gère assez mal la « pacification » et c’est lui qui ordonne les exécutions sommaires de prisonniers et leurs enterrements dans des fosses communes sur lesquelles de la chaux vive sera jetée. Dans une ville portuaire où les communautés vivaient assez tranquillement jusque là, la rafle des hommes âgés entre 14 et 70 ans, et leur exécution à l’intérieur du stade municipal laissa un souvenir terrible. Les dépouilles de centaines, voire un milliers de victimes sont enterrés dans des fosses communes à coup de bulldozer. Des centaines d’autres disparaissent à tout jamais. La répression dure une dizaine de jours et s’abat plus particulièrement sur le monde rural. Personne ne sait ce qui se passe. Paradoxalement, la peur rapproche d’abord les communautés avant que la répression ne les éloigne l’une de l’autre. A ce jour, nous n’avons aucun bilan précis de ces massacres du côté des « indigènes ». Si officiellement, il y eut 123 victimes européennes (dont une soixantaine à El-Alia) et un peu plus de 1200 victimes musulmanes, nul ne pourra donner avec exactitude le chiffre réel des victimes de la répression, qui dépassent de très loin le chiffre officiel. Le nombre de disparus à tout jamais signalés par leurs proches s’élève à lui seul à plus de 15 000. En 1965 et 1966, on les considéra officiellement comme morts avec statut de martyr et les services d’État-civil des communes de résidence des familles des victimes furent instruits de leur délivrer un extrait d’acte de décès. Ce chiffre approche de celui fourni par certains experts concernant ces massacres (9000 à 12 000 morts pour les plus objectifs, voire 20 000 morts selon des associations des familles des victimes)

Indubitablement, ces massacres de populations civiles (puisqu’il y eut relativement peu de pertes du côté des combattants) peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Mais il y a un obstacle. Et de taille. Tous les évènements de la guerre antérieurs au 19 mars 1962, date officielle du cessez le feu, sont frappés du sceau de prescription. Y compris les innombrables crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de torture et exécutions sommaires commis par les militaires de l’armée française. On devrait inviter ce fonctionnaire canadiens à visiter le bulldozer, érigé jusqu’à ce jour en monument au dessus des charniers du stade municipal de la ville de Skikda, ex-Philippeville, pour appréhender quelques notions de crimes contre l’humanité.

Ce fut un drame épouvantable de l’histoire contemporaine algérienne. Malheureusement, d’autres évènements tragiques, d’autres drames affectant l’ensemble des communautés d’Algérie se succéderont jusqu’en 1962 et au-delà, mais aucun ne sera aussi meurtrier que ne le furent les massacres de Philippeville-Skikda du 20 août 1955.

Et c’est cet évènement Algéro-algérien (car qu’on le veuille ou pas, l’ensemble des communautés ayant vécu ou vivant sous le soleil d’Algérie sont algériennes) qu’évoqua la lettre du service des visas de l’ambassade du Canada pour justifier un refus de visa à un ressortissant algérien. Par ce fait, le Canada se retrouve traîné dans les sables toujours mouvants d’une guerre d’Algérie dont les conséquences sont aujourd’hui très lourdes des deux côtés de la Méditerranée. Et c’est en plein milieu d’une période troublée en Afrique du Nord et en Méditerranée, qu’un obscur fonctionnaire canadien a choisi de jeter un gros pavé dans la mare des relations historiques entre l’Algérie et la France, soulevant un nombre infini d’interrogations d’ordre géostratégique impliquant d’autres puissances dans l’espace régional. Depuis quelques années, en effet, le Canada est utilisé par d’autres puissances comme proxy dans des approches spécifiques envers des pays de la région MENA. Un mouvement traduisant des intentions assez ambigües.

Dans tous les cas, c’est une grande maladresse diplomatique à l’égard d’Alger que d’évoquer des drames inhérents à une terrible guerre de libération dans des affaires de gestion courante. A fortiori lorsque les blessures encore béantes de ce conflit tardent à se cicatriser.

Cette situation est due en partie au refus obstiné du travail de mémoire ; à l’occultation de l’histoire et l’amnésie collective et officielle ayant frappé cette guerre terrible à tous les égards. Car si le travail historique a été fait, ce fonctionnaire n’aurait jamais évoqué ces faits hors d’un contexte historique précis dans un pays où les conséquences dramatique de la guerre se font encore sentir profondément dans les structures mentales et socioculturelles des populations algériennes. Il est grand temps qu’en Algérie ou en France, le travail de mémoire, non encore accompli, devrait préparer celui d’une repentance toujours refusée et d’une réconciliation inévitable de part et d’autre. Le Lobby pied-noir est important en France ; celui de la Famille révolutionnaire déterminant en Algérie. D’où les sollicitations intéressées du politique à leur égard dans les deux pays.

Hormis un long martyrologue, une sempiternelle complainte d’un côté, et, une profonde haine revancharde de l’autre, le travail de deuil ne s’est pas fait. Une chose doit être tenue pour certaine : la France officielle ne présentera jamais d’excuses pour son histoire coloniale ni à l’Algérie ni à n’importe quel autre de ses anciennes colonies, protectorats ou territoires. Plus particulièrement en ces temps troubles où le clan au pouvoir à Paris s’est vu confier un nouveau rôle sur la scène internationale. Rôle allant envers tout ce qu’a pu représenter un Gaullisme aujourd’hui bel est bien défunt. Qu’à cela ne tienne, en 2011, on devrait pouvoir se dire les choses directement et en face dans un climat serein et apaisé. La période 1954-1962 est un épisode révolu. La page doit être tournée loin de toute politique politicarde ou de sentimentalité revancharde, malgré les fixations des ultras. Qu’il y ait eu de très nombreuses erreurs de part et d’autres, cela est un fait aujourd’hui reconnu par tous. Sachons au moins ne pas les perpétuer ad vitam aeternam. L’histoire doit être écrite. Les protagonistes encore vivants ont l’obligation morale et le devoir de témoigner. C’est désormais une nécessité.

Wissem Chekkat

mercredi 5 octobre 2011

Un banquier qui parle, c'est tellement rare

A défaut de vous livrer une lecture de la Martingale Algérienne, parce que non disponible sur le marché national - je songes sérieusement à me me faire importer- voici un texte de Fayçal Métaoui d'El Watan...pour l'histoire et pour ceux comme moi qui ont raté la version papier.

Abderrahmane Hadj-Nacer : «Le champ du débat est miné»
El Watan du 04.10.11 | 01h00
Selon Abderrahmane Hadj-Nacer, le débat d’idées est devenu compliqué en Algérie du fait de la paranoïa ambiante et des manipulations à plusieurs étages.
L’essai de Abderrahmane Hadj-Nacer, La Martingale algérienne, réflexion sur une crise, publié par les éditions Barzakh, est un succès en librairie. Une deuxième édition vient d’être faite pour un livre qui – pour une fois – a provoqué un débat sérieux sur l’Algérie, ses modes de gouvernance, son histoire, son économie, sa culture. Malgré cet intérêt du public, l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie n’a pas été convié à une conférence ou à une table ronde lors du 16e Salon international du livre d’Alger (SILA) sur ce livre de réflexion. «Sincèrement, je n’ai pas voulu être présent à ces débats. Car chez nous, dès qu’on veut faire partie d’un débat, on a l’impression de faire une offre, une demande de fonction quelconque. C’est devenu très délicat», nous a-t-il déclaré en marge d’une séance de vente-dédicace au SILA.
Selon lui, certaines personnes ont considéré que la sortie du livre et l’interview accordée à El Watan Week-end ont été «commanditées» par un clan du régime. «Certains disent que vu mon âge, j’aurai l’ambition d’arriver à je ne sais quel statut suprême. Il est donc difficile de participer à un débat pour dire que j’ai des idées à soumettre à la discussion. Le champ du débat est miné. Nous sommes par ailleurs tous paranoïaques, en Algérie. Et nous avons été éduqués dans la paranoïa permanente. Par ailleurs, il y a des manipulations. Donc entre la paranoïa et la réalité des manipulations, le débat devient compliqué», a observé M. Hadj-Nacer, qui est revenu sur l’organisation, ces derniers jours, de deux colloques sur les révoltes arabes à Alger et sur les commentaires de salon qui les ont suivis.
«Il est difficile de faire comprendre aux gens que ce n’est pas forcément un clan du pouvoir contre un autre et qu’il n’est pas interdit, en tant qu’intellectuel, d’y participer. On en est donc à cette situation», a-t-il appuyé. Cela n’est-il pas lié à la dépolitisation de la société entretenue par le pouvoir depuis trois décennies ? «Dans le fond, tout cela arrange le système. On n’a pas besoin de mettre un agent de contrôle derrière chaque intellectuel, derrière chaque citoyen», a-t-il répondu.
M. Hadj-Nacer est satisfait du fait que ceux qui ont découvert l’algorithme de son livre sont d’abord des jeunes lecteurs et non pas des personnes de son âge (60 ans). «Dans le fond, ces jeunes s’y sont retrouvés. Je me suis exprimé un peu comme tout le monde. Des jeunes de moins de trente ans ont réussi à comprendre la clef que je n’ai pas donnée dans le livre. Cela m’a fait beaucoup plaisir», a-t-il noté.
Selon Sofiane Hadjadj, un des responsables des éditions Barzakh, La Martingale algérienne a été piraté sur internet. «Pour moi, c’est un bon signe. S’il est piraté sur internet, c’est qu’il y a une demande. On ne pirate pas des choses inintéressantes», a-t-il souligné.
Dans la deuxième édition de La Martingale algérienne, Kamel Daoud, journaliste et écrivain, a préfacé le livre. Ses mots sont limpides comme l’eau de roche : «La martingale algérienne est un livre d’une justesse parfois hallucinante. Je le relis, et sur mon dos, les points du jeu de dés, et dans mon muscle, le rebondissement que personne ne peut contrôler. Tout est presque échec, donc sauf l’essentiel : l’homme dans chaque Algérien.»
Sous le titre La Main invisible, M. Hadj-Nacer a écrit une postface dans laquelle il revient sur les contacts et commentaires des lecteurs de la première édition. Il analyse en profondeur «la crise économique» actuelle qui, à ses yeux, est de nature politique ainsi que «les déséquilibres» du monde. Il évoque l’existence d’un lien entre le Printemps arabe et le mouvement des «indignés» européens : «Ce rôle central d’une jeunesse éduquée, autonome par rapport à la classe politique en place, exigeante dans sa volonté de participer à la gestion de la cité et dans sa remise en cause des formes de participation et de la légitimité des pouvoirs.» Partout, les pouvoirs n’arrivent pas, selon lui, à faire face à ces mouvements de contestation et ne remplissent plus leur fonction de la répartition des revenus…

Fayçal Métaoui

lundi 3 octobre 2011

Un patriote accable Enrico Macias

Ghazi Hidouci, ministre des finances dans le gouvernement Mouloud Hamrouche, à propos du milicien Enrico Macias : « …à Constantine, où j’ai poursuivi ma scolarité, j’ai connu beaucoup de juifs, parmi lesquels d’authentiques Algériens qui ont été des amis. Mais j’ai aussi rencontré à cette époque certains juifs algériens devenus aujourd’hui amis du régime. Je les ai rencontrés comme un jeune « indigène » peut rencontrer les milices du Betar. Je ne les ai pas connus, comme ce régime et sa presse, au cours des sanglantes années 1990, en offrant à des propagandistes « éradicateurs » et pro-israéliens des séjours mercenaires et des invitations révérencielles. On a les alliés et les amis qu’on mérite… Dans la Constantine des années 1950, j’ai donc eu affaire à ces milices auxquelles appartenait, par exemple, Enrico Macias, que j’ai vu, de mes propres yeux, une arme à la main, pourchassant des Arabes. Je n’aurais pas accepté l’offense de sa visite à Constantine dans l’Algérie indépendante et je me félicite que cette visite n’ait pas eu lieu. En revanche, j’ai connu bien d’autres juifs, en Algérie et ailleurs, qui méritent la plus haute considération, toute notre admiration et notre soutien déterminé pour leur engagement, hier, au sein du mouvement de libération nationale algérien et pour leur solidarité, aujourd’hui, avec le combat du peuple palestinien ».

"Pogrom" de Constantine: les précisions de Gilbert Meynier

Suite à l'article "Quand Enrico Macias fricotait avec Maurice Papon" dans lequel l'auteur, Abed Charef fait référence à des textes de l'historien Gilbert Meynier; ce dernier me fait parvenir une mise au point que je publie. Mise au point par laquelle Gilbert Meynier revient sur les circonstances dans lesquelles le terme "pogrom" a été utilisé dans le cadre de ses enquêtes relatives aux massacres d'Algériens par des milices juives de Constantine durant la guerre de libération. Cette mise au point permet à l'auteur de faire ressortir des faits que peu de profanes connaissent. Voici sa longue et utile mise au point intitulée:

"Pour une histoire critique de l’Algérie"


Mise au point factuelle sur les événements de Constantine, 12 mai et jours suivants

(paru dans Éric Savarèse (dir.), L’Algérie dépassionnée, Sillepse, 2008, 214 p.)



Cette mise au point concerne factuellement les douloureux événements de Constantine de l’ ‘aïd as saghir 1956 – le 12 mai et les jours suivants – que j’ai évoqués dans mon Histoire intérieure du FLN[i], et qui a les mois derniers suscité trouble et émotion chez nombre d’humains d’origine constantinoise juive. J’ai pensé un temps que la présente mise au point devrait être faite à l'occasion d'une synthèse historique, qui aurait elle-même valeur de mise au point, faite après analyse et recoupement du plus grand nombre possible de sources, chose que j'ai l'intention de mener à bien, avec l’aide de quelques amis, chercheurs et historiens, et de témoins. Entre autres après avoir pris sérieusement connaissance des travaux sur la question de l’historien israélien Michael Laskier, spécialiste des Juifs dans le monde arabe, avec lequel je suis depuis deux mois en rapport constant. Je voulais évidemment savoir jusqu’à quel point je m’étais ou non trompé sur un fait historique – les événements de mai 1956 de Constantine –, et essayer d'appréhender au plus près la réalité du fait en question. Peut-être ai-je eu tort de ne pas m’être exprimé plus tôt. En tout cas, les  -pressamment- amicales sollicitations de Benjamin Stora m’ont finalement décidé à faire cette mise au point.

J’ai eu tort, en tout cas, de parler à ce sujet de « pogrom », je le reconnais volontiers : ce terme appartient trop à l’histoire de l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle pour qu’il puisse être ainsi utilisé innocemment : il n’y eut pas plus de pogrom les 12-13 mai 1956 qu’il n’y en avait eu à Constantine en 1934 : dans les deux cas, furent en jeu, à mon avis, les entrelacs d’un contentieux communautaire judéo-musulman, à la fois à vif, et en même temps autorisant pour la vie au jour le jour – mais non sans un certain malaise – une cohabitation avérée.

 J’ai eu tort, aussi, de ne mentionner dans mon livre que le seul point de vue d’Anne-Marie Louanchi-Chaulet, qui était alors surveillante au lycée de filles de Constantine. Je la cite dans mon livre au conditionnel, et en précisant « d’après Anne-Marie Louanchi ». Cette dernière, qui provenait du mouvement scout catholique, était sœur de Pierre Chaulet, qui représenta, au FLN, la mince cohorte des catholiques s’étant joints au combat du Front. Au FLN, ou parmi les sympathisants du FLN, rappelons qu’il y eut aussi des Juifs, comme en témoigne l’appel du Comité des Juifs pour l’indépendance de l’Algérie. Anne-Marie Louanchi, récemment décédée, dans le livre d’hommage qu’elle a consacré à son mari Salah Louanchi[ii] – qui fut, fin 1956-début 1957, dirigeant de la Fédération de France du FLN – parle, à propos des événements de mai 1956 à Constantine, d’un bilan de 230 victimes. Elle écrit que ce bilan lui aurait été fourni par un commandant de CRS. Là, j’ai bel et bien commis une faute comme historien : j’ai cité une seule source, au lieu d’en rechercher et d’en produire d’autres, je n’ai donc pas procédé au recoupement des sources, dont le recours est une obligation de la recherche historique, et j’ai ainsi manqué à l’esprit critique historien.

            Par ailleurs, j’ai, depuis deux mois, conjointement avec des amis, des témoins, et autres historiens[iii], tenté te recueillir témoignages et documents sur ces événements. J'ai eu pendant ce temps une correspondance assidue avec Michael Laskier, dont j’ai lu les livres en anglais qui traitent de ces questions[iv]. Il a conclu qu'il y avait eu, certes non pas un «  pogrom » ayant fait « 230 victimes », mais bel et bien, à la suite d'explosions ayant frappé des cafés juifs, le 12 mai 1956, des réactions de Juifs constantinois, encadrées par des membres du Misgeret (dont le rôle précis est matière à discussion historique, et là-dessus, ma religion n'est pas vraiment faite), organisation correspondante du Mossad pour l'Afrique du Nord. J'ai dû aussi faire faire le compte-rendu de son article en hébreu sur ce sujet, publié par la revue israélienne Pe'amim en 1998 – malheureusement  je ne lis pas l'hébreu –, par la professeure d'hébreu de l'Ecole normale supérieure- Lettres et Sciences humaines, Mme Dorit Shilo, à qui vont mes remerciements.

            Les témoins sollicités, ou bien n’ont pas répondu, ou bien ont déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ces événements, ou encore, s’ils en ont souvenir, le problème est qu’ils ne se rappellent pas tous exactement la même chose, loin de là. Le Constantinois Benjamin Stora m’a écrit (il avait 6 ans à l’époque des faits) qu’il n’en avait jamais entendu parler dans sa famille. M. Bernard Cohen, lui aussi de Constantine, tout en reconnaissant les faits, a estimé que le nombre des victimes n’avait pas dû excéder la dizaine.

Un gestionnaire du cimetière musulman de Constantine s’est rappelé, lui, avoir fait creuser, alors, 130 tombes. Le journal du FLN El Moudjahid, N° 1, a consacré quatre pleines pages aux événements de Constantine, et a produit une liste de 61 victimes – dont il avertit qu’elle n’est pas limitative. Il n’est évidemment pas question pour l’historien d’avaliser purement et simplement de tels points de vue et témoignages: il faut les analyser, les recouper avec d’autres, bref les rendre productifs au sens historique du terme. Mais, à l’inverse, il faut se rappeler que, de notoriété connue, l’amnésie est, aussi, constitutive de mémoire. La consultation de la Dépêche de Constantine –qui met les événements de Constantine sur le compte originel d’un terrorisme algérien fondateur, et qui ne dit pas un mot des Juifs –  et la consultation des cartons des Archives historiques de l’Armée, conservées au fort de Vincennes, consacrés à ces événements  (malheureusement consultables seulement sur dérogation), permettront sans doute de mieux préciser les faits.

L’historien israélien Michael Laskier aboutit, lui, au bilan de 26 morts musulmans en deux jours (12 et 13 mai 1956), suite aux actions conduites par des Juifs constantinois qu’il dit liés au Misgeret – M. Bernard Cohen estime, lui, que M. Laskier exagère le rôle du Misgeret. Et, dans ses livres en anglais que je me suis procurés, comme dans son article de Pe’amim, Laskier s'appuie sur de solides sources, israéliennes notamment, pour rendre compte d’événements tels que ceux de Constantine. Dans les échanges directs que je viens d'avoir avec lui, il estime qu'il y a pu y avoir, suite à ces journées des 12 et 13 mai, une répression de la part de l'armée française et d'ultras européens de l'Algérie française, qui a bien pu alourdir le bilan – mais, là, rien de spécifiquement "juif", même si des Juifs ont pu, aussi, se trouver parmi les ultras. Un vieil ami juif originaire de Constantine m'a bien affirmé de son côté que des parents à lui avaient été des activistes de l'OAS. Cela signifierait que, si, en 1956, le bilan a été lourd – chose que l’historien doit s’attacher à déterminer ou à démentir  –, il l’a peut-être bien été dans les jours qui ont suivi le 13 mai 1956, mais cela principalement du fait d’une répression de l’armée française et d’une riposte de Français d’Algérie, et non d’éléments « juifs ». – il y avait, stationnés  à Constantine, la valeur d’au moins deux régiments, sans compter la gendarmerie et les CRS.

Pour expliquer ma légèreté – il ne s’agit pas là d’une excuse, mais d’une explication –,  j'avais été tellement plombé, quand j’ai réalisé mon Histoire intérieure du FLN,  par la litanie des horreurs que j'ai eues sous les yeux dans d'innombrables documents, concernant de multiples autres événements la guerre de 1954-62, que je n'ai pas cherché plus avant; et j'ai eu tort : j’ai été victime d’une manière de banalisation de l’horreur. Et j’avoue que, ayant rencontré et connaissant le frère d’Anne-Marie Louanchi, Pierre Chaulet, ce dernier m’avait fait forte impression ; et je n’ai pour cela sans doute pas, alors, songé à examiner plus avant le témoignage de sa sœur, que je n’ai jamais vue. L’historien, sur un tel sujet, se devrait bien sûr de recueillir, aussi, le témoignage de Pierre Chaulet. Il serait de même indispensable de faire une étude comparative, mois par mois, pour l’année 1956, ou au moins pour le premier semestre, des registres de décès de la ville de Constantine.

En un mot comme en cent, tout historien peut être amené, pour une raison ou une autre, à écrire des choses erronées. S’il est honnête, il doit le reconnaître dès qu’il s’en est convaincu. Dans l’air du temps actuel, il est vrai que bien des énormités sont proférées au jour le jour. Il est certain, par exemple, que le terme de « génocide » est mis à toutes les sauces, et qu’il n’y a pas eu, en effet, de « génocide » à Constantine en mai 1956, comme l’a pu affirmer par exemple le journal algérien El Acil[v]. Et les propos du ministre algérien des anciens Moudjahidine Cherif Abbas, porte-parole du Président Bouteflika, au colloque commémoratif de Sétif, le 6 mai 2005, qui assimilaient la colonisation au nazisme et les fours à chaux de Guelma aux fours crématoires d’Auschwitz, représentent une évidente falsification de l’histoire.

Quelque sanglante, à raison de milliers de victimes, qu’ait pu être, par exemple la répression coloniale de mai 1945 dans le Constantinois, elle n’a pas été un « génocide », comme tend à l’alléguer la très officielle algérienne fondation algérienne du 8 mai 1945 . Il n’y a pas « génocide » toutes les fois qu’il y a massacre : le récent livre de Jacques Sémelin, Purifier et détruire ; usages politiques des massacres et des génocides[vi], fournit à ce sujet des critères opératoires plausibles pour désigner la spécificité historique des « génocides ». Ces critères n’ont pas, semble-t-il, beaucoup modifié les termes médiatiques simplificateurs du débat actuel. Il faut dire que les contre-vérités produites à Sétif se sont inscrites dans la réaction, symétrique, aux âneries officielles françaises de la loi du 23 février 2005, prétendant faire enseigner les « aspects positifs » de la colonisation française, chose tout aussi inacceptable pour l’historien. Tout historien qui se respecte ne doit relever d’aucune injonction officielle, d’aucun communautarisme, quel qu’ils soient, et n’être complaisant avec aucun d’entre eux.

Les historiens se doivent donc d’étudier patiemment les phénomènes, en se gardant des injonctions mémorielles et victimisantes d’où qu’elles viennent. Aujourd’hui, de part et d’autre de la Méditerranée, mais aussi au sein de l’hexagone, l’historien doit ne pas se mêler des parties de ping pong mémoriels où s’affrontent tels  partisans bruyants de la nostalgérie française, et tels anticolonialistes médiatiques de combat de la 25e heure. Et ce n’est pas parce qu’on a établi que l’OAS s’est rendue coupable de crimes qu’on est « antifrançais » Ce n’est pas parce qu’on a démontré que des crimes furent en effet accomplis sous la houlette du FLN –  principalement sur des Algériens  – que l’on est « colonialiste ». Et ce n’est pas parce qu’on a mis en évidence que des Juifs ont, en telle ou telle occasion, pu réprimer et tuer, qu’on est pour autant « antisémite ». Ou alors il faudrait accuser d’antisémitisme les auteurs israéliens d’un documentaire qui a fait récemment scandale, et qui accuse nommément l’actuel ministre des Infrastructures Benyamin Ben Eliezer d’avoir fait exécuter, lors de la guerre de 1967, 250 prisonniers égyptiens[vii].

Dans les débats trop souvent frelatés d’aujourd’hui, l’historien ne peut non plus, en toute conscience déontologique, choisir entre les injonctions respectives des dogmatiques d’« Occident » et d’« Islam ». D’un côté, l’universitaire idéologue Samuel Hutington parle, comme s’il s’agissait d’essences essentiellement et intemporellement opposées, de « l’Islam » et de « l’Occident », sur fond de commerce émotionnel débile d’un fondamentalisme protestant bien américain, dont George Bush est le représentant de commerce sur le champ de l’impérialisme d’aujourd’hui. De l’autre, les Ben Laden et la cohorte « islamiste » manichéenne qui se reconnaît en lui, énoncent symétriquement la même dichotomie simpliste, et historiquement fausse. L’ « Islam » et l’ « Occident » : comme s’il s’agissait d’essences une fois pour toutes monolithiques ; comme si l’histoire n’avait pas d’abondance démontré qu’il n’y eut jamais au fond de muraille de Chine entre les deux : des abrutis et des gens ouverts d’esprit se trouvent, et d’un côté, et de l’autre. Comme aimait à le dire plaisamment le regretté, et grand orientaliste Jacques Berque – un Pied noir qui était pénétré de culture arabe –, les imbéciles, même démonstrativement ennemis, sont « unis comme le sont les nénuphars par leurs racines ».

Cela n’empêche pas que l’historien ne peut renvoyer dos à dos, concernant la guerre de 1954-62, toutes les violences : la violence française coloniale y fut industrielle et massive ; la violence algérienne fut artisanale et plus ponctuelle ; elle fut en partie une violence réactionnelle, dans une contexte de domination, de violence (re)conquérante et répressive, de discrimination et de racisme portant la marque du colonial. Personnellement, j’ai été traité de « raciste anti-algérien » et de « colonialiste » d’un côté, et, symétriquement, d’ « agent du FLN » et d’ « anti-français » de l’autre, voire même, plus poétiquement, de « capitaine de galère barbaresque » (ce qui, pour un Lyonnais originaire des Alpes du Sud, représente une spectaculaire mutation) sur un site « pied-noir ». Cela notamment pour avoir osé initier, avec mon ami Frédéric Abécassis, l’organisation à Lyon – cela va sans dire, hors de la collaboration des mémorialistes de combat –, à l’École Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines, en juin  2006 –, un colloque international sur l’histoire franco-algérienne, qui a accueilli 83 participants –algériens, anglais, français, hongrois, italiens, palestiniens, etc. : l’histoire appartient à tous, y compris à des gens ne relevant pas de  la séquence franco-algérienne de l’histoire des humains de ce bas-monde. 

L’historien se doit de regimber contre l’inflation victimisante, qu’elle émane des officiels algériens (qui martèlent, sans aucune preuve à l’appui, le chiffre de 1 500 000 morts algériens pour la guerre de 1954-62), ou qu’elle émane des harkî(s) (on a dit dans leur camp mémoriel 150 000 morts ; aujourd’hui on dit plutôt maintenant, mais là aussi, sans aucune preuve avérée, 100 000 ou 70 000 : le niveau baisse, et tant mieux…). Or, l’historien rigoureux qu’est Charles-Robert Ageron a conclu, sur la base de documents démographiques, qu’il y avait eu 250 000 victimes algériennes de la guerre de 1954-62[viii]. De son côté, le démographe algérien Kamel Kateb, à partir de sources analogues, arrive à un total de 400 000 – ce qui est déjà énorme[ix] : plus, proportionnellement, que les morts français de la Première guerre mondiale ; mais en aucun cas 1 500 000. Et le même Charles-Robert Ageron, dans trois articles définitifs, a aussi montré que les chiffres victimisants produits à propos des massacres des harkî(s) étaient de beaucoup exagérés[x]. Cela n’empêche pas que, sans doute, plusieurs milliers de harkî(s) ont été massacrés, ce qui fut, là aussi, terrible. Mais, dès lors qu’il a constaté l’horreur, dans tous les cas, l’historien a mission de ne pas en rajouter. 

Et il importe aussi, me semble-t-il, de réfléchir aussi sur la mémoire: Benjamin Stora m'a pertinemment fait remarquer que tout le monde, parmi les Juifs de Constantine, se souvenait des événements douloureux de Constantine de 1934, et que pratiquement personne ne se rappelait ceux de 1956 – un autre Constantinois, M. Bernard Cohen, lui, m'a écrit en avoir eu connaissance, même s'il a contesté les chiffres gonflés de Anne-Marie Louanchi. Où situer, donc, la différence entre 1956 et 1934 ? Je dirais, d'une part, que, en 1934, c'étaient les Juifs de Constantine qui avaient été molestés, cela suite à la provocation -involontaire- de l'un d'eux: un zouave juif ivre surpris à uriner sur le mur d'une mosquée. En 1956, les 12 et 13 mai, à l'inverse, ce sont des Juifs qui ont molesté des Musulmans, suite à des attentats contre des cafés juifs. Chacun sait que la mémoire a toujours tendance à être sélective: n'a-t-on pas tendance à retenir les horions qu'on subit, davantage que ceux qu'on donne?

            Par ailleurs, il est probable que, si un bilan lourd de mai 1956 est avéré (là, je redis que la consultation des registres de décès sera d'un apport important), il fut redevable, de manière plausible, à une répression de l'armée française/d'ultras européens, qui a continué dans les jours suivants; ce ne fut donc, à coup sûr, pas spécifiquement une répression menée par les Juifs, même si, les 12 et 13 mai – c'est, là, avéré –, des Juifs ont pu y être impliqués. L'éventuelle lourdeur du bilan se réfère à des événements postérieurs: la Dépêche de Constantine continue pendant plusieurs jours à évoquer des actions de l'armée française à Constantine.

            Enfin, les contextes de 1956 et de 1934 sont bien différents: en 1934, l'Algérie n'était pas en guerre; et un événement, même traumatisant et sanglant comme celui de 1934, a été dans la mémoire forcément mis en relief du fait même de son caractère factuellement exceptionnel.

A l'inverse, en 1956, on est bien installé dans la guerre, et les événements sanglants se succèdent à une allure vertigineuse: c'est exactement un mois avant le 12 mai 1956 (donc le 12 avril) qu'est intervenu le massacre le plus lourd de la guerre: le massacre de la totalité des habitants de la dechra Tifraten, près d'Oued Amizour, dans la Kabylie de la Basse Soummam, qui a été ordonné, on le sait, par le lieutenant Fadel H’mimi, mais couvert par Amirouche, capitaine de la zone dont dépendait la Basse Soummam : le drame a fait l’objet d’une âpre altercation lors du congrès de la Soummam, le 20 août de la même année, entre partisans et détracteurs d’Amirouche. Des sources françaises, qui furent celles à avoir été portées à la connaissance des congressistes, parlent d’un bilan de 1 200 morts. Mohamed Benyahia[xi], lui, avance le chiffre de 490 personnes égorgées, cela en une seule nuit, pour cela dénommée depuis, en Kabylie, « la nuit rouge ». Peu importe le chiffre exact, et on ne le connaîtra sans doute jamais. Mais le massacre a été à coup sûr plus important que celui de Melouza, un peu plus d'un an plus tard, qui fut bien plus médiatisé, pour des raisons que j'expose dans mon Histoire intérieure du FLN.
            Donc, à Constantine, au printemps 1956, les attentats (FLN? provocations des ultras? Les deux? Ou encore expression de contentieux communautaristes locaux?) se sont enchaînés avec des répressions; il y avait déjà eu, notamment, un attentat contre un café juif en mars. Et les affrontements ont peut-être bien pu constituer, au printemps 1956, le leit-motiv d'un quotidien douloureux, cela expliquant peut-être une sorte de banalisation de la violence, laquelle  a pu s'installer dans les mémoires de manière latente et synthétique, sur fond de l'horreur générale de la guerre.

            Et puis, l'argument consistant à dire que, s'il y avait eu autant de morts que l'écrit Anne-Marie Louanchi, jamais les communautés composant la ville n'auraient pu continuer à vivre côte à côte jusqu'à 1962, est bien sûr à considérer, mais on peut le discuter en le contextualisant: en effet, le bilan de la grande répression d’Alger, couramment dénommée « bataille d'Alger », un an plus tard, a été autrement plus lourd, et les gens ont tout de même continué à y vivre -mal, certes-, mais ils ont survécu, avec toute la haine refoulée par une implacable répression, dans une ville où il y avait des Algériens, des Européens, des Juifs, etc. A ma connaissance, il n'y a pas eu à Constantine la même intensité répressive, étalée sur plusieurs mois, comme à Alger; et il n'y avait pas eu, de même, à un niveau de violence comparable, un pareil enchaînement d'attentats, depuis celui de la rue de Thèbes de l'été 1956, puis ceux du Milk Bar, du casino de la Corniche, etc.
           
Pour terminer, sur ces événements de Constantine de mai 1956, j’essaierai, quand j’aurai accumulé tous les documents possibles, que j’aurai procédé aux analyses et recoupements indispensables, d’enclencher – de participer à – une synthèse historique digne de ce nom. Pour l’heure, ce serait prématuré car tout ce travail a été à peine amorcé. J’ajoute que tous ceux qui pourront aboutir à établir la vérité seront les bienvenus pour participer à ce travail. Certes, nous savons que la Vérité n’appartient qu’à Dieu si l’on y croit, en tout cas au corpus intangible de valeurs humaines auquel on adhère si l’on n’y croit pas.

Il est plus qu’urgent de faire advenir une histoire critique de l’Algérie coloniale, une histoire critique de l’Algérie tout court : les Algériens, pour marqués qu’ils ont été par la phase coloniale, ont eu une histoire bien avant 1830, et même une histoire à eux en pleine phase coloniale. Cette histoire n’a commencé ni en 1954, ni en 1830, ni en 1516, ni en 698[xii] : en tous les temps, et dans toutes les circonstances, ils ont mené leur vie, aimé et souffert, et conduit malgré tout leur destin. Ce serait être colonialiste que de les réifier à leur pur statut de colonisés. De même qu’il serait inepte de ne réduire « les Juifs » qu’à une judéité monolithique, les « Pieds noirs » à leur statut d’agents et/ou de fusibles coloniaux, et aussi les « Français » à une essence qui serait elle-même intemporellement coloniale : tous ont eu, aussi, une vie avant la colonie, et en dehors de la colonie, et ils continuent à en avoir une après la colonie. Et cette vie n’est pas marquée tout uniment que par le post-colonial. Il y a bien d’autres problèmes, tout à fait actuels eux, qui les assaillent, et que l’obsession focalisée sur le colonial/post-colonial a trop souvent tendance à occulter.


Gilbert Meynier



[i] Fayard, Paris, 2002, réimpr. 2004, et Casbah Éditions, Alger, 2003, p. 255.
[ii] Salah Louanchi. parcours d’un militant algérien, Alger, Dahlab, 1999, p. 86.
[iii] Parmi eux, pour l’heure, Frédéric Abécassis, Abdelkrim Badjadja, Bernard Cohen, Ouanassa Siari-Tengour.
[iv] Cf. North African Jewery in the XXth century, New York University Press, 1992 ; et aussi, le tout récent (en hébreu) Israel and the ‘Aliyah from North Africa 1948-1970, Ben Gourion University Press, 2007, que je n’ai pas encore consulté.
[v] 9 février 2000.
[vi] Seuil, Paris, 2005.
[vii] Cf. notamment Libération, 7 mars 2007 et Le Monde, 8 mars 2007.
[viii] In Matériaux pour l’histoire de notre temps, BDIC, 1992 ; repris dans Enseigner la guerre d’Algérie, ADHE, SFHOM, avec le concours de l’université de Paris VIII-Saint Denis, 1993.
[ix] Européens, indigènes et Juifs en Algérie, 1830-1962. Représentations et réalités des populations, Publications de l’INED, Paris, 2002.
[x] « Le drame des harkis », XXe Siècle, revue d’histoire, N° 42, p. 3-16 ; « Supplétifs algériens de la guerre d’Algérie », XXe Siècle, revue d’histoire, N° 48 , 1995, p. 3-20 ; « Le drame des harkis : mémoire ou histoire » ? XXe siècle, revue d’histoire,  N° 68, 1995, p. 3-15.
[xi] La Conjuration au pouvoir. Récit d’un combattant, Arcantère, Paris, 1988, 155 p. ; réédit. ENAP, Alger, 1993, 223 p.
[xii] Respectivement dates du déclenchement de l’insurrection armée algérienne, du début de la conquête de l’Algérie, de l’installation du pouvoir turc en Algérie, de la prise de Carthage par Hasân b. Nu‘mân.

Quand Enrico Macias fricotait avec Maurice Papon

 Maintenant nul ne pourra dire "je ne savais pas" concernant le sinistre Enrico Macias.
Quand je vous disais que cet homme n'est pas clair...voici les preuves grâce à l'excellent article de Abed Charef...pour mémoire dans le film de JP Lledo "Algérie, histoire à ne pas dire", un ancien responsable du FLN durant la guerre soutenait ceci" le FLN n'avait aucune raison de le tuer...ajoutant qu'il (Raymond Leyris) ne méritait même pas la balle qui l'a tué"...


Enrico Macias et la guerre d’Algérie: Quand Gaston chassait du fellaga… Par Abed Charef
Enrico Macias est un homme redoutable. Militant sioniste déclaré, il a toujours entretenu des rapports ambigus avec l’Algérie, dont il a largement contribué à imposer cette image de pays de la douceur de vivre et de la kémia,une image qui a nourri tant de nostalgie chez les pieds-noirs.
Ses tirades sur le pays du soleil et de la haine, de la joie de vivre et de la passion, ce pays perdu dont on ne se console jamais, ont arraché des larmes à de nombreuses générations de pieds- noirs. Mais Gaston Ghenaïssia, le vrai nom de Macias- n’a jamais abordé le volet le plus sombre de son histoire algérienne. Il n’a jamais dit comment il a lui-même contribué à mettre le feu à ce pays bien aimé. Il a, en fait, réussi à maintenir un voile pudique sur son militantisme de cette époque, un militantisme qui l’a mis dans la même tranchée que Maurice Papon !

Enrico Macias évoque régulièrement sa volonté de revoir son «pays natal», et comment il en est empêché. Sa visite devait se faire en 2007, en compagnie de Nicolas Sarkozy. Auparavant, il avait affirmé que le président Abdelaziz Bouteflika lui-même l’avait invité, mais que des méchants, héritiers de la tendance obscurantiste du FLN, s’étaient opposés à son retour. Qu’en est-il au juste ?
A Alger, on affirme officiellement qu’Enrico Macias peut se rendre en Algérie quand il veut, mais qu’il est hors de question d’en faire un évènement politique. Certains fonctionnaires montrent un certain embarras devant le tapage médiatique provoqué par Enrico Macias lui-même. «Il n’a pas envie de revenir, il ne viendra pas, et il le sait parfaitement», a déclaré, sûr de lui, un ancien haut responsable. «Et ce n’est pas seulement à cause de son soutien public à Israël», ajoute-t-il, estimant que le thème Algérie ne constitue pour Enrico qu’un «fond de commerce».
Pour cet homme, qui avoue avoir apprécié la musique de Enrico dans sa jeunesse, Enrico Macias ne reviendra pas en Algérie parce qu’il y a commis des crimes pendant la guerre de libération. Selon lui, Enrico faisait partie d’une milice locale, les «unités territoriales», composées de partisans de l’Algérie française, qui formaient des milices de supplétifs de l’armée coloniale. L’unité à laquelle appartenait Enrico Macias a commis de nombreuses exactions, et a participé à des ratonnades, affirme cet ancien haut fonctionnaire.
A cette époque, Enrico Macias est un jeune artiste prometteur, qui joue dans la troupe du «Cheikh Raymond», le plus célèbre artiste juif de Constantine. Raymond Leyris est alors au faîte de sa gloire : notable de la communauté juive, ami des «arabes» de la ville, il est riche et célèbre. Sa musique est si appréciée qu’une jeune recrue FLN, en pleine guerre d’Algérie, rejoint le maquis ALN en wilaya II avec des disques de «Cheikh Raymond», nous raconte un ancien moudjahid qui a passé toute la guerre dans le Nord Constantinois !
Raymond Leyris n’avait pas d’enfants. Il en a adopté deux, dont Enrico Macias. Celui-ci est donc à la fois l’enfant adoptif, le disciple et l’héritier de CheiKh Raymond. A-t-il été l’héritier en tout ? Seul Macias pourra le dire. En tous les cas, les réseaux FLN avaient alors une conviction. Pour eux, Raymond Leyris avait été contacté par les services spéciaux israéliens. Il organisait des collectes, montait des réseaux, et travaillait en sous-main avec les services spéciaux israéliens, qui avaient alors un objectif : organiser le transfert massif des juifs des pays arabes vers Israël. En Algérie, leur première cible était Constantine, avec ses 25.000 à 30.000 juifs : il y avait presque autant de juifs à Constantine que dans les grandes villes israéliennes.
En mai 2005, le journal israélien Maariv citait un ancien officier du Mossad chargé de piloter l’opération. Cet officier affirme avoir recruté deux agents, Avraham Barzilaï et Shlomo Havilio, qui arrivent dans la région de Constantine début 1956, sous la couverture de modestes enseignants. Quatre mois plus tard, une grenade explose dans un café fréquenté par les Juifs de Constantine, rue de France. S’ensuit une opération de vendetta organisée par les cellules mises en place par le Mossad, selon l’officier en question. Les ratonnades font de nombreux morts. L’historien Gilbert Meynier, qui l’évoque dans une de ses études, et parle de «pogrom», est contraint à une longue mise au point. (http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2007/03/14/4319574.html).
Quel est le rôle exact de Raymond Leyris ? Difficile à dire. Mais l’homme surfe déjà sur une vague de célébrité et de respectabilité. Artiste adulé, il a atteint une renommée qui va au-delà des communautés. Il est le notable juif par excellence. Il garde le contact avec les arabes qui veulent préserver la communauté juive ; il reste l’interlocuteur des autorités coloniales au sein de la communauté juive ; il poursuit une activité clandestine avec le Mossad.
Mais peu à peu, les réseaux FLN acquièrent la certitude que Cheikh Raymond n’est plus un artiste aussi innocent. Il est partie prenante dans l’action de réseaux que le FLN n’arrive pas encore à identifier. Des témoins avaient vu des armes transportées à partir de chez lui, en pleine nuit.
Au FLN, la prudence reste de mise. Des consignes strictes sont données pour tenter de conserver de bonnes relations avec la communauté juive. Des contacts réguliers sont établis. Début 1961, le FLN envoie de nouveau un émissaire auprès des notables de cette communauté. L’émissaire envoie un message à Raymond Leyris, et prend rendez-vous. L’organisation fonctionne alors selon un cloisonnement très strict.
L’émissaire du FLN est tué alors qu’il gagnait le lieu du rendez-vous. Ce fait, troublant, intervient après d’autres évènements suspects. L’organisation du FLN en tire une conclusion : seul Raymond Leyris pouvait avoir organisé la fuite pour permettre aux autorités coloniales d’éliminer le responsable du FLN.
Les anciens moudjahidine de la Wilaya II, qui étaient opérationnels à ce moment là, sont toutefois formels : aucune instance du FLN n’a prononcé un verdict clair contre Raymond Leyris. Aucun responsable n’a, formellement, ordonné une exécution. Mais le doute planait, et dans le Constantine de l’époque, ce n’est qu’une question de temps. Le 22 juin 1961, neuf mois avant le cessez-le-feu, Raymond Leyris croise Amar Benachour, dit M’Djaker, membre d’une cellule locale de fidayine, qui l’abat en plein marché, devant des dizaines de témoins. La personnalité de Amar Benachour, l’homme qui a abattu Raymond Leyris, posera aussi problème. Il s’agit en effet d’un personnage qui répond peu au profil traditionnel du moudjahid. Benachour est plutôt un marginal, plus branché sur le «milieu» que sur les réseaux nationalistes. Ce qui a d’ailleurs jeté une ombre sur l’affaire : Benachour a vécu jusqu’au début du nouveau siècle, mais l’opération qu’il a menée a toujours été entourée de suspicion, certains n’hésitant pas à parler de provocation ou de manipulation. Plusieurs moudjahidine qui étaient dans la région au moment des faits continuent d’ailleurs à soutenir l’idée d’une manipulation.
La mort de Raymond Leyris accélère le départ massif des juifs de Constantine, un exode largement engagé auparavant par les catégories les plus aisées. Mais la mort de Raymond Leyris sonne également le début d’une opération de vengeance meurtrière, à laquelle Enrco Macias participe, selon des moudjahidine de la Wilaya II. Il est impossible d’établir exactement le bilan exact des expéditions punitives. En 1956, après l’attentat de la rue de Constantine, Gilbert Meynier n’écarte pas le chiffre de cent trente morts. En mai 1961, la même folie furieuse se déchaîne mais, curieusement, affirme un constantinois qui a vécu les évènements, les Juifs de Constantine étaient plus préoccupés par l’idée de départ que par la vengeance. A l’exception d’Enrico, qui garde un silence pudique sur cet période, se contenant d’évoquer la mémoire de Raymond Leyris, un homme innocent doublé d’un artiste qui aimait la vie, mais qui a été assassiné par le FLN, selon lui.
Selon cette image, très médiatique, Enrico lui-même n’était qu’un jeune homme amoureux de la vie et des filles, un modeste instituteur de campagne, devenu un immense artiste grâce à son talent. A Chelghoum Laïd, où il a enseigné, son nom est connu mais il est presque impossible de trouver des gens qui l’ont côtoyé. A Constantine, par contre, un spécialiste de la musique affirme que de nombreux «ouled el bled» lui rendent visite régulièrement en France.
Par ailleurs, le discours de Enrico Macias a longtemps bénéficié d’une cacophonie chez les responsables algériens, qui n’ont jamais adopté une position claire sur le personnage. En fait, côté algérien, plusieurs points de vue se côtoyaient : ceux qui faisaient l’éloge de l’artiste, ceux qui prônaient la réconciliation, ceux qui dénonçaient son soutien à Israël, et ceux qui étaient d’abord soucieux d’établir les faits historiques.
Un ancien haut fonctionnaire af-firme toutefois que Enrico n’avait aucune chance de revenir en Algérie. Les anciens pieds noirs étaient classés en plusieurs catégories, explique ce fonctionnaire. Enrico Macias fait partie d’une sorte de liste rouge officieuse, qui comporte les noms de militaires, colons et ultras ayant commis des exactions. Ceux-là ne peuvent pas entrer en Algérie, dit-il.
Autre détail troublant dans l’his toire d’Enrico : quand il sévissait au sein des «unités territoriales», il collaborait avec un personnage célèbre, Maurice Papon ! Celui-ci a en effet exercé comme préfet à Constantine, où il a contribué à organiser de redoutables escadrons de la mort. Milices, unités paramilitaires, escadrons de la mort, tout ce monde collaborait joyeusement quand il s’agissait de réprimer. Des témoins sont encore vivants.
Autre curiosité dans l’histoire de Enrico Macias en Algérie : les Ghenaïssia, sa famille, sont des Algériens pure souche, installés en Algérie depuis plusieurs siècles, affirme un historien. Ils se sont francisés à la faveur du décret Crémieux, qui offrait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, en 1871. A partir de là, les Juifs se sont rapprochés de l’administration coloniale, accédant à l’école et à la citoyenneté. Mais une frange des Ghenaïssia a gardé son ancienne filiation, prenant le chemin inverse de celui de Enrico Macias.
Ainsi, Pierre Ghenaïssia, né à Cherchell, a rejoint les maquis du FLN en mai 1956 dans la région du Dhahra, entre Ténès et Cherchell. Il est mort au maquis un an plus tard dans la région de Chréa, près de Blida, comme combattant de l’ALN. A l’indépendance de l’Algérie, une rue de Ténès, sur la côte ouest, a été baptisée à son nom. Quelques années plus tard, elle a été rebaptisée rue de Palestine!
In Le Quotidien d’Oran


Le retour de Regina, une lumière d'Allemagne

Belle surprise ce matin, dans mon messenger, je reçois une visite totalement inattendue et complètement inespérée. Qui frappe à l...