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Tamazight s’arrime à la traduction des œuvres universelles




Deux jours durant, les participants au deuxièmes journées d’études sur la traduction « de et vers les langues et culture émergentes de tradition orale » réunis au sein de l’université de Mostaganem, à l’initiative du HCA, auront convenus de bousculer les lourdeurs administratives en convoquant la littérature maghrébine et universelle. Une manière studieuse et rationnelle afin de contourner les tentatives récurrentes de ghettoïsation

Les chercheurs associés au Haut Commissariat à l’Amazighité qui se sont retrouvés à l’université de Mostaganem dans la cadre de la seconde journée d’études les 11 et 12 octobre dernier ont axés leurs travaux sur « la traduction comme moyen de rencontre des civilisations et de développement des langues émergentes ». Ouverte en présence de Farid Berramdane, doyen de la faculté des lettres et des arts, la rencontre a été malheureusement largement boudée par la communauté universitaire locale. Pourtant, la manifestation ne manquait ni d’ambitions ni d’intérêts. Car en plus des chercheurs et enseignants algériens, on notait la participation fortement appréciée de Habib Tengour et de son traducteur attitré, le professeur Pierre Joris enseignant à l’université of Albany de New York. C’est le prolifique poète mostaganémois et son fidèle traducteur qui animeront la table ronde finale axée essentiellement sur la troisième voix/ voie de la traduction. Leur prestation sous forme de dialogue à trois entre le poète algérien ayant choisi la langue Française pour porter ses poèmes, le Luxembourgeois enseignant dans la langue de Shakespeare et « le tiers incommode ». Pour ces deux poètes traducteurs comme ils aiment à se définir, de leur expérience née une dynamique réciproque où le Français, l’arabe dialectal ou classique, l’anglo-américain et l’allemand interfèrent pour qu’émerge les langues de la traduction et de l’écriture. Assurément, les organisateurs, à leur tête le dynamique Youssef Mérahi, président par intérim du HCA, ont eut la main heureuse en accueillant ces deux fabuleux chercheurs ; donnant à cette manifestation un véritable label de sérieux et d’efficacité. Car il leur en aura fallu de la perspicacité pour tenir cette manifestation, sachant qu’hormis l’université de Mostaganem qui aura tenue ses engagements, l’administration locale aura surtout brillé par un lâchage que le changement du chef de l’exécutif de la wilaya ne peut à lui seul ni justifier ni excuser. Ce que ne manqueront pas de souligner avec force nos interlocuteurs du HCA, qui paraissaient rodés à ce genre de défections de dernière minute. Mais comme le souligneront de nombreux participants, ce sont les absents qui ont toujours tort. Il est vrai que pour ceux qui ont pris le pli de confiner l’amazighité au folklore clinquant, la qualité des interventions, la sérénité et la richesse des débats, la profondeur et la subtilité, voire parfois la gravité des sujets abordés laisseront chez celles et ceux qui les ont suivis et animés un profond sentiment de plénitude et de maturité. Car avec des moyens dérisoires, face à une adversité sourde et terriblement frondeuse, les animateurs de cette mission parviennent parfaitement à avancer tout en évitant à la fois les traquenards et les sentiers battus. En effet, lorsque des traductions des quatrains de Omar Khayyam, du « Petit Prince » de St Exupéry ou « Le fils du pauvre » de Mouloud Feraoun sont proposées au public berbérophone, il n’est plus permis de douter de la volonté du HCA de faire sortir le Tamazight de l’ornière dans laquelle des milieux hostiles tentent de le confiner. D’ailleurs les organisateurs ne s’y tromperont pas. Dans leur brochure de présentation, ils souligneront que leur démarche s’inspire de la grande civilisation musulmane qui n’a réussie à s’affirmer qu’en s’appliquant à traduire « des œuvres grecques, indiennes et persanes, ajoutant que « sans la traduction des œuvres arabes en latin, puis dans les langues européennes, la révolution scientifique et technologique du monde moderne n’aurait pas eut lieu ». La référence aux langues latines est loin d’être fortuite, surtout que durant les dernières semaines, trois intellectuels algériens avaient commis des écrits qui ont profondément interpellés, voire révoltés, de larges pans de la population berbérophone du pays. D’emblée, c’est le Pr. Mohand Akli Haddadou qui parlera de l’exemple du monde musulman, soulignant l’apport de la traduction et du travail des traducteurs à la renaissance européenne. Moussa Imazarène abordera la question cardinale des différences entre les langues, les cultures et les civilisations qui sont autant d’obstacles que le traducteur doit nécessairement éviter pour passer d’une langue à une autre. Massika Senouci de l’université de Ouargla, après avoir rappelé que la langue est un pilier fondamental de la sauvegarde de l’identité individuelle et groupale, soutiendra qu’il convient de penser la traduction en langue berbère en tant que vecteur de transmissions de connaissances et de préservation de l’identité nationale. De son coté Aldjia Outaleb la complexité des rapports et apports entre les langues et de la nécessité de les comparer et de les mettre en contact.

«Feraoun est un auteur éminemment moderne »

S’inspirant de « La nuit sacrée », de Ben Jelloun, Hafidha Aït Mokhtar tente de décrypter comment les écrivains maghrébins de langue Française intègrent leur propre culture à travers le recours à leur langue maternelle et à leur patrimoine par des emprunts qu’ils insèrent dans le texte Français. Sans le dire, l’oratrice aborde le sempiternel problème de la relation entre la langue originelle et celle du colonisateur que d’aucuns considéreront souvent trop hâtivement, voire abusivement à une certaine assimilation. C’est pourquoi, lorsque durant la seconde journée du colloque, lorsque le Dr Aziri soutiendra que l’acculturation signifie la perte de sa culture originelle, il ravivera un vieux débat sur la perception que certains cercles continuent d’avoir à l’encontre de Mouloud Feraoun et de Mouloud Mammeri, deux icones de la littérature Algérienne et maghrébine d’expression Française. Après une analyse élogieuse mais néanmoins très critique du dictionnaire Tamazigh/Français du père Dallet, ouvrage incontournable pout tous chercheur, la jeune et ravissante Samia Merzouki fera une élégante énumération des nombreuses lacunes qui parsèment ce livre de 1015 pages, publié en 1982 serait truffés de lacunes, de non sens et d’erreurs que la jeune universitaire s’est appliquée à recenser, invitant les spécialistes à réfléchir à une autre version plus en rapport avec les subtilités de la langue amazigh. Vilipendant la notion d’auteur assimilé dont est affublé Mouloud Feraoun, l’oratrice renverra dos à dos les appréciations de Christine Chaulet Achour ainsi que les lourdes insinuations de Mostéfa Lacheraf. Suscitant ainsi de nombreuses réactions parmi les présents, toutes allant dans le sens de la désapprobation. Pour chacun des intervenants, Mouloud Feraoun n’est ni un assimilé, in un écrivain folklorique, ni un plumitif. Pour Habib Tengour, « il devient impérieux de relire Mouloud Feraoun en faisant abstraction des idées reçues, des anathèmes et des grilles de lecture nationalistes. Il suffit de lire son journal pour se rendre à l’évidence que dès 1955; l’auteur de « Jours de Kabylie » avait bien avant d’autres, soutenus sans ambigüités aucune le FLN et son combat libérateur. Parlant de la nécessité de traduire au berbère les textes juridiques afin de permettre aux populations berbérophone d’accéder à la citoyenneté, Noureddine Bessadi martèlera avec beaucoup de convictions que seul l’accès au droit juridique permet à une population de s’arrimer à la modernité. En marge de ces palpitantes journées, les participants ont eut droit à une exposition de plus de 150 ouvrages traduits au Tamazigh à l’initiative du HCA.

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