mercredi 14 mars 2018

Ratages patriotiques


Hier, 28 février 1847, Si Ahmed Bensalem, beau père de l'Emr Abdelkader déposait les armes et cessait la résistance...c'est dans le Bureau Arabe d'Aumale Sour El Ghozlane qu'il signera sa reddition face à Bugeaud, le sanguinaire gouverneur général de l'Algérie...la scène tournée hier 13 mars 2018 au niveau de l’ex école de Beaux Arts de Mostaganem est venue ponctuer 2 semaines d'intenses travaux de tournage du film Documentaire fiction dont la réalisation a été confiée à Larbi Lakehal...la journée avait commencée avec le tournage des dernières séquences au niveau du Marabout de Sidi Mansour...et de la plage éponyme...qui a servi de site pour simuler le débarquement du 14 juin 1830 à Sidi Ferruch...Ce furent 14 jours d'une insoutenable tension...avec le seul soutien des habitants de la région de Amarna...enfants, adultes et vieillards se sont glissés avec conviction dans les costumes d'époque pour incarner des personnages qui ont fait l'histoire de la résistance sous la bannière de la Zaouiya Rahmaniya...
Si durant la période de préparation, nous avions été inondés de promesses publiques et privées, très vite ces belles intentions se sont évaporées les unes à la suite des autres. Tout s’est passé comme si, dans ce pays, il ne restait plus aucune valeur...c’est terrible à dire...et c’est encore plus terrible à supporter...comme je me suis personnellement engagé auprès de la dynamique productrice, j’ai dû en subir dans ma chair les défections successives...mis à part la mairie de Fornaka, dont les élus ont tenus promesse, rien n’est venu de l’administration locale...qui a brillé par son absence et par son dédain. Pourtant, à l’origine, dans les hautes sphères de l’administration, on nous a laissé croire que nous allions trouvé un soutien total...Faut-il rappeler que ce projet était soutenu par le ministère de la culture? et qu’à ce titre, il bénéficiait de l’argent public, donc de celui du contribuable citoyen. Il ne s’agit pas d’un sitcom ou autre documentaire à caractère lucratif destiné à fourvoyer le téléspectateur. Est-il nécessaire de rappeler que la finalité du film est de donner une consistance à ce que furent les souffrances et les résistances des Algériens face à la machine sanguinaire déployée par l’armée coloniale en vue de réduire ce peuple?
Comment expliquer que de toutes les entreprises publiques et privées, indigènes ou à capitaux mixtes, grande ou petite, aucune n’a estimé de son role de soutenir ce projet? Un projet dont le caractère patriotique est incontestable! Faut-il espérer un sursaut? Peut etre que lors du tournage en Kabylie l’honneur sera sauf!
Car dans le mostaganémois, les porteurs du projet ont été livrés à eux mèmes! Nous avons travaillé dans des conditions impossibles. Avec nos véhicules, nous avons empruntés des chemins dignes du salaire de la peur. Tous les jours! C’est à peine si nous avions réussi à colmater les nombreuse crevasses qui rendent le parcours très risqué. C’est un vrai miracle que d’avoir échappé à un accident qui aurait eu de conséquences incalculables. La chaussée rendue glissante à chaque chute de pluie a été une hantise permanente des organisateurs et du sympathique chauffeur de bus qui a bravé avec nous les pires dangers....et la nuit noire...car dès le premier jour, les tournages se sont prolongés parfois jusqu’à 23 heures! En effet, une fois engagés dans le bourbier, Larbi Lakehal et son équipe technique n’avaient qu’une seule alternative, tourner le maximum de séquences afin d’épargner aux acteurs et autres figurants les désagréments du déplacement quotidien. Encore une fois, nous avons appris que de la difficulté nait la détermination. Voir ces deux grands garçons que sont M’hamed Benkerda et Hanafi Daouadji, enfants du coin, emprunter à pied, sous la pluie et le vent violent, le chemin  plus de 4 kilomètres qui sépare Kheireddine du hameau « Ech-Chatt », lieu du tournage, fut pour nous tous un acte de bravoure et de générosité inégalé. Retrouver, tous matins, le regard espiègle du propriétaire du paquet de maisons anciennes, avec toujours ce large sourire illuminant son visage émacié, fut pour moi un moment de grande félicité. Car pour lui, habitant Amarna, sur la rive gauche du Chéliff, le trajet est encore plus laborieux. Il doit remonter une pente raide de plus de 250 mètres de dénivelée et sur une distance de plus de 2 km pour reprendre son poste de gardiens en chef. Sans lui, sans son fils et son jeune frère, nous aurions été dans la nécessité de rentrer les équipements lourds et l’ensemble des accessoires, ainsi que le groupe électrogène prêté par la Protection Civile de Mostaganem.
Le tournage aurait alors nécessité pas moins de 20 jours ! Avec plus de 25 techniciens, 10 machinistes, 4 gardiens et autant de chauffeurs, auxquels il faut rajouter une vingtaine de figurants et au bas mot une demi douzaine d’acteurs, le cout journalier du tournage aidant, il au fallu disposer de plusieurs milliards de budget. C’est pourquoi, sans jamais sacrifier à l’esthétique, le réalisateur et son équipe aux qualités professionnelles incontestables, ont tenu à façonner des images d’une beauté époustouflante.
Cette fresque historique ne méritait-elle pas le soutien, meme symbolique des entreprises locales ? La réponse à cette question centrale du lien à la patrie est indisposante à plus d’un titre. Comment, des opérateurs publics et privés peuvent se détourner à ce point de cette œuvre de réhabilitation et de reconnaissance de la résistance héroïque de tout un peuple ? Comment des noms aussi prestigieux que ceux de l’Emir Abdelkader, le Chérif Boubaghla, Lalla Fadhma N’soumer, Cheikh Mokrani ou Cheikh Ahaddad, pour ne citer que ceux là, ne puissent pas mobiliser un mécénat national ? Alors que dans le forums et en dehors on ne cesse de soutenir que la jeunesse se désintéresse totalement –dramatiquement serait plus juste- de son histoire, pourquoi, ceux qui possèdent les moyens de remédier à cette terrible décrépitude continuent de tourner le dos à cette œuvre culturelle éminemment patriotique ? Il devient indécent de rappeler que dans ce pays, le mécénat puise ses ressources de la fraction fiscale des revenus de l’entreprise…c'est-à-dire que l’argent qui part vers le sponsoring est déjà celui que l’entreprise doit à l’impôt ! Le rappeler est en soi indécent…pourtant…sans le soutien du ministère de la culture, qui oserait engager ses sous pour perpétuer et faire connaitre l’histoire ?

lundi 12 mars 2018

Sur les traces de Bensalem, l'Emir Abdelkader

 Au moment où se tourne le documentaire fiction sur la résistance à travers l'exemple de la Zaouia Rahmaniya, il n'est pas superflu de jeter un regard sur les prémices de la reddition de l'Emir Abdelkader...ici, le Dr Driss Reffas tente une analyse de cette période lourde de l'histoire de la résistance nationale à la colonisation...
 lire la totalité de l'article sur ce lien: http://echosdesidibelabbes.info/?p=1623

(...) Concernant la reddition du khalifa du Sebaou, l’Emir Abdelkader n’a à aucun moment pris la décision de condamner le geste, ni de prononcer un jugement contre lui . A travers les différentes lectures, je reprends celle mentionnée à la page 140 de l’ouvrage de B.Bessaïh– De Louis Philippe à Napoléon III, l’Emir Abdelkader vaincu mais triomphant- : « Au mois de février 1847, Sidi Ahmed Bensalem khalifa du Sebaou, avait fait sa soumission à condition qu’il serait transporté en Orient avec sa famille et tous ceux qui voulaient l’accompagner. Le maréchal Bugeaud ayant souscrit à cette condition, mit à la disposition de l’ancien khalifa un bâtiment de l’état, qui alla le prendre à Dellys. Au moment de s’embarquer, Bensalem écrivit une lettre à Abdelkader pour se justifier du parti qu’il avait pris. Dans cette lettre, il se louait beaucoup de la manière dont la France avait tenu sa promesse, il engageait son ancien maître, dans le cas où il se verrait réduit à imiter son exemple, à avoir confiance dans la parole des français. Cette lettre avait fait sur l’Emir une grande impression. »
Bugeaud à travers le khalifa Bensalem a réussi à atteindre l’Emir qui était peut-être prédisposé à un acte pareil, lui qui était dans une situation trop embarrassante. Est-ce que l’Emir a tenu compte du conseil de son khalifa ?
Après la première bataille contre l’armée Marocaine, l’Emir  voulant à tout prix arrêter l’effusion du sang entre deux  peuples de même race et de même religion, a envoyé son meilleur ami le khalifa Bouhmidi comme messager auprès du sultan. Bouhmidi fut emprisonné et plus tard assassiné. Une armée de 36000 hommes fut envoyée par le sultan à sa tête deux de ses fils. A cette force militaire se sont jointes les tribus du Rif qui ont lâché l’Emir. A travers cette confrontation militaire (malheureusement face à une armée arabe au service du Roi Philippe) on peut garder :
–L’Emir Abdelkader a subi lors de cette confrontation la coalition de deux armées (Marocaines et françaises), en plus du ralliement des tribus du Rif.
– Son plan d’attaque a été dévoilé à l’ennemi (trahison ou infiltration),
– L’Emir après la dernière expédition en territoire occupé qui a duré presque 12 mois, et  la première confrontation face à Moulay Hicham , son effective s’est réduit  à 800 hommes d’infanterie et 1200 cavaliers en manque de munitions. Une armée fatiguée, et atteinte moralement d’une part par les trahisons que subissait leur Emir, et d’autre part par  la situation sociale inquiétante de la Deïra( manque de ravitaillement, maladies…). Malgré les difficultés qui s’affichaient à tout instant, Les hommes ont tenu tête pendant plusieurs jours à l’avancée de l’armée de coalition.
Pourquoi l’Emir a décidé de faire traverser la Deïra en Algérie colonisée ?
L’Emir, se trouvant dans une impasse désespérée, a décidé de sauver sa Deïra des mains du Sultan du Gharb qui aurait pu  perpétrer un massacre. Peut-être pensait-il que la reddition de la Deïra à Lamoricière était beaucoup plus sécurisante, entre les mains d’un ennemi qu’il avait appris à estimer. Où bien, il était  prédisposé à faire comme son khalifa du Sebaou, et dans ce sens, il était obligé d’abord de garantir la sécurité de sa Deïra, et par la suite regrouper sa famille, et  ses proches collaborateurs pour un éventuel départ vers l’Orient. A titre de rappel, quatre vingt dix sept personnes ont embarqué avec l’Emir du port de Ghazaouet.
Le général décrit la traversée de la Deïra : « Le 21(mois de décembre 1847), dit-il commence à traverser la Moulouya pour venir dans la plaine de Trifa. Un combat opiniâtre s’engage, plus de la moitié des fantassins réguliers et la meilleure partie des cavaliers y sont tués ; mais le passage s’exécute sans que les bagages soient pillés. Le soir, à cinq heures, les fantassins réguliers sont dispersés ; la Deïra a passé le Kis, est en entrée dans notre territoire. Les Marocains cessent de la poursuivre….J’étais convaincu, et je ne me trompais pas, que la Deïra venait de faire sa soumission. »
Les évènements qui se sont produits pendant ce jour fatidique, sont soumises à un débat :
1-Probablement que l’Emir a saisi le message transmis par son khalifa Bensalem sous l’œil attentif de Bugeaud qui a mis à  sa disposition un navire pour transporter sa famille en Orient. Dans cette vision, vraisemblablement que l’Emir a peut-être décidé  de libérer sa Deïra de 5000 personnes. Ainsi, sa négociation serait axée seulement sur le départ de sa propre famille, ses Khalifa, Aghas, divers collaborateurs et domestiques.
Revenons à la « proposition » du khalifa Bensalem, et  apprécions le commentaire (p.141) de B.Bessaïh dans son ouvrage – l’Emir Abelkader vaincu mais triomphant- : « Si les autorités françaises avaient en effet respecté leurs engagements, c’est sans doute pour trois raisons essentielles :
-Offrir à l’Emir une démonstration éclatante du respect de la parole donnée vis-à-vis d’un de ses lieutenants,
– Ensuite les égards entretenus vis-à-vis d’un lieutenant seraient accrus pour un chef aussi prestigieux qu’Abdelkader,
-Enfin saisir cette occasion pour inspirer à ce même lieutenant une lettre à son sultan dans laquelle il l’engageait à imiter son exemple dans le cas où il serait réduit un jour à le faire. C’est ce qu’on appelle devancer les évènements. »
Dans le même ordre, évaluons le discours de l’Emir destiné à ses fidèles compagnons la nuit du 21 décembre 1847 : « La lutte est finie, dieu en décidé ainsi. Nous devons nous rendre à l’évidence. Nous avons combattu quinze années durant, pour sauver notre peuple de la domination chrétienne ; que puis-je  faire encore en restant dans ce pays alors que la cause est perdue…Les tribus elles mêmes sont fatiguées de la guerre. Elles furent tour à tour frappées par mon sabre et celui de l’ennemi…La seule question qui reste à trancher est la suivante :Faut-il se soumettre aux chrétiens ou à Moulay Abderahmane. Vous pouvez choisir ce qui vous parait le plus convenable. Quant à moi, mon choix est fait. Je préfère capituler devant l’ennemi que j’ai combattu et à qui j’ai infligé bien des défaites, plutôt qu’à un musulman qui m’a trahi. Je réclamerai de me rendre en terre musulmane, avec ma famille, et ceux d’entre vous qui voudront me suivre. » Et pour consolider son choix et dissiper le doute vis-à-vis de la volonté des français à respecter leurs engagements, il ajouta : « …D’ailleurs, n’ont-ils pas agi correctement avec le khalifa Bensalem au mois de février dernier. » Si l’Emir a nommé le sultan du Gharb de traître, pourquoi  ne l’a-t-il pas fait pour son khalifa ?
2- La reddition des  deux frères aînés pose deux possibles  éventualités qui restent à discuter à savoir :
a)- Sur injonction de l’Emir pour garantir l’âman de sa Deïra auprès de Lamoricière, et faciliter les discussions sur les conditions de son départ.
b)- Reddition instantanée des deux frères pour diminuer de l’ardeur de l’Emir, l’obligeant à entamer des discussions sur son départ (un appui au message du khalifa Bensalem). Dans ce cas, qu’elle a été la position de la mère, la personne la plus proche de l’Emir ?
Au même titre que le khalifa Bensalem, l’Emir n’a pas condamné  ses deux frères. Au contraire, ces deux derniers ont pris place avec lui dans le même navire, et ont vécu en parfaite harmonie avec l’Emir au niveau des différents lieux de détention (Lamalgue, Pau et Amboise) en terre de France.
Concernant le maréchal Bugeaud, l’artisan de la reddition de l’Emir, s’agit-il d’une démission (à quelques mois de la reddition de l’Emir), ou d’une mise à la retraite forcée ? Le maréchal qui a honoré  ses engagements vis-à-vis du khalifa Bensalem, a été remplacé par le fils du roi, le duc d’Aumale. J’insiste sur ce point, car si le Duc d’Aumale a approuvé  les engagements pris par le général Lamoricière, il a précisé à l’Emir  que  l’avis du roi et de son gouvernement demeuraient prépondérants. Peut-être que le prince voulait insinuer à l’Emir, que Bugeaud avait à faire à un lieutenant (utilisé comme appât), et non pas à un chef militaire et homme d’état, où les approches ne sont pas du tout les mêmes.
Enfin,  quel a été le rôle du lieutenant Boukhouia, chef de camp du général Lamoricière, ce jour du 21 décembre 1847 ? Peut-être que cet officier arabe, envoyé semble-t-il par le général à la tête d’un groupe de spahis pour empêcher l’Emir à gagner le désert(si comme 20 spahis pouvaient barrer la route à l’Emir, ses khalifa et khayalas !!), a réussit à convaincre l’Emir de la disponibilité de Lamoricière à accepter ses conditions de reddition. Trop de zones d’ombre dans la reddition de l’Emir Abdelkader.  Je termine mon exposé, en posant la dernière question : Est-ce que l’Emir, à travers son autobiographie a relaté fidèlement les faits qui se sont produits la journée du 21 décembre 1847 ?

lundi 26 février 2018

Les Zaouia au coeur de la résistance



Au moment où un film documentaire de fiction de 72 minutes entame ses premiers balbutiements, rendant ainsi l'hommage tant espéré au role de la plupart des Zaouïa dans la résistance à la pénétration française en Algérie, je partage avec vous un article d'une rare perspicacité signé de mon ami Mahmoud Omar Chaalal...






Du plus profond du cœur






Par le Docteur Chaalal Mahmoud Omar

Président de l’union nationale des zaouïas d’Algérie.

Président de l’union mondiale du Tassaouf.


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Les Zaouïas d’Algérie héritières des Ribats de nos devanciers Soufis sont nées au 10ièmesiècle de l’Hégire : correspondant au  16ième siècle du calendrier  Grégorien. Elles ont été depuis toujours des institutions de poids, touchant à l’apprentissage du Saint Coran et de ses sciences, notamment le Tassaouf (le Soufisme). Leur message de paix est intégralement transmis à travers notre histoire et dépasse largement nos frontières en faisant référence au Coran explicite et à la Sunna (tradition du prophète Sidna Mohamed que le salut soit sur Lui). Elles  nous éclairent sur le rituel de notre culte avec conscience et sciences. Leurs voies confrériques sont l’expression de la civilisation musulmane ; elles nous renseignent sur notre culture avec pertinence et parfois même avec un style pittoresque ou une originalité folklorique. Leurs références historiques ne posent aucun problème aux partisans de ces lieux du culte qui voudraient rester raisonnables. De ces références, je cite les plus parlantes relatives à notre prophète Sidna Mohamed que le salut soit sur Lui, à ses compagnons, à Sidi Abdelkader Al-Djilali, à Sidi Boumediene Chouaib, à Sidi Abderrahmane Ethaalibi des Issers (le  régénérateur de la mère ses zaouïas d’Algérie)  pour ne citer que ceux-là.
Je sais bien que mon lecteur va s’en saisir d’une encyclopédie ou des sites de l’internet pour découvrir davantage de connaissance à ce sujet, mais je sais aussi que cela n’est pas simple. Je ne décourage certainement pas les chercheurs ou les internautes curieux qui trouverons du plaisir à investiguer cette réalité ; Leur décryptage en sera généreux  même si leurs résultats  seront mal jugés par certains spécialistes de l’histoire.                                                                                                   Cette démarche ne me gêne en rien, mais demeure incomplète quand il s’agit d’un sujet qui touche le cœur de notre histoire musulmane. Il faut avoir fréquenté délicatement  les Zaouïas et leurs voies confrériques, connu le goût  du Tassaouf. Il faut au moins  savoir ce que sont leurs « Pauvres ».
Je pense donc qu’il est essentiel d’exprimer ultérieurement dans un récit mon bref parcours de six décennies de faits réels liés à ces lieux  de l’éducation de l’enseignement, de la culture  et de la Paix.                             Cette courte période constitue pour moi la fin d’un siècle et un autre qui est né avec des évènements en Algérie qui peuvent intéresser le monde entier.
 En ce qui concerne les zaouïas en Algérie, cette phase  est une époque de grands changements. Des sensibilités politiques et religieuses en période coloniale et post coloniale font irruptions massives dans ces coins pour essayer de prendre en main leurs mouvements ; et pourquoi pas ? : Se charger de leur devenir.                                                                    
La Résistance d’un peuple contre le colonialisme suivie  par une guerre de libération s’achève par notre indépendance scellée par sept années et demie de lutte et un million et demie de martyrs.
-Un socialisme submergé par un soviétisme a pris fin avec la chute du mur de Berlin.
-L’islamisme qui trouve des alliés puissants dans un gouvernement fragilisé se ressaisît.
-Le terrorisme aveugle efface tout ce que je viens de citer. Ce malin démon veut nous subir profondément l’influence de sa peur surtout après la colère  des jeunes dès 1988. 

Dégagés les uns des autres dans la forme, ces évènements sont en fait liés dans leur fond à un lointain passé avec l’ancien monde qui veut prendre sa revanche sur l’épanouissement de la civilisation musulmane authentique. Notre savoir-faire sombre dans un coma profond qui dure depuis des siècles ; depuis la chute de Grenade.
Cependant, les zaouïas de notre pays et leurs voies confrériques qui préservent des tonnes de manuscrits de savants fondateurs de la dynastie Mouahidine (Almohade) dont le chef n’est autre que l’Algérien Abdelmoumen Benali. Elles accumulent des couples de résistants et de fragiles, de réfractaires et de dociles de classiques et de modernes qui se contentent de sauvegarder la tête de la communauté, sur ordre de l’Emir Abdelkader qui les a chargé en plus de leurs missions (éducatives , cultuelles , scientifiques et philanthropiques ) de créer l’Etat –Nation de l’Algérie moderne et de le défendre.

C’est dans cet esprit, qu’elles m’ont honoré pour les unir, malgré que cela pouvait avoir de paradoxal avec une République Algérienne
Démocratique et Populaire et malgré la résistance des  opposants à ces coins de la Paix.
S’affirmant issu de l’ancienne zaouïa de Sidi Benaouda Al Chaalal qui était toute une institution du Fiqh ( droit musulman) à l’époque de l’Emir Abdelkader, toute une école coranique à Sougueur à l’époque du mouvement national, tout un centre de la Révolution dans les Monts de l’Ouarsenis pendant la guerre d’indépendance, tout un ensemble de moniteurs lorsque les enseignants français ont déserté l’école algérienne en 1962. Je me suis établi avec fierté dans l’Union Nationale des Zaouïas d’Algérie où ses Chouyoukh  m’ont élu.                                                                                                         
 Malgré l’humour de certains de mes confrères médecins qui me reprochent ce virage dans le Tassaouf, j’essaie de  soigner solidement les cœurs organiques et de soutenir les cœurs purs. Un merveilleux bien-être s’offre  à mon activité professionnelle et spirituelle.
 Aujourd’hui, des relations amicales s’établissent  très solides  autour de mon humble expérience ; elles s’accroissent  entre Chouyoukh, Taleb, médecins,  universitaires, simples citoyens : monsieur ou madame, des militaires dans tous les rangs de leurs hiérarchies, des gouverneurs et enfin mêmes des chefs de l’Etat. Ils sont pléthores autour de moi. Tous ces gens-là, ont la nostalgie du groupe qui les réunissait auparavant.
Tout cela ne doit finir que par trois autres résultats essentiels : à ce qu’au moins les Algériens se retrouvent dans la paix ; à ce que ceux qui nous gouvernent se rendent utiles et à ce que le peuple préserve notre Etat- Nation qui gardera éternellement  ce que l’on nomme aujourd’hui : l’Algérie.
C’est très tôt dans la décennie noire que les Zaouïas d’Algérie commencèrent la hâte pour la conciliation par le culte.
Cependant, des doléances étranges viennent divulguer des fantasmes refoulés qui entravent la concorde par le Coran sacré.  Je vais essayer de  révéler certains embarras que les zaouïas ont normalisés ou ajournés par leur crédibilité :

-         des terroristes sortaient de leurs terriers pour exprimer de nouveau leurs slogans connus.
-          Des Salafistes revendiquaient un droit de leurs parfaits devanciers,
-         Des associations anarchistes chantent des hymnes variées ; on entend alors l’ariette du futur printemps sarrasin minutieusement élaborée par les Ariens,
-         La chanson de la femme qui veut se marier sans la bénédiction divine  attribuée à ses parents.
-          Les échos erronés des Algériens convertis à la Bonne Nouvelle de  Jésus.
-         Aussi, on enregistre le bruit des mitrailles orales contre nos vaillants moudjahidines de la guerre de libération qui inquiètent même les âmes de nos martyrs que la clémence divine a sacrement éternisées.                              
-          Çà et là traînent des restes d’un socialisme « musulman » qui nous ont longtemps charmés et que les adeptes de la légitimité révolutionnaire essaient de ressusciter.





jeudi 1 février 2018

Boudjedra entre Dahra et Béni Chougrane

 La venue de Rachid Boudjedra en Oranie a été marquée par ses haltes dans l'opulente cité de l'Emir Abdelkader et à travers un parcours mémorables dans le Dahra occidental. Son passage à la libraire Art et Culture, en plein coeur d'Oran, est à oublier. Le public constitué essentiellement de journalistes s'est distingué par son mutisme. Seule une sémillante universitaire s'est distinguée par une judicieuse présentation du prolifique romancier national. Avec une sobriété remarquable, elle parviendra à faire le tour de l'homme et de son oeuvre. Les rares échanges avec Rachid Boudjedra se concentreront essentiellement sur son livre pamphlet dont l'un des protagonistes n'est autre que l'ex chroniqueur du QO, L'auteur de la répudiation en profitera pour rappeler sa mise au point concernant le passage relatif à l'implication de KD dans le GIA. De manière directe et sans aucune équivoque, Rachid Boudjedra fera son mea-culpa, reconnaissant qu'à l'époque des faits, le GIA n'existait pas. Curieusement, certains écrits parus dans la presse arabophone feront délibérément l'impasse sur cette mise point. Ce qui n'a pas été apprécié par les nombreux présents qui ne comprennent pas les raisons de cet acharnement. Ces péripéties oranaises seront très vite dissipées lors des rencontres de Mascara et du parcours mémoriel dans le Dahra.
C'est face un immense portrait
de l'Emir Abdelkader, devant un public avertis et chevronné que Rachid Boudjedra entamera la rencontre au niveau du lycée Djamel Eddine El Afghani.
Rachid Boudjedra a été épatant à Mascara...la cité de l'Emir lui a fait le plus bel accueil...dans la pure tradition mascaréenne...Autant au niveau du lycée El Afghani, grâce à l'association des anciens qu'à celui de l'association El Amel, dont la bibliothèque regorge de livres de la littérature universelle...des interventions d'une grande dignité et d'un très haut niveau ont jalonné les conférences...Nous avons eu droit à des déclarations d'une grande générosité et aussi d'une grande probité de la part de Rachid Boudjedra...qui a dit tout le bien qu'il pensait de la littérature de Feraoun, de Dib, de Kateb, de Maameri, de Malek Alloula...et de Boulenouar Messaour....comme j'ai eu l'insigne honneur de servir de modérateur à cette rencontre...qu'il me soit permis ici de remercier l'ensemble des organisateurs, avec une mention particulière à Djilali Boucif et à Sidahmed Sahla....je voudrais aussi remercier pour leurs questions l'ensemble des intervenants...leurs éclairages ont permis un débat serein...et ô combien instructif...encore une autre preuve s'il en fallait, que ce peuple possède une élite...

Venu depuis la voisine Mostaganem, Mansour Benchehida a tenu à rappeler qu'il venait souligner que lors de la scolarité de KD au niveau du lycée Zerrouki Chekh Bneddine, c'est lui qui assumait la fonction de surveillant général. A ce titre, il dira de manière catégorique que le jeune lycéen n'a jamais été imam au niveau du lycée. Ce à quoi Rachid Boudjedra répliquera de manière cinglante qu'il tient cette information des propres déclarations de KD à Médiapart et au quotidien français Le Monde.
La seconde rencontre de Mascara se fera au niveau du siège de l'association El Amel et en présence d'un jeune public. Un débat tres convivial et très courtois au cours duquel Rachid Boudjedra fera l'éloge de Kateb Yacine qu'il considère comme étant son modèle.
Concernant le passage par Mostaganem, il est juste de rappeler que j'avais été chargé d'organiser une rencontre débat au niveau d'une institution publique. J'ai alors pris contact avec la bibliothèque publique et avec le musée du Maoudjahid. Je ne suis pas en mesure de vous dire à quel niveau ça a coincé, toujours est-il que ces rencontres avec le lectorat de Mostaganem ne se sont pas concrétisées. Je souligne avec force que l'idée originelle de la visite de Rachid Boudjedra était de lui proposer un parcours mémoriel. Qui ne nécessite aucun accord préalable d'aucune institution. Lorsque j'avais soumis ma proposition, Rachid Boudjedra a fait part de sa disponibilité et surtout de son enthousiasme. C'est pourquoi, je tenais à ce que ce déplacement se fasse dans la discrétion et le recueillement. Comme j'avais fais la promesse à mon jeune collègue le journaliste Salim Skander de lui faire découvrir le Dahra, c'est tout naturellement que je l'ai invité à se joindre à nous. Je voudrais ici remercier Ahmed Boualem de nous avoir accompagné et d'avoir témoigné de vive voix et sur le lieu du tragique attentat du 1 novembre 1994. Là où périrent 4 jeunes scouts originaires de Mostaganem, dont le propre fils de Boualem. Sa présence à nos cotés, son témoignage, ont profondément ému Rachid Boudjedra.  Au niveau du centre de torture de Sidi Ali, l'enfant d'Aïn Beida, lui même ancien Moudjahid, a été tres fortement ébranlé par la découverte de ce sinistre lieu.
Au point où Rachid Boudjedra a fait la promesse que dans une prochaine oeuvre littéraire, il n'omettra pas de rappeler ces douloureux évenements vécus par les jeunes scouts et aussi par les farouches résistants du Dahra.
Cette nouvelle incursion dans notre patrimoine fut encore une fois une épreuve. Elle sera miraculeusement ponctuée par une invitation officielle de la part de la radio nationale. C'est accompagné de son staff que le directeur de Radio Mostaganem nous recevra. C'est donc à travers les ondes que les habitants de Mostaganem et du Dahra auront droit à plus d'une heure d'entretien avec Rachid Boudjedra! C'est aussi ça le miracle du Dahra! Dans son message, Rachid Boudjedra n'omettra pas de rendre l'hommage qu'ils méritent à l'ensemble des habitants du Dahra. Lorsque la journaliste lui demande s'il devait faire un film quel serait le personnage qu'il voudrait honorer, il aura cette sublime réponse: l'Emir Abdelkader!
  Deux jours après, je reçois un message de Rachid Boudjerdra auqel j'ai fais cette réponse:
" Très cher Rachid Boudjedra...cher Grand frère en patriotisme...t'accompagner à travers le parcours mémoriel du Dahra a été pour moi un inoubliable voyage au coeur de la mémoire vive de notre cher pays. Les haltes que tu as accepté de faire avec mes amis et moi, auprès de ceux qui sont à jamais les plus valeureux enfants de ce pays et les plus vibrants symboles de sa ténacité, de son courage et de sa bravoure, resteront à jamais inscrites dans ma tempétueuse mémoire. Après cette mémorable journée que tu nous as consacrée, en toute spontanéité et en totale confiance, j'ai constaté combien tu cultivais cette fibre patriotique qui est ta véritable ligne de fond. Car après avoir mené le courageux combat contre l'amnésie et contre les fossoyeurs de notre histoire, tu es venu te ressourcer auprès des authentiques combattants, tes frères de lutte et de souffrances. Les mots que tua s eu l’extrême gentillesse de délivrer sur les traces à jamais glorieuses de nos ancêtres, seront inscrits à jamais dans ces vallons crayeux  du Dahra...l'instant nodal où tu a accepté de lire tes propres mots, écrits voilà plusieurs années, en hommage aux Ouled Riah, ont été pour moi la plus belle offrande. Surtout en ces lieux de grande tragédie, à quelques pas de la grotte de Ghar El Frachih, là où, par cette rude journée du 19 juin 1845, périrent par enfumade plus de 1500 membres de la tribu insoumise. Désormais, nous partageons le redoutable privilège de ceux qui ont été choisis pour porter ce combat mémoriel. En total prolongement de tes combats anciens. Merci infiniment Cher Rachid, Cher Ami...avec toute mon affection et mon plus profond respect pour toi... pour tes combats...et tes victoires...

 

Poussieres de Novembre




La commémoration du 1er novembre fait souvent l'impasse sur des symboles fondateurs. Pour Mostaganem, ces symboles de novembre ont un lieu commun : c'est le cimetière de Sidi Ali. Perché sur ce mamelon du Dahra, c'est incontestablement l'endroit qui aura par deux fois et à 50 ans d'intervalle, marqué de façons sanglante et indélébile la tragédie algérienne.
Faite de luttes et de trahisons, de résistance et de concussions, de morts et de victoires. La première fois, c'était le 1er novembre 1954. Quelques minutes avant l'heure fatidique, lorsque mis à nus par l'arrivée impromptue de deux européens -qui venaient d'être attaqués par armes à feu près d'une ferme par les premiers combattants de la liberté-, ils donnèrent l'alerte à la gendarmerie que Benabdelmalek Ramdane et ses compagnons projetaient d'attaquer à minuit, signant ainsi les premiers coups de feu de Novembre. Ils durent alors se résigner à avancer l'heure de l'attaque qui se soldera par la mort de Laurent François qui venait donner l'alerte, et le retrait des moudjahiddines vers le lieu de repli situé dans les gorges de Ouillis. Traqués puis dénoncés par des traîtres, ils seront les premiers combattants à tomber au champ d'honneur le 4 novembre. Leurs dépouilles reposeront en ce lieu jusqu'à cette journée fatidique du 1er novembre 1994. Brahim Bengayou, le wali de l'époque, optera pour organiser une cérémonie de regroupement d'une quinzaine de sépultures éparpillées dans la région, dont celles de Benabdelmalek Ramdane, au cimetière de Sidi Ali. La veille, malgré les consignes de sécurité, l'information avait été ébruitée et parvint au niveau d'un groupe terroriste. En fin de journée, après avoir ligoté le gardien du cimetière, le groupe placera une bonbonne de gaz truffée de morceaux de ferrailles à l'endroit où devait se tenir le cérémonial de l'enterrement des valeureux martyrs de Novembre. Le 31 octobre, à minuit, levée des couleurs sur l'esplanade de la mairie de Mostaganem. Aux quelques rares officiels ainsi qu'un détachement de l'ANP, s'était joint un groupe de jeunes scouts du faoudj de St Jules, le quartier d'à côté. Accompagné du vétéran Ahmed Boualem, le groupe se composait de pas moins de 5 de ses enfants. Après la levée des couleurs et les salves des soldats de l'ANP, avec à leur tête le colonel Bentaous, aujourd'hui à la retraite, la cérémonie commémorative prenait fin. Elle sera suivie d'une autre cérémonie de levée des couleurs et dépôt d'une gerbe de fleurs, le lendemain, à 8 heures du matin. Les scouts étaient également invités à cette cérémonie matinale. Afin de ne pas trop se disperser, ils dormiront au local de St Jules qu'un véhicule blindé surveillera durant toute la nuit. Réveillés en trombe par Ahmed Boualem qui leur avait ramené depuis sa maison, un petit déjeuner, les scouts étaient tout excités à l'idée de revenir sur l'esplanade de la mairie prendre part au cérémonial. Tout comme la veille, seuls quelques officiels étaient présents. La direction des moudjahidines, à sa tête le dynamique Moumen, avait pris soins d'inviter les anciens combattants afin qu'ils se joignent au cortège officiel et participent à l'enterrement de leurs compagnons tombés au champ d'honneur. Un bus avait été réquisitionné à cet effet. Très rapidement, l'idée d'y embarquer les fringants scouts de St Jules fera son chemin. Après tout, cela leur ferait une superbe promenade, eux qui étaient sevrés de sorties champêtres depuis l'émergence des maquis islamistes. Ce jour là, le cimetière était bondé de monde. Dans la précipitation, personne n'avait remarqué qu'un arbuste avait été planté à la hâte. Sous la terre fraîchement retournée, la bombe attendait froidement le moment propice pour faucher la foule. C'est à l'instant où les premières sépultures des martyrs de novembre 54 retrouvaient la terre pour laquelle ils avaient combattus qu'une énorme déflagration fera trembler le sol.
La stèle inachevée
Croyant à une salve d'honneur des djounouds de l'ANP, Ahmed Boualem et ses compagnons furent pris de stupeur lorsque la poussière soulevée par l'engin commencera à retomber sur leur tête. Puis soudain, les cris de douleurs des jeunes scouts de Mostaganem et de Sidi Ali que les morceaux de ferraille projetés par le souffle avaient atteint de plein fouet. Sous l'œil hagard de la caméra de l'ENTV les premiers corps déchiquetés et ensanglantés étaient évacués vers le petit hôpital. Mais très vite on se rendra compte de l'ampleur du massacre. Ils seront plus d'une trentaine à avoir été blessés dont 4 succomberont. Ces scènes d'horreur feront le tour de la planète. Leur impact fut tel que les nombreux partisans de l'abject « qui tue qui » finiront par reconnaître l'origine du mal, ses auteurs et ses commanditaires. Encore une fois, novembre à Sidi Ali aura été un lieu où les symboles du combat libérateur d'hier, représentés par ces 15 sépultures de martyrs, se seront imprégnées du sang des jeunes scouts pour qui Novembre n'est pas qu'une halte. Novembre 1994 à Sidi Ali, ce sont les cendres de Benabdelmalek Ramdane et de ses anonymes compagnons qui s'abreuvent un court instant, du sang et de la chair de ces enfants dont le plus âgé avait à peine 12 ans. Si les blessés, dont certains seront amputés à jamais, auront été éparpillés à travers des familles d'accueils de France mais aussi d'Algérie, les 4 martyrs- il s'agit de Mehdi Boualem (9 ans), Mohamed Hachelaf (8 ans), Mohamed Chawki Ayachi (7 ans) et Abdallah Chouarfia (12 ans)-, du groupe SMA de St Jules, sont enterrés dans un minuscule carré au niveau du cimetière de Sidi Benhaoua, au sud de Mostaganem. L'endroit qui était jadis pavoisé à l'occasion du 1er Novembre, donne l'image d'une désolation et d'un méprisable abandon. D'après Ahmed Boualem, depuis 5 ans, aucune autorité n'aura pris soins d'y venir déposer la moindre gerbe ni entretenir la flamme par un simple badigeonnage à la chaux. Juste pour éloigner les mauvais esprits qui seraient tentés de flouer autrement que par les larmes, le message de ces enfants martyrs. Face à la mosquée de St Jules, sur la minuscule placette, l'APC avait entamé la construction d'une stèle commémorative. Sans jamais la finir. Autant de mépris à la mémoire de ces frêles victimes d'une barbarie sanguinaire ne peut pas s'expliquer que par l'amnésie. Il y a longtemps que les symboles de Novembre n'ont plus droit aux égards des jeunes générations. Car ils ne sont que les témoins éternels de nos rudes batailles. Au cimetière de Sidi Benhaoua, il était bien seul, en ce doux matin de novembre 2007, notre ami Boualem dont toute la famille ne vit plus que dans les douloureux souvenirs. L'arrivée de la veuve d'un policier qui venait arroser le frêle géranium, ne fera qu'accentuer sa tristesse. A trois, il n'était pas facile pour eux de porter toute la détresse du monde. Ce n'est qu'en arrachant avec détermination les mauvaises herbes qui envahissent le minuscule carré, que Boualem parvenait à contenir sa colère. Et ses larmes! Il se rappellera un détail d'importance, les 4 martyrs de Sidi Ali avaient été enterrés dans leurs uniformes flambants neufs que la poussière des martyrs de Novembre est venue couvrir d'un linceul invisible.


L'article original a été publié
Poussières de Novembre par Yacine Alim, alias Aziz MOUATS dans 
El Watan du 07 - 11 - 2007.

lundi 29 janvier 2018

Meursault, un criminel innocent

Ce texte prémonitoire de Khaled Ouaddah. Que je republie à l'occasion de la venue dans le Dahra, pour un circuit mémoriel, du romancier et pamphlétiste Rachid Boudjedra ...le texte est a mettre en relief avec la parution de son nouveau livre " Les contrebandiers de l'histoire"...ou l'impossible réconciliation avec les groupies de Sansal, KD, Bachi et autres renégats...


Albert Camus, une œuvre toujours revisitée
L'Etranger : un criminel innocent ?

Publié dans El Watan le 02 - 02 - 2006

la réalité du roman L'Etranger met mal à l'aise le lecteur. Mais d'où vient la force d'impact qui a fait de ce court récit l'objet de tant de commentaires, d'analyses et de réflexions illimitées parmi les critiques littéraires et dans le monde universitaire d'une façon générale ?
C'est le caractère énigmatique du personnage de Meursault qui rend invisible la frontière entre la fiction et la réalité, à travers l'accomplissement d'un meurtre, pas n'importe lequel, celui de l'Arabe. Toute la ligne des commentaires, qui ont inscrit le roman dans la perspective historico-narrative, semblent privilégier cette représentation, comme si derrière cet acte criminel se profilait le crime colonial. Cette orientation a suscité diverses appréciations et a attiré l'attention de beaucoup d'écrivains et non des moindres, tel que le grand intellectuel américano-palestinien, Edward Saïd, qui, dans un livre remarquable - Culture et impérialisme - a démontré que l'auteur Albert Camus ne pouvait échapper à la mentalité coloniale de son temps. A la suite du grand philosophe J-P Sartre, d'autres critiques se sont penchées sur le chemin de la philosophie de l'absurde (suicide) qui imprègne « le mythe de Sisyphe », pour expliquer de façon plus ou moins exagérée les racines de L'Etranger. Si c'est à travers l'expérience du personnage de Meursault que l'écrivain Camus voulait révéler sa visée artistique, cette approche laisse échapper l'affectivité complexe et angoissante du livre, comme le laisse entendre le psychanalyste anglais, Masud R. Khan. Dérangeante, inclassable et irréprésentable, l'expérience criminelle du personnage de Meursault, énigmatique et innommable jusqu'à la méconnaissance du nom de la victime, identifiée par l'unique signifiant de différence culturelle, ne facilite guère ni l'accès ni l'entrée à une compréhension de ce que remue l'auteur dans son roman. Cette expérience a ouvert la voie à des lectures duels qui instruisent beaucoup plus le procès de l'écrivain (réalité) que le procès de vérité esthétique (fiction) à l'œuvre dans le roman. Est-elle indifférente au contexte de la réalité coloniale ? Certainement pas. Mais pour échapper au piège des lectures qui occultent l'interrogation sur les enjeux subjectifs qui poussent le personnage de Meursault à l'accomplissement de cet acte malheureux dans une situation sociale coloniale sans issue, il est peut-être nécessaire d'établir un lien avec le roman La Peste qui a été entamé en 1941, une année avant la publication de L'Etranger, pour n'être publié qu'en 1947, et ce, afin de circonscrire l'opacité et l'impasse criminelle du personnage de Meursault. Dans ce livre, Camus nous livre une figure de style paradoxal pour se représenter un archétype, où l'on peut reconnaître facilement le personnage de Meursault qui attente à la vie de l'Arabe. Voici un extrait de La Peste où l'écrivain déclare une vérité ultime : « J'ai pris le parti alors de parler et d'agir clairement pour me mettre sur le bon chemin. Par conséquent, je dis qu'il y a des fléaux et des victimes, et rien de plus. Si, disant cela, je deviens fléau moi-même, du moins, je ne suis pas consentant. J'essaie d'être un meurtrier innocent. Vous voyez que ce n'est pas une grande ambition. » Dans ce passage, Camus dépeint quelque chose de potentiellement nihiliste, à travers cette catégorie paradoxale du « meurtrier innocent ». Une innocence qui décharge le criminel de la culpabilité subjective et l'accusé de la culpabilité juridique. Cette figure du meurtrier innocent nous permet de réévaluer la sensibilité spécifique et paradoxale du personnage de Meursault afin de comprendre son incapacité d'entrer dans la symbolisation de son crime. Meursault ne manifeste aucune culpabilité, il est l'archétype même du « criminel innocent », pour qui la vie n'est que réalité sensible de pure corporéité, sans rapport d'altérité et sans représentation : « Le corps ne triche jamais ». Menacé par l'indifférenciation et la méconnaissance de l'autre, Meursault n'est que la révélation dramatique d'un personnage dans un contexte social dominé par la logique coloniale. S'il ne parvient pas à élaborer sa culpabilité pour se représenter son crime, c'est que le dogme de la violence coloniale l'enferme dans un duel et dans un non-sens qui l'aident de façon maladive à ne pas se reconnaître coupable : « J'avais remarqué que l'essentiel était de donner une chance au condamné. Une seule sur mille, cela suffisait pour arranger bien des choses. Ainsi, il me semblait qu'on pouvait trouver une combinaison chimique, dont l'absorption tuerait le patient (je pensais : le patient) neuf fois sur dix. » Que renferme cette nouvelle identité qui fait virer le récit où le personnage de Meursault ne se pense pas comme prisonnier, mais en tant que patient ? Le rapprochement a été vite fait par un grand nombre de critiques et par Camus lui-même qui pensait que le meurtre et le suicide sont les deux faces de la même pièce. La philosophie de l'absurde, qui s'est développée autour de ces grandes interrogations que soulève l'auteur, a oublié sinon occulté une grande vérité anthropologique de la tradition romano-canonique occidentale : le suicidé tue quelqu'un. Autre chose de beaucoup plus complexe. Si l'on s'interroge sur le suicide au Moyen Age, le désespoir n'était ni un sentiment ni un état psychique, mais un vice, une maladie. Même si le procureur déclare coupable Meursault d'indifférence filiale, le romancier Camus était loin d'être indifférent aux textes fondateurs de sa généalogie qui épongent la culpabilité.

dimanche 28 janvier 2018

Bouteflika sans Mehri...ou les clés de l'impasse


 En ces instants d'incertitudes, alors que le 5ème mandat est plus que possible, il est utile de revenir à l'essentiel. Sommes-nous en mesure de dégager une voie, meme très mince vers un changement de régime? Notre ami Djamal Eddine Belhadj, ancien sénateur et toujours patriote, vient de solliciter ses amis en vue de trouver un homme ou une femme capable de fédérer la sphère patriotique et de dégager un consensus en vue d'influer sur la future joute présidentielle de 2019. A lire les avis et commentaires, il est temps de cultiver le desespoir à grande échelle. Que l'on ne soient pas d'accord sur une personne, cela relève de l'entendement, mais que l'on se laisse aller au dépit ou au désespoir, cela n'est pas concevable. Modestement,j'ai donné mon avis...il n'est pas très optimiste, je le reconnais. Mais il a le mérite de fixer les limites de ce qui reste possible. Je disais donc qu'il est heureux que Bouteflika ne soit pas remplaçable. et que jamais le système n'admettra un changement en dehors des ses arcanes...Bien entendu qu'un sursaut auquel je ne crois plus serait salutaire! Mais le pays est réellement embourbé dans un après Bouteflika qui va perdurer. Pourquoi? pour la simple et bonne raison que les acteurs trouvent tous leur compte dans ce vaudeville. Alors, dans le souci de donner un éclairage sur cette tendance lourde, j'ai retrouvé cet article du journaliste Saïd Djaafer...à propos de l'attitude de feu Abdelhamid Mehri. Pour bien comprendre comment et pourquoi nous en sommes là, il faut le lire et le triturer...car à l'évidence Mehri avait cette rare étoffe d'un homme lucide et modeste...Lui a su dire NON au système...et le Système l'a rejeté...Avec un éclairage très original et tellement juste sur la complicité entre les tenants de la voilure et les responsables du Fis...Moi même, j'ai toujours soutenu que le Fis et le système ne sont pas la face et l'avers d'une même médaille...je continue de croire profondément qu'une alliance s'est nouée entre ce part islamiste et le système pour dégommer Mouloud Hamrouche et son équipe de réformateurs...C'est ce qui nous a valu la terrible tragédie...et c'est ce qui a valu à Abdelaziz Bouteflika ce retour triomphant et sans partage à la timonerie...Et comme le capitaine au long cour n'est pas né de la dernière pluie, il va falloir se résoudre à attendre...un autre Mehri...l'article ce dessous lui rend l'hommage qu'il mérite...à méditer profondément, même si l'horizon est des plus sombres...
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Abdelhamid Mehri: un immense politique
Saïd Djaafer Journaliste

“Je suis passé par des siècles de bouches cousues” disait le poète irakien Abdel-Amir Jaras. 


Abdelhamid Mehri aurait pris avec philosophie et sans se départir de son petit sourire ironique les hommages que lui rendent aujourd’hui certains de ceux qui n’ont pas hésité à lui faire un procès en trahison et en kofr après la rencontre de l’opposition algérienne à Rome.

Dans ces journées délirantes de 1994 où les médias publics se sont déchaînés contre l’homme et où le régime avec tous ses compartiments s’est mis en ordre serré pour une campagne de haine sans précédent, Abdelhamid Mehri, ne s’est pas départi de son calme.

Il a demandé un droit de réponse à la télévision algérienne et “ceux qui décident” ont estimé qu’ils avaient là une opportunité de le “confondre” devant l’opinion et qu’il suffisait de bien préparer l’émission. L’émission a eu lieu. En quelques phrases, le secrétaire général du FLN a ruiné toutes les manipulations et des semaines de propagande éhontée du régime. Il a dévoilé, une fois de plus, qu’il était sans arguments.

Après ce droit de réponse, la télévision qui était déjà fermée est devenue nord-coréenne. Abdelhamid Mehri qui en a vu au cours de son combat politique au long cours était d’une humilité et d’une disponibilité sans égale. Mais il ne pouvait s’empêcher d’exprimer, dans des cercles amis, son effarement et son mépris pour l’aplomb des médiocres serviteurs d’un régime qui peuvent énoncer les pires mensonges sans sourciller et décerner les pires accusations avec une légèreté inégalable.

Cela donnait lors des rencontres, fréquentes qu’il a eues avec les journalistes de La Nation, à des moments de déconstructions hilarants de ces affirmations des médiocres du régime. Juste pour rire. Car, et c’est la grande force de M. Abdelhamid Mehri, pour lui ces personnels mis en avant sont chargés d’organiser les diversions et de mener vers des discussions où les mots et les concepts sont continuellement pervertis. L’ancien ministre du GPRA, l’homme de Tanger, l’ex-Secrétaire général du FLN, l’homme du Contrat National savait les mettre de coté par une simple remarque caustique et terriblement expressive.

Un formidable travail de dévoilement

Ces personnels qui peuplent la devanture comme des marionnettes détraquées, il ne les attaquait même pas. Ce n’était que de l’écume. Pas plus qu’il n’a jamais accepté d’entrer dans les chemins des personnalisations des débats. Et s’il s’adressait à un président, c’était en tant qu’adresse officielle d’un régime qui n’a même pas l’alibi d’une quelconque efficacité dans n’importe quel domaine. La haine du régime contre Abdelhamid Mehri -et contre les réformateurs- tient au fait qu’il menait, sans faire dans le tapage, ni dans les accusations ad-hominem, un formidable travail de dévoilement.

Dans ce pays où la manipulation est constante, où la peur sert pour une partie des élites de grille d’analyse, défendre la démocratie, les libertés et la reddition des comptes des responsables, c’est faire œuvre sacrilège. Et quand on défend ces valeurs par conviction et sans aucune naïveté, on devient l’ennemi.

Abdelhamid Mehri dans un débat télévisé avec Abassi Madani qui se gonflait d’importance en jouant la pression de la rue, le mettait en garde sur le fait qu’il était le jouet d’une entreprise destinée à entraver le processus démocratique. Le message était clair, il avait bien été entendu par Abassi Madani et il n’en a pas tenu compte. Par arrogance. Et parce qu’Abassi Madani était dans les mêmes logiques des tenants du système.

Le chef du FIS devant la force de l’argumentaire s’en était tiré par un piteux : “M. Abdelhamid Mehri est un fils de bonne famille, que faisait-il dans ce régime”. En réalité, Mehri était déjà totalement hors d’un système qu’il estimait irrémédiablement condamné après les événements d’octobre 1988 alors qu’Abassi Madani, sous des dehors de révolutionnaire islamiste, était complètement dedans.

Ce n’est donc pas un hasard que le “fils de bonne famille” a continué, sans faille et sans arrêt, son combat pour la démocratie sans que ses actions ne servent d’alibi à une régression orchestrée par le système. Contrairement à Abassi Madani dont la naïveté politique et le mimétisme profond à l’égard des pratiques du pouvoir ont servi d’aubaine pour le régime.

La grande leçon est qu’on n’est pas révolutionnaire parce qu’on est bruyant. On l’est par la clarté des idées, la juste perception du rapport de forces et une conviction profonde qu’on doit contribuer à éclairer la société et non à la chauffer. Et éclaireur, Abdelhamid Mehri, il l’a été. Constamment.

Un homme politique face à la machine

L’écouter, c’est d’abord sortir de la naïveté, cesser d’être malléable -cela n’est pas donné à tous le monde d’être capable d’aider les gens à avancer- et entrer dans l’âge de la politique. Du politique.
Car précisons-le, Abdelhamid Mehri a été un homme politique, il n’a jamais été un politicien. Il ne s’agit pas d’une nuance.

Dans le régime algérien “spécifique”, être un homme politique est inacceptable. Une hérésie. La seule chose qui est acceptée est d’être un serviteur, un bureaucrate de la politique où un cabotin qui, par exemple, fait mine d’avoir organisé un complot scientifique.

On les a vus, en live, à l’hôtel Al Djazaïr, en 1996, rouler des mécaniques pendant que les organisateurs du complot planqués dans une suite géraient au corps à corps les membres du comité central. Défait, Abdelhamid Mehri? En réalité, il avait constaté, sans être vraiment surpris, que le régime pouvait aller jusqu’à menacer des membres du comité central d’un blocage de leur pension de retraite s’ils “votaient mal”.

Certains sont venus discrètement le lui dire et s’en excuser. On n’était plus dans une bataille politique. Mais dans des menaces d’une tout autre nature. Le FLN entrait dans la “maison de l’obéissance”. Il n’en est pas sorti depuis. Le “complot scientifique” ce ne sont pas les cabotins de la politique, les médiocres qui servent de faire-valoir, qui l’ont mené, c’est une machine. Et c’est Mehri qui explique lui-même ce traitement et cette “intrusion brutale du pouvoir” dans les affaires du FLN.

“Le traitement a consisté en une ordonnance grasse de la part de certains services de l’Etat qui croyaient, et sans doute le croient-ils encore, que les missions qui leur ont été confiées leur donnent le droit de gérer d’une manière ou d’une autre le fonctionnement des organisations sociales, des partis et des associations ; de promouvoir certains de leurs dirigeants, de sélectionner leur candidats aux assemblées élues, de rectifier leurs lignes politiques en cas de nécessité dans le sens qui sied à l’ordre établi (...) Cette forme de complot scientifique est en fait un composé organique du système de pouvoir et un instrument de gestion de la démocratie de façade”.

Jusqu’au bout pour la démocratie et le Maghreb

Aujourd’hui, le concert des louanges qui viennent, y compris de ceux qui l’ont vilipendé et trainé dans la boue et accusé d’être un traitre à sa patrie, ne doit pas faire illusion. Abdelhamid Mehri a combattu ce régime, il a défendu avec abnégation et sans relâche la démocratie et le Maghreb.

Il était scandalisé par la persistance, sans raison valable, de la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Il a continué à apporter sa contribution par tous les moyens possibles. Et il était sans illusion sur les pseudos-réformes que le régime a annoncé récemment en notant que le pouvoir se refusait à un préalable élémentaire de permettre un débat sur l’état des lieux et sur ce qui doit changer. Mais Abdelhamid Mehri n’a jamais prêté flanc à la désespérance.

C’était un militant et il l’est resté. Et à tous les jeunes qui venaient lui exprimer leur désarroi, il leur rappelait qu’avant le 1er novembre, la scène algérienne était marquée par le marasme, le désarroi et l’absence de visibilité. Mehri était convaincu que les algériens ont les moyens de trouver, en eux-mêmes, les moyens de sortir de l’impasse. Il constatait que pour la plupart des algériens, le régime est totalement discrédité. Et que la seule question qui se posait à eux était de savoir comment le dépasser et le changer sans que cela ne soit trop couteux pour le pays.

Et il ne doutait pas qu’ils finiront par trouver la voie pour dépasser un système qui entrave la marche inscrite dans l’histoire des algériens vers la démocratie et l’union des peuples maghrébins.

Abdelhamid Mehri a été, pour nous, pour beaucoup, l’incarnation d’une Algérie rêvée : démocratique, ouverte, progressiste et ancrée dans ses cultures et ses valeurs. Et ce n’est pas une erreur de découvrir que cette Algérie-là, c’est bien celle qui a été énoncée dans la proclamation de novembre. Nous honorerons Abdelhamid Mehri si nous tous, jeunes et moins jeunes, continuons à nous battre et à ne pas renoncer à cette Algérie-là.

Article publié dans La Nation le 31 décembre 2012 sous la signature d’Ahmed Selmane

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