samedi 12 janvier 2013

Une lessive de mauvais gouts





Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr

Après l’éviction d’Ouyahia c’est, par conséquent, aux trousses de Belkhadem qu’une autre meute prend le relais pour le courser. Une chasse ouverte, cette fois-ci, par la quasi-totalité des ministres de son parti et dont le communiqué ne s’embarrasse guère de nuances.            Ainsi, sans être tout à fait un remake de l’épisode du RND, celui qui est en train de s’élaborer dans les arcanes du FLN vise par contre le même but. Celui qui consiste à décapiter la direction de l’appareil sans toutefois remettre en cause la traditionnelle satellisation de celui-ci. Or la simultanéité de cette série d’implosions des pôles de l’alliance présidentielle peut-elle courtement s’expliquer par le souci de réduire à néant certaines ambitions naissantes ? Si nous, journalistes, fûmes nombreux à décrypter dans ce sens la récente disgrâce d’Ouyahia doit-on reconduire le même raisonnement, s’agissant de Belkhadem, avec la même facilité et la même myopie ? Autrement dit, est-il possible d’étalonner de la même manière deux personnalités, aussi dissemblables à tout point de vue, juste pour conforter l’hypothèse qu’ils seraient de redoutables challengers en 2014 ? Pour paraphraser une formule célèbre «lui est lui, quand l’autre et l’autre». En effet qu’ont-ils eu de commun sinon celui d’avoir été durant 13 ans dans la proximité de Bouteflika, alors qu’ils sont d’extractions politiques différentes ? Au parcours de jeune énarque ayant capitalisé de l’expérience dans les cabinets ministériels (les affaires étrangères notamment), Ouyahia est précisément l’antithèse d’un Belkhadem que seul le parti unique formata et au sein duquel il connut l’ascension qui est aujourd’hui la sienne. L’un est demeuré un commis de l’Etat docile mais attendant son heure, alors que l’autre n’a jamais quitté le «militantisme » professionnel dont on fait d’ailleurs les pires dogmatiques mais surtout des comploteurs de métier. Ceci expliquant cela, 
Ouyahia grâce à sa connaissance parfaite des rouages de l’Etat et malgré son déficit d’éthique constituait effectivement une alternative potentielle qu’il fallait éliminer. Mais est-ce également le cas de Belkhadem ? Probablement pas, dans la mesure où non seulement il s’est révélé comme un médiocre chef de gouvernement quand il fut appelé à ce poste mais également au plan doctrinal à la tête d’un FLN auquel demeure attaché le chef de l’Etat. L’Objectif de son limogeage ne saurait se justifier que par son incapacité à structurer une idéologie claire et attractive pour le pouvoir, justement, afin qu’il puisse dépasser l’écueil constitutionnel et se renouveler par les urnes. Le missionnaire des conjurés de janvier 2005 qu’il a été, lorsqu’il fallait guillotiner Benflis, n’a pas su passer à l’étape suivante. Une telle indigence est sûrement la cause de cette campagne, laquelle met en exergue la dévitalisation doctrinale du parti dont il serait le principal responsable. Son impréparation culturelle (n’a-t-il pas été qu’un modeste instituteur ?) et sa forte imprégnation de la praxis du parti unique sont désormais les révélateurs des limites de cette personnalité à l’image surfaite. L’on doute même que Belkhadem ait eu quelques prétentions pour succéder au sommet de l’Etat. Cependant, il s’accroche à l’unique ambition de demeurer dans l’orbite du régime grâce au contrôle de l’appareil. Or après Ouyahia et accessoirement le MSP, Belkhadem est à son tour dans le viseur du deus ex-machina qui voudrait illustrer sa promesse de réformes en «reformatant » d’abord la nébuleuse qui lui a été donnée en dot dès 1999 et dont il ne craint guère qu’elle lui fasse de l’ombre quoiqu’il décida pour elle ou contre les dirigeants en place. A partir de cet impératif, qui chaque semaine se précise, l’on voit mal comment le secrétaire général du FLN serait l’unique rescapé d’une épuration électoraliste édictée par El-Mouradia. Belkhadem n’est en définitive pas mieux loti que ses ex-pairs de l’Alliance surtout qu’autour de son nom et de sa fonction se sont cristallisées les critiques internes et se sont clairement élevées des voix écoutées qui exigent son départ. Huit ministres qui décident de ne se reconnaître que dans l’autorité morale du président d’honneur du FLN, en l’occurrence le chef de l’Etat et quelques caciques du parti tels que Salah Goudjil, chef de file de la contestation dont Bouteflika vient d’élever au rang de sénateurs, ne constituent-ils des signaux forts qui lui sont destinés ? Certes, il pourra encore arguer du message de soutien des parlementaires pour défier le rouleau compresseur sauf, qu’avec une cavalerie aussi légère que lui composent les députés, il semble bien que les jeux sont faits. Car dès l’instant où le président de la République a décidé d’ouvrir le registre des soldes de tout compte de son personnel politique, son paraphe passera comme un couperet. Reste que l’on sait peu de choses sur les intentions du président. C’est dire que l’opinion reste dans l’expectative quant à la finalité de l’épuration. Mais là, c’est une autre histoire, disons une autre… chronique.
B. H.
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Le mauvais fils - Par Mohamed Benchicou


Ouyahia aspirait à devenir président dans une Algérie "Eltsinisée" où son ambition n'avait plus de place, où le centre de gravité de la décision avait fortement bougé, où kleptocrates et ploutocrates, alliés à de puissants centres financiers internationaux et à la pègre pétrolière mondiale, avaient poussé dehors ces vieux officiers sur lesquels il comptait…


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Jusqu'à ce funeste jeudi noir, notre homme vivait dans cette douce illusion qu’un bon intendant pouvait bénéficier des grâces familiales jusqu'à  faire partie de la "famiglia" et pourquoi pas,  bénéficier des règles de succession et devenir à son tour héritier présomptif de la couronne, puisque, ma foi, à défaut d'héritier naturel et légitime ou d'héritier adoptif, la dignité impériale peut bien être dévolue au plus fidèle. Et il fut fidèle. Du moins, à sa façon. Avec ce qu'il y a de zèle assumé et d'arrière-pensées inavouables. Ahmed le vicaire, l’apprenti-caïd Ouyahia, l’impétrant arrogant pensait qu’il suffisait de s'imprégner des valeurs de la "famille" : savoir être impitoyable, n'être impressionné par rien, ni par les larmes ni par le sang. Il avait, d'instinct, compris que plus les soldats obéissaient à l'ordre de réprimer plus ils gagnaient en considération. Il tirait quelque fierté d’avoir été l’artisan du nouveau code pénal et le père de la "Mani pulite" algérienne, celle qui mit 3000 cadres en prison. Il lui importait peu de passer pour un père fouettard, étant de ces esprits bienheureux qui considèrent, à tort ou à raison, que l'Algérie d'aujourd'hui ne fait pas de place aux anges, qu'elle leur préfère la bête et que le peuple n'avait d'autre souci que de se chercher un maître sur terre, en plus de celui qui est aux cieux, un homme qui le rétablisse dans la simplicité de l’existence, qui porte les lois du ciel, un maître pour le guider. Même un coquin. Même une canaille ! Alors lui, Ouyahia n'a pas craint de vêtir l'habit de la canaille ! Et puis, à quoi bon chercher la sympathie du peuple quand l'essentiel est d'avoir celle de la famille ? Le peuple ne décide de rien. La famille décide de tout. Alors, très tôt, il s'était fabriqué la carapace de l'homme que le sang n'impressionne pas, capable de rester calme et froid pendant qu’on trépassait autour de lui. Il partageait avec la vieille garde militaire et le DRS "originel" un projet bonapartiste : restituer sa dignité à l’Algérie malmenée par les islamistes et les lobbies de l’argent et du trafic. Et le voilà qui jette le gant à la face de Bouteflika. Il n'avait rien à craindre d'un personnage dont il avait tout appris, le cynisme en politique et cette principale qualité qui fait les véritables créatures de pouvoir : l’amoralité. L’art de planer au-dessus de la morale ordinaire sans être à proprement parler immoral. Seul compte le pouvoir. Non, il n'avait rien à craindre puisqu'il a le soutien des patriarches et celle des jeunes loups patriotes parmi lesquels les entrepreneurs investisseurs dérangés par la spéculation et l'informel. La famille décide de tout.


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Oui, mais Ahmed Ouyahia n’avait pas vu la terrible mutation opérée sous Bouteflika : la vieille famille verte, celle du Malg et des généraux grabataires, avait cédé le pas au profit d’une autre, une famiglia d’argent et d’influence, qui allait d’Orient à l’Occident et dont les relais internes, de sombres barons de l’informel, faisaient la loi en Algérie. Il aspirait à devenir président dans une Algérie "Eltsinisée" où le centre de gravité de la décision avait fortement bougé, où kleptocrates et ploutocrates avaient poussé dehors ces vieux officiers qui avaient perdu le goût de l’héroïsme et renoué avec celui de l’argent, agitant sous leur nez, à intervalles réguliers, l’épouvantail de la Haye, tantôt un juge suisse par-ci, tantôt un Hasseni par là…Il n’avait pas mesuré l’ampleur de la détérioration du système politique. Le DRS, fractionné de l’intérieur, n’était plus le même, les "vieux" n’avaient plus de voix. Quand il décida de jeter le gant à la face de Bouteflika, il était déjà seul. La ploutocratie avait pris les commandes. Il n’y avait que cet impulsif de Chihab Seddik, numéro deux du RND, pour ne pas s’en rendre compte, lui qui s'est laissé aller à déclarer publiquement, ce 10 décembre 2011, qu'il est "prématuré de parler d’un quatrième mandat présidentiel" et que "l’Algérie ne peut pas évoluer en marge du mouvement qui agite le monde arabe". Autrement dit, "Bouteflika dégage !". Et Chihab Seddik avait même ajouté, un brin cynique : "Je suis sûr que le président de la République prendra sérieusement en considération la situation régionale et la volonté du peuple d’instaurer une alternance politique.

Alternance politique ? Mais au profit de qui ? Ouyahia n’appartient pas aux "bonnes" familles, celles qui ont pour elles la force de l’histoire et la puissance de l’argent. Il n'a ni la chance de faire partie de la famille fondatrice du pouvoir, le pouvoir illégitime issu du putsch contre le gouvernement provisoire en 1962, ni la malchance de compter parmi la famille kleptocrate. Bouteflika se revendique de la première. 
Pas Ahmed Ouyahia. Lui n'est qu'un intendant, même s'il lui est arrivé d'occuper les charges de vicaire du Christ. Il le fallait, quand l'urgence était d'amadouer les Catanais qui menaçaient d’entrer dans Palerme. Depuis, on le sait, les Catanais ont été boutés hors de Sicile…Quant à la famille kleptocrate, alliée aux émirs et aux Texans, celle qu'Ahmed Benbitour décrit comme une caste "qui entoure le président, qui profite de ses largesses et de ses cadeaux, de la corruption, du gaspillage, de la mauvaise gestion ainsi que l’état de faiblesse du pays", la famille kleptocrate qui, selon l’ancien Premier ministre, pousse l'actuel président à rester au pouvoir pour un quatrième et cinquième mandat, "voire y rester à vie", cette famille-là a besoin de gages de la part du successeur : il lui faut savoir protéger le préfet délinquant, le ministre voleur, les copains indélicats ; protéger ceux que l'on a exfiltrés vers Montreux ou vers Lugano. C'est tout cela, la "famille", des délinquants en col blanc qui ont profité de la décapitation des contre-pouvoirs pour dilapider en toute impunité, les biens de l'État. Cette  famille-là ne fait pas confiance à Ahmed Ouyahia. Elle n'a rien oublié de ses méfaits, à commencer par cet automne 2007 où on l'entendait accuser le gouvernement Abdelaziz Belkhadem d’avoir cédé devant les groupes de pression et offert le pays "aux lobbies et aux mafias". Un cri parricide ! Et il les avait même nommés, ces lobbies : les banques étrangères, notamment françaises, ainsi que les seigneurs du marché informel. Allez vous étonner, avec ça, que François Hollande fasse l'apologie de Bouteflika et que Ahmed Ouyahia soit exclu trois semaines à peine après la visite du président français !
 Elle n’a pas oublié non plus ce décret de "lutte anti-corruption", bloqué de justesse par le ministre d’Etat Abdelaziz Belkhadem, au motif qu’"il faut bannir cette culture du doute généralisé car il y a bien des cadres honnêtes et propres dans le pays" ! Mais voyons ! C’est d’ailleurs le même Belkhadem, qui sait, lui, le fondement des valeurs familiales, qui s’était opposé en 2006 à la levée de l’immunité parlementaire des députés impliqués dans des affaires, vidant ainsi le dispositif anti-corruption proposé alors par le gouvernement Ouyahia. Non, il faut savoir être fidèle à la famille. Et lui, Ahmed Ouyahia, il ne sait pas. Ou il fait semblant de ne pas savoir. Dans une Algérie en voie d'Eltsinisation, l'ambition présidentielle d'Ahmed Ouyahia représentait pour la ploutocratie bouteflikienne, un risque sismique qu'il fallait de toute urgence avorter. Elle en a eu un avant-goût en juin 2008, lorsque le "mauvais fils", succédant à Abdelaziz Belkhadem, entreprit de démolir les alliances patiemment nouées par le président avec les islamistes et des puissances d’argent arabes et occidentaux. Deux jours à peine après l’intronisation d’Ouyahia, son parti, le Rassemblement national démocratique, réuni en congrès, se prononçait contre le marchandage avec les chefs intégristes, l'ouverture économique "incontrôlée" et la "démission de l'Etat devant les mafias et les lobbies."  Quinze jours plus tard, rappelons-nous, il gelait les projets d’investissement conclus entre Bouteflika et de grosses firmes arabes, ouvrait des enquêtes fiscales sur ces dernières, dont Orascom de l’Egyptien Sawiris et décrètait la participation majoritaire de l’Etat algérien dans tout nouvel investissement, suite à la revente au français Lafarge par Sawiris de deux cimenteries qu’il avait acquises pour une somme modique. Eh bien, tout cela est fini : le RND va devenir un coq sans crête ! 

  
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L'ordre de l’achever est venu du parrain. Et qui s'en cache d'ailleurs ? Pas le docteur Guidoum, en tout cas, le chirurgien des basses œuvres, promu coordonateur de la rébellion et qui s'en était allé rencontrer le président Bouteflika quelques minutes après l'annonce par Ouyahia de sa démission. Pas la brave Nouria Hafsi non plus, accessoirement membre du bureau politique du RND et secrétaire générale de l'Union nationale des femmes algériennes mais qu'on a connue comme redoutable torpille lancée par le clan présidentiel à la face de l'ambitieux Ouyahia. La pauvre « dissidente » s'est laissée trahir par cette imploration publique devant les journaliste : "M. Bouteflika, protégez-nous de ce monstre d’Ouyahia, haï par le peuple algérien. Si un jour il devient président, il mettra le pays à feu et à sang." Oui, l'ordre de l’achever est venu du parrain.  Il le sait. 

L'homme est fini, il le sait aussi. Fini comme pouvait l'être un fils désavoué par la  "famille". Chez eux, on dit qu’il est "déposé". Seule solution : le silence. L'exil intérieur. Comme Benflis. Patienter. Espérer. Il ne sera pas président en 2014, ni peut-être jamais. On ne se relève que rarement du désaveu familial. Ce jeudi là, de son accent tremblant, il annonçait aux journalistes incrédules qu’il ne se présentera pas aux élections de 2014. Il avait beau le répéter d'un ton lourd et désabusé, la mine défaite, il avait beau le répéter, il ne s'est trouvé personne pour le croire. Comment accorder bonne foi à ce personnage trouble, un peu conspirateur, un peu bonimenteur, et dont les journalistes ne sauraient se passer de l’image méphistophélique pour construire leurs mauvais scénarios ? Ouyahia aura été, jusqu'au bout, victime de ses excès comme de ses roublardises. La presse en a décidé ainsi : "Ahmed Ouyahia a quitté le RND pour se consacrer aux présidentielles de 2004." Ce serait bien la première fois dans l'histoire de la politique et de la bande dessinée, qu’un postulant choisit d'entrer dans la bataille en se débarrassant au préalable de son armée !

Ahmed le vicaire, l’apprenti-caïd Ouyahia est seul. Il avait cru pouvoir défendre une ligne patriotique sans le peuple, sans démocratie. Il avait cru pouvoir profiter de l’alternance antidémocratique que procurait le système politique algérien. Oui, mais de quelle famille Ouyahia voulait être le fils béni ? Il ne savait pas. Ou alors, il aspirait à toutes les filiations. Ce n’est pas possible. Il ne fallait pas oublier qu'un Catanais ne peut en aucun cas intégrer une famille de Palerme. C’eût été une horrible violation des règles de transmission dans l’histoire de la Cosa Nostra.

M. B.

mercredi 9 janvier 2013

Les Harkis et la guerre d’indépendance.



Les Harkis et la guerre d’indépendance.

Dans une contribution à l’hebdomadaire La Nation, Djamel Guerid fait la genèse de ces troupes de supplétifs, dont il attribue la paternité à l’ethnologue Jean Servier. Ceci est avéré pour ce qui est de la guerre d’indépendance 54/62, mais le recours aux supplétifs remonte aux premières années de la conquête. En effet, dès le débarquement, et probablement bien avant, le corps expéditionnaire Français a cherché et obtenu la participation des troupes indigènes. Une grande partie sera directement prélevée dans les rangs du Makhzen qui était le bras séculaire du pouvoir ottoman (je n’ai pas dit « Turc », juste pour ne pas froisser certaines susceptibilités locales) . Il est utile de rappeler que lors des enfumades par le colonel Pélissier, parmi les 2500 hommes de troupes engagés dans l’affaire de la grotte de Nekmaria, les 18, 19, 20 et 21 juin 1845, il y avait pas moins de 700 soldats du Makhzen, sans compter les calife de Nekmaria, ses proches et ses affidés qui se sont spontanément mis à la disposition du sanguinaire colonel. Voici donc cet extrait emprunté à Ali Guerid…un excellent éclairage sur le processus ayant enfanté le corps des Harkas qui fit tant de mal aux populations démunies, désarmées et sans défenses…


« JEAN Servier  (1920 - 2000) a été le grand spécialiste des Berbères dont il parle les différentes variantes de la langue comme il parle l’arabe. C’est celui qui a été le plus loin dans l’engagement en faveur de la colonisation à telle enseigne qu’il a accepté de se dépouiller de sa qualité de scientifique pour se faire combattant parmi les combattants. Fort de sa connaissance intime des populations algériennes, il pensait que la France n’avait aucune chance de gagner parce qu’elle menait une guerre aveugle car dépourvue de connaissance suffisante de la société autochtone. Il se fait, alors, théoricien et praticien de la contre-guerilla. Son principal enseignement est que c’est avec les autochtones qu’il faut mener la guerre et que les guerriers doivent être recrutés non pas à titre individuel mais  en groupes dans les mêmes tribus. Servier est probablement à l’origine, dès 1955, des premières harkas de la guerre d’indépendance dans les Aurès, dans la région d’Arris. Ce n’est qu’en avril 1956 qu’une circulaire du Ministre-Résident, Robert Lacoste est venu fixer les normes de création de ces supplétifs. Il refait l’expérience dans le Zaccar (au sud de Djelfa), région qu’il connaît bien pour en avoir fait l’étude lors d’un séjour à la fin des années 40. Là, il se fait chef de guerre d’une troupe d’un millier d’hommes. C’est au cours de cette expérience qu’il se lie d’amitié avec le  lieutenant parachutiste,  Jean-Marie Le Pen auquel il dédicace son livre, ‘’Dans l’Aurès, sur les traces des rebelles (France-empire, 1955).
Le souvenir de l’engagement de ces ethnologues est resté, longtemps,  vivace et c’est ce qui explique, pour une grande part, le rejet de la science anthropologique dans notre pays. D’une certaine manière, le parti pris colonialiste de certains ethnologues a déteint sur la discipline toute entière et l’a, en quelque sorte, entaché de quelque chose qui rappelle le péché originel. Pourtant il y a eu des ethnologues qui avaient pris un autre engagement, celui de la reconnaissance de l’altérité, du droit à la différence qui, entier, est synonyme du droit à l’autodétermination. Dans ce camp, les grands noms n’ont pas manqué à l’instar de Germaine Tillon, Jacques Berque, Pierre Bourdieu, pour ne parler que de ceux qui se sont intéressés à l’Algérie. »  
Extrait de l’article « Science et politique » de Djamel Guerid
Pour lire l’article complet :

samedi 5 janvier 2013

Le consensus d’Oum Dormane



Kamel Daoud, le chroniqueur le plus controversé, voire parfois le plus consensuel, est venu en ce samedi 5 janvier 2013 deviser sur l’Algérie de 2012. Pas celle de l’année dernière, non celle de 2012 ans, c'est-à-dire depuis l’avant Jésus Christ à l’après Mahomet…enfin 15 siècle après Sidna Mohamed et seulement 50 ans après le départ contraint et forcé des derniers colonisateurs exogènes. 




Natif de la voisine Mesra, Kamel Daoud, ou Kamel David selon le concept djihadiste en vogue dans les sphères islamistes du Maghreb et du Machrek a fait une lecture de l'histoire récente de l'Algérie. C’était pour lui l’occasion pour souligner que l’évènement majeur de l’année écoulé est largement partagé entre le départ de Béria Benbouzid et l’élection législative de mai dernier; qui a vu le conglomérat islamiste se faire atomiser par des dissensions internes et des forces centrifuges d’origines inconnues. Il a également parlé avec gravité de la situation métastasique avancée des notre partie saharienne du patrimoine de l’Algérie. Une situation gravissime selon le père de Raïna Raïkoum qui voit dans la situation étrange du nord Mali un grand risque de dépeçage de l’Algérie millénaire. Parlant sous le sceau de la confidence- parce que en milieu confiné- il dira combien les dissensions chez le peuple de l’Azawed est porteuse de risques d’atomisation de l’Algérie, ajoutant avec gravité et sans modération que le jacobinisme de l’Etat national n’était probablement pas conscient de l’extrême urgence qu’il y a à favoriser une approche moins centralisée de la structure de l’Etat. Ce serait là la seule formule qui aiderait le pays à traverser les nombreux écueils que la situation explosive des nos territoires du Sud sont en train de couver depuis quelques années. 
L’intellectuel a parlé avec son cœur, car pour que l’Algérie puisse continuer à se construire, il fallait qu’à tous les niveaux de la gouvernance, il y ait une réelle volonté de consensus. Un maitre mot qu’il s’échinera à répéter face à un auditoire qui, petit à petit, prenait conscience de la situation catastrophique dans laquelle se meuvent nos compatriotes des provinces sahariennes. Un intervenant fera remarquer que le jeune blogueur Yacine Zaïd -qu’un tribunal de Ouargla venait de condamner  à une peine de 6 mois d’emprisonnement avec sursis-, vient  de déclarer que lors de sa garde à vue, des prisonniers lui ont ouvertement parlé d’un projet de sécession…des provinces Sahariennes, Kamel nous également parlé à mots feutrés de ses projets et de ses convictions. Ce qui est certain, c’est que l’intellectuel est totalement en phase avec son peuple dont il soulignera la grande intelligence et l’irréversible engagement pour le pays. Pour l’enfant de Mesra, pur produit de l’école de Benbouzid, comme il se définit lui-même, les dernières élections législatives constituent un tournant dans la vie du pays, en ce sens, soulignera-t-il, que ceux qui sont allés voter ont fait un vote utile avec l’unique souci d’éviter au pays la chienlit…Un peuple qui sait faire la part des choses, un peuple qui cultive le syndrome « Oum Dormane » est un peuple capable de discernement, soutiendra-t-il en substance. 

Dans la salle, nombreux, voire majoritaires furent les sceptiques…mais c’est bien là le propre de l’intellectuel, d’avoir toujours uns longueur d’avance…chez Kamel ça ne se mesure pas en distance mais en capacité à être en phase avec la population pour mieux la guider vers des rivages plus sereins et plus généreux…des paroles que Boussayar ne peut ne pas partager, car dans son message subliminal, Kamel Daoud à dessiné les contours de son engagement futur. Et ce qui ne gâte rien, c’est que cet engagement il en fasse l’annonce chez lui, sur ses terres…en tous cas pas très loin…bienvenue au pays du consensus monsieur le chroniqueur…

vendredi 4 janvier 2013

Fantasia avec Assia Djebbar



UNE RENCONTRE FORTUITE AVEC UN ROMAN...pas n'importe quel roman...il s'agit de "L'Amour, la fantasia" d'Assia Djebbar, l’académicienne du Dahra Oriental...une visite guidée à travers la tumultueuse histoire de mon pays...une chevauchée qui traverse l'histoire de la colonisation par la France...avec comme compagnons de voyages d'illustres personnages, et d'autres bien rebutants...

C'est en me rendant chez un photographe du centre ville que je découvre une librairie...installée depuis quelques mois en lieux et place du studio Malik, là où j'ai fais mes classes auprès d'un immense personnage, j'ai nommé Monsieur Abdelkader Bensaber...il était à la fois opticien et photographe...compétent et scrupuleusement honnête...au 6 rue Bessaieh Ghali...non loin de la place du Novelty...ici on continue de l'appeler du nom d'un des plus grands égorgeurs de mon peuple, il était dans la troupe qui a dépecé la population indigène de Laghouat, en 1848...sous les ordres du sanguinaire Pélissier....une connaissance, n'est-ce pas? L'enfumeur en chef des Ouled Ryah, en juin 1845...cette expérience allait lui servir lors des massacres de Laghouat...c'est donc dans cette librairie dont j'ignorais l'existence que je rentre pour la première fois...le libraire, un Ghomri, une grande famille d'artistes et surtout de maitres tailleurs...reconvertis dans le commerce du livre, quelle belle translation!!!Avant il habillait les corps, désormais il habillera les esprits...je tombe sur une collection de classiques, Mouloud Féraoun, Dib, Mammeri...puis un intrus qui n'a pas vu Kaboul mais qui a rencontré ses hirondelles, normal les hirondelles voyagent....les Kabouliotes moins...puis sublime surprise, au moment où j'allais sortir, que vois-je, là à ma droite, faisant face aux auteurs mâles indigènes, presque rangée par inadvertance, ou par sexisme, une série d'Assia Djebbar...frémissements soutenus...je scrute avec minutie le petit rayon et voilà que mon regard est happé par la sublime couverture...il est là à portée de main...en deux exemplaires...je me pince, me cabre, regarde à nouveau...je m'assure qu'il est bien là...que ce n'était pas une hallucination...ni un mirage...je reconnais parfaitement le tableau de Delacroix "Rebecca enlevée par le templier pendant le sac du château de Frondeboeuf", visible au musée du Louvre…
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Aucun doute n’est plus permis, surtout dans la collection de poche,...un livre que je cherche depuis que la découverte de la grotte de Ghar El Frachih, ou de Nekmaria...là où furent asphyxiés plus de 1200 femmes, enfants et vieillards de la tribu des Ouled Riah...Depuis que j'ai lu ce livre - emprunté chez une amie voilà 2 ans- je n'avais qu'une seule idée en tête, le garder auprès de moi pour le restant de mes jours. Sa propriétaire me l'a demandé à plusieurs reprises...sans suite...car je n'arrive plus à supporter la moindre séparation d'avec ce roman d'Assia Djebbar...Si vous avez un (e) ami(e)...même analphabète, n'hésitez surtout pas à lui offrir "L'Amour, la fantasia" ...il apprendra à lire...il apprendra bcp sur l'histoire de la conquête coloniale, sur les trahisons et les faits d'armes, sur la bravoure et la couardise, sur l'amour du voisin, du cousin, de la cousine, de la tribu, du douar, d'Alger, de Constantine, du Bey Ahmed et de l'Emir Abdelkader, des Hadjouttes, des Ouled Ryah, du Dahra et de son héros, le jeune et redoutable "Moul Essa3a" ( le Maitre de l'heure), le seigneur Mohamed Ben Abdallah, alias Boumaaza....l'homme qui fit trembler Bugeaud et ses troupes...en soulevant les tribus rebelles du Dahra...Vous ferez une chevauchée fantastique dans les immenses plaines intérieures et sur les mille collines du Dahra...vous y croiserez Hamdane Khodja, lui même auteur d'une fabuleuse histoire de la colonisation, celui dont la maitrise de la langue Française fera pâlir  de jalousie les classiques de France et de Navarre...si vous avez ne serait-ce qu'une petite place, n'hésitez pas, vous ne serez jamais déçus par ce roman écrit dans la langue de l'ennemi...pour dire nos douleurs et pour marquer le temps en lettres de sang, en lettres d'Amour...par une descendante des redoutables et non moins héroïques Hadjouttes...

mercredi 2 janvier 2013

La révolution verte est en marche

  Les céréaliers  de l’Oranie viennent de se retrouver autour du Groupe Métidji afin de faire le bilan d'une année de collaboration riche en enseignements. Après le Groupe Benamor, à l'est du pays, c'est un transformateur de l'Oranie qui monte au créneau. 

Organisée à l’initiative du groupe Métidji, une rencontre d’évaluation et de vulgarisation vient de réunir des fellah de l’Oranie avec les institutions en charge de la filière céréale. Une filière qui vient se doter d’une structure de coordination et d’échanges où son représentés à la fois les agriculteurs céréaliers, les transformateurs ainsi que l’OAIC à travers les CCLS, qui sont les structures locales chargées de la collecte et de l’entreposage des céréales et des légumes secs. Dans une intervention liminaire, le PDG du  groupe Métidji, dont le siège social se trouve à Mostaganem, a voulu mettre l’accent sur la nécessaire coordination avec les producteurs de céréales locaux afin de les impliquer davantage dans le processus de réduction de la dépendance alimentaire. Il soulignera que son groupe est  désormais engagé auprès des fellah afin de mieux les accompagner dans le long processus de réduction de la facture alimentaire.

Dans ce cadre, dira-t-il, une structure de coordination et de coopération vient d’être mise en place par l’intermédiaire du Centre Régional Interprofessionnel des Céréales ( CRIC) de la région Ouest. La rencontre de Mostaganem qui a vu la participation des wilaya de Relizane,  Chlef, Sidi Bel Abbès, Tlemcen, Oran et Aïn Témouchent a été mise à profit par les organisateurs afin de rendre  compte de la première année de coopération entre fellahs et transformateurs. Les résultats de cette collaboration ont fait l’objet de plusieurs interventions à travers lesquelles les participants auront pris connaissance du travail réalisé et des perspectives d’avenir. C’est ainsi que Mme Sadli a fait un exposé sur la filière céréales et sur la nécessité de parvenir très rapidement à une traçabilité des produits locaux. Parlant de la qualité des semoules locales, l’experte mettra d’abord en exergue les exigences du consommateur algérien dont le préférence va à une semoule jaunâtre, une couleur très appréciée et recherchée mais que nos blés dur locaux ne rendent que de manière médiocre. C’est pourquoi, dira-t-elle, il est souvent fait appel à des variétés Canadiennes, alors que la plupart de nos blés durs cultivés en Algérie sont de couleur plutôt brune, tout comme la plupart des variétés indigènes. C’est pourquoi, il serait judicieux de procéder à des croisements, soulignera-t-elle. Mis à part la couleur, les participants auront notés que les blés durs locaux possèdent des qualités technologiques très appréciables comme la teneur en humidité, le poids spécifique, la vitrosité,  la teneur en protéines ou l’activité enzymatique. Parlant des caractéristiques de blés dur locaux mesurées au niveau des laboratoires du groupe Métidji, Miloud Mokaddem ne tarira pas d’éloges. Pour ce technicien chevronné, les blés récoltés durant la campagne 2011/2012 chez plus de 50 fellah associés au groupe affichent des caractéristiques très appréciables qui leur permettent d’intégrer sans plus tarder la gamme des produits du minotier privé.
Pour ce responsable technique, les blés durs indigènes récoltés durant la campagne précédente avaient un taux d’humidité variant entre 8 et 11%, une teneur en protéine de 13%, un poids spécifique de 84% et un taux de mitadinage de 5 à 13%, les blés de Sidi Bel Abbès affichant un taux de seulement 4%. Autant de critères ue recherchent systématiquement les technologues des céralaes et qui font des blés durs oranais un produit d’dont l’excellence n’est plus à démonter. C’est pourquoi, en conclusion de cette journée, le PDG du groupe Métidji, contrairement à l’avis de certains membres du CRIC, dira sa volonté d’étendre l’expérience à d’autres agriculteurs et de faire participer à la fois les universitaires et les instituts techniques pour accompagner les agriculteurs et les transformateurs afin de faire connaître le dur labeur des céréaliers algériens et celui non moins exaltant des minoteries privées qui ont la lourde tache de réduire la dépendance alimentaire du pays. Cette synergie entre producteurs et transformateurs  permettra dans un proche avenir de réduire l’insoutenable facture de l’importation.

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