jeudi 21 mai 2020

Le retour de Regina, une lumière d'Allemagne




Belle surprise ce matin, dans mon messenger, je reçois une visite totalement inattendue et complètement inespérée. Qui frappe à la porte ? C’est Régina Keil-Sagawe…en personne…et en plein confinement. Elle vient nous rejoindre dans cette tribu qui avance et qui espère. Je compte sur vous toutes et tous mes ami(e)s pour lui réserver l’accueil qu’elle mérite…Simplement…en lisant l’article que je lui ai consacré, voila 9 années, vous allez comprendre combien cette Grande Dame est si proche de nous et combien elle nous est familière…


Tigditt : Une Allemande en pèlerinage

C'est surtout grâce à Regina Keil-Sagawe que des romanciers aussi talentueux que Mohamed Dib, Mouloud Féraoun, Tahar Ben Jelloun, Yasmina Khadra ou Rachid Boudjedra sont parvenus à se glisser dans la langue de Bismark et de Heigel. 

C'est en compagnie de Habib Tengour, auteur romancier et enseignant universitaire en France, que la séduisante Regina Keil-Sagawe vient d'effectuer un fructueux séjour sur les berges asséchées de Aïn Sefra. Celle qui, depuis bientôt 15 ans, s'applique dans une quasi dévotion à faire connaître la littérature maghrébine d'expression française chez les cousins de Goethe et Nietzche. Invitée dans le cadre de "Tlemcen capitale de la culture islamique", elle n'hésite pas un seul instant à suivre à la trace l'enfant terrible de Tigditt, dont elle a traduit plusieurs ouvrages. L'ayant croisé lors du salon du livre de Paris en 1987, Régina Keil s'est attelée d'emblée à faire découvrir cette littérature jusque-là totalement inconnue du public allemand.

C'est surtout grâce à elle que des romanciers aussi talentueux que Mohamed Dib, Mouloud Féraoun, Tahar Ben Jelloun, Yasmina Khadra ou Rachid Boudjedra sont parvenus à se glisser dans la langue de Bismark et de Heigel. Mais, auparavant, Régina s'est fait violence en partant à la découverte de la sève nourricière de cette littérature qui, en plus de véhiculer un vécu spécifique, se permet de le transmettre à travers une langue d'emprunt.Ce sont ces contraintes qu'elle a pris un malin plaisir à étaler avec volubilité face aux étudiants de français de la faculté des lettres de Mostaganem. Venus fort nombreux, ils ont eu beaucoup de peine à trouver place dans cette minuscule salle du Chemin des Crêtes, siège de l'ex-Institut de Chimie.

Une indispensable alchimie des mots
 
La littérature maghrébine lui doit, entre autres, une anthologie de 400 pages, avec en offrande pas moins de 60 textes empruntés à 35 auteurs maghrébins. Aux élèves qui l'écoutaient religieusement, elle a conté les multiples contraintes inhérentes à la nécessaire transposition d'un vécu particulier vers une langue et une culture d'accueil dépourvues des indispensables passerelles. Elle n'a pas omis de souligner le nombre incalculable d'écueils qu'elle a contournés afin de garder à la poésie originelle sa sensibilité et son ancrage. Mais l'instant le plus sensible sera la visite du vieux quartier de Tigditt où la sémillante allemande a retrouvé non sans émotion les lieux où vécurent ses héros d'emprunts.
À chaque évocation d'un toponyme, elle se replongeait instinctivement dans l'œuvre originelle, démontrant ainsi sa profonde imprégnation de cette culture. Au point d'en épater l'auteur lui-même. Plus qu'un voyage initiatique, cette visite de Régina ressemblait plus à un retour aux sources. C'est dire à quel point la complicité entre l'auteur et sa traductrice a été fusionnelle. Une fusion sans laquelle toute traduction ne serait point un simple verbiage mais plutôt une suave et savante alchimie des mots.
Publié dans El Watan le 01 - 06 - 2011

samedi 16 mai 2020

Les mirages de l'agro saharienne


 Toutes les vérités agricoles ne sont pas bonnes à dire. L'engouement des plus hautes autorités du pays pour l'agriculture saharienne a de quoi inquiéter. Pourtant, à travers les médias et les réseaux sociaux, on ne tarit pas d'éloges...un consensus aussi large est par nature suspect. Surtout lorsqu'on apprend la création en pleine pandémie covique, la création d'un organisme pour piloter l'agriculture saharienne...Nous sommes encore quelques uns à garder un zeste de lucidité et de bon sens. Ici, une très pertinente contribution de l'expert Akli Moussouni...que je partage dans le fond et dans la forme...en attendant l'arrivé des premiers cargos chargés de céréales ramenées depuis la Beauce...pour ne pas déroger à la règle....entretemps, des fellah isolés dans la région de Saïda continuent de moissonner avec des faucilles...comme au moyen age...


Akli Moussouni (expert agronome) : « L’agriculture saharienne n’est pas une alternative, mais une opportunité à exploiter »

Algérie ECO du 16 mai 2020 / 10 :00

Dans cet entretien, l’expert agronome M. Akli Moussouni répond aux questions d’Algérie-Eco au sujet du secteur agricole en général, et de l’agriculture saharienne, qui fait le devant de l’actualité nationale, en particulier. A ce propos, M. Moussouni estime : « Il ne faut pas considérer que l’agriculture saharienne est une alternative, mais c’est une opportunité à exploiter (…) ».

Algérie Eco : Face à cette double crise économique qui s’abat sur le pays, par rapport à la baisse des recettes pétrolières et au Covid-19, Comment appréciez-vous les orientations et les décisions des pouvoirs publics pour faire face à cette situation, notamment par rapport à la sécurité alimentaire ?

Akli Moussouni : Devant un danger imminent qui guette l’équilibre socio-économique du pays par rapport à la décadence des recettes pétrolières, sa seule planche de salut depuis l’indépendance, les   pouvoirs publics sont pris en otage à tous les niveaux des structures administratives sensées gérer ce secteur, par une incompétence flagrante, dont le seul souci est de rester aux commandes quitte à affamer toute la population. Non seulement on ignore les causes qui ont mené à l’insécurité alimentaire totale du pays, on continue à mener en bateau tout un Etat à qui on fait passer des décisions basées sur de fausses analyses, pour lesquelles on a fabriqué des chiffres donnant le tournis. On a prévu en 2019 de mettre fin à l’importation du blé dur et on a entamé une série de commandes d’importation de milliers de tonnes en 2020! Manipulation des chiffres est la seule « entreprise » de fonctionnement de ces structures qui au lieu de faire leur mea culpa, par rapport à ce qui était entrepris jusqu’alors en termes de politiques agricoles insensées, on continue à mener en bateau le centre névralgique des décisions auxquels on a fait avaler des couleuvres avec un plan d’action virtuel et la création d’un office sauveur d’une agriculture saharienne déjà malade de décisions des administrations existantes (INPV, ITELV, ITGC, ITCMI, ITAFVINSID, ONTA, HSDS, CGA, ITAS…etc), qui n’ont rien fait ni au Nord ni au Sud. C’est donc un défi qui s’impose au pays, pour nourrir 45 millions d’habitant et se passer du pétrole.

Les pouvoirs publics semblent s’orienter vers le développement de l’agriculture Saharienne présentée comme le rempart du secteur agricole en Algérie. Quel est votre avis là-dessus et quelle est la réalité de cette agriculture?


J’ai la nette impression que M. le ministre délégué à l’Agriculture Saharienne et des montagnes, invité de la rédaction de la chaîne 3, ne savait où donner de la tête, car à la 1ère question de la journaliste qui lui disait si « le sud pourrait compenser le déficit en production ? » il était affirmatif, comme quoi le sud va produire tout ce que nous importons, en l’occurrence tous les produits de large consommations pour un montant de 8 milliards de dollars. Cette affirmation délirante, vient couronner l’ignorance totale des causes qui ont mené à cette dépendance totale du pays des produits et intrants étrangers, et l’ignorance des solutions à mettre en œuvre. Devant cette situation inédite, on fait dans la fuite en avant par le lancement d’une entreprise frauduleuse pour laquelle on a fabriqué des chiffres et créer de nouveaux services pour l’accompagner. On est en train de mener en bateau, tambour battant l’Etat et l’opinion publique. Pour moi, c’est toute l’agriculture algérienne qu’on tente de reproduire au Sahara, où elle rendra son dernier souffle. C’est une situation inédite dans les annales de l’économie mondiale où l’on fuit la nature clémente pour affronter ses conditions extrêmes dans une autre région du pays.

Quel est vraiment le potentiel de l’agriculture Saharienne en Algérie? Et quelles sont les difficultés que pose cette agriculture, sachant que le climat est très chaud au sud du pays?

Il y a l’agriculture oasienne traditionnelle, en étages, qui avait servi d’agriculture de subsistance depuis la nuit des temps, aux populations sahariennes. Il y eut des réseaux d’irrigation qui s’étendaient sur des milliers de kilomètres dont les célèbres foggaras ; Ces oasis reparties sur une surface globale de 80.000 Ha environ selon la littérature.  Dans son sous-sol le Sahara cache l’un des plus grand réservoirs d’eau douce connu sous le nom de l’Albien, presque non renouvelable, mais dont la répartition spatiale ne coïncide pas vraiment avec la répartition des sols. L’autre handicap est qu’une partie importante de ces réserves d’eau aquifères est saumâtre, donc inutilisable à la longue. Il y eu incitation ces derniers temps à l’investissement dans les zones sahariennes et steppiques un peu plus au nord, mais toutes ces mises en valeur ont été opérées sur un coup de tête de promoteurs avec un large soutien financier de l’Etat. C’est une entreprise dévastatrice qui s’était opérée sans planification dans des conditions opaques ou la corruption, le détournement, les passe-droit ont été tolérés à outrance. La « Générale des concessions agricoles » (GCA) en est un triste exemple dont la célébrité, consiste à qui profiterait le plus des deniers publics. La très faible minorité qui s’en est sortie difficilement n’a même pas bénéficié de l’encadrement technique. La panoplie d’instituts de recherche et d’encadrement techniques « n’ont pas exécuté leurs programmes, car ils n’ont pas été sollicités par les acteurs » selon les dires du ministre de l’Agriculture saharienne lui-même ex-directeur de l’INRA. Comme quoi, en réalité il n’y a jamais eu de programme. En conséquence, personne ne sait exactement quelles sont les potentialités agraires de ces zones, dont les conditions climatiques sont extrêmes. Ain Salah est la zone la plus chaude au monde selon la littérature. Des quantités astronomiques d’eau et des étendues en milliers d’hectares de sol ont été perdues presque à jamais par rapport à une anarchie des plantation et l’irrigation avec de l’eau salée.  L’échec du programme de plantation du million d’hectares d’olivier est un autre échec, du fait qu’on a tenté de délocaliser cette filière de son fief en l’occurrence le littoral méditerranéen vers un contexte saharien où chaque hectare consomme 10.000 litres d’eau pour des rendements très faibles, au lieu de la développer sur son site naturel. C’est valable pour toutes les autres spéculations.
Il ne faut donc pas considérer que l’agriculture saharienne est une alternative, mais c’est une opportunité à exploiter à travers des exploitations modulaires dont la taille et la vocation ne peuvent être déterminées qu’en fonction de l’expertise du contexte naturel de ces zones dont la priorité doit être accordée aux cultures sahariennes, plus compétitives dans tous les cas de figure, en étant dans leur royaume naturel. Ce qui ne peut se faire conjoncturellement comme toutes les aventures qu’on a fait subir à cette partie du pays.

Dernièrement, le président de la république Abdelmadjid Tebboune a déclaré, que l’agriculture Saharienne « peut contribuer à la réduction des importations et qu’elle est « capable de satisfaire les besoins nationaux en sucre et en huile ». Il a également parlé de l’élargissement de la culture céréalière aux régions du sud afin de réduire les importations de 20 à 30%. Que pensez-vous de ces propos?

Monsieur le président de la république, n’est pas un agronome, il a donc déclaré ce qu’on lui fait dire dans l’irresponsabilité totale et on lui a fait faire créer de nouveaux offices et autres unités de recherche sans lui avoir dit que celles qui existent n’ont jamais produit quoi que ce soit, ni pourquoi on n’a jamais exploité des centaines d’expertises payées très chèrement par le trésor public. On ne lui a pas dit qu’on ne savait même pas pourquoi elles ont été créées, ni pourquoi les agriculteurs ne les ont jamais sollicités. A-t-on évalué le potentiel exploitable et déterminer les avantages comparatifs en faveur de ces zones pour dire qu’elles seraient capables de satisfaire les besoins du pays en sucre et huiles de graine oléagineuses ???? Comment expliquer alors que le BNEDER a raté l’implantation durable des investissements déjà réalisés mais abandonnés quelques années après, transformant des zones entières en un environnement horrible, dans la plupart des cas mis en vente.
La culture des céréales est techniquement possible, mais pourquoi courir indéfiniment derrière un culinaire déséquilibré par rapport à la consommation à outrance de cette denrée dont le niveau dépasse plus de 2 fois la moyenne mondiale (271 Kg par Habitant contre 130 Kg dans le monde). Là encore pourquoi ne pas opter pour les farines noires (orge, seigle… etc) plus résistante aux conditions climatiques et plus confortables pour la santé et plus rentables et d’un large usage. Ne faut-il pas mettre en place d’abord une politique de nutrition pour déterminer la ration équilibrée que doit consommer la famille algérienne en fonction de l’offre de notre contexte naturel, avant de courir derrière un état de fait résultant de décisions prises au grès du hasard.

Le ministre délégué chargé de l’agriculture Saharienne et de montagne, Fouad Chahat a fait savoir, récemment, que 250.000 hectares identifiés au sud du pays peuvent être rapidement mis en exploitation. Quel est votre avis à ce sujet?

Il a parlé plutôt de 1,8 million, de 1 million, de 800.000, de 200.000, de 250.000 ha ….etc. On a déclaré aussi que l’agriculture saharienne procure au pays l’équivalent en production de 6 milliards de dollars, couvrant 30 % des besoins du pays. Comme quoi ces terres produisent 8 fois plus que les meilleures terres européennes. L’analyse arithmétique de ces chiffres fait ressortir que cette agriculture saharienne couvre approximativement 10% des besoins du marché national, mais en même temps on projette de couvrir le déficit compensé par l’exportation ! On a déclaré aussi qu’on a mis un terme à l’importation du blé dur à partir de 2020, et juste après on fait une commande de près de 50 millions de quintaux avant même d’achever le 1er semestre de cette même année ! Une sorte de diversion qui vient de reproduire exactement la fameuse histoire de l’exportation de l’orge qu’on avait réimporté quelques semaines après. On a même déclaré qu’on va lancer dès la campagne prochaine (Septembre 2020) la plantation de cultures industrielles, tout en oubliant d’avoir lancé tout récemment une campagne de récupération de 3,5 millions Ha de terre (essentiellement au Sud) qui n’a pas été travaillée  et  ouvert une enquête au niveau de chaque wilaya pour connaitre les raisons de l’inexploitation des autres terres, pour « Apurer une situation kafkaïenne ou plus personne ne savait ce qui se passait sur le terrain » selon les propres déclarations de Monsieur le ministre délégué à l’agriculture saharienne en tant qu’invité de la rédaction de la chaine 3. Il faut retenir aussi que le reste de l’agriculture, c’est à dire l’essentiel, n’est concerné pour le moment par aucune réforme ni décision ni vision projection. Curieusement on a fait la sourde oreille par rapport à la menace générée par la pandémie du coronavirus sur l’insécurité alimentaire mondiale, dans un pays qui ne dispose de presque rien pour affronter cette situation.

Après une baisse qui a duré plusieurs mois, les prix de la viande blanche ont connu ces derniers jours une flambée soudaine. Selon vous, quelle en est la raison?

C’est, soit des prix très bas qui détruisent le potentiel investissement, où des prix exorbitants qui lessivent la bourse des ménages dont le pouvoir d’achat est largement malmené par l’inflation d’une économie abracadabrante. Cette situation, touche pratiquement tous les produits agricoles du fait qu’ils ont été générés dans l’anarchie totale par rapport notamment à l’offre et la demande. A présent, dans le cas de cette flambée du prix du poulet, il faut retenir que les professionnels de cette filière ont subi une perte sèche durant presque une année par rapport à des coûts de production dopés par la cherté de l’alimentation, de l’énergie et des produits phytosanitaires. Ce qui a fait que plusieurs de ces opérateurs ont jeté l’éponge, donc plus de production. Ceux qui avaient plus de moyens ont continué en offrant moins de quantité sur le marché ce qui fait cette remontée spectaculaire du prix. Ce qui va permettre à ces derniers de récupérer une partie de leur perte, sans compter sur l’intervention de l’Office National d’aliment de bétail (ONAB), qui vient casser ces prix, aggravant de fait la situation de cette filière, qui elle-même pose problème à l’économie du pays en dépendant à 100% des intrants d’importation. C’est toute cette « bouillabaisse » qui se reproduit indéfiniment qui fait la problématique de l’économie agricole.
En dépit des potentialités dont il dispose, le secteur agricole en Algérie demeure sous-développé. Pour quelles raisons selon vous?
Ce secteur ne peut évoluer lorsque sa dynamique n’est pas inscrite à des objectifs économiques.  Aucun fonctionnaire de ce secteur n’est obligé de produire, mais aussi aucun agriculteur n’est obligé d’agir dans un cadre organisé. On n’a jamais mis en place des filières dans le vrai sens du terme. C’est une activité de subsistance ou chaque opérateur se débrouille pour se créer un plan de charge et écouler ses produits là où il est possible. Il n’est sûr de rien jusqu’au moment où il a perçu son argent. Donc aucune visibilité commerciale. Les pouvoirs publics de leur coté n’ont aucun programme, ni vision à termes. Ils agissent après chaque événement pour rééquilibrer sous la pression constante du consommateur, un marché imprévisible. En l’absence de cette notion de filière, les pouvoirs publics d’une part et les milliers d’opérateurs d’autre part, jouent à « cache-cache ». Il y a toujours un perdant ou les 2 sont perdants, mais jamais « Gagnant-Gagnant » puisque les 2 parties ne sont liées par aucun partenariat en dehors du consommateur, qui sert de vase communiquant.

Selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour redonner au secteur agricole sa place de secteur économique?

Nous avons conçu dans notre cabinet de « Recherche – Développement » un schéma  d’organisation de ce secteur, dont la récupération de la sécurité alimentaire du pays. Lequel schémas que nous avons présenté au ministère de l’agriculture qui apparemment n’est pas intéressé, probablement qu’il a d’autres chats à fouetter.
 https://www.algerie-eco.com/2020/05/16/akli-moussouni-expert-agronome-lagriculture-saharienne-nest-pas-une-alternative-mais-une-opportunite-a-exploiter
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jeudi 7 mai 2020

La preuve par la Courgette


Plongé dans mes souvenirs, entre deux corrections du dernier manuscrit, probablement le plus intime...voilà que la conjonction des étoiles du confinement et du Ramadhan m'incite à revisiter un vieux manuscrit que j'avais un peu délaissé. Pourtant, il constitue, sans aucun doute, une généreuse contribution à une meilleure connaissance de l'agriculture indigène...Juste pour souligner avec forces arguments, que nos ancêtres n'ont pas attendus la venue d'un quelconque envahisseur, pour subvenir aisément à leurs besoins alimentaires. L'ouvrage est bien entendu ouverts à l'ensemble des fellah et des agronomes qui ont une expérience particulière à faire partager. Moi même, j'y apporte ma modeste contribution, en focalisant sur des aspects inédits de la pratique agricole...

Pourquoi illustrer cette contribution par un légume somme toute, banal? Tout simplement parce que la courgette est le végétal le plus rapide du règne végétal...et que pour sa fructification, il a besoin d'un auxiliaire...car le végétal porte deux fleurs...c'est juste pour vous ouvrir l'appétit...car, cet exemple est symptomatique de la trame de cette ouvrage: donner des recettes d'une élégante simplicité...afin d'améliorer très sensiblement les rendements...et pas uniquement en surdosant les pesticides et les engrais chimiques...

En voici une partie de l'avant propos.









Rentré presque par hasard dans l’agronomie, du temps où, l’Algérie, mon pays, mais aussi le vôtre, cultivait de très grands espoirs. Avec d’autres jeunes de ma génération, nous avons formés les premières brigades d’ingénieurs agricoles dont le pays avait grandement besoin. C’était la grande aventure de l’ITA de Mostaganem qui commençait dans une euphorie introuvable de nos jours. Un matin de février 1971, alors que nous venions de rentrer précipitamment au bercail -écourtant alors le stage d’imprégnation, d’une dizaine de jours-, nous sommes conviés à accueillir feu Tayebi Larbi, le ministre de l’agriculture. Alors que plus de 400 élèves ingénieurs de la seconde promotion lui faisaient une somptueuse haie d’honneur, lui affichait une mine des jours sombres. Un contraste saisissant que je me faisais un grand honneur d’éterniser grâce mon appareil photo soviétique que j’arborais fièrement. Accompagné de Hadj Benabdallah Benzaza, le DG, de Si Ahmed Si Salah, le DP, de Djenidi Ayachi, le directeur des stages, de Mohame Sennoussaoui, le wali et du longiligne Dr Djelloul Benderdouche, en sa qualité de maire de Mostaganem, il si dirigeât droit vers le studio 2 de la télévision interne à l’ITA. Grace à mon appareil photo, je me suis fait admettre sans peine dans le studio, tandis que mes camarades rejoignaient les salles de classes pour écouter l’allocution du ministre. L’air grave comme s’il présidait une cérémonie funéraire, il ajusta ses lunettes sur son nez, redressa d’un geste sec les pans de son burnous et entama son discours par un percutant «Messieurs, je suis déçu » qui fera se glacer le sang dans mes veines, à tel point que sans que personne ne vienne m’apostropher, j’ai rangé subrepticement mon appareil photo et me suis tenu droit comme une règle, non loin de la porte insonorisée que j‘avais interdiction d’ouvrir, si bien que j’ai eut à subir son discours dans un silence religieux, regrettant de m’être introduit dans le studio. Me reviennent encore ces paroles «nous voulons des hommes, purs, sûrs et durs », une tirade et une profession de foi qu’aucun ingénieur de la seconde promotion n’oubliera de sa vie. La libération ne viendra qu’à la fin d’un discours historique, dont personne n’avait encore compris les motivations et les intentions. Mais tout le monde savait que l’instant était gravissime.


 Une fois libéré de cette douche froide à laquelle personne n’était préparé parmi les élèves ingénieurs, nous nous sommes retrouvés sur l’immense esplanade, les regards fuyants, les esprits hagards ! Le discours était d’une telle violence que nous nous sommes mis à culpabiliser sans vraiment savoir les tenants et les aboutissants. Certes, nous avions un indice depuis la veille, à l’arrivée restaurant pour le diner, nous avions constaté qu’aucun camarade de la première promotion, nos prédécesseurs, n’était là. Nous avions mis ça sur le système de la formule de « l’alternance entre les couts théoriques et le terrain », les structures pédagogiques n’étant pas encore prêtes pour accueillir plus de 500 élèves, soit une promotion à la fois, d’où un chassé-croisé à travers les stages dans les domaines de l’autogestion. Le jour même de notre retour, ce sont nos camarades de la première « promo » qui étaient envoyés en stage. Dans la réalité, ce stage n’était pas prévu, tout comme le notre avait été écourté d’une dizaine de jour. La raison, c’est que nos ainés avaient organisé une grève qui n’avait pas été appréciée en haut lieu. J’apprendrais plus tard, de la bouche de Hadj Benabdallah Benzaza, que Boumediene avait piqué une crise en apprenant ça et qu’il avait ordonné que les 500 élèves ingénieurs de la P1 rejoignent les casernes pour y effectuer leur service national. L’armée avait tout prévu et c’est un miracle si Tayebi Larbi était parvenu à convaincre Boumediène de sursoir à sa décision. Après réflexion, sur proposition de Benzaza, on était parvenu à un compromis : envoyer en stage les élèves de la P1 et écourter celui de la P2. Nous n’y avions vu que du feu, jusqu’à cette visite surprise du ministre et son discours martial. C’est donc dans ce climat tempétueux que nous avions entamé une formation pour constituer les premières escouades d’ingénieurs d’application dont le pays avait grandement besoin, d’autant que l’institut d’El Harrach, hérité de la colonisation, ne mettait sur le marché que quelques dizaines d’agronomes, alors qu’il en fallait des milliers pour encadrer l’agriculture et lui assurer un développement à la mesure des ambitions de l’époque, c’est à dire assurer au pays une véritable sécurité alimentaire. 


Si la formation assurée par l’ITA est parvenue à combler le déficit abyssal en cadres, il est douloureux de constater que malgré des avancées réelles, l’agriculture algérienne, pour des raisons endogènes et exogènes, n’a pas atteint cet objectif. Force est de constater que ni les performances zootechniques, ni les rendements en céréales ne sont parvenus à réduire la dépendance des marchés extérieurs. En effet, mis à part de rares maraichers – pomme de terre, oignons et autres plantes potagères-, le marché algérien accentue chaque année le recours à l’importation. Est-ce à dire que l’affaire est entendue, comme le laissent accroire de nombreux analystes indigènes et exotiques ? Nous sommes quelques uns, pour la plupart des purs produits de l’ITA, à travers de nombreuses expériences et à la lumière de l’émergence d’un véritable entreprenariat agricole national, plus privé que public, à raisonnablement penser que la partie n’est pas encore jouée. Et qu’il y a un réel espoir de contredire les oiseaux de mauvais augures et les sempiternels donneurs de leçons, qui crient sur tous les toits que l’affaire est pliée, que le potentiel agricole du pays est loin de la saturation que l’on évoque à travers une profusion de publications, de conférences et de déclarations dont la rationalité est plus que douteuse. C’est donc avec un groupe d’agronomes chevronnés, dont la plupart comptabilisent plus de 40 années d’expériences à tous les niveaux de la chaine, que nous nous sommes attelés à rédiger cet ouvrage collectif qui retracera la longue et séculaire pratique agricole des paysans Algériens, depuis les premiers balbutiements du néolithique jusqu’à l’avènement de l’irrigation localisée, des engrais solubles, des pépinières de plants maraichers et des cultures d’algues qu’un opérateur avisé est en train de mettre en place dans ses fermenteurs de la plaine de la Mekerra. L’ouvrage s’appuiera autant que faire se peut, autant sur des expériences abouties sans pour autant négliger les échecs avérés. Il se ponctuera par l’esquisse de ce que devrait être l’agriculture algérienne de la prochaine décennie. Les adaptations, voire les changements qui sont suggérés participent d’un bon sens et d’une réelle connaissance de nos forces et  faiblesses. Cette échéance est importante à plusieurs titres. Le pays, en dépit des discours redondants sur la nécessaire sécurité alimentaire continue de consacrer plus de 60 milliards de dollars à l’importation de biens de consommation, dont plus de 10 Mds vont à la seule facture alimentaire ; ceci grâce à une embellie financière que procure l’exploitation soutenue – déraisonnable ?- des hydrocarbures. Une ressource naturelle dont l’épuisement est acté. 

En dépit des divergences sur les réserves, il apparaît de manière irréfutable que le recours à l’exploitation du gaz de schiste – avec les risques sur l’environnement et la destruction des précieuses nappes aquifères que cela ne manquera pas d’entrainer- n’est qu’un palliatif incertains ; c’est pourquoi, il apparaît la nécessité d’une réflexion sereine sur les rôles des agriculteurs et des techniciens dans la mise en place progressive d’une autre démarche qui tienne compte à la fois de nos potentialités connues et méconnues, que recèle notre agriculture. Ceci ne pourra se faire sans une réappropriation par l’état de ses terres les plus fertiles dont la nation aura hérité suite à l’accession du pays à l’indépendance qui a provoqué le départ synchronisé des anciens colons. Terres qui furent versées au domaine public à travers la promulgation, dès 1963, des textes portant nationalisation des terres agricoles. Un domaine de plus de 2 millions d’hectares, dont une grande partie est actuellement codifiée par un statut hybride qui ne permet toujours pas une exploitation rationnelle, éloignée de tout dogmatisme de façade, d’une ressource considérable qui est largement mal exploitée et trop souvent sous exploitée. Héritage légitime d’un système séculaire d’exploitation collective, ces terres furent l’objet d’un séquestre de la part de la puissance coloniale. Une exploitation qui fera la part belle à une économie de type colonial, qui, profitant d’un soutien généreux du trésor public français, imposera un panel de cultures qui feront le bonheur des exploitants pieds noirs, au détriment de l’agriculture métropolitaine et de celle indigène. Cette dernière se caractérisant – et ce à travers les siècles- par une diversité et une ténacité qui fera souvent les beaux jours des puissances coloniales, depuis l’antique Rome, jusqu’à la colonisation française en passant par l’empire ottoman qui prépara avec abnégation et régularité la colonisabilité du Maghreb au début du XIXème siècle. La déferlante phylloxérique qui emporta le vignoble hexagonal à la fin du 19ème siècle sera largement mise à profit par la paysannerie pied-noir pour imposer un renforcement sans précédent de la sphère viti-vinicole,au point où entre les deux guerres, l’Algérie parvenait à écouler sur le marché Français, plus de 22 millions d’hectolitres de vins, sans parler de quelques 600.000 tonnes de produits agricoles et plus de 150.000 tonnes d’agrumes, dont la fameuse clémentine, sans doute la première variété apyrène au monde que l’on doit à la perspicacité d’un fellah indigène, contrairement à la légende largement partagée qui en attribue la paternité à un religieux de la région de Misserghin. C’est aussi pour rétablir l’histoire  des réalisations agricoles de ce pays que cet ouvrage collectif devait paraître.
 Aziz MOUATS





Le retour de Regina, une lumière d'Allemagne

Belle surprise ce matin, dans mon messenger, je reçois une visite totalement inattendue et complètement inespérée. Qui frappe à l...