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Retour en Algérie




Jeudi 20 Mars 2014
"C'est un documentaire à ne pas manquer. Il raconte le voyage en Algérie d'anciens appelés, leurs rencontres là-bas et leur voyage intérieur, leur drame intime. Il passe samedi 22 mars à 15H20 sur France 3 Bretagne et lundi 24 mars à 8H50 dans " Des histoires et des vies " sur France 3 Pôle Nord-Ouest. En attendant de le voir en salles, on peut aussi acheter le DVD…


Leurs visages burinés se détachent sur le fond sombre de l'écran. Leurs yeux qui nous regardent droit, se mouillent parfois. Leurs voix tremblent et s'arrêtent en un silence qui nous serre la gorge. Ils racontent leur guerre, celle que, de l'autre côté de la Méditerranée, les algériens appellent la guerre de Libération.

Dès les premières images, le documentaire d'Emmanuel Audrain  « Retour en Algérie » vous prend aux tripes. 
 «
 En 2013, notre petite équipe a accompagné les trois voyages de l’Association, explique-t-il, trente-cinq jours en ce qui me concerne. Avec un matériel très discret, nous avons filmé du mieux que nous avons pu... Pour nous rendre compte, au stade du montage, que le vrai voyage de ces hommes, était bien sûr leur voyage intérieur. Celui qui va de leurs 20 ans à aujourd’hui. Ce long chemin où, avec cœur et intelligence, ils ont su retrouver l’estime d’eux-mêmes.  »

Refuser l'argent de la guerre

« J'avais 20 ans. En 1958,  je suis parti à la guerre en Algérie, avec le peu de culture que j'avais eu par la JAC », la Jeunesse agricole catholique. « Je ne savais pas ce que j'allais faire là-bas. J'ai appris à manier les armes, surtout à obéir. On te mate. Tu vois la misère, tu vois la mort, tu vois la torture surtout, et puis le temps passe…  » racontait Rémi Serres   en juillet 2011, lorsque nous l'avions interviewé. 


Une fois de retour en France, « personne ne te posait des questions. Ils n’étaient pas à l’aise avec cette guerre. J’avais l’impression qu’ils voulaient l’ignorer. De temps en temps, il y avait quelques morts, il y a eu 30 000 morts quand même, mais on ne t’en parlait pas. Il n’y avait personne pour t’écouter...  J’étais malheureux : tu pensais retrouver ton pays et tu ne retrouves pas ton pays. Ton pays ne participe pas aux souffrances que tu as eues. Beaucoup sont revenus détraqués de la tête. » 

Une chape de  plomb leur tombe sur le coeur : la honte et la douleur refoulées. Epouse, enfants, petits-enfants dans l'ignorance d'un épisode qui les a marqués à vie.

Au moment de toucher sa retraite de combattant, trop, c'est trop, se dit Rémi Serres. Lui et d'autres refusent cet argent de la guerre. Ils la collectent et la redistribuent à des associations algériennes. Mais, surtout, ensemble, ils osent la parole. Les mots de la douleur et de la honte sortent enfin après 50 ans de silence.


Osez dire non

L'idée du film naît en 2008 lors de l'assemblée générale de l'association qu'ils ont créée, 4ACG
« Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre » dont la présidente d'honneur est Simone de Bollardière, la veuve du général, militaire le plus décoré de la France Libre et la seule voix à s'élever contre la torture.

« Nous l'admirons, disent les anciens appelés, parce qu’il a su désobéir. Il a osé dire Non.  Le plus dur, pour nous, ce n’est pas tant ce que nous avons fait… que ce que nous n’avons pas fait. Les actes de résistance que nous n‘avons pas posés. Ou, pas assez. »   

 Le sens du bien commun

Dans son précédent film « Le Testament de Tibhirine », diffusé sur France 3 en 2006, « à une heure très tardive », trois des sept moines avaient fait la Guerre d’Algérie... 
« Eux aussi en avaient été durablement marqués, explique Emmanuel Audrain. En revenant vivre en Algérie, ils avaient accompli un désir très profond. Les moines, comme les « Anciens Appelés en Algérie Contre La Guerre », avaient su faire de cette épreuve de leur jeunesse, un élan, un tremplin, pour « plus de vie ». Les uns et les autres affirmant une même solidarité – indéfectible - avec le peuple algérien. Cette convergence m’intéresse et me touche. Découvrir chez l'autre le sens du bien commun, l'intelligence du coeur…»

« Ce qu’Emmanuel offre le plus généreusement à ceux qu’ils filment, écrit de lui le formateur cinéma Philippe Niel, c’est cette aventure du tournage qu’il paye avec son temps. « Avancer par des chemins, non connus d’avance », dit-il. Il a pour habitude de tourner, d’envoyer ou de montrer ses images sur DVD, puis de tourner encore... Ses films se font lentement. C’est un engagement, pas toujours facile à vivre économiquement. Mais ceux qu’il filme ne s’y trompent pas ; ils apprécient ce respect et s’étonnent toujours d’être allés aussi loin. Emmanuel Audrain est un habitué » 

Pour voir le documentaire

Le documentaire est produit par le Goût du Large, France Télévisions et FR3 Bretagne. Il est diffusé le 22 mars à 15H20 sur France 3 Bretagne et le 24 mars à 8H50 dans " Des histoires et des vies " sur France 3 Pôle Nord-Ouest.

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