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Des revenants à l’ITA


Que d’émotions ce dimanche matin. Sous un ciel éclatant comme seul le ciel de Mosta peut l’être, l’esplanade de l’ITA était retentissante comme au premier jour. Évitant les allées poussiéreuses des ficus, je prends soins de mordre sur le vieux carrelage afin de rejoindre la cafétéria. Puis j’aperçois un groupe de touristes qui avancent nonchalamment mais avec résolution vers le Bat 1, siège du département d’Agronomie. Les prenant pour des pieds noirs dont c’est la saison de migration vers leur pays d’origine, je continue mon chemin.
Bonjour Aziz ! dit une voix familière. 
Je réajuste mon itinéraire et fonce droit sur le groupe où je reconnais Mme Benzaza. Je salue les deux couples de Français, que je continue de prendre pour des pieds noirs de Mostaganem et j’attends impatiemment les présentations. Qui vinrent à moi cinglantes. C’est Nicolas et Swagten accompagnés de leurs épouses. Dieux du ciel ! Deux personnages que je connais parfaitement puisqu’ils étaient en service à l’ITA lorsque j’y effectuais mes études. Pris par l’ émotion, je ne peux m’empêcher de les embrasser. Rapidement, je remonte le temps et parle de la casquette de Swagten et du rouleau de papier calque qui ne quittait jamais Nicolas. Je lui rappelle que c’est d’ailleurs lui qui nous fera le speech de bienvenue à la salle Cinémonde, c’était le vendredi 7 janvier 1971. Ce matin là, comme l’ITA n’avait pas encore de grande salle ni d’amphi, la direction générale avait réquisitionné la salle du Cinémonde pour nous accueillir et nous donner les premières indications. A coté de HBA Benzaza – dieu ait son âme-, il y avait Mansouri, le commissaire du Parti (FLN); Si Ahmed (DP), Djenidi Layachi (Directeur des stages) et Nicolas qui officiait déjà au service Planning. Maniant avec dextérité les marqueurs feutres (Onyx Marquer, je crois) il détaillait sur des feuilles de papier notre programme de départ en stage d’imprégnation que l’on entamait le lundi d’après. Comme il s’occupait un peu de la vie collective, il nous donnait les moindres conseils afin de nous aider à trouver un libraire ou une épicerie. Nous avons aussi parlé de Queyras, qui était le chef du département Zootechnie. Swagten se met à parler avec beaucoup de déférences de HBA Benzaza. Voilà que Mokhbi se joint à nous, puis Halbouche avec son air débonnaire et une chevelure rebelle. Lui c’est la promotion chinoise et ses 1080 élèves ingénieurs. Il parle de son cursus aux multiples facettes. Le ciel s’est complètement dégagé et nous marchons avec nonchalance vers le Bat 1 où les jeunes étudiants, sous la houlette de Boularès Tafer organisent une exposition de champignons. Les souvenirs remontent très vite à la surface. Des noms suivit de « Ah oui » sont échangés avec frénésie. Quelques photos souvenirs sont vite expédiées grace aux numériques. Nous remontons l’avenue principale jusqu’à hauteur de l’ex Direction générale ( non loin de la nouvelle mais très moche bibliothèque). L’heure de se séparer est vite arrivée. L’émotion est si forte que nous oublions de nous saluer.

Des retrouvailles que nous attendions tous depuis bientôt 40 ans, ont enfin pu se faire. Nous avons convenus que cette fabuleuse aventure de l’ITA ne devrait pas passer aux oubliettes. Il suffit que tout un chacun prenne le soin de rédiger une feuille 21x27 sur un souvenir. Comme nous sommes plus de 10.000 à avoir bâtit cette épopée, ça fera un livre de 10.000 pages où chacun pourra trouver matière à nostalgie. Pour ma part, c’est fait, la parole est à vous tous coopérants de droit commun, VSNA, élèves ingénieurs, responsables, employés de la MITA, du Parc auto, du restaurant, de la cité du belvédère, de la cité foncière (Tigditt) des ateliers Mac, Zoot et Agri….. A vos plumes ! Nous étions une grande famille, nous avons accomplis des miracles et nous ne  le savons pas. La longue expérience de l’ITA est une fabuleuse épopée humaine à nulle autre pareille. Pour tout ça, voici un souvenir impérissable, cette photo de famille que personne ne pouvait imaginer il y a de cela un jour. Elle est le témoignage de cette amitié que seuls les agronomes savent cultiver.
Boussayar

Voici les premières réactions à ces retrouvailles:

de Jean-Michel GRESSARD
Merci Aziz
J'ai eu beaucoup de nostalgie à la lecture de ce message. Bien sûr, je les connaissais tous. A quant une association des anciens ?

Bien amicalement. JM Gressard
 
de Hamoud Zitouni
Cher Aziz, tu es arrivé à nous faire partager des retrouvailles avec des gens qui ont marqué un moment de nos cursus de formation et très probablement le restant de notre vie professionnelle, je trouve cela  d'une exceptionnelle gentillesse et de savoir faire. Ton idée me trotte dans la tête. Mais il ne faut pas que cela soit un fourre-tout indigeste. Tout l'art est de rédiger une œuvre qui se laisse lire. Alors, de mon côté je réfléchis à ce qui peut intéresser l'éventuel lectorat sur une expérience de formation exceptionnelle, atypique mais qui a donné ses preuves combien même la mauvaise gouvernance de notre pays a mené notre agriculture à la clochardisation, particulièrement à partir de la loi scélérate dite 87/19 qui démantelé les ex  domaines, suivie du décret 88/170 qui sonné la mise à mort des coopératives de services dont le patrimoine inestimable a été livré au dinar symbolique à la pègre. La suite est malheureusement longue. Le PNDA et autre GCA en sont d'autres péripéties. Qu'on aurait planifié le saccage de notre agriculture, on ne se serait pas pris autrement. 
Ah! J’oubliais. Le pavé ne doit aucunement verser dans le pessimisme. S'il est destiné à être  lu par la nouvelle génération, il faut qu'il inspire l'optimisme, le sens du labeur, des défis à gagner et bien d'autres bonnes choses dont nous rêvions...
Hamoud
 
 

Commentaires

  1. J'ai eu la chair de poule à l'évocation de tous ces noms et de tous ces lieux!
    A quand et où les photos ?
    Je viens de créer une page Facebook à cet effet:
    http://www.facebook.com/pages/Institut-de-Technologie-Agricole-de-Mostaganem-ITA/174076492616693?v=page_getting_started
    Nostalgiquement
    Dey

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  2. 20 ans déjà quand mes pieds ont frôlé timidement et pour la première fois le sol de ce "lieu sacré" des sciences c’était un matin de septembre 1994 un souvenir tellement intense qu'il a une odeur qu"elle me vient toujours en esprit et qui restera gravé dans ma mémoire jusqu'à mon dernier souffle,dommage que tout cela n'est plus quel gâchis ,

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  3. 20 ans déjà quand mes pieds ont frôlé timidement et pour la première fois le sol de ce "lieu sacré" des sciences c’était un matin de septembre 1994 un souvenir tellement intense qu'il a une odeur qu"elle me vient toujours en esprit et qui restera gravé dans ma mémoire jusqu'à mon dernier souffle,dommage que tout cela n'est plus quel gâchis ,

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  4. Surprise et émue par le contenu des messages
    je suis et resteras amie de l'ITA que j'ai découvert lors de la visite de Mr PISANI, ministre de De Gaule, une structure qui a fait vibrer la pédagogie! ! et ceci grâce aux efforts soutenus du jeune directeur BENAZA ( Allah yarhmo)

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