jeudi 23 novembre 2017

Et si Emmanuel Macron osait le Dahra?



A la veille de la visite d'Etat que va effectuer le Président Français, notre ami l'universitaire, juriste et philosophe Olivier Le Cours Grandmaison revient à la charge afin de faire reconnaitre à la France ses crimes coloniaux. L'un de ses plus abjects forfait  a été commis par le colonel Pélissier sur la tribu martyre des Ouled Riah. Le site qui était quasiment inconnu des Algériens, a fait l'objet d'un début de réhabilitation par l’érection d'une fresque, la construction d'un minuscule musée et l'ouverture d'une route et d'un escalier, favorisant l'accès aux visiteurs qui viennent très nombreux et souvent très jeunes, se recueillir sur ce lieu de mémoire. Après la venue en novembre 2011 de Gilbert Meynier, ça sera au tour d'Olivier Lecours Grandmaison de faire le pèlerinage du Dahra. C'est en compagnie de Ouddan Senouci, Mohamed Hamoudi, un descendant des Ouled Riah et de Sala Eddine Arif qu'au mois de décembre 2013,Olivier Lecours Grandmaison descendra les marches de l'escalier qui mène vers la grotte où périrent durant la nuit du 19 juin 1845, les plus de 1500 membres de la tribu des Ouled Riah. Cette virée dans le Dahra, sur les traces des dramatiques évènements, Olivier Lecours Grandmaison fera une halte chez le Moudjahid Benhamiti Mohamed Dit Bendehiba, l'un des assaillants de la brigade de gendarmerie de Cassaigne lors de la nuit du 1er Novembre 1954. Parlant un français châtié, Ssi Bendehiba fera une grande sensation chez l'universitaire français qui venait de visiter le centre de tortures de Cassaigne, là où périrent des centaines de militants du Dahra.
Ci dessous, l'entretien accordé par Olivier Lecours Grandmaison à El Watan...en attebdant la visite que nous espérons et souhaitons historique du Président Français Emmanuel Macron.

OLG chez le Moudjahid Belhamiti Bendehiba à Sidi Ali





Olivier Lecour Grandmaison. Universitaire
«La reconnaissance des crimes coloniaux a déjà eu lieu dans plusieurs pays»
Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte


Avant la très prochaine visite d’Emmanuel Macron en Algérie, le 6 décembre, que faut-il en attendre par rapport au contentieux historique entre la France et l’Algérie ?

A tout le moins qu’Emmanuel Macron, désormais président de la République, respecte la parole d’Emmanuel Macron candidat, lorsqu’il a déclaré, sur la chaîne de télévision Echorouk News en février 2017, que «la colonisation était un crime contre l’humanité». N’oublions pas cependant que cette forte déclaration a été suivie de propos alambiqués sur le fait que «la France aurait installé les droits de l’homme en Algérie» mais qu’elle aurait «oublié de les lire».
Propos qui témoignent d’une méconnaissance des réalités de la condition des «indigènes» algériens jusqu’en 1945, puisqu’ils furent, tout au long de la très glorieuse Troisième République, privés des droits et libertés fondamentaux individuels et collectifs, et soumis à des dispositions d’exception qui n’étaient applicables qu’à eux. Bel exemple de racisme d’Etat.
De plus, de retour en France, il s’est platement excusé pour dire qu’il n’avait pas dit ce qu’il avait dit, tout en affirmant qu’il avait bien tenu les propos qui lui ont été reprochés par l’extrême-droite, les dirigeants des Républicains et quelques intellectuels, devenus de vulgaires idéologues, comme Alain Finkielkraut.
En ces matières, comme en beaucoup d’autres, la formule «en même temps», si prisée par E. Macron, est susceptible de justifier tous les immobilismes et toutes les reculades, au motif que certains pourraient s’opposer à une telle reconnaissance. Si gouverner, c’est prévoir, c’est aussi trancher. Cinquante-cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie, il est impératif de le faire en déclarant publiquement que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont bien été commis par la France depuis la prise d’Alger en 1830 et la «pacification» de ce territoire par les colonnes infernales du général Bugeaud.

Celui-là même qui a mis cette colonie à feu et à sang, commandé et couvert de nombreuses enfumades, dont celle, terrible, commise par le général Pélissier, dans les grottes du Dahra le 18 juin 1845. Bilan ? 700 morts au moins, tous des civils désarmés, des hommes, des femmes et des enfants. Pour paraphraser un philosophe, Paul Ricœur, qui, aux dires de certains, serait une référence pour l’actuel Président, ne rien faire, «serait ratifier l’impunité, qui serait une grande injustice commise aux dépens (…) des victimes» (P. Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, 2000, p. 612)

Que pensez-vous que le président français pourra faire avancer lors de cette première visite ?

Il est clair que les enjeux de cette visite obéissent d’abord et avant tout à des considérations géopolitiques, économiques, financières et sécuritaires.
Relativement au sinistre bilan de la colonisation française, les victimes, leurs descendants, qu’ils soient français ou algériens, toutes celles et tous ceux qui se sont engagés, parfois depuis des dizaines d’années, pour la reconnaissance des crimes perpétrés à l’époque, exigent que celle-ci dernière soit enfin effective. Alors que la plupart des responsables ont disparu, qu’il n’est donc plus possible d’engager des poursuites devant les tribunaux, c’est la seule façon de rendre hommage aux centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont été tués, massacrés, exécutés sommairement, torturés ou qui ont fait l’objet de disparition forcée. C’est la seule façon de leur rendre justice.
Décembre 2013 devant la grotte des Ouled Riah avec de g à d OLG, Mohamed Hamoudi, Senouci Ouddan, Salah Eddine Arif

A l’attention de ceux qui, dans l’Hexagone, dénoncent de façon pavlovienne une prétendue repentance qui nuirait à la cohésion de la France, rappelons que la reconnaissance des crimes coloniaux a déjà eu lieu dans plusieurs autres pays. Quant à leurs prédictions catastrophistes, elles ont été à chaque fois démenties. Le 10 juillet 2015, le gouvernement d’Angela Merkel a admis qu’un génocide a bien été perpétré contre les Hereros et les Namas par les forces du général Lothar von Lothar, entre 1904 et 1905, dans la colonie allemande du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie).
Le 12 septembre 2015, «le gouvernement britannique reconnaît que les Kényans ont été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de maltraitance de la part de l’administration coloniale». (Libération, 14 septembre 2015). Ces mots sont gravés sur le mémorial, financé par la Grande-Bretagne et érigé à Nairobi, pour rendre hommage aux milliers «d’indigènes» massacrés par les troupes de sa Gracieuse Majesté lors du soulèvement des Mau-Mau dans les années 1950.
Rappelons enfin que la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie et les états-Unis ont tous, d’une façon ou d’une autre, admis que des traitements indignes avaient été infligés aux populations autochtones de leurs territoires respectifs.

Et la prestigieuse France républicaine ? Sur ces sujets, elle n’est, jusqu’à présent, qu’une pauvre arrière-garde percluse de conservatismes et de mépris pour celles et ceux qu’elle a exploités, opprimés et massacrés au cours de son histoire coloniale, et pour leurs héritiers français ou étrangers. Il appartient au président E. Macron de mettre un terme à cette situation qui n’a que trop duré.
Concluons en citant à nouveau Paul Ricœur : «C’est sur le chemin de la critique historique que la mémoire rencontre le sens de la justice. Que serait une mémoire heureuse qui ne serait pas aussi une mémoire équitable  ? »

Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014.
Walid Mebarek

Site des enfumades des Ouled Riah en juin 2011 (Crédits photo Djamila Kabla)

dimanche 12 novembre 2017

Césures Mostaganémoises




Les blessures d’aujourd’hui sont les cicatrices de demain...

Comme il fallait s’y attendre, les élections locales sont mises à profit pour remettre au cœur de la Cité la notion de citoyenneté. Rien que de plus normal.  Une belle occasion pour faire bouger les choses. Et surtout de mobiliser à nouveau la population autour de l’intérêt commun. Pour la grande majorité silencieuse, les jeux sont fait! Et c’est là que la chose ne semble pas évidente pour tout le monde. L’observateur avertis aura noté une relative mobilisation d’une frange de la société qui était jusque-là confinée à un rôle  de simple faire valoir. Ce soudain intérêt pour la chose publique a quelque chose de réjouissant. Car il devait à mon humble avis susciter l’engouement de la population. Mais pas seulement ! Seulement voilà, les enjeux paraissent plus importants que les défis. Résultats des courses, plusieurs listes se sont formées au grès de sensibilités. Ceci s’est traduit très vite et à notre grand désappointement, par un début de déchirement de la société civile. Du moins celle qui s’exprime à travers les réseaux sociaux. Puis, ces petites querelles se sont vite transformées en joutes électorales. On serait tenté de jubiler. Voir émerger une telle vitalité, retrouver des noms de personnes des plus respectables se mêler à la foule et engager les débats est assurément le signe d’une grande vitalité que nous étions nombreux à appeler de nos vœux. Mais cette embellie démocratique s’est vite engagée dans une voie qui nous parait dangereuse. Pour les Mostaganémois de cœur, il est malheureux de voir des amitiés et des alliances anciennes, que l’on croyait vigoureuses, se déliter, s’atomiser et  plus grave encore, s’affronter en des joutes qui ne présagent rien de bon. Le constater et se taire n’est pas une bonne posture. D’abord parce qu’il s’agit pratiquement d’affaire de famille ! Le bon sens paysan exige de nous de rester à l’écart. Mais la raison nous incite à tirer la sonnette d’alarme. Libre à chacun des protagonistes de s’en inspirer ou de la rejeter d’un revers de la main, notre démarche était necessaire. C’est tellement plus facile. Et puis, certains ne se priveront pas de dire « de quoi je me mêle ? »…Oui ! de quoi je me mêle ? Contrairement à ce qui était attendu, Mostaganem c’est certes d’abord la cité des « Mostaganémois de souche » ! Mais ce raccourcis n’empêche pas ceux qui habitent cette ville -et qui sont habités par cette ville- depuis des lustres d’avoir un droit de regard. Parce que nous sommes tous logés à la même enseigne et la plupart d’entre nous, à des degrès divers, ont participé à la fois à l’essor de cette ville et de sa région mais également, parfois par fainéantise, à son déclin. C’est à ce titre qu’il nous parait urgent de dire que nous aussi avons notre mot à dire. Et contrairement à ceux qui se sont accaparés la toile pour déverser une inimitié incontrôlée, nous voulons leur rappeler que le 23 novembre, c’est Nous les anonymes et laissés-pour-compte qui allons voter. Et que vos querelles sont indignes et contre productives. Car le soir du scrutin, ce sont ces candidats qui seront appelés à siéger ensemble. Et à gérer Notre Cité ensemble. Alors de grâce oubliez vos querelles et surtout retrouvez la raison…ceux qui gèreront la cité et la wilaya sont sur ces listes de candidatures et nulles parts ailleurs.  Le mode de scrutin est à ce titre implacable. Je sais parfaitement que dans les coulisses il y a des intérêts sous-jacents. Je ne suis pas suffisamment naïf pour voir qui tire les ficelles et qui fait tout pour que demain il puisse accéder à la manne.  Mostaganem tient dans un mouchoir de poche. Personne n’est dupe, il y a encore de quoi boire et manger. Et ce sont ses râteliers bien garnis qui attirent les prédateurs. Voir des amis au dessus de tous soupçons se prêter à ce jeu de massacre est à tout le moins incongrus, voire choquant. Revenons à plus de civilités et à plus Hadaritudes, c’est bien plus convenable et surtout bien plus conforme à l’idée que je me suis toujours fait de mes amis Mostaganémois. Que cesse la haine et que les regards se tournent vers un avenir dans l’union et dans la convivialité. Transformez vos invectives en joutes citoyennes. Tous le monde y gagnera…Tigditt, le cœur battant de la cité,  vaut bien une politesse, à défaut d’une caresse !

Mostaganem le 12 novembre 2017
Aziz Mouats

samedi 4 novembre 2017

Hommage à Pierrette Meynier

Mon cher Gilbert Meynier
C'est avec une immense tristesse que j'apprends le décès de Pierrette ,votre compagne, paix à son ame. En ces instants de profonde douleur, je me souviens des ces instants passés ensemble dans le Dahra, chez les descendants de la tribu des Ouled Riah. Me reviennent ses mots prononcés avec douceur sur les migrations, face un parterre de la société civile mostaganémoise et devant un parterre d'étudiants venus de toutes parts s'abreuver à son immense savoir de la terrible condition humaine. Je me souviens également de cette escapade  réparatrice dans une ancienne cave  du Dahra, là où des crus du terroir nous furent proposés par un de mes anciens et brillants élèves en agronomie. Me reviennent aussi à l'esprit ses interminables discussions avec les jeunes candidats à la migration clandestine...Ce furent des instants de complicité feutrée dont on garde à jamais les vivifiants souvenirs. Mon Très Cher Gilbert, mes singulières prières, empruntées à une religion en devenir, vous accompagnent ainsi que votre honorable et éplorée famille. Avec ma plus profonde compassion et mon incommensurable tristesse, Aziz Mouats.



 Depuis le passage du géographe Felix Gautier, à la fin du 19ème siècle, c’est la première fois depuis les enfumades ordonnées par Bugeaud et exécutées par Pelissier – entre le 19 et le 21 juin 1845, que la grotte de Ghar El Frachih - lieu du terrible drame -, reçoit un citoyen français.

C’est également la première fois qu’un historien ose s’engouffrer dans l’étroite ouverture de la grotte où reposent, dans un indécent désordre, les restes d’hommes, de femmes et d’enfants, enchevêtrés les uns dans les autres pour l’éternité.

Après avoir parcouru le sentier à chèvres qui mène au fond de l’oued El Frachih, le groupe parmi lesquels il y avait le vieux Hammoudi, ancien travailleur émigré revenu au pays, son fils Mohammed, Ahmed le gardien du patrimoine immatériel de la région, ainsi que l’agronome Farid Ouali qui a tenu à faire ce pèlerinage sur ce lieu symbolique et douloureux de la résistance d’un peuple et de l’acharnement d’un autre. La descente à travers les bosquets de chênes Kermès rabougris par la nature du sol, n’aura pas été aisée, en raison des fortes pluies qui avaient rendu le sol glissant. Nous sommes parvenus au niveau du lit de l’oued sans aucun dégât, ce qui est une gageure. Sur les berges, accrochées aux branches de Pistachia lentiscus, les débris végétaux ramenés par le flot sont la preuve d’une crue importante.







samedi 28 octobre 2017

La Fetwa à l'étouffé d'Aboukir



Dans sa logique première, le chroniqueur d'Aboukir/ Mesra poursuit son escalade destructrice contre son peuple, sa mémoire et ses luttes. Monsieur se complait dans sa mission de destruction de l'identité indigène à travers un discours existentialiste qui fait la part belle à la civilisation occidentale - judéo chrétienne- et qui victimise sans détours les peuples ex-colonisés d'hier. Victimes à qui il fait porter la responsabilité de leur colonisabilité. ce qui suffit au chroniqueur d'Aboukir pour exiger de tous les peuples opprimés d'hier et d'aujourd'hui de cesser leurs lamentations. S'ils en sont arrivés là, c'est de leur faute. Les siècles d'esclavage et de colonialisme, les massacres, le dénis de personnalité, les rapines qui ont fait les fortunes de l'Occident, ne comptent plus dans la situation actuelle des anciennes peuplades indigènes. L'enfant terrible d'Aboukir ne met plus de gants, il est sur de son fait; il invite chacun de nous à "décloisonner sa conscience". Oui Monsieur, et  il prévient, ça sera douleureux d'affronter ce monde complexe sans la digue de l'explication coloniale. Mais le néo psychanalyste de Mesra ne dit pas comment? Enfin il le susurre, "si vous ne faites pas repentance, n'en voulez qu'à vous memes! L'occident n'y est pour rein. Voici une lecture apaisée de ce discours pas si nouveau que ça du héros d'Aboukir. Sous la plume de Charles Tsimi, un témoin attentif du monde contemporain. Diplômé en Sciences Politiques, option Relations internationales, spécialisation Francophonie et Mondialisation.

Contre-coup à Kamel Daoud, monsieur qui fait mine d'étouffer
Cette tribune fait suite à un article intitulé "Le postcolonial m'étouffe" de Kamel Daoud, publié dans le site du magazine Le point, le 24 octobre 2017. "Le discours de repentance de l'Occident est sclérosant. Il faut se libérer des explications postcoloniales et penser au-delà de la victimisation." Voilà comment l'écrivain du Point chapeaute son texte.
L'étrange saturation
Kamel Daoud s'agace. Il est vrai, en France, en Allemagne, en Angleterre, au Pays-Bas, en Espagne, au Portugal, aux USA, en Israel....bref, en Occident, le "discours de repentance" sature l'espace public. Partout en Occident, on n'entend plus que des intellectuels qui demandent, des penseurs qui déclarent que la colonisation, mais avant l'esclavage furent des grands crimes, et que par souci d'égalité voilà le chemin qu'il faudrait prendre. C'est vrai que les Présidents Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, , et maintenant Macron, ont passé leur temps à s'agenouiller devant les présidents africains. Oui, on étouffe ...on étouffe, de cette attitude à l'UNESCO qu'ont les ex-colonisés du Sud de se déclarer sans cesse victime. On étouffe que dans les instances internationales, les accords vont essentiellement à l'avantage des pays du Sud, car ceux du Nord ont la conscience peinée de leurs actes passés.Oui, on comprend Kamel Daoud. Qui a dû remarquer, qu'en France, pendant la campagne présidentielle, la repentance était le sujet principal, primordial.  Il ose écrire "Le postcolonial m'étouffe"...tant mieux! RIP.
Hélas! Kamel Daoud étouffe d'un vieil air. Ou d'un faux air. Ou d'un faux et vieil air.
                           
  Kamel Daoud, Pascal Bruckner, Alain Mabanckou:la petite musique des chiens de garde

En 1983 (soit 23 ans après les Indépendances), le philosophe Pascal Bruckner signait son risible Le sanglot de l'homme blanc. Lui aussi s'agaçait  déjà de la repentance des sociétés occidentales, qui d'après lui, se consument par leur sentimentalisme (que ça!)  tiers-mondiste et la haine de soi (la grosse blague!). Le romancier, Alain Mabanckou, n'avait quant à lui, rien trouvé de plus stimulant, que de publier en 2012, son dérisoire  Sanglot de l'homme noir. A son tour, le plumitif africain trouve que le « noir » se plaint trop, qu’il tend à tout mettre sur le dos du pauvre « homme blanc » dont on (Pascal Bruckner) nous avait déjà déclaré qu’il ne cessait de culpabiliser. Pour ce plumitif débonnaire, la colonisation est finie, le « Noir » doit prendre son destin en main. Il doit cesser d’accuser ces valeureux européens qui travaillent dans l’intérêt de leur peuple alors que les dirigeants africains ne pensent qu’à leur ventre. En gros, on a des corrompus, territorialement et racialement bien définis (Afrique noire), d'une part; et les honnêtes, eux aussi territorialement et racialement bien connus (l'Occident blanc).
Les migrants érythréens, soudanais, nigériens ont-ils l'air de sangloter? Les femmes violées en RDC par les milices locales, peut-on dire qu'elle sanglote? Les enfants centrafricains abusés  par des éléments de l'armée française, a t-on eu l'impression qu'ils sanglotaient vraiment? La masse des jeune chômeurs dans les capitales africaines, se transforme t-elle en groupuscule xénophobe et raciste envers les ressortissants occidentaux?  J’ignore dans quel pays africain ont a eu affaire à des expéditions punitives anti-blanc, j’ignore dans quel pays africains les ex colonisés ne sont pas les bienvenus. Quel nigérien a déjà, prétextant du bon usage de leur uranium par la belle France, refusé de saluer un français? Y a t-il dans ce pays des politiciens dont le succès établi peut être mis en lien avec un discours anti-occidental? Non. Même dans l'Algérie natale de Kamel Daoud! 
Alors, qu'il s'agisse de cet étrange philosophe, de ce plumitif africain, et de cet écrivain-publicitaire du Point, on est devant un discours qui se donne des allures décomplexées, libérées, détendues, affirmatives. Or, il n’y a rien de plus recomplexé, prisonnier, superficiel, et stérile.
La vérité, il ne faut pas la chercher dans les petites phrases d'un Macron en campagne, ou d'une certaine gauche dont on a vu ,depuis Mitterand, que la repentance n'était pas inscrite au programme, et que cette forme de repentance n'est que spectacle.
Il n'y a jamais eu de repentance en Occident. Il n'y a pas, d'un côté, le "Blanc" qui se culpabilise et n'arrive plus à dormir, et le noir qui se victimise sans cesse, et crie partout où il va "c'est de votre faute". Il n'y a que des intellectuels et écrivains paresseux qui décident d'adopter ce genre de postures, soit pour critiquer, soit pour en faire une base idéologique propre.
Et si l’on s’aventure à emprunter la logique étroite de nos trois détendus, nos trois écrivains, nos trois représentants du monde tel qu'il est, je dirais même que  l'Occident n’a pas assez culpabilisé (ah non, non, pas du tout), et que les pays ex colonisés et ex civilisés devraient sangloter bien davantage, qu’ils sont au final d’une bonté incroyablement stupide, en tant qu'Etats. Mais ne nous égarons pas à suivre cette logique qui me semble foncièrement mal articulée, sans issue et qui ne permet pas une compréhension exacte et utile des choses. 
Que les gauches européennes s’illustrent dans un discours sentimentaliste, soit, mais on ne saurait dire que les politiques étrangères des puissances européennes en Afrique portent le moindre signe d’une quelconque repentance. C’est un fait. Quelle repentance faut-il y voir dans l'installation, par l'armée française, de monsieur Ouattara en Côte d'Ivoire? Quelle repentance faut-il y voir dans les accords de partenariats économique entre l'Union européennes et les pays d'Afrique, du Caraïbes et du Pacifique? 
Quelle est donc cette repentance où on ne change rien aux structures politico-économiques ayant conduit aux inégalités, aux guerres, etc? 
La repentance? Quelle imbécile pour croire à cette farce. La seule repentance politique, aujourd'hui admise, est celle qui concerne l'Etat Juif. D'où la création d’Israël, en tant qu'entité territoriale bien définie. D'où les indemnisations des victimes de la Shoah partout en Europe. D'où les nombreuses jalousies. Etc,. Et surtout qu'on ne m'accuse pas d'être antisémite, ou de vouloir lancer la concurrence victimaire. Mon propos est descriptif.
Alors, lorsque Kamel Daoud dit: "le discours de repentance de l'Occident est sclérosant", il n'a pas si tort, pour peu que l'on sache, envers qui (les Juifs), l'Occident tient son seul et vrai discours de repentance. 

Quelques extraits rigolos du texte de Kamel Daoud
"La conscience postcoloniale a fini par développer des cloisonnements de confort, des narcissismes de victime. On ne peut pas tout dire au Sud, à cause de cette orthodoxie du « tout-colon » comme explication définitive. Et notre responsabilité ? ".
Qu'est-ce qu'il appelle conscience postcoloniale ? Cloisonnements de confort? Narcissimes de victime? Tout dire au Sud? Orthodoxie du "tout-colon" ?  Puisque l'auteur essentialise la notion de Sud, je vais parler en tant que sudiste: au Cameroun, petite démocratie de rien du tout, on peut tout dire, y compris en prison. Et, non seulement tout peut se dire là-bas,mais aucun homme politique ne prospère là-bas à cause de qu'il appelle orthodoxie du tout colon. 
Comme cet homme politique camerounais, opposant, un orthodoxe 'tout-colon", pour reprendre l'indigente formule; aux élections, ce dernier n'atteint même pas 1% du suffrage, même pas 0,5%.  il n' y existe aucun opposant, en Afrique, dont la popularité s'explique par la soi disant orthodoxie du "tout-colon". 
J'ai travaillé dans une ONG française; j'étais en lien avec des sociétés civiles africaines,  lesquelles venaient se plaindre bassement à Paris de la corruption de leurs dirigeants, ces sociétés civiles étaient déjà "décloisonnées", à l'image de ce que Kamel Daoud appelle de ses vœux. 
L'orthodoxie "tout-colon" n'existe que dans sa tête et celle d'un petit nombre d'intellectuels africanistes, extrêmement insignifiants. L'opinion africaine, faut le savoir, est par exemple bien plus travaillée "positivement" par  l'élection d'un Macron que par des thèses post-coloniales.  
Au Sud, il y a, avant tout, des gens trempés dans la misère, et qui, en grande partie, n'ont même pas ce plaisir de théoriser et de penser leurs malheurs. Au Sud, il y a, avant tout, des gens qui vivent sans dignité, ni en tant que sédentaires, ni en tant que migrants.
Les cloisonnements de conforts et narcissismes de victime dont parle Kamel Daoud sont de bizarres coquetteries.  C'est même presque indécent. S'il y a des gens qui s'arc-boutent sur des injustices de l'Histoire et qui tendent à vouloir prospérer sur ces injustices, ce n'est pas tant au nom de la vague "conscience postcoloniale" (concept creux!) mais à cause de ce qu'on peut appeler la subjectivité mondiale : partout en Occident, prospèrent les partis d'extrêmes droite, les mouvements nationalistes et ou souverainistes, réactionnaires. La réaction, voilà la subjectivité qui semble dominer notre monde.   
"L'Occident est-il innocent ? Que non ! Mais nous non plus. C'est ce décloisonnement de sa conscience propre qu'il faut travailler. Il sera douloureux : on devra y affronter un monde complexe sans la digue de l'explication postcoloniale. Cela brisera des « autoblanchiments » et des dédouanements verbeux". Quel sacré penseur, ce Daoud. Voyez ça redoutable question  l'Occident est innocent ? (de quoi)....Qui l'oblige à poser une question aussi stupide? Qui a dit que le Sud était à la recherche d'un coupable, qui a dit que l'Humanité était en demande de coupable ou de victime en Afrique? .... nous non plus. Le "Nous" ici c'est qui? De quoi ce "nous" serait-il coupable?  Et puis, remarquons que, ceux qui nous expliquent souvent que ce bas-monde est complexe, eux, ne s’embarrassent jamais des solutions toutes faites.

Innocent ou même coupable, quel est l'intérêt politique, intellectuelle? Monsieur Kaoud, peut, puisque c'est son souhait oublier donc la colonisation, et regarder le monde actuel...et qu'est-ce qu'il verra au Sud? Pillages, destruction de certains Etats, ordre mondial fondamentalement injuste, inégalités absolues avec 200 individus qui possèdent autant que 3 milliards autres individus, guerres, maladies......Et pour lui, la tâche consiste à "décloisonner sa conscience"..Et il prévient, ça sera douleureux: d'affronter ce monde complexe sans la digue (quelle image) de l'explication coloniale...et pendant ce beau temps, dans sa France chérie, les bonhommes continueront de nous parler des racines de la France, et de dire à haute comment ils sont si généreux, si accueillants: la patrie des droits de l'Homme. On ne peut pas prétendre expliquer, ou vouloir comprendre ce monde...l'Histoire, et raisonner en termes d'innocent, de coupable, de victime.  C'est de la petite pensée politique ça! Pour autant, il y a des victimes du monde tel qu'il est, et les victimes, c'est le prolétariat, les pauvres, les exclus.Et pour comprendre l'origine de cette inégalité, de cette injustice ou disons pour s'en défaire...les questions du genre "L'Occident est-il innocent"? sont d'une platitude énervante. 
Le propos de Kamel Daoud est littéralement verbeux. Il parle de sous-choses, il fait diversion, moins par intention, mais surtout par que manque d'ambitions. Que peut-il, lui, espérer encore de plus? C'est lui qui est dans son cloisonnement de conforts, c'est lui qui devrait décloisonner son imperméable bonne conscience, au lieu d'exiger de quelques énervés sans incidence dans le réel,  de garder leurs nerfs, et d'oublier que la colonisation fut une étape historique dans structuration des inégalités et des injustices. 
"Le postcolonial m'agace, me fatigue, m'a trompé sur moi. Il fallait se libérer de la colonisation, il faut se libérer des explications postcoloniales exclusives. Quitte à se faire insulter au bout de chaque manifeste de cosignataires embusqués." dixit l'écrivain franco-algérien. Je rappelle que j'ai prêté une définition du concept de postcolonial, au départ scientifique, à ce Kamel Daoud, qui n'a pas cru devoir nous expliquer ce terme. 
Qui doit se libérer des explications postcoloniales exclusisves? J'ai démontré, tout à l'heure, que l'opinion africaine est très loin de faire du postcolonial une clé explicative. Quant à la petite élite africaine, immigrée, c'est parfois elle qui s'aventure sur ce terrain, par pure opportunisme et par paresse. Elle réagit ainsi, car celle-ci n'a pas eu la chance de trouver une "bonne place" comme ce Kamel Daoud. Elle se réfugie donc dans un "discours postcolonial". Et les intellectuels africains qui "réussissent" en Occident, pour la quasi totalité d'entre eux, ont toujours cette molle tendance à demander "aux africains" d'arrêter la victimisation. Ils pourraient demander aussi à l'Occident d'arrêter l'arrogance...Hélas, non! Il faut toujours exiger du plus faible, le plus plus grand sacrifice. Logique imparable des winners: on baisse les APL, on supprime l'ISF!
Il s'agace de rien notre algérien. Car, le "postcolonial", on a beau tourné la tête dans tous les sens, en France, il est absent. Et puis, Kamel qui veut passer pour l'insoumis, le rebelle, le solitaire, non mais, vaux mieux en rire....Depuis quand, ne pas faire de la colonisation la cause du sous-développement du Sud est une hérésie? Où donc? Dans quel pays? dans quel milieu intellectuel ayant pignon sur rue? Je le redis encore, je ne connais aucun pays en Afrique, où la popularité d'opposant ou un Président de la République s'explique par "le postcolonial". Même l'expert, en postcolonial, Achille Mbembe, parlant de son pays, va vous expliquer que c'est la mal gouvernance le problème de ce pays-là, et non la colonisation ou la postcolonie. Ce qui reste, tout aussi, une plaisanterie. 
Le propos de Kamel Daoud sous estime la colonisation, il fait semblant d'ignorer que la réalité coloniale structure les Etats africains modernes. En disant, "il fallait se libérer de la colonisation", l'auteur ne précise par qui  est ce"il". Tout comme il oublie un événement historique mondiale de premier ordre: la conférence de Berlin de 1884.
Je rappelle cette date, non pas pour rendre "coupable" ou "blanchir" la vielle Occident...mais pour montrer que l'entreprise d'invasion et de pillage a été méthodique et maîtrisée. Il faut avoir une lecture du monde plus générale, une lecture de la colonisation plus profonde. La colonisation est terminée, oui (admettons), le capitalisme se porte toujours très bien, et le Sud en paie le prix fort. Et il faut être un peu naïf, pour vouloir comprendre la colonisation en dehors de cette ambition historique, politico-économique que constitue le capitalisme. La domination continue...elle s'est même diversifiée.
Il faut être naïf comme Kamel Daoud, pour croire, qu'on se libère d'une colonisation tout bonnement, comme on pourrait se libérer d'un CDD ou CDI.  J'ai noté l'inutile adjectif "exclusives"  dans sa phrase il faut se libérer des explications postcoloniales. Kamel Daoud a été gentiment accueilli par la patrie des droits de l'homme, elle lui a donné une bonne place, et voilà le Kamel ne jure plus que par sa place et les valeurs de sa patrie.
Le reste du monde doit se rallier: il y a nous, la Démocratie...et il y a eux les Dictatures; il y a nous les Libertés...et il y a eux les Traditions; il y a nous les Plaisirs dont on voit aujourd'hui toute la splendeur avec Weinsteien, et il y a eux les Refoulés en djellaba; il y a nous les Laïcards, et il y a eux les Voilés islamistes-à-fort-potentiel-terroriste.....Kamel Daoud est désormais connu pour ce beau rôle, témoin fidèle du monde occidentale. Il est dans le camp du Bien.  
Mon humble opinion, sur ce penseur respecté par la France médiatique, est qu'il est à côté de la plaque, et son succès, se comprend plus aisément. Dans un monde où précisément, ce qu'on veut, c'est que les jeunes gens ne pensent plus. Qu'ils rechignent parfois, s'indignent par moment ou même toujours (ça aide!), mais surtout  qu'ils consomment et se "libèrent"...de rien, de tout.
Dans un tel monde, Kamel Daoud peut tranquillement faire mine d'écrire, de penser...et maintenant de s'étouffer. Qu'il s'étouffe donc!

20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...