Accéder au contenu principal

Cheikh Bouziane et Boubaghla au défilé du 14 juillet


A peine 9 jours après la commémoration " silencieuse" de la fête de l'indépendance, fête durant laquelle l'armée algérienne a brillé par un assourdissant silence, comme si la victoire contre l'armée française ne la concernait plus, voilà que l'ANP se trouve entrainée dans un traquenard. Le lieu: l'avenue des Champs Élysées, au cœur de la capitale de l'ex puissance coloniale. La raison: rendre hommage à ceux parmi nos grands parents et arrière grands parents qui, contraints et forcés, ont servis de chair à canon durant la première guerre mondiale...sous les couleurs de la France, la puissance coloniale de l'époque...

Çà et là, de nombreuses et parfois authentiques voix patriotiques tentent de nous convaincre que cette participation n'a rien d'exceptionnelle et qu'elle sera tout simplement symbolique avec une délégation composée d’un ministre, de 2 portes drapeaux en kaki et de 4 jeunes filles et garçons. Passe pour les portes drapeaux et le ministre, il sera très facile de trouver des officiers ayant la double nationalité, le ministre aussi, j’ai pas de noms en tête mais c’est parfaitement jouable…surtout que seul un esprit mal tourné pourrait penser à une double nationalité Franco Algérienne…loin de moi ce sectarisme de mauvais gout, en principe tous les Algériens ont le droit d’avoir une deuxième, voire une troisième nationalité…il suffit juste de naitre au bon endroit, au bon moment ou de descendre d’un couple mixte…moi mon problème ce sont justement les 2 garçons et les 2 jeunes filles. Et la première question qui vient à l’esprit serait de savoir sur quels critères allons-nous les choisir…car j’imagine qu’avec les insoutenables contraintes locales, et dans le cas où le concours était ouvert à tous les algériens et toutes les algériennes en âge d’être scolariser, il y aura au bas mot 10 millions de candidatures…alors comment les départager sans ouvrir grandes ouvertes les voies de la suspicion…je vois déjà les vociférations dans les chaumières de Stora et de Sidi Lahcen…on est déjà bien loin de l’unanimisme de façade puisque l’Allemagne a eut la bonne idée de ridiculiser le Brésil et de faire remonter à la surface le vieux patriotisme footballo- dépendant…Nous n’allons tout de même pas laisser se lever les germes de la Fitna, d’autant que la chaleur et le ramadhan semblent être parvenu à réduire la tension sur le front de Ghardaïa. Nous avons donc à peine 5 jours pour trouver les 4 bonnes têtes qui iront se prosterner devant l’arc de triomphe… et le drapeau tricolore sous lequel se sont commis durant plus de 132 ans – allusion aux essais nucléaires post indépendance de Reggane, mais pas seulement- les pires massacres des «populations indigènes». Tout compte fait, parmi les 10 millions de postulants au défilé du 14 juillet, combien y-en-aura-t-ils qui connaissent les massacres coloniaux dont s’est rendue coupable l’armée française ? Assurément aucun, puisque 52 ans après le départ contraint et forcé des troupes et de la colonisation françaises, les crimes coloniaux ne sont enseignés dans aucun des paliers de l’éducation nationale, ni à fortiori à l’université. C’est pourquoi, pour ces 4 filles et garçons, je ne sais pas le pourquoi de la parité puisque dans aucune armée au monde elle n’est présente, les appréhensions et les rares récriminations qui se font jour ici et là sur les réseaux sociaux, ne changeront rien à l’affaire. La normalisation sans le moindre début d’une reconnaissance est engagée depuis fort longtemps.

Les parapluies de la honte
Elle est dans l’air du temps depuis le jour où l’Algérie combattante et la France battue se sont juré de tout faire pour cultiver l’amnésie et surtout pour protéger les criminels de leurs forfaits. Comme je sais que pas plus les militaires algériens que les Tunisiens ou les Croates ne cultivent le sens de l’humour, je ne vais tout de même pas les taquiner ici et maintenant. Une fois à Paris, ils auraient torts de ne pas profiter pour une fois des largesses de l’ex puissance coloniale. Depuis quelques jours, je scrute attentivement la météo sur Paris, de peur que le 14 juillet, c’est souvent arrivé, il se mette à pleuvoir. Là ça sera la pire des catastrophes, car la France qui sait être généreuse ne pourra ne pas offrir à ses hôtes des parapluies. Si cette histoire de parapluie ne vous dit rien c’est que vous êtes un très bon élève. Donc vous pouvez légitimement postuler au voyage parisien et vous goinfrer de sucreries et autres biscuits dont l’intendance militaire regorge…avouons-le pas seulement en France…c’est ça aussi l’amitié entre les peuples : partager la même passion pour les parapluies et pour la pâtisserie, ça rapproche énormément. Cultiver l’amnésie ça soude. C’est pourquoi, même s’il ne fait peur qu’aux mnésiques, le défilé du 14 juillet est porteur d’un message codé. Ceux qui savent s’abriter de la pluie ne sont pas obligés de le déchiffrer, il ne leur sera d’aucune utilité…pour les autres, l’histoire n’a pas d’états d’âmes...elle n’est faite que de convictions…cependant, je reste persuadé que par delà les récriminations et les faux alibis, ce voyage devrait être mis à profit pour que les 4 jeunes garçons et filles reviennent au pays avec des souvenirs si possibles qui vont marquer leur vie. Rien ne vaut des cadeaux originaux, une statuette de la tour Eiffel ! Non c’est tellement banal ! Alors une réplique au 1/100ème des canons bien de chez nous qui ornent la cour des Invalides ! Non, les Invalides rappellent de récents souvenirs…alors quel est le cadeau qui sans trop saigner le térsor français ferait plaisir aux Algériens, y compris à Saïd Abadou, le dernier des Mohicans de la guerre de libération, qui en gardien sourcilleux du temple en péril a dit niet à la participation…

Le cadeau le plus original et le plus précieux
« Bou-Zian, son fils et le chériff Si Moussa, retrouvés parmi les défenseurs, furent décapités et leurs têtes exposées au camp afin que tous les Arabes sussent bien que les fauteurs de l’insurrection avaient payé de leur vie leur incroyable présomption.
« Après avoir été exposées pendant deux jours au camp sous Zaatcha, ces têtes furent également exposées au marché de Biskra, où tous les Arabes des Zibans et de l’Aurès s’étaient donné rendez-vous. 
Source: http://ldh-toulon.net/les-restes-mortuaires-de.html

Oui ça serait pas mal mais il ne faut pas que ça saigne la France qui peine à sortir la SNCF du pétrin, ça on est bien d’accord. Un cadeau ? Oui, mais pas saignant ! Moi je vous dis le cadeau le moins saignant devrait être un cadeau qui ne coutera pas un dinar branlant au trésor Français. Très franchement, je pense à cette pétition qui peine à se faire entendre, appelant le président de la France à restituer les têtes de nos vaillants ancêtres qui ornent les galeries du muséum d’histoire naturelle. Comme nos 4 chérubins ne connaissent rien à cette histoire, on pourrait leur dire qu’il s’agit de masques anciens dont la France veut se séparer sans aucun regret. Depuis le temps qu’ils encombrent ostensiblement les rayonnages du muséum d’histoire naturelle, ils ont dû lasser non ? Et puis, ces  enfants nés sous une bonne étoile auront ramené sans doute le cadeau le plus inattendu, le plus original, puisqu’en exemplaire unique et incontestablement le plus précieux. Franchement, si ce défilé si décrié et si controversé pouvait se conclure par le retour des têtes de Cheikh Bouziane des Zaatcha, du Cheikh Boubaghla et ses compagnons de lutte, ce voyage n’aura pas été vain…ça serait le plus cadeau que la France officielle fera à l’Algérie éternelle…celle qui n’a aucune prédisposition à l’oubli…avec quelques amis, nous serions disposés à racheter à l’Etat Français ces dépouilles. Il suffit qu’elle en fixe le prix, comme ses généraux sanguinaires l’ont toujours fait en Algérie…mais garder le silence sur nos souffrances et continuer à exposer à la face du monde ces visages héroïques, c’est soit de l’entêtement, soit tout simplement du mépris…et ça c’est insupportable. Même contraints et forcés – ce qui reste à prouver-, la délégation algérienne au défilé du 14 juillet ne peut négocier ce minimum patriotique. Elle a le choix entre revenir avec les parapluies de la honte qui ont déjà servis en 1936 et les têtes momifiées de nos héros…et dans ce cas, nous serions des milliers – et pas que des Algériens- à nous saigner pour payer le supplément bagage !
Aziz Mouats




La prise de l’oasis de Zaâtcha en 1849
« [...] la grande affaire africaine de l’année : le siège et la prise de l’oasis de Zaatcha par plusieurs puissantes colonnes sous le commandement du général Herbillon. La résistance a duré deux mois, les Français ont eu 1500 tués et blessés “sans compter les victimes du choléra”. Zaatcha restera dans les annales de la conquête comme l’un des combats les plus meurtriers. Canrobert, qui y a pris une part glorieuse, évoque la prise de Constantine. L’assaut s’est terminé par un massacre général, qui a donné lieu à des “scènes déplorables”, racontées par un témoin, Baudricour : “Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses victimes qui n’avaient pu fuir. [...] Il est très fâcheux que les officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. Sans doute l’ennemi vaincu tremble davantage en présence de pareils actes, mais aussi sa haine devient implacable contre le vainqueur.” Heureusement, le colonel Dumontet, du 43e de ligne, a une vision plus optimiste de l’événement : “L’élan de nos soldats a été admirable... Le sévère châtiment infligé à cette oasis a produit un salutaire effet.”
François Maspéro, L’honneur de Saint-Arnaud
Source: http://ldh-toulon.net/les-restes-mortuaires-de.html

Commentaires

  1. Réaction de l'ami Sadek, le patriote de Sidi Ali: L'Algérie de 2014 est sous protectorat français !

    Sans revenir sur les détails nombreux qui justifient la colère de l'auteur de l'article M A.Mouats,je tiens à appuyer son point de vue car la participation de l'ANP au défilé du 14 juillet à Paris d'une façon comme d'une autre je la comprends comme un acte de soumission à l'ancien colonisateur ,pire une humiliation faisant fi de la mémoire du million et demi de martyrs .

    En effet il n' y a pas si longtemps la France avait exigé voire ordonné la non commémoration du cinquantenaire de l'indépendance de notre pays anniversaire qui aurait dû briller de tous ses feux .Pour ce faire de nombreux émissaires Français dont le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius s'étaient déplacés à Alger pour sommer les pantins au pouvoir en Algérie de mettre cet anniversaire en veilleuse ! Ce qui avait été exécuté à la lettre par nos piètres gouvernants .

    En conclusion , après ce premier camouflet qui avait attenté honteusement à notre souveraineté nationale suit logiquement aujourd'hui l'humiliation de l'armée algérienne dite "fille " de la glorieuse armée de libération nationale .De ce fait je ne comprends pas l'attitude des harkis qui s'opposeraient à cette présence inédite de leurs frères algériens tout aussi désormais bien soumis à l' ancien colonisateur comme ils le furent eux-mêmes .

    Il est plus qu'évident que le gouvernement français a raté l'occasion historique de panser les plaies toujours ouvertes en ne participant pas à un cinquantenaire qui aurait du être des plus glorieux de notre indépendance .Cela aurait été une forme intelligente et une manière pacifique de tourner la page tout en montrant par cette présence la reconnaissance de la France vis à vis de ce grand pays ayant recouvert pleinement son indépendance et sa souveraineté .Si les choses s'étaient passées ainsi en 2012 la présence à son tour de notre pays au 14 juillet n'aurait posé aucun problème bien au contraire
    .
    L'attitude mesquine de l'ex colonisateur ,son double jeu ,les pantins aux ordres dans notre pays font que désormais l'Algérie ressemble de plus en plus à un protectorat français!
    sdk

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brahim Hasnaoui, un Fellah en béton

De Boabdil à Sidi Mejdoub

Autant je comprends la tristesse et la douleurs de ceux qui ressentent très sincèrement cette issue comme une agression contre leur patrimoine, autant je ne comprends pas pourquoi ont n'a rien fait pour sauvegarder ces lieux remplis d'histoire...
Je connais cet endroit depuis l'année 1971...je connais la plupart des familles qui y possédaient une maison ou un cabanon, j'ai appris à connaitre le passé glorieux de ce lieux d'histoire et de patriotisme...j'ai été choqué lorsque l'ex wali Maabed avait pris la décision de procéder aux expropriations, puis je n'ai pas cherché à comprendre pourquoi de nombreux propriétaires ont accepté les offres d'expropriation...j'ai soutenu les groupe présidé par mon ami Mejdoub Kaid Omar...nous avons longuement discuté de ce qui était possible de faire pour sauver le site...puis j'ai vu les premières démolitions et j'ai eu le coeur serré...maintenant il faut se dire les choses frontalement, est…

Boudjedra entre Dahra et Béni Chougrane

La venue de Rachid Boudjedra en Oranie a été marquée par ses haltes dans l'opulente cité de l'Emir Abdelkader et à travers un parcours mémorables dans le Dahra occidental. Son passage à la libraire Art et Culture, en plein coeur d'Oran, est à oublier. Le public constitué essentiellement de journalistes s'est distingué par son mutisme. Seule une sémillante universitaire s'est distinguée par une judicieuse présentation du prolifique romancier national. Avec une sobriété remarquable, elle parviendra à faire le tour de l'homme et de son oeuvre. Les rares échanges avec Rachid Boudjedra se concentreront essentiellement sur son livre pamphlet dont l'un des protagonistes n'est autre que l'ex chroniqueur du QO, L'auteur de la répudiation en profitera pour rappeler sa mise au point concernant le passage relatif à l'implication de KD dans le GIA. De manière directe et sans aucune équivoque, Rachid Boudjedra fera son mea-culpa, reconnaissant qu'à …