mercredi 20 août 2014

Deux rescapés parlent du 20 aout 55



Deux rescapés parlent de l’insurrection du 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda

Oui ! 59 ans après l’insurrection du 20 aout 1955 qui sera suivie d’une série de massacres à grande échelle, ce sont deux rescapés de l’époque qui échangent leur point de vue. L’un est pied noir, c’est Michel Mathiot, l’autre est indigène, moi, Aziz Mouats, un Français musulman, selon la formule de l’époque. Le premier habitait la centre ville et il a vécu l’insurrection de l’intérieur, l’autre habitait la campagne, plus précisément la mechta de Béni Mélek, hameau de la famille Mouats, lieu du déclenchement de l’insurrection. Ils avaient tous les deux 5 ans le jour de l’insurrection. Ils se sont rencontrés virtuellement grâce à un ami commun, Jean Philippe Balestrieri, fils de Germaine et Roger Balestrieri, dont la ferme du Béni Mélek jouxte le hameau des Mouats et qui servira de refuge à toute la tribu lorsque, le 23 aout 55, les maisons seront brulées et les hommes valides enlevés par l’armée française. Ces hommes, dont de jeunes adolescents d’à peine 14 ans n’ont jamais été retrouvés…ici un débat entamé sur le site « judaicalgéria » de Vétillard qui a commis un livre équivoque sur ces « évènements », livre qui sert de trame à ce dialogue…empreint d’une grande sérénité, presque un début d’apaisement… qui tarde à venir, alors que tous les deux, nous venons de dépasser largement l’âge du départ à la retraite…mais pas celui de l’apaisement qui ne viendra peut être jamais…car comment parvenir à l’apaisement lorsque les morts attendent une sépulture et quand les vivants attendent une délivrance qui fermera peut être plus d’un demi siècle de dénis et de mensonge…
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M. Mathiot | Lun 09 Déc 2013
Quelques remarques :
« …La population […] ne s’engage pas dans la révolution ». C’est cette constatation qui conduisit Zighoud Youssef à prendre la décision qu’il a prise. Après le 1er novembre, la population reste attentiste car ne veut pas croire à un succès de l’ALN face à la machine française, comme du reste l’avaient toujours démontré jusqu’alors les répressions aux insurrections précédentes. Les analyses démontrent néanmoins que la population est de cœur avec l’ALN. Le basculement de la population est l’enjeu majeur d’une guerre révolutionnaire. Ce basculement se fait progressivement. Les populations civiles musulmanes qui sont intervenues le 20 août n’étaient pas forcément « manifestement droguées », ni les femmes et les enfants « poussés en avant » par des djounoud poltrons. Zighoud Youssef et ses adjoints n’étaient pas nécessairement des « brutes sanguinaires fanatisées », mais pour certains des hommes politiques. Les analystes de l’époque reconnaissent déjà les premiers succès psychologiques de masse de l’ALN à l’occasion du 20 août, de par une certaine atmosphère insurrectionnelle dans les campagnes. Leurs conclusions sont déjà fort pessimistes, à l’époque. Le soulèvement des masses le 20 août procède de motivations qui ne sont pas qu’anecdotiques (l’usage du « kif », l’usage des femmes et des enfants comme boucliers, l’instinct « sanguinaire » de « hordes fanatisées », etc. Elles sont aussi et avant tout politiques.
Par défaut d’analyse, certains mémorialistes mettent en avant une lutte religieuse, alors qu’il s’agit tout bonnement d’une lutte contre le système colonial pour l’indépendance politique. Dans cette lutte pour l’indépendance, les chefs ALN utilisent le jihad comme levier de soulèvement des masses musulmanes rurales, pour faire de l’engagement de ces dernières une obligation sacrée. Elles n’en font pas une fin en soi.
Tout cela s’arguments bien évidemment.
Il est dommage qu’on nous laisse encore à lire, dans la note N°1 reprise d’un vieux texte de M. Faivre, qu’ « on peut citer 21 enfants dont les têtes sont écrasées contre les murs… ».

Bien à vous

Michel Mathiot
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VETILLARD | Lun 02 Déc 2013
Juste un commentaire sur ce 20 août ; quand je me suis penché sur cet épisode sanglant j’ai été surpris qu’il n’y ait aucune étude historique sérieuse sur le sujet, à tel point que j’ai alerté mes correspondants historiens universitaires spécialistes de la question algérienne (Guy Pervillé, Daniel Lefeuvre, Jacques Frémeaux, Gilbert Meynier...). La recherche d’une thèse, d’un mémoire, d’une communication originale sur ce sujet est restée vaine. Et ceci est également vrai en Algérie J’ai plusieurs explications mais celle qui me va le mieux est celle qui souligne que les universitaires des années 70 ou 80 très imprégnés de marxisme ne pouvaient imaginer que la lutte des classes ait été dépassée par une lutte religieuse ou nationaliste…
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Aziz Mouats à Michel Mathiot
Sam 26 Juil 2014
Très curieux cet ouvrage! Écrit par un médecin, en principe au dessus de tous soupçons- il emprunte au discours éculé des Algérianistes, perpétuant ainsi une version étriquée et fait plus grave déformée de la réalité. et très éloignée des véritables ancrages des insurgés qui ne connaissaient strictement rien ni aux drogues duces, ni aux psychotrope de dernière génération. Leur seule et unique motivation est la mise en déroute du système colonial. Je partages totalement l'analyse de Michel Mathiot sur les véritables motivations et surtout sur les véritables objectifs de l'insurrection. Il ne faut pas passer sous silence l'excellente contribution de l'historienne Claire Mauss-Copeaux, qui a réussi à replacer dans leurs véritables contextes les faits qui se sont déroulés à El Halia et à Aïn Abid. Enfin, comment ne pas être choqué par la préface que l'auteur aura confié sans sourciller au pseudo historien Guy Pervillé dont les écrits sont un viol de la conscience humaine tant ils sont empreins de partis-pris et de dénégations...dommage pour une insurrection qui aura marqué au fer rouge, la présence coloniale française en Algérie...ceci au prix de plus de 12.000 victimes, chiffre publié par le New York Times du 22 aout 1955... Aziz Mouats, rescapé de la répression de la mechta de Sidi Ahmed, Béni Mélek, lieu d'où est sont parties les deux colonnes d'insurgés à l'assaut de Philippeville, l'une conduite par Chekkat et l'autre par Lyazid Mouats...
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M. Mathiot  à Aziz MOUATS
| Jeu 14 Août 2014
En fait, Aziz, ce livre (1ère édition) est un brouillon. Je l’ai démontré. Autrement dit l’éditeur n’est pas très bon non plus. Loin d’être une référence ce livre est un épiphénomène. Mais ce qui me pose davantage problème, c’est la présence de Guy Pervillé dans cette galère. Cette présence aurait pu être plus discrète et pour tout dire, plus élégante. On ne retient de la préface que la descente en règle de Claire Mauss-Copeaux. Et pour cause, cette préface est un modèle de polémique. Et vis-à-vis d’une collègue c’est même grossier car les historiens ont l’habitude de débattre dans d’autres termes et à un autre niveau. D’ailleurs elle n’a même pas jugé bon de répondre. (Heureusement que nous sommes là…). Je ne suis pas aussi sévère que toi – mise à part cette erreur de parcours – en ce qui concerne la qualité d’historien de M. Pervillé. Ses ouvrages et ses textes me paraissent de grande valeur pour la connaissance et la réflexion. Ils sont au moins rigoureux, argumentés, contrairement à ceux des mémorialistes qui mélangent tout. On peut faire des erreurs comme tout le monde.
Attention aux chiffres chez Aziz. Par exemple le chiffre de 12 000 est une source et doit être examiné comme telle. Non pas forcément une vérité vraie. Tous les chiffres sont à prendre en compte et à critiquer en même temps. Ce qui serait grave c’est d’occulter un chiffre, ou de le défendre sans raison valable. En particulier, le livre de R. Vétillard (1ère éd.) et la préface de G. Pervillé ont inventé un chiffre de victimes tuées françaises d’origine européenne à El-Halia (j’évite de dire des « Français » car nous étions tous français, n’est-ce pas…). L’invention des 51 tués à El-Halia a servi pour discréditer honteusement Claire Mauss-Copeaux en l’accusant de vouloir minimiser ces pertes. Le vrai chiffre est de 36 (ou 37), il a été rétabli dans la deuxième édition à la suite des protestations (dont les miennes) mais cela a été fait sans tambours ni trompettes, en particulier on n’a vu aucune excuse publiée.
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Aziz MOUATS à Michel Mathiot
 | Ven 15 Août 2014
Je persiste mon cher Michel Mathiot...les chiffres sont ceux du FLN qui avait fait un recensement tout juste après l'insurrection...quelques familles ont été prises en charge par le versement d'une pension, surtout pour les orphelins à charge. Mon collègue Saci Belgat, dont le père fait partie des 19 victimes tuées au mortier non loin de la prison, ils avaient résistè toute la journée. l'autre source c'est celle publiée le lundi 22 aout 55 par le New York Times...qui avait ses correspondants partout et qui avait surtout de très bonnes sources... il s'agit des victimes de l'ensemble du Nord Constantinois, mais ça concerne essentiellement de la zone située entre Azzaba, Collo, El Arrouch, Condé Smendou, Philippeville...à SKIKDA, jusqu'au 28 aout, il y eut plus de 2.200 tués...pour ce qui est des victimes "Pied-noirs" de Filfila/ El halia, leur nombre exact est de 36, dont un disparu...là aussi les sources sont multiples, mon ami Louis Arti qui est de notre génération, amis aussi Gisèle Halimi qui a été l'avocate, avec Léo Matarasso des accusés algériens et qui a publié un superbe livre " Le Lait de l'oranger" où elle raconte avec menus détails toute cette affaire..un livre que tout algérien et tout Français devrait lire et relire...
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M. Mathiot | Ven 15 Août 2014
Parfaitement Aziz. Ce chiffre de 12 000 fait partie du débat et il ne doit pas être déconsidéré. Entre parenthèses, Matthiew Connelly dans son livre L’arme secrète du FLN, Comment de Gaulle a perdu la guerre d’Algérie, Payot, 2002, éd. Fr. 2011, se basant sur des archives américaines, rapporte même des propos de seconde main issus de conversations entre responsables français et américains (Murphy), selon lesquels « plus de 20 000 Arabes ont été tués au cours du dernier mois [cf août 1955] par les Français »… Je trouve que les historiens n’ont jamais su, ni pu, valider ni réfuter dans les règles le chiffre de 12 000. C’est d’ailleurs ce dernier point qui lui donne une certaine force. Les mémorialistes quant à eux ne se sont jamais privés de le moquer, ne sachant faire autre chose… Les autres chiffres sont tout aussi affichés sur des bases chancelantes, tant qu’il n’y aura pas eu de travail vraiment critique sur ce sujet, qui requiert selon moi l’énergie commune des historiens des deux rives et des archives des deux rives. Pour le moment, seules des études partielles type monographie d’une zone géographique peuvent apporter des éléments que l’on peut ensuite additionner à condition de donner les hypothèses. Ces considérations personnelles que je vous livre n’ôtent évidemment rien aux faits locaux, vécus, personnels, rapportés par des témoins comme celui que vous citez, sans parler de vous-même, et dont j’ai moi-même accumulé pas mal de traces. C’est pourquoi je marche sur des œufs quand je m’exprime sur ce sujet en compagnie d’un Algérien. Car je ne méconnais pas cette souffrance irréparée que la plupart des pieds-noirs persistent à nier, alors qu’eux-mêmes seraient bien placés pour la comprendre… Dans sa thèse, Sylvie Thénault, chef de file de la nouvelle génération d’historiens confirmés, s’est abondamment appuyée sur le livre de Gisèle Halimi, qui est un livre source mais qui est malheureusement voué aux gémonies par les mémorialistes, alors que S. Thénault est historienne.

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Aziz MOUATS  à Michel Mathiot

Mon cher Michel
Je suis heureux que vous et moi soyons sur la même ligne et regardons dans la même direction, celle de la réconciliation des consciences. Dans la lecture que je fais de cette histoire, j'essaie d'éviter toute forme de dogmatisme. Mon seul souci est celui de la vérité et rien d'autre. Ce matin, j'ai regardé un instant les cérémonies sur le mont Faron, commémorant le débarquement de Provence et le journaliste d'I Télé a énuméré les cimetières Américain, Anglais et...Allemand...qui sont là dans un mouchoir de poche...presque dans l'intimité...moi mon soucis est justement celui des morts, surtout des morts inutiles...dans les "deux camps"...avec JP Lledo, je suis allé à El Halia et j'ai interviewé l'un des assaillants...il me décrivait la mort horrible qu'ont subis femmes et enfants...j'en tremble encore...mais à ce moment de son récit, je ne voyais pas du tout le faciès ni la religion des massacrés, non je voyais ces femmes paisibles et ces enfants innocents...et j'étais très triste pour mon pays, le notre aussi, le votre et le mien puisque c'est ici que vous êtes nés et avez grandi...en 62/63 j'ai vu partir mes camarades d'école...j'ai vu les processions interminables, pareilles que celle des chrétiens et des Yazidi d'Irak...et je vois la France qui s'empresse de livrer des armes....comme elle soutenait la partie adverse en Syrie...j'ai la haine des politiques, surtout lorsqu'ils sont atteints d'amnésie...j'aimerais bien qu'un jour, la France de Valls et de Hollande, ou celle de Juppé et de De Villepin, nus dise où sont les charniers de mes oncles et de mon père ainsi que de mon grand père...c'est pourquoi, je ne serais jamais d'accord que l'on renie l'histoire, mais je ne blâme pas que la France, j'en veux davantage aux responsables Algériens qui ont failli, qui ont trahis...alors à quand une seule et unique commémoration de toutes nos tueries et de tous nos massacres? Sans cette épreuve, il ne faut pas imaginer un seul instant que les peuples ont la mémoire fourbe, ce qui est le cas de nos dirigeants...et puis, à travers vous, à travers Jean Philippe Balestrieri, à travers l'engagement humaniste et courageux de son père, de sa tendre maman et aussi de son grand-père Jean Balestrieri...je penses à toutes celles et tous ceux, français de toutes confessions qui ont eut un instant de lucidité...eux aussi ont le droit à une commémoration, eux aussi ont droit à l'honneur...avec votre permission, je mettrais volontiers nos échanges sur mon blog tout juste à la veille de la date fatidique du 20 aout 1955...le jour où tout a basculé...j'étais là, sur un minuscule mamelon et je regardais cette foule déchainée sortit du bois et se diriger au pas de course vers son destin...dans la foule, il y avait de nombreux hommes de ma famille...je me souviens aussi des hululement strident de mes tantes...nous avions cru à la délivrance et nous avons eut la foudre et la lame de l'armée française mais aussi nous avions eut droit à la lâcheté de certains colons...puis à la trahison de nos compatriotes...une trahison qui perdure...et qui me fait tant souffrir au point que mes propres enfants, ainsi que leur mère, ne cessent de me demander d'oublier mon passé...c'est plutôt raté puisque nous y voilà...demain, dans quelques jours, nous serons au rendez-vous de ces journées dont on ne sait si elles furent glorieuses ou sinusites...ou les deux à la fois...sanglantes, oui elles le furent assurément...et c'est pourquoi, nous avons le devoir de dire et de témoigner...merci de me tenir compagnie cher Michel...nous étions si jeunes, si frêles, mais chacun était de l'autre coté de la barrière de la mort et nous avons survécus...pour témoigner...

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Michel MATHIOT
À Moi Vendredi 15 aout 11h55 à 8h58 AM
Chez Aziz,
En fait, je viens de me payer trois chambres entièrement rénovées du sol au plafond. Cela m'a pris quatre mois et m'a obligé de mettre un bémol à l'histoire. Je suis content du résultat mais je préfère l'avoir derrière que devant moi car si j'avais su le travail que cela allait représenter, je ne sais pas si je me serais lancé... Mais c'est le porte-monnaie qui m'y a obligé.
Je me suis aussi baladé dans votre site. J'ai noté votre point de vue concernant le fameux 14 juillet. Je comprends parfaitement ce point de vue, que je n'avais pas car je ne suis pas dans la même posture. Et à la réflexion, si j'avais été un Algérien aujourd'hui, je pense que j'aurais raisonné comme vous puisque je suis à fond pour la démarche qui consiste à reconnaitre pour construire une coexixtence paisible. En fait j'ai pris des positions contraires, plutôt en opposition à la "horde" habituelle, et parce que je me tourne justement vers l'avenir et les relations Algérie-France. J'étais pour l'invitation (contrairement à la horde), mais je n'avais pas analysé la réponse à l'invitation, c'est-à-dire la posture algérienne. Finalement les deux opinions se rejoignent.
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Aziz MOUATS  
À Michel MATHIOT
Le 14 Aout 2014 à 12h25 AM
Bonjour Michel quelle bonne surprise, je désespérais presque de vous revoir...après un si long silence...mais je sais que c'est pour la bonne cause...j'attends votre livre avec une grande impatience, car je suis certains qu'il sera très différent de ce que nous avons lu jusque-là...je vais aller sur le site, probable que je fasse un petit commentaire...moi aussi je suis en train d'écrire et c'est très prenant...mais nous avons cette chance d'aimer à la fois l'histoire et l'écriture, ainsi que la vérité...que du bonheur
 A très bientôt cher ami...
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Michel MATHIOT
À Moi
Le 15 aout 2014 à 5h17 PM

Cher Aziz. Vous avez entièrement raison de parler d’amnésie des politiques, et encore le mot est faible car il s’agit de « politiques », d'élus du peuple, d’hommes d’Etat même, depuis des décennies. Dans ce cas je n’hésiterais même pas à employer le mot de « forfaiture ». En tout cas il y a – aujourd’hui – un manque de courage évident. Ils ne veulent jamais faire ni le premier pas ayant une peur gamine de devoir supporter je ne sais quelle accusation. Ni le dernier comme s’ils avaient devant eux un précipice et comme s’ils n’étaient pas des élus du Peuple. Toutes les situations vécues aujourd’hui dans les péripéties de la vie commune France/Algérie, qui n’a malheureusement pas le niveau qu’elle devrait avoir (et pour cause), si on prend la peine de les analyser, se conforment à cette posture indigne.
Pour revenir aux charniers, aux disparitions, celles de Philippeville en particulier, etc., que vous connaissez bien puisque vous en êtes un survivant, et que je connais également puisque nous avons le même âge et que j’y ai consacré déjà quatre années de recherches de ma vie, cela n’intéresse plus personne que celles ou ceux qui ont besoin de faire le deuil avant de mourir. Le deuil de ses proches ou le deuil de son pays. Les autres, les politiques atteints d’amnésie, sinon de surdité, les militaires étoilés, anciens lieutenants, gardiens des secrets de Polichinelle et néanmoins scélérats, les anciens hommes du rang, devenus muets car atteints par le syndrome de stress post traumatique, les mémorialistes venimeux entrainant toujours derrière eux les derniers vivants de cette horde revancharde et hypocrite dans laquelle je ne me reconnais nullement. Tous ceux-là méritent de finir dans les poubelles de l’histoire. Grâce à vous, Aziz, grâce aux Balestrieri que J’ai la chance d’avoir connus et de toujours fréquenter, grâce aux recoupements multiples que me permettent d’opérer des centaines de papiers d’archives inconnues ou secrètes ainsi que des témoignages écrits et oraux, grâce à tout cela des « Oradours algériens » (pour reprendre une expression que je n’affectionne guère mais qui frappe les esprits et que les mémorialistes pieds-noirs d’El-Halia ont bien comprise depuis longtemps) tels que celui du Béni-Melek, ou tels que celui de Zef-Zef pourront rejoindre celui d’El-Halia et sortir de l’oubli, qui est un euphémisme car ils furent au mieux carrément niés à l’époque : à Zef-Zef s’il n’y avait eu les envoyés spéciaux du Monde et de l’Humanité les faits eussent été inconnus, et au pire complètement occultés comme au Béni-Melek (où ma famille avait pourtant une maison). Cher Aziz vous avez évidemment mon accord pour publier nos échanges, en cette veille du 20 août où nous respectons tous les morts.
 Bien à vous  Michel Mathiot
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Michel MATHIOT
À Moi Le 14 aout 2014 à 1h44 PM
Bonjour chez Aziz,
A l'approche du 20 août, je furète sur internet, et je viens de lire votre commentaire de juillet dans judaicalgéria. J'en ai fait un autre.
D'aucuns peuvent trouver que je mets du temps à accoucher de mon texte. Ils ne savent ce que c'est qu'écrire un livre d'histoire. ça mature, ça mature...
J'espère que vous allez bien. Bonne continuation et bonne fin de ramadhan (un peu tard...).

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Michel MATHIOT
À Moi
17 aout 2014 à 8h36 AM
 Oui Aziz, on m’a accusé d’être un suppôt du FLN, on avait même déploré que « mes amis du FLN ne m’aient pas fait la peau le 20 août »… moi qui avais 5 ans. J’avais ressenti cette attaque comme une menace de mort. Pour ne pas avoir à répondre à des questions on discrédite celui qui les pose. C’est une technique négationniste bien connue. On ne se pose pas la question de savoir pourquoi on en est arrivé là. Pourquoi il y eu cet exode massif et dramatique et ces centaines de milliers de morts qui l’avaient précédé. Le seul sujet dont on se gargarise c’est les quelques centaines de morts du 5 juillet à Oran en plein exode, un événement dramatique en soi mais qui est un épiphénomène dans la séquence de l'Algérie française puisque l'Algérie française était déjà morte. La fin des fins. Alors que tout était joué depuis des décennies et que tout avait commencé au siècle précédent. C'était bien avant qu'il fallait réagir, non pas militairement, mais politiquement. Aujourd'hui, en "livrant des armes", on reproduit sans doute les mêmes erreurs, comme si l'histoire n'avait servi à rien. L’amnésie n’est pas seulement dans la grosse tête des élus locaux, des hommes politiques et des quelques hommes d’Etat qui auraient mieux fait – au lieu de s’occuper de notre avenir – d’aller repeindre leur appartement. La faute n’est pas seulement chez ceux-là qui sont la partie émergée de l’iceberg. Les couvrir de notre réprobation, eux qui détenaient des mandats du peuple et qui étaient à ce titre leurs obligés, c’est insuffisant, car cela masque la marée humaine des « Français d’Algérie » qui, par calcul ou par faiblesse leur firent toujours confiance. O bien sûr, ces gens-là, dont ma famille fit partie aussi, connaissaient tous leurs « bons Arabes » et vivaient avec eux « en bonne intelligence », « en bonne entente » et tutti quanti. La responsabilité elle fut aussi dans la petite tête des innombrables Français du commun, ces petits pieds-noirs crédules et consentants qui ne les ont presque jamais démentis. Soixante ans après le début de l’insurrection fatale et définitive qui eût dû faire écarquiller bien des yeux, il serait temps que ces petits pieds-noirs survivants, ou leurs descendants, regardent en face la réalité de ce que fut le système coercitif politique colonial qui est seul responsable de tous les maux. Il y a belle lurette que la recherche historique a validé cela, non pas les rivières de venin vomies par les mémorialistes, les associations et les stèles à la « mémoire » des tueurs de notre jeunesse à nous, comme de celles de tant de monde. Ce sont eux qui, aujourd’hui continuent à bloquer le système, avec le concours intéressé des prédateurs et des charognards de la politique française. Cela aiderait grandement à reconnaître aussi tous les morts et aiderait les derniers vivants de cette tragédie à vivre. Car comme l’avait écrit Anatole France qui honora de son nom une célèbre « petite école » de la rue des Aurès, « si les morts ont droit à notre compassion, les vivants ont droit à la vérité ».
 Je me calme un peu car aujourd'hui c'est l'anniversaire de ma fille et de mon petit-fils.  
 Bon dimanche chez Aziz.
  Michel

vendredi 1 août 2014

De Villepin, ou l'honneur de la France

  • Encore une fois, Dominique de Villepin ouvre l'oeil et le bon sur les massacres que commet Israel à l'endroit du peuple palestinien de Gaza, de Jérusalem et de la rive droite du Jourdain (Ramallah). Une tribune que publie le Figaro, un journal de la droite franchouillarde et parfois imbécile, là où sévit un certains Yves Thréard et un incertain Eric Zemmour...tous deux devenus soudain aphones, en vacances en Grèce probablement? Donc voici un appel, que dis-je une véritable plaidoirie pour que cesse la guerre et pour que cesse la manipulation et les silences complices de la France politico médiatique dont les responsables, depuis le palais de l'Elysées, à Matignon en passant par le sénat et l'assemblée nationale ainsi que les intellectuels organiques si prompt à casser de l'Arabe de banlieue et du Syro-Libyen quand ça les arrange...donc voilà une chronique qui nous réconcilie avec la partie des droits de l'Homme et du Citoyen....après 3 semaines de combats disproportionnés, de silence complice et de trahisons multiples, c'est à Dominique de Villepin que l'on doit cette saillie salutaire pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, et à la France n'en a jamais manqué...à lire et surtout à partager avec tous vos amis...avec un clin d’œil aux amis juifs à l’intérieur et à l'extérieur d’Israël...un bonjour très particulier à André Nouschi...qui n'en pense pas moins...

  • L'inquiétant silence des banlieues
  • Car après faut pas s'étonner que dans les banlieues et pas que, ça se bouscule pour relancer le sempiternel débat sur l'intégration, l'assimilation, et que sais-je encore...les générations Beur sont tellement fragilisées par ailleurs qu'elles sont susceptibles de suivre n'importe quel prédicateur de mauvais augures...quand je vois la couverture de BFMTV...je ne peux ne pas comprendre la haine qui sourde...en parlant avec autant de sincérité et de sérénité De Villepin sauve l'honneur de la France...il est presque bien seul...autant à droite qu'à gauche...Pourtant, Netanyahou est en train de dériver juste pour leur ouvrir les yeux...Se payant sans ménagement aucun la tête dégarnie de Fabius et renvoyant dans les cordes Kerry, le secrétaire d'Etat US en personne...mais qui donc arrêtera cette furie? C'est pourquoi, le cri de de Villepin est salutaire y compris pour l'Amérique qui paye pour détruire ce que l'UE va reconstruire comme elle le fait à chaque fois.... et le silence d'Ashton...c'est un crash...

  • De Violette à Mandela
  • Cette guerre disproportionnée, asymétrique, ruineuse et honteuse aura des répercussions incalculables en France qui abrite l'une des plus importantes communauté musulmane du monde...comment expliquer qu'on empêche des gens de dire leur haine de la guerre et leur refus de voir mourir des enfants? pourquoi un enfant Palestinien n'aurait-il pas le droit à une protection comme l'enfant israélien? en principe Israël devrait aussi installer des batteries anti missiles aux alentours de Gaza...ces deux peuples ont le droit de vivre dans deux états, voire dans un seul état...regardons les 2 exemples extrêmes de l'Algérie et de l'Afrique du Sud...chez nous, plus d'un million d'européens, tous nés en Algérie, ont quitté leur pays natal pour la France métropolitaine, après une présence de 132 ans...est-ce qu'il n'y avait pas assez de places pour les deux communautés? Ce sont les injustices et les iniquités qui ont fait échouer le projet pourtant pas si folichon que ça du gouverneur Violette...et ce fut le début de la fin....rappelons- nous que ça s'est fait sous le premier gouvernement de gauche, en 1936, celui de Léon Blum et du Front populaire, encore et toujours ces satanés socialistes...mais que fait Jean Luc Mélanchon?...ne mélanchons pas tout...à chacun ses ambitions et à chacun ses trahisons...
  • lire ici la chronique de Dominique de Villepin: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/31/31002-20140731ARTFIG00381-dominique-de-villepin-lever-la-voix-face-au-massacre-perpetre-a-gaza.php

jeudi 10 juillet 2014

L'autre défaite du 14 juillet



 A la lecture de l’article intitulé:

 "Cheikh Bouziane et Boubaghla au défilé du 14 juillet"

 j'ai reçu plusieurs commentaires à travers les réseaux sociaux et/ou par mail. Par commodité, j'ai décidé de répondre à celui envoyé par un ami de 44 ans. Un point de vue qui m'a interpellé, qui explique et justifie ma longue réponse et qui me permet de décliner les raisons profondes ayant motivées ma démarche. 



Bonsoir, cher ami Aziz.
La lecture de ta publication m'interpelle à plus d'un titre.
Je veux parler des drapeaux algériens qui vont descendre l'avenue des Champs Elysées, au grand dam de Mr le maire de Nice.
Lorsqu'en 1998, cette même avenue en était remplie juste après la victoire de la France au Mondial, tout le monde applaudissait, et lorsque cette année on sortit les drapeaux après les belles prestations des verts , des voix s'élevèrent pour condamner et interdire cela.
Petite revanche, je m'imagine la tête de Mr Estrosi , si toutefois il serait invité à la cérémonie.
Saha ftourek !!!!

 Mon cher Ami « Z H L »

Ton mail me fait un grand plaisir pour deux raisons: 
La première relève de ta grande amitié pour moi et tire sa substance du profond respect qui nous unit depuis bientôt 44 ans... et pas l'ombre d'une aspérité à l'horizon...

 La seconde s'articule autour des raccourcis que tu emprunte pour justifier ta jubilation que je comprends et que je respecte bien entendu...le propre du raccourcis est qu'il ne s’embarrasse d'aucun détail, il va droit au but...il se trouve que souvent on dit que le diable est dans le détail...pour ma modeste personne, surchargée d'émotions récoltées au travers de mes pérégrinations dans l'histoire tumultueuse de mon pays, autant je suis sensible à la présence des drapeaux brandis par des Algériens comme un défi à la face de tous les colonialistes et de tous sanguinaires, autant s'agissant de notre Armée Nationale Populaire, je trouve la démarche  totalement inappropriée et injuste vis à vis de notre histoire et de nos luttes et souffrances...ce ministre, ces 3 ou 4 généraux ou colonels et surtout ces 4 chérubins vont participer non pas à titre individuel, ce qui ce conçoit parfaitement, mais ils y seront en qualité de représentants officiels de la nation et de l'état algériens, celui de Boumaza Benabdallah et de l'Emir Abdelkader, celui de Fadhma N'soumer et de Didouche Mourad, celui de Larbi Benmhidi et de Benabdelmalek Ramdane...

 La participation au défilé du 14 juillet ne peut se faire sans un préalable, la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux...sans repentance, sans dédommagements et sans contrepartie aucune...une simple reconnaissance...à partir de là, tout deviendra possible...moi et les miens, avec des milliers de familles algériennes attendons juste de couvrir d'un linceul blanc les restes de nos martyrs...est-ce trop demander à la France? Est-ce trop réclamer à l'Algérie? 

Vois-tu cher ami, rien n'apaisera nos cœurs et rien ne nous fera taire, car il ne s'agit pas d'une simple coquetterie, mais d'un acte humaniste et juste qui participe du droit de tout un chacun au respect de son combat et au respect de sa dépouille, surtout si ce combat est juste, comme peut l’être le combat pour la liberté et l'émancipation...sinon ce n'est pas à nous à faire notre deuil, mais c'est à eux de se plier à cette exigence de mémoire...ou alors il faudra se résoudre à faire table rase du passé...ce qui, pour tous les patriotes relève du sacré...

En allant se fourvoyer dans cette fête du souvenir, nos soldats et nos enfants doivent savoir qu'ils nous blessent profondément et que désormais il va falloir que cette blessure devienne une ligne de démarcation...entre eux et nous…tu me parles d’une petite revanche et tu penses très certainement en foot-balleur. Qui t’en voudra, c’est dans l’air du temps. Moi je pense à ce lourd fardeau mémoriel, à ces combattants jeunes et vieux que j’ai vu partir et qui ne sont jamais revenus. Je penses aux frères Khalfa Brahim et Abderrahmane, dont j’ai ramassé les corps en lambeaux et que j’ai enterré de mes propres mains…jamais je ne pourrais oublier cette odeur de charogne aussi suffocante que douce…oui même en décomposition, la chair humaine dégage une très agréable odeur…je n’oublie pas et comment pourrais-je oublier ces ossements retirés du tréfonds de la grotte des Ouled Riah, 166 ans après leur mort atroce et 51 ans après l’indépendance de mon pays…eux aussi n’ont jamais eut de sépulture…par la faute de la France mais aussi par celle de l’Algérie…ce pays qui nous a valu tant de souffrances et qui à son tour nous inflige des souffrances et des humiliations inutiles et insupportables…

Bien sûr que je suis en jubilation lorsque des mains courageuses et innocentes déploient notre emblème dans n’importe quelle partie de l’univers. Cette jubilation prend une connotation très particulière lorsque l’emblème national est brandi à la face des colonialistes français, ceux par qui notre malheur perdure…par contre, lorsqu’il s’agit d’une manifestation officielle de la France, je ne suis pas d’accord que nous rejoignons le rang comme si notre histoire commune n’était qu’une succession de banalités et de pic niques mondains…

Entre la France et l’Algérie, il y a une histoire qui a été écrite en lettres de sang…ce n’est pas lors d’une « garden-party » que ce lourd contentieux sera réglé…mais autour d’une table de multiplications…l'Algérie pour laquelle sont morts des millions de patriotes a un devoir  sacré, celui de solder ses comptes avec la France coloniale...et le rôle des descendants de ces millions de victimes, ces enfants des tribus spoliées, de ces femmes et de ces jeunes filles déshonorées, de ces enfants amputés, irradiés, déscolarisés, enrôlés dans des combats qui n'étaient pas les leurs, trainés sur les champs de batailles qu'ils n'ont pas choisis est de rappeler sans cesse  la France et  l'Algérie ont un devoir de mémoire...nous sommes loin de ces petites revanches à la petite semaine...ceux qui défileront sur les Champs Élysées n'ont aucun mandat et aucune légitimité pour le faire au nom de l'Algérie...et la France, mieux que quiconque le sait parfaitement...
Aziz Mouats

 Grâce à l'amabilité de la LDH Toulon, dont je salue ici le courage et l'objectivité, je mets ici le lien qui permettra à ceux et celles qui trouvent "normal" que l'armée Algérienne participe au défilé du 14 juillet, le discours intégral de Robert Ménard, le maire proche du FN de la ville de Bézier...le discours est instructif à plus d'un titre.

http://www.ville-beziers.fr/votre-mairie/actualites/discours-de-la-ceremonie-commemorative-des-massacres-doran-du-5-juillet-1962

Cher ami
Bonsoir , je suis de tout cœur avec toi , comme je ne peux oublier ce que notre peuple à enduré pendant 132 ans. Chaque jour on découvre l'horreur , et la barbarie commises sur nos valeureux combattants , ou tout simplement des citoyens qui sont tombés entre les mains de ces tortionnaires .
Tu es bien placé pour parler de ces massacres , étant donné que tu les as vécus . Ton approche et ton regard sur cette participation , fusse-t/elle symbolique est on ne peut plus justifiée .
Je respecte ton avis . Ton ami " ZHL"

mercredi 9 juillet 2014

Cheikh Bouziane et Boubaghla au défilé du 14 juillet


A peine 9 jours après la commémoration " silencieuse" de la fête de l'indépendance, fête durant laquelle l'armée algérienne a brillé par un assourdissant silence, comme si la victoire contre l'armée française ne la concernait plus, voilà que l'ANP se trouve entrainée dans un traquenard. Le lieu: l'avenue des Champs Élysées, au cœur de la capitale de l'ex puissance coloniale. La raison: rendre hommage à ceux parmi nos grands parents et arrière grands parents qui, contraints et forcés, ont servis de chair à canon durant la première guerre mondiale...sous les couleurs de la France, la puissance coloniale de l'époque...

Çà et là, de nombreuses et parfois authentiques voix patriotiques tentent de nous convaincre que cette participation n'a rien d'exceptionnelle et qu'elle sera tout simplement symbolique avec une délégation composée d’un ministre, de 2 portes drapeaux en kaki et de 4 jeunes filles et garçons. Passe pour les portes drapeaux et le ministre, il sera très facile de trouver des officiers ayant la double nationalité, le ministre aussi, j’ai pas de noms en tête mais c’est parfaitement jouable…surtout que seul un esprit mal tourné pourrait penser à une double nationalité Franco Algérienne…loin de moi ce sectarisme de mauvais gout, en principe tous les Algériens ont le droit d’avoir une deuxième, voire une troisième nationalité…il suffit juste de naitre au bon endroit, au bon moment ou de descendre d’un couple mixte…moi mon problème ce sont justement les 2 garçons et les 2 jeunes filles. Et la première question qui vient à l’esprit serait de savoir sur quels critères allons-nous les choisir…car j’imagine qu’avec les insoutenables contraintes locales, et dans le cas où le concours était ouvert à tous les algériens et toutes les algériennes en âge d’être scolariser, il y aura au bas mot 10 millions de candidatures…alors comment les départager sans ouvrir grandes ouvertes les voies de la suspicion…je vois déjà les vociférations dans les chaumières de Stora et de Sidi Lahcen…on est déjà bien loin de l’unanimisme de façade puisque l’Allemagne a eut la bonne idée de ridiculiser le Brésil et de faire remonter à la surface le vieux patriotisme footballo- dépendant…Nous n’allons tout de même pas laisser se lever les germes de la Fitna, d’autant que la chaleur et le ramadhan semblent être parvenu à réduire la tension sur le front de Ghardaïa. Nous avons donc à peine 5 jours pour trouver les 4 bonnes têtes qui iront se prosterner devant l’arc de triomphe… et le drapeau tricolore sous lequel se sont commis durant plus de 132 ans – allusion aux essais nucléaires post indépendance de Reggane, mais pas seulement- les pires massacres des «populations indigènes». Tout compte fait, parmi les 10 millions de postulants au défilé du 14 juillet, combien y-en-aura-t-ils qui connaissent les massacres coloniaux dont s’est rendue coupable l’armée française ? Assurément aucun, puisque 52 ans après le départ contraint et forcé des troupes et de la colonisation françaises, les crimes coloniaux ne sont enseignés dans aucun des paliers de l’éducation nationale, ni à fortiori à l’université. C’est pourquoi, pour ces 4 filles et garçons, je ne sais pas le pourquoi de la parité puisque dans aucune armée au monde elle n’est présente, les appréhensions et les rares récriminations qui se font jour ici et là sur les réseaux sociaux, ne changeront rien à l’affaire. La normalisation sans le moindre début d’une reconnaissance est engagée depuis fort longtemps.

Les parapluies de la honte
Elle est dans l’air du temps depuis le jour où l’Algérie combattante et la France battue se sont juré de tout faire pour cultiver l’amnésie et surtout pour protéger les criminels de leurs forfaits. Comme je sais que pas plus les militaires algériens que les Tunisiens ou les Croates ne cultivent le sens de l’humour, je ne vais tout de même pas les taquiner ici et maintenant. Une fois à Paris, ils auraient torts de ne pas profiter pour une fois des largesses de l’ex puissance coloniale. Depuis quelques jours, je scrute attentivement la météo sur Paris, de peur que le 14 juillet, c’est souvent arrivé, il se mette à pleuvoir. Là ça sera la pire des catastrophes, car la France qui sait être généreuse ne pourra ne pas offrir à ses hôtes des parapluies. Si cette histoire de parapluie ne vous dit rien c’est que vous êtes un très bon élève. Donc vous pouvez légitimement postuler au voyage parisien et vous goinfrer de sucreries et autres biscuits dont l’intendance militaire regorge…avouons-le pas seulement en France…c’est ça aussi l’amitié entre les peuples : partager la même passion pour les parapluies et pour la pâtisserie, ça rapproche énormément. Cultiver l’amnésie ça soude. C’est pourquoi, même s’il ne fait peur qu’aux mnésiques, le défilé du 14 juillet est porteur d’un message codé. Ceux qui savent s’abriter de la pluie ne sont pas obligés de le déchiffrer, il ne leur sera d’aucune utilité…pour les autres, l’histoire n’a pas d’états d’âmes...elle n’est faite que de convictions…cependant, je reste persuadé que par delà les récriminations et les faux alibis, ce voyage devrait être mis à profit pour que les 4 jeunes garçons et filles reviennent au pays avec des souvenirs si possibles qui vont marquer leur vie. Rien ne vaut des cadeaux originaux, une statuette de la tour Eiffel ! Non c’est tellement banal ! Alors une réplique au 1/100ème des canons bien de chez nous qui ornent la cour des Invalides ! Non, les Invalides rappellent de récents souvenirs…alors quel est le cadeau qui sans trop saigner le térsor français ferait plaisir aux Algériens, y compris à Saïd Abadou, le dernier des Mohicans de la guerre de libération, qui en gardien sourcilleux du temple en péril a dit niet à la participation…

Le cadeau le plus original et le plus précieux
« Bou-Zian, son fils et le chériff Si Moussa, retrouvés parmi les défenseurs, furent décapités et leurs têtes exposées au camp afin que tous les Arabes sussent bien que les fauteurs de l’insurrection avaient payé de leur vie leur incroyable présomption.
« Après avoir été exposées pendant deux jours au camp sous Zaatcha, ces têtes furent également exposées au marché de Biskra, où tous les Arabes des Zibans et de l’Aurès s’étaient donné rendez-vous. 
Source: http://ldh-toulon.net/les-restes-mortuaires-de.html

Oui ça serait pas mal mais il ne faut pas que ça saigne la France qui peine à sortir la SNCF du pétrin, ça on est bien d’accord. Un cadeau ? Oui, mais pas saignant ! Moi je vous dis le cadeau le moins saignant devrait être un cadeau qui ne coutera pas un dinar branlant au trésor Français. Très franchement, je pense à cette pétition qui peine à se faire entendre, appelant le président de la France à restituer les têtes de nos vaillants ancêtres qui ornent les galeries du muséum d’histoire naturelle. Comme nos 4 chérubins ne connaissent rien à cette histoire, on pourrait leur dire qu’il s’agit de masques anciens dont la France veut se séparer sans aucun regret. Depuis le temps qu’ils encombrent ostensiblement les rayonnages du muséum d’histoire naturelle, ils ont dû lasser non ? Et puis, ces  enfants nés sous une bonne étoile auront ramené sans doute le cadeau le plus inattendu, le plus original, puisqu’en exemplaire unique et incontestablement le plus précieux. Franchement, si ce défilé si décrié et si controversé pouvait se conclure par le retour des têtes de Cheikh Bouziane des Zaatcha, du Cheikh Boubaghla et ses compagnons de lutte, ce voyage n’aura pas été vain…ça serait le plus cadeau que la France officielle fera à l’Algérie éternelle…celle qui n’a aucune prédisposition à l’oubli…avec quelques amis, nous serions disposés à racheter à l’Etat Français ces dépouilles. Il suffit qu’elle en fixe le prix, comme ses généraux sanguinaires l’ont toujours fait en Algérie…mais garder le silence sur nos souffrances et continuer à exposer à la face du monde ces visages héroïques, c’est soit de l’entêtement, soit tout simplement du mépris…et ça c’est insupportable. Même contraints et forcés – ce qui reste à prouver-, la délégation algérienne au défilé du 14 juillet ne peut négocier ce minimum patriotique. Elle a le choix entre revenir avec les parapluies de la honte qui ont déjà servis en 1936 et les têtes momifiées de nos héros…et dans ce cas, nous serions des milliers – et pas que des Algériens- à nous saigner pour payer le supplément bagage !
Aziz Mouats




La prise de l’oasis de Zaâtcha en 1849
« [...] la grande affaire africaine de l’année : le siège et la prise de l’oasis de Zaatcha par plusieurs puissantes colonnes sous le commandement du général Herbillon. La résistance a duré deux mois, les Français ont eu 1500 tués et blessés “sans compter les victimes du choléra”. Zaatcha restera dans les annales de la conquête comme l’un des combats les plus meurtriers. Canrobert, qui y a pris une part glorieuse, évoque la prise de Constantine. L’assaut s’est terminé par un massacre général, qui a donné lieu à des “scènes déplorables”, racontées par un témoin, Baudricour : “Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses victimes qui n’avaient pu fuir. [...] Il est très fâcheux que les officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. Sans doute l’ennemi vaincu tremble davantage en présence de pareils actes, mais aussi sa haine devient implacable contre le vainqueur.” Heureusement, le colonel Dumontet, du 43e de ligne, a une vision plus optimiste de l’événement : “L’élan de nos soldats a été admirable... Le sévère châtiment infligé à cette oasis a produit un salutaire effet.”
François Maspéro, L’honneur de Saint-Arnaud
Source: http://ldh-toulon.net/les-restes-mortuaires-de.html

dimanche 6 juillet 2014

Où est la fête de l'indépendance?


Qui a arrêté la fête de l’Algérie ?
Il y a 52 ans et des poussières que l'Algérie a gagné son droit à l'indépendance...le 5 juillet 62, j'avais tout juste 12 ans et je suis descendu en ville. Nous, les Mouats, nous étions restés au Béni Mélek, dans la ferme de Roger Balestrieri. C'est lui qui nous avait hébergés dans une vieille mansarde lorsque l'armée française était venue détruire notre mechta à Sidi Ahmed...A la ferme, depuis le 19 mars 62, jour du « Cessez-le-feu », nous avions dressé le drapeau Algérien que j'avais ramené depuis la ville. C'est ma tante Zaghda qui l'a fait confectionner dans le vieux quartier en tôles du faubourg...puis, avec le temps et les embruns, le drapeau avait pris des couleurs plus ternes...c'est pourquoi, arrivé au niveau du quartier Arabe " Z'kak Arabe" j'ai été déçu de voir que les drapeaux qui ornaient toutes les fenêtres avaient des couleurs bien plus éclatantes que le notre à la ferme...aujourd’hui, à minuit passée de quelques minutes, là, dans ce jeune quartier de Mostaganem, mis à part l'immense drapeaux barrant la rue en l'honneur de l'équipe de football, toutes les fenêtres sont restées fermées...pourquoi la joie de 1962 n'a pas fait des petits? Et pourquoi il a fallu un bosniaque pour que notre président sorte de sa tanière? Il n’en a pas mare d’être au pouvoir? Il n'a pas honte de supplier un Bosniaque de rester afin que notre emblème national sorte dans la rue, comme en 62?

Des collabos aux premières loges
Je jure que le 5 juillet 62, du haut de mes douze ans, je croyais que la fête ne s’arrêtera jamais, je croyais que la générosité et l'amitié ne quitteront jamais ce pays...je pensais sincèrement que jamais plus nous nous chamaillerons comme de vulgaire petits délinquants....je croyais que réellement nous allions enfin former un seul peuple et que nous allions avoir les mêmes droits...mais c'était un rêve insensé....et le comble c'est que j'ai mis du temps, beaucoup de temps pour m'en rendre compte...car il y avait des indices qui ne trompent pas. J'ai vu des collaborateurs des l'administration coloniale acheter des tenues militaires flambants neuf auprès des tirailleurs Sénégalais de la caserne Mangin, à la porte de Constantine...ensuite ils passaient parader à travers les artères de la ville et les quartiers arabes...je me souviens des noms....elle est très précise et bien redoutable la mémoire de l'enfant que j'étais...j'ai aussi vu un certains Moulay, qui roulait dans une 2CV, qui était armé et qui a passé toute la guerre à nous insulter et à faire le Byya3 auprès de la police...entre temps, il avait servi dans le corps de la Force Locale...je le connais très bien parce que son vieux voisin était berger chez lui et c'est à Sidi Ahmed qu'il emmenait son troupeau tous les matins...comment faisait-il pour avoir un troupeau aussi important? puis une fois passée l'euphorie des premiers jours, les drapeaux prenaient inexorablement, comme s'ils s'étaient donné le mot, la même couleur que mon drapeau du 19 mars...les couleurs vives des premiers jours cédaient de leurs splendeurs sous les effets conjugués du soleil et du temps...ainsi c'était donc ça l'indépendance?

La dernière Zerda
A l'automne, nous avions renoué avec le rituel de la Zerda de Sidi Ahmed. Un rituel dont nous avons été privé durant les sept années de guerre. La dernière Zerda remonte à l'automne 1954, quelques semaines à peine avant le 1er Novembre. Avec mon père, nous avions visité tous les stands. je me souviens des boites de "Gagnant", ces gâteaux succulent de l'Alsacienne que l'on achetait en paires. Les deux gâteaux étaient retenus par une bande de papier et lorsque nous les séparions, on pouvait parfois gagner une boite plus grosse...je crois que c'était une double rangée de 4 gâteaux...plus tard j'ai appris que la paire gagnante était glissé dans le carton par le vendeur...et qu'il arrivait que personne ne gagnait, ce qui permettait au vendeur de revendre les cadeaux...mais j'avoue que les gâteaux de l'Alsacienne étaient succulents, c'étaient mes premiers biscuits...ma mémoire garde encore cette saveur particulière...avec le temps, la Zerda a commencé par perdre de sa splendeur. En effet, après l'indépendance, plus personne n'avait réellement le cœur à faire la fête. ce n'était ni faute de gâteaux, ni faute de drapeaux...
Mes oncles Rabah et Salah qui se relayaient pour m'emmener à la fête n'étaient plus là...mon père et surtout mon grand père Moha, le plus sage d'entre nous tous, celui qui m'avait initié à l'action caritative dès mon plus jeune age...n'étaient plus. C'était lui patriarche et l’âme de la famille. C'est lui qui organisait la fête, qui distribuait les bougies et l'encens à tous les visiteurs du marabout Sidi Ahmed, notre ancêtre...c'était lui qui allait acheter les boucs ou les veaux pour le sacrifice...depuis le marché d'El Arrouch...leur absence qui durait depuis le 23 aout 1955 se prolongeait à l'infini.

Le grand mensonge
Sept années durant, tous le monde nous faisait croire que nos 23 prisonniers étaient encore en vie. Mais une fois les drapeaux déteints, une fois que le vert se noyait dans le rouge et que le croissant et l'étoile n'étaient plus qu'une tache improbable, il fallait se rendre à l'évidence...les prisonniers ne reviendront pas. Pendant 7 longue années, moi, ma sœur, mon frère, mes cousins et cousines, une quarantaine d'enfants de tous âges, nous avions cru que nos oncles, pères et grand pères allaient revenir. Mais ils ne sont jamais revenus. c'est peut être pour ça que les couleurs des drapeaux de l'indépendance n'ont pas tenus la route....plus de 52 ans plus tard, en cette chaude nuit de juillet, me reviennent ces images d'une grande joie que le temps a transformé en une longue tristesse. Rien ne s'est arrangé depuis. 52 ans plus tard, mon pays ne sait pas fêter son indépendance. Parfois je me demande si c'est une malédiction. Parfois je me résous à penser que nous n'en sommes pas encore dignes...pourtant, malgré toutes les assurances,  ceux qui sont morts ne sont pas revenus...et s'ils revenaient? Ils sauront très vite que nous ne sommes même plus capables de faire une fête où tous le peuple algérien serait partie prenante...c'est loin d’être gagné...ah si pour une fois je pouvais ne pas avoir raison…
Aziz MOUATS

vendredi 4 juillet 2014

La variabilité de la structure secondaire de l'ARN : une deuxième couche d'information génétique



 Un article d'une grande actualité et qui a le mérite de faire de précieux rappels de génétique. Destiné naturellement à mes étudiants de master pour meubler judicieusement leurs longues et parfois imméritées vacances, il fera le bonheur de celles et ceux qui voudraient se remettre à jour.

Génétique

La variabilité de la structure secondaire de l'ARN : une deuxième couche d'information génétique



Vous avez tous déjà entendu parler de l'ADN, ces molécules d'acide désoxyribonucléique qui codent l'information génétique contenue dans nos cellules. Les régions dites codantes de l'ADN sont d'abord transcrites en acide ribonucléique (ou ARN) avant d'enclencher la synthèse des protéines. Cette synthèse dépendra d'ailleurs non seulement de la séquence de l'ARN, mais aussi de sa structure. A tel point que celle-ci est considérée comme une deuxième couche d'information pour la synthèse protéique, venant s'ajouter au code génétique présent dans l'ADN. Toutefois, à ce jour, le rapport entre séquence et structure de l'ARN demeure méconnu. Les travaux menés par le laboratoire du professeur Eran Segal de l'Institut Weizmann des sciences, en collaboration avec l'équipe du professeur Howard Chang de l'Université de Stanford (Etats-Unis), s'attaquent à cette lacune. Leur dernière étude, probablement la plus complète réalisée sur la structure de l'ARN humain, a été publiée dans la très prestigieuse revue scientifique Nature.

La structure secondaire de l'ARN

Tout comme l'ADN, l'ARN présente un alphabet à quatre lettres. Mais, si pour l'ADN cet alphabet est constitué par les bases A (adénine), C (cytosine), G (guanine) et T (thymine), cette dernière a été remplacée par l'uracile (U) dans l'alphabet de l'ARN. Ces quatre bases sont complémentaires deux à deux. En effet, la guanine et la cytosine ainsi que l'uracile et l'adénine peuvent s'apparier (se lier entre elles). C'est cette capacité d'appariement qui est à l'origine de la formation de structures secondaires au sein de l'ARN. Par exemple, des séquences répétées inversées peuvent s'apparier pour former localement une structure en double hélice. La région se trouvant entre ces deux séquences formera alors une boucle. L'ensemble "double hélice + boucle" est communément qualifié de structure en "épingle à cheveux" et est l'un des composants essentiels de la structure secondaire (structure résultant d'appariements internes) de l'ARN. Notons qu'il existe également une structure tertiaire de l'ARN, imposée par des interactions longue distance, notamment entre boucles.

 





Exemple d'une structure secondaire d'ARN
Crédits : Fdardel

 





Contrairement à nos accessoires de coiffure, la structure secondaire de l'ARN avec ses belles épingles à cheveux n'a pas qu'un intérêt esthétique. En effet, cette structure secondaire influe sur la protéine qui va être traduite à partir de l'ARN. Par exemple, pour les cellules eucaryotes (chez qui l'ADN se trouve à l'intérieur d'un noyau cellulaire), des bouts d'ARN, appelés exons, sont coupés avant la synthèse protéique : on parle d'épissage. Et la structure secondaire de l'ARN n'est pas sans influence sur ce phénomène. De même, les zones de début et de fin de traduction de l'ARN en protéine ne sont pas seulement déterminés par la présence de codons (ensemble de trois bases) spécifiques sur la molécule d'ARN, mais également par la structure secondaire de ce dernier.

Au vu de cet important rôle de la structure secondaire de l'ARN dans la synthèse protéique, il apparaît essentiel de comprendre précisément comment elle se constitue. C'est pourquoi de nombreux algorithmes et outils informatiques ont été développés, permettant notamment de proposer une structure secondaire pour une molécule d'ARN à partir de sa séquence. Bien que les résultats obtenus soient prometteurs, de nombreux points restent à élucider. Parmi eux, l'effet du polymorphisme nucléotidique (variation au niveau d'un seul nucléotide/base de la molécule d'ADN/ARN) sur la structure secondaire. Ce polymorphisme nucléotidique peut-il présenter une influence notable sur la structure secondaire de l'ARN ? Si oui, est-il possible de prédire si un polymorphisme nucléotidique portera ou non à conséquence ? C'est à ces problèmes que se sont attelées les équipes des professeurs Eran Segal et Howard Chang.

Etude extensive de la structure secondaire de l'ARN chez trois individus

Pour répondre à ces interrogations, les chercheurs ont déterminé toutes les structures secondaires d'ARN existantes dans un type de cellules donné chez trois individus. Pour cela, ils ont utilisé une technique récente, développée et brevetée par le laboratoire du professeur Eran Segal en 2010. Cette méthode a été utilisée sur plus de 160 millions de fragments d'ARN pour chaque individu. Un travail faramineux !

Les trois individus de l'étude n'ont pas été choisis au hasard mais il s'agissait d'un trio familial (père, mère et leur enfant). Une telle configuration est idéale pour l'étude du polymorphisme nucléotidique. En effet, le polymorphisme nucléotidique ne se produit pas n'importe où dans la séquence mais plus particulièrement au niveau de certains nucléotides présentant une très grande variabilité dans la population. Avec un si fort taux de variabilité, il est probable que l'enfant hérite de deux versions différentes de la séquence, chacune se retrouvant chez l'un de ses parents.

Un lien fort entre séquence et structure

Cette extensive étude de la structure secondaire de l'ARN a confirmé la forte dépendance de cette dernière avec la séquence, la majorité de l'information structurale étant codée par la séquence de l'ARN. Une bonne nouvelle pour tous les bioinformaticiens essayant de proposer une structure à partir de la séquence de l'ARN ! Ces travaux ont également montré qu'approximativement 15% de tous les polymorphismes nucléotidiques observés altéraient la structure secondaire de l'ARN. Ces polymorphismes nucléotiques ayant des conséquences structurales portent le doux nom de RiboSNitches. Outre l'estimation de la prévalence de ces RiboSNitches, cette étude a également permis de mettre en évidence un ensemble de règles simples permettant de déterminer, en fonction de sa localisation sur la séquence, si un polymorphisme nucléotidique rentrera ou non dans la catégorie des RiboSNitches.

Cette étude présente donc un impact scientifique majeur. Elle a permis de mieux comprendre l'influence du polymorphisme nucléotidique sur la structure secondaire de l'ARN en mettant en évidence et en prédisant la présence de RiboSNitches. Pour les chercheurs, ces RiboSNitches pourraient éventuellement être impliqués dans différentes pathologies telles que la sclérose en plaques, l'asthme ou encore la maladie de Parkinson.
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source : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/76321.htm
 
Pour en savoir plus, contacts :                                
- Le laboratoire du professeur Eran Segal : http://www.wisdom.weizmann.ac.il/~/eran/
- Le laboratoire du professeur Howard Chang : http://changlab.stanford.edu/
- L'ARN : http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_ribonucl%C3%A9ique
- Le polymorphisme nucléotidique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Polymorphisme_nucl%C3%A9otidique         Code brève ADIT : 76321                                      
                                                              Sources :                                                                    - Wan Y., Qu K., Cliff Zhang Q., Flynn R.A., Manor O., Ouyang Z., Zhang J., Spitale R.C., Snyder M.P., Segal E., Chang H.Y. (2014), Landscape and variation of RNA secondary structure across the human transcriptome. Nature Letters, 505, 706-709. http://www.nature.com/nature/journal/v505/n7485/pdf/nature12946.pdf
- "This Bump Means "Start"", Weizmann Wonder Wander, 15 mai 2014 -
http://redirectix.bulletins-electroniques.com/9e1TL                                                                                                        
Rédacteurs : Coralie Ebert, Volontaire internationale chercheuse à l'Institut Weizmann              

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