jeudi 7 novembre 2013

Deux roses rouges pour novembre




En dépit d’un été persistant, à 7 heures du matin, il est rare de trouver une boutique ouverte à Mostaganem, Surtout si c’est par jour férié et davantage quand il faut fêter un évènement fondateur de l’Algérie libre et souveraine. Pourtant c’est la triste déconvenue qui m’est arrivé vendredi 1er Novembre. La veille, en compagnie de Norddine Boulahaouat, de Djamel Benmiloud et de Wahab Mokhbi, nous avions déjeuné dans un restaurant encore valide au niveau des Sablettes. Les retrouvailles avec Nordine Boulahouat ne sont jamais banales ; surtout après bientôt 30 années de séparation. Je l’ai connu en janvier 71, tandis que nous entamions un cursus à l’ITA de Mostaganem. Avec Djamel et Wahab, nous avons fêté son retour autour d’une belle assiette de poissons et de crustacés comme seule la corniche de Mosta sait en offrir. C’est donc sous un soleil splendide, et en plein air que nous avons longuement devisé. Au point de devoir partir en trombe pour ne pas rater un rendez-vous important à l’université. Après une brève et studieuse rencontre autour des préoccupations indigènes en matière de développement intelligent, je me fais déposer à la maison peu avant 17 heures. Ce n’est que vers 20 heures, grâce au journal télévisé que je m’aperçois que je n’avais pas téléphoné au seul fleuriste encore valide de Mostaganem. Nuit de cauchemars et de songes que celle de la Toussaint. J’avais comme un pressentiment que ma gerbe de fleur ne sera pas disponible et je regrettais déjà d’en avoir parlé autour de moi. Je rappelle Senouci Ouddan pour confirmer notre rendez –vous de 8h30 du matin. Djamel et Nordine seront de la partie, personne ne connaissait encore la grotte de Oued El Frachih, dans les confins du Dahra. Nous avions convenus de partir à 4 fleurir la tombe de Benabdelmalek Ramdane au cimetière de Sidi Ali et poursuivre vers Nekmaria via Naïmia. Toute la nuit je pensais au bide de la gerbe de fleur et je priais que le fleuriste soit ouvert tôt le matin. Sommeil très court entrecoupé  de multiple éveils, le jour commence à se lever, il est déjà 7 heures et je n’ai qu’une idée en tête , trouver une gerbe de fleur. A 7 h30, je suis devant la place de l’hôpital, dans le contrebas du quartier de Matemore. Je contourne la place bien vide et je tourne à droite pour remonter vers Tigditt. 

Dès que la rue apparaît, je n’ai aucune peine à voir les grilles encore baissées de mon fleuriste. Je continue mon chemin jusqu’à la crête où je surprends Senouci qui se désole de ne pas être prêt ; normal c’est moi qui suis en avance et toujours sans fleurs. Je remarque des bouquets de Bougainvilliers débordant de la résidence du directeur de l’hydraulique…je suis tenté de me servir mais j’ai la crainte de me faire surprendre par le gardien. C’est alors que je me souviens avoir planté un Bougainvillier aux couleurs flamboyantes chez mon ami Senouci. Je sonne alors à la porte et je me retrouve dans le jardin où trône au fond du mur, tout juste derrière un citronnier, une superbe gerbe de mon bougainvillier. Celui ramené depuis Nairobi par Aïssa Abdellaoui et qui sera multiplié grâce à la serre que j’avais installée à l’ITA de la main de Rabah Zaoui qui ramena dans ses bagages quelques boutures depuis le jardin du Hamma.  Devant mes amis ébahis, j’enroule les lianes de lierre et je dispose une à une les branchettes de Bougainvillier, très vite la couronne prend une bien fière allure. Les 6 roses sont rapidement installées dans le décor et nous partons vers Sidi Ali. Dans ce village haut perché, le défilé est déjà bien en route vers le cimetière. Nous prenons une bretelle et en moins de 3 minutes nous sommes à deux pas du cimetière où se dresse une foule immense. Des deux cotés de la route, les collégiens brandissent fièrement l’emblée national. C’est dans une ambiance colorée et joyeuse que nous montons les marches qui mènent au carré des martyrs. Dans la foule bigarrée, je reconnais Bendehiba Benhamiti qui faisait partie du groupe qui a attaqué la gendarmerie de Cassaigne, la nuit du 1er Novembre 1954.  Une rangée de sapeurs pompiers se tient devant la stèle. La gerbe que porte fièrement Senouci est déposée sur la tombe de Benabdelmalek Ramdane, le premier chef politico militaire à tomber au champ d’honneur. Je fixe en image mes trois compagnons qui avaient de la peine à cacher leur émotion. Pour eux trois, c’est la première fois qu’ils viennent sur ce lieu de mémoire. Je les sens très fébriles ; même chez Nordine, connu pour sa forte carapace, on devine de suite qu’il marque le coup. Lui aussi prend le soin d’immortaliser l’instant. La foule compacte est impressionnante de dignité. Bendehiba Benhamiti qui est l’un des derniers survivant de cette glorieuse nuit de Novembre 54 n’affiche ni fausse fierté ni ostentation. Je me tourne une dernière fois vers la gerbe d’où émerge la couleur écarlate des roses rouges ; des clichés sont expédiés quasiment à la sauvette…en quittant le cimetière pour rejoindre le chemin de Nekmaria, nous croisons le cortège des officiels, juste le temps de saluer Guermat, le nouveau maire de Sidi Ali qui conduit la procession. Sur le chemin sinueux qui mène vers Nekmaria nous nous arrêtons pour des clichés de figuiers encore en fruits…traversée du douar Chkarnia et descente douce vers la grotte. Des dizaines d’écoliers, casquettes rutilantes sur la tête,  occupent dans un désordre enfantin l’immense esplanade faisant face à la fresque. La visite de la grotte est effectuée comme s’il s’agissait d’une carrière désaffectée. Nulle trace du moindre respect, ni du moindre recueillement, s’agissant d’un lieu de mémoire où gisent par centaines les Ouled Riah. Sur la colline où Pélissier avait installé son QG, les bus bondés continuent d’entamer la descente. Même les gardiens affectés à la surveillance du site brillent par leur effacement. Le site mérite bien la présence d’un guide. Ces enfants lâchés seuls à travers les escaliers en lacets qui mènent vers la grotte sanctuaire, la grotte ossuaire, la grotte mortuaire, oui ces enfants méritent d’être informés de la sacralité des lieux. Autrement, pour le tourisme, la visite de la plage de Sidi Laadjel suffirait amplement à leur bonheur. Avec un peu de curiosité, ils pourraient remonter le lit de l’oued Zérrifa, découvrir les flaques d’eau peuplées de grenouilles et de têtards...autant j’éprouve une petite sensation de bonheur à voir autant de monde venir à la grotte de Nekmaria, autant je me dis qu’une visite en forme d’une banale promenade ne sied pas à ce lieu mémoriel. Les jeunes garçons et filles qui défilent comme s’il s’agissait d’un pique nique ont besoin d’être informé…si chacun ramenait une fleur, peut être aura-t-il que l’endroit est surtout un lieu de recueillement, pas de villégiature…
Une très longue histoire que ce Bougainvilliers qui vient de s’enorgueillir De suite je me mets à rassembler des branchettes fleuries, et en quelques minutes, j’ai déjà une belle gerbe. Un vieux asparagus me facilite grandement la tache, avec ses longues et épineuse pousses, je façonne déjà une couronne que je maintiens à l’aide de longues lianes de lierre. Senouci arrive et remarque le manège qui semble l’amuser. Je lui explique qu’ayant oublié de commander une gerbe, j’étais en train d’en façonner une à partir de son jardin. En sortant, je coupe les branches d’une valeureux Kokia, cette minuscule plante ornementale venue de la lointaine Australie garce aux graines accrochées aux godasses des soldats venus libérer le monde occidental du joug allemand. Rien ne vaut les branches de kokia pour renforcer et colorer en vert ma couronne. Le panier installé dans le coffre de la voiture est déjà plein à craquer. C’est chez Djamel que je découvre deux superbes roses rouges que je coupe sans attendre. Djamel me propose de prendre également 4 roses blanches qu’un automne encore bien chaud laisse pousser sans vergogne.
 Déjà de bruyantes processions battent la marche vers la grotte située au fond du vallon d’Oued El Frachih. Des jeunes filles en habit de fête se donnent sagement la main. Leurs robes trop longues les obligent à les retrousser. De la grotte, des groupes bruyants s’entrecroisent, s’échangeant des mots d’une banalité citadine. Les encadreurs, totalement dépassés, ne savent plus où donner de la tête.

jeudi 31 octobre 2013

La revanche des insectes



Un ravageur inattendu dans les champs de tomates

Introduit  pour lutter contre la mineuse de la tomate, cet insecte entomophage est en train de se transformer en redoutable dévastateur de cette plante qu’il était sensé protéger. Ramenée depuis l’Espagne, la punaise Nesidiocoris tenuis fait actuellement des ravages dans les champs de tomates de la région de Mostaganem. De l’avis des chercheurs, cette mésaventure pourtant prévisible est en train de bouleverser radicalement la stratégie de lutte contre les ravageurs des cultures, prônée et soutenue jusque-là par les pouvoirs publics.

La perspicacité d’un trio de chercheurs en protection des végétaux vient de mettre en évidence les nuisibilités inattendues provoquées par un ravageur qui est considéré jusque-là comme un puissant auxiliaire dans la lutte contre Tutta absoluta, la mineuse des plants de tomate. Ce parasite connu pour ses origines sud américaines avait été introduit, dès la fin de l’année 2007, dans le Mostaganémois par un opérateur espagnol. En effet, avant l’arrivée de cet opérateur, ce parasite était inconnu de nos agriculteurs. Venu pour importer de la tomate au profit du marché espagnol, cet opérateur a alors transgressé les règles élémentaires en matière de protection phytosanitaire, en rapatriant en Algérie plusieurs conteneurs de tomate qui venaient d’être refusés d’accès sur le territoire Espagnol. Après un séjour de plusieurs jours au niveau du port d’Alicante, les caisses de tomates appartenant à des maraichers du Dahra, ont dû faire le chemin inverse, à l’insu de ses partenaires. En effet, cet aventurier qui avait pignon sur rue, n’avait pas trouvé mieux que de restituer à chaque fellah les caisses de tomates produites sur son exploitation. Selon plusieurs témoignages recueillis à l’époque, les fruits étaient dans un état de décomposition avancée. Après 5 mois de lutte acharnée, face à la persistance du phénomène et l’aggravation des dégâts, les fellah décident d’alerter les responsables sur « l’invasion des culture de tomate sous serres d’un mystérieux ravageur causant des dégâts importants malgré les traitements intensifs par l’utilisation de tous les insecticides présents sur le marché national, lesquels n’ont pu éradiquer ce fléau ». Détail d’importance, ce sont les serres des fellah ayant reçu les caisses refoulées d’Espagne qui ont abrité  les premières attaques. 

Des dégâts spectaculaires
Cette première alerte restera malheureusement

Tomates infestées par Tutta absoluta
sans suite, alors que la terrible Tutta absoluta se répandait à une grande vitesse dans les champs du Dahra et de Mostaganem. En effet, les techniciens diagnostiqueront une attaque de teigne, un insecte connu pour ses ravages sur les tubercules de pomme de terre, ce qui fera d’autant trainer la prise en charge du fléau. Tout en généralisant l’invasion à toute l’Algérie. En effet, personne ne songera à réglementer les déplacements de milliers de milliers d’œufs et de larves lors du transfert de quantités considérables de tomates vers le centre puis l’est du pays. Si bien qu’ en moins de 6 mois, Tutta absoluta sera signalée dans la plupart des champs et des serres de tomates du pays, depuis Biskra, jusqu’à Mostaganem, en passant par Skikda, Jijel, le Sahel Algérois, Boumerdès et l’Oranais. Ce sont les spectaculaires dégâts causés à la fois sur les tiges, les feuilles et surtout les fruits qui feront réagir les pouvoirs publics, à travers l’INPV. Ainsi, dès l’année 2009, soit une année après l’arrivée des premiers ravageurs, plus de 1 million de capsules de phéromones destinées à piéger les males, seront distribuées gratuitement aux agriculteurs. Ce n’est que tardivement que le ministère de l’agriculture mettra en place un programme de lutte intégrée contre la mineuse de la tomate. Intervenant lors d’une journée de sensibilisation organisée à Mostaganem, Melle Touad Sofia, soulignera la nécessité de « recourir à des mesures de prévention et de lutte biologique et chimique rationnelles pour préserver ce produit" à travers le territoire national. En clair, le ministère engageait une stratégie de lutte, alliant à la fois le recours à des substances chimiques et l’usage rationnel de moyens biologiques, comme le soulignera avec force, le Dr Bachir Dridi, conseiller auprès de la FAO et cadre chevronné à l’INPV. Dans la région de Mostaganem, le ministère procèdera à la distribution de capsules de phéromones destinées à capturer les males de Tutta absoluta, par la mise à disposition des fellah plus de 5.000 pièges qui seront répartis à travers plus de 8000 serres de la région de Aâchaâcha. L’opération a été généralisée ensuite à toutes les régions de production de tomate de plein champs mais également sous abri serre. Passant à une autre vitesse, les pouvoirs publics feront appel à la lutte biologique pure. A partir de l’année 2011, alors que les effets des phéromones étaient largement parvenus à réduire de manière substantielle la population du ravageur, les pouvoirs publics se tourneront vers l’importation d’une punaise, Nésidiocoris tenuis (Reuter, 1895) à partir de l’Espagne.
 
Dégats causés par Tutta absoluta
La recherche d’ennemis naturels
Très vite les boites de 250 ou de 500 pièces seront distribuées aux fellah. Des lâchers de cet entomophage connu pour s’attaquer aux larves de Tutta absoluta seront largement médiatisés. Limités dans un premier temps aux seules cultures sous serre, cette punaise dite « Espagnole » finira par se retrouver dans les cultures de plein champ, à la grande satisfaction des fellah. Pourtant, au laboratoire de protection des végétaux de l’université de Mostaganem, ils étaient une poignée de chercheurs à ne pas adhérer sans réserves à ce programme. A l’époque, les chercheurs Malika Boualem, Abdelwahab Mokhbi et Djamel Mahiout travaillent déjà sur cette punaise qu’ils ont identifiée bien avant l’introduction de sa cousine « Espagnole ». En effet, œuvrant particulièrement sur la biologie de Tutta absoluta et de ses ennemis naturels, ces chercheurs ont commencé par identifier les auxiliaires indigènes. C’est ainsi que Nesidocoris tenuis, connue pour sa prédation de l’Aleurode ou mouche blanche, est mise en évidence à l’état endémique. Cette punaise indigène devient très vite une préoccupation des chercheurs Mostaganémois qui lui consacrent plusieurs travaux. Si bien que l’introduction massive de la punaise « Espagnole » ne les laissera pas de marbre. Dans les recommandations de leurs travaux, ces derniers  n’omettront pas de recommander la plus grande prudence quant à l’usage immodéré à la fois des pesticides, des phéromones mais également des insectes auxiliaires. D’autant que plusieurs auteurs, du bassin méditerranéen et d’Amérique Latine n’ont cessé de souligner les penchants phytophagiques de Nesidocoris tenuis. Deux ans après l’introduction de la punaise « Espagnole », les appréhensions des chercheurs de Mostaganem viennent d’être confirmées sur le terrain. En effet, depuis quelques jours, des maraichers de Hassi Mamèche, d’Ouréah et de Stidia ont alerté les chercheurs qui se sont déplacés dans les cultures pour identifier un nouveau phytophage. Observées sous loupe binoculaire, les larves de différents stades sont formellement identifiées comme étant celles de Nesidiocoris tenuis, la fameuse punaise sensée combattre Tutta absoluta. Autre remarque de taille, sur les champs infestés, nulle trace de Tutta absoluta, ce qui à priori est loin d’être un paradoxe. Surtout que chez la plupart des chercheurs à travers le monde, ce phénomène était absolument prévisible et redouté. Une fois installée dans les cultures, la punaise dévore en priorité sa cible préférée, à savoir les œufs et les larves de Tutta absoluta ; mais en l’absence de ce parasite, la punaise, comme le souligneront avec force nos interlocuteurs, retrouve ses instincts phytophages. Ce comportement de survie n’est pas rare dans le monde des insectes comme tiennent à le rappeler Malika Boualem et Abdelhahab Mokhbi.
 
Adulte de Nésidiocoris tenuis
Dérives et mauvaises surprises
 De son coté, Djamel Mahiout met l’accent sur le recours à de nouveaux pesticides présents sur le marché et que les fellah se sont précipités à utiliser avec si peu de modération. Pour ce jeune chercheur, les résultats semblent à la hauteur des investissements consentis, puisque la panoplie de pesticides- essentiellement trois produits commerciaux à base de Spinosade, de chlorantraniliprole et de lambda cyhalothrine- ont permis de freiner la population larvaire. Ramenée à gros frais et utilisée sans réel contrôle, la punaise « Espagnole » vient de se retourner contre ses mentors.
Mais pour les chercheurs, le pire serait peut être à venir, car ce qu’ils craignent par-dessus tout, même s’ils le disent avec beaucoup de réserves, c’est la collusion entre l’espèce locale et celle importée d’Espagne. Très au fait de l’entomologie, Malika Boualem souligne que rien n’interdit à des insectes de la même espèce de s’accoupler et ensuite de donner naissance à une nouvelle population. Pour elle, l’existence d’une punaise locale étant avérée, il faudrait s’attendre à un échange de gènes entre les deux punaises.
Pour sa part, le Dr Mokhbi souligne que « la promotion de méthodes de protection des cultures respectueuses de l’environnement est  évidemment souhaitée, d’autant que la mise au point de méthodes biologiques afin de juguler l’infestation  de ravageurs comme Tuta absoluta, véritable peste pour la culture de tomate, conduit parfois les chercheurs et les firmes à proposer aux fellah des produits et des procédures susceptibles de favoriser une espèce prédatrice de ravageurs nuisibles, ce faisant, les résultats peuvent parfois réserver d’amères surprises ». Abondant dans le même sens Malika Boualem rappelle « la bonne sagesse populaire  qui stigmatise le remède quand il cause plus de préjudices que le mal qu’il vise à éradiquer ».
Pour sa part, Djamel Mahiout souligne « l’impérieuse nécessité de la lutte intégrée alliant méthodes biologiques et méthodes chimiques raisonnées et raisonnables ».
Pendant que larves et adultes de Nésidiocoris tenuis continuent de se propager à travers les champs de tomate, les chercheurs songent aux risques de contaminations des serres dont les plantations débutent actuellement dans la région de Aâchaâcha, la plus précoce.
 
Fleurs avortées
Un autre regard envers les pesticides
Les chercheurs redoutent l’apparition du même phénomène dans les autres zones maraîchères du pays.
A l’appui de leur thèse, ils soulignent le changement des mœurs alimentaires  de la punaise qu’ils expliquent en grande partie par l’absence de Tutta absoluta dont les dégâts se sont amenuisés,  probablement en raison d’une utilisation intempestive et redondante des pesticides, ou tout simplement  à cause d’une concentration élevée de Nésidiocoris tenuis .  En absence de sa cible favorite, la  punaise se devait  de revenir à un régime alimentaire phytophage; ciblant, comme cela a été observé, les parties les plus tendres de la plante en croissance active et qui de ce fait bénéficient d’un afflux privilégié de sève et de nutriments. L’insecte ou sa larve vient piquer le pétiole du bouquet floral, faisant avorter les fleurs  et tomber les jeunes fruits en pleine nouaison. Il s’en suit une réduction du nombre de fleurs  et donc une baisse du nombre de fruits. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’une plante en fin de cycle productif, pleine de vigueur, la perte de fruits peut être compensée par un grossissement de ceux épargnés par le parasite. Une sorte d’éclaircissage qui n’affecte que légèrement les rendements. Cependant, l’intensité des attaques diffèrent grandement selon la vigueur des cultures et la qualité des soins prodigués. Si au niveau de Ouréah, l’avortement ne concerne qu’une à deux fleurs par poquet soit 20%,  sur les hauteurs de Hassi Mamèche, la perte atteint  jusqu’à 80, voire 100% du poquet floral. Ici, l’intensité des dégâts s’explique par une très forte concentration du ravageur avec présence de tous les stades larvaires ainsi que des adultes. Il est certains que pour ce jeune fellah, la chute de rendement sera autrement plus importante. Qu’en sera-t-il lorsque la punaise s’attaquera à de plus jeunes plants en phase de croissance? Nul doute que pour les maraichers qui se sont spécialisés dans la culture de la tomate, assurant une disponibilité durant toute l’année, une pullulation de cette punaise devra nécessairement entrainer des pertes inattendues et susciter un recours immodéré aux pesticides, la seule réponse qui sied à la fois aux cultivateurs mais également aux importateurs de substances chimiques, aux origines parfois douteuses. Celles dont les effets sur l’environnement, donc sur le consommateur, méritent un autre regard. Et surtout une attitude moins désinvolte, car il en va de la santé des utilisateurs mais aussi, on peut le craindre, du consommateur.
 
Poquet floral infesté et normal
Biologie de Nésidiocoris tenuis
 La punaise Nésidiocoris ténuis appartient à la famille des Miridae. Il s’agit d’un hétéroptère dont l’identification est attribuée à Reuter (1895). Connue pour son avidité pour les œufs et les larves d’Aleurodes et de Tutta absoluta, elle est présente à l’état endémique au niveau du bassin méditerranéen, ainsi qu’en Australie et en Amérique Latine. Insecte suceur, il se nourrit essentiellement en ponctionnant les larves de ses cibles. Il est également connu pour sa voracité des jeunes pousses de solanacées (tomate, pomme de terre, aubergine…) dont il attaque les parties les plus tendres et les plus charnues. A 26°C, son cycle biologique complet s’étale sur 29 jours, dont 12,5 jours comme adulte ailé pouvant se déplacer à travers les champs. La vie larvaire se compose de 5 stades, dont le tiers concerne le passage d’œuf à larve de premier stade. Par ailleurs, l’insecte module son cycle de développement en fonction de la température : 60 j à 15°C, 30 j à 25°C et 10 j à 35°C. Les femelles vivent environ 40 jours mais les mâles peuvent vivre un peu plus longtemps. Une femelle pond au total entre 100 et 250 œufs, suivant la température et la disponibilité alimentaire.

vendredi 27 septembre 2013

La sauce soja du Derbakji



Le soja est une légumineuse qui est de la même tribu que le petit pois, le pois chiche ou la fève ....des légumes bien de chez nous, que nous avons toujours consommé, parfois dans la démesure....je me souviens, étant jeune écolier puis lycéen, dans mon Béni Mélek natal, que l'arrivée à maturité des petits pois et des fèves, que nous cultivions de manière récurrente, correspondait au début du printemps....si bien que l'espace de deux mois, notre plat quotidien était composé exclusivement de petits pois mais surtout de fève. Cette dernière étant bien plus productive tant en quantité que dans la durée. Les scènes de récoltes collectives de fèves que nous égrainions directement sur les champs étaient des plus courantes. Avec nos mères et nos tantes, nous allions en grappes nous enfoncer entre les rangs serrés des fèves dont la hauteur permettait à des enfants de se cacher au regard des adultes. Ce que j'aimais le plus dans ces sorties familiales, ce sont les superbes fleurs des fèves qui se succédaient sans discontinuer sur les tiges abruptes qui se solidifiaient avec le temps...parfois, lorsque le printemps était humide, il arrivait que certaines tiges poussent à la base des anciennes, les taquinant avec malice de leurs grappes de fleurs dont quelques unes seulement parvenaient à maturité. Puis, l'arrivée brusque des premières chaleurs de mai mettait fin à cette poussée de sève tardive, réduisant du coup la taille et la portée des nouvelles gousses...Au Béni Mélek et certainement ailleurs aussi, cette culture faisait partie de nos usages les plus anciens et les plus persistants...il arrivait parfois que l'abondance de la récolte durcisse les gousses, ce qui donnait des fèves parfaitement matures, facilitant leur conservation. C'était très pratique pour l'hiver, car les fèves séchées pouvaient être trempées et bouillies, ce qui donnait une excellent repas que des marchands astucieux agrémentaient d'une pincée de sel et de cumin....c'était le seul plat qui pouvait concurrencer les marrons chauds, avec l'avantage d’être à la fois moins cher et surtout très énergétique...les marchands de fève faisaient alors partie du décor hivernal...le problème des fèves bouillies était la présence intempestive de petits insectes qui y trouvaient un bien commode refuge. Sans doute asphyxiés par le trempage, les bestioles cuisaient en même temps que la graine...on pouvait  les repérer très facilement, pour peu que l'on ait eut un œil avertis...ce n'est que bien plus tard que j'apprendrais que la fève, le pois chiche et le petit pois appartiennent à la grande famille des légumineuses et qu'à ce titre, elles pouvaient être fières de leur statut de plantes à forte teneur en protéines...ce n'est qu'à ce moment que j'ai enfin compris que nous pouvions vivre sans manger de la viande, l'autre source de protéine...

  La jubilation du chef
Mais ce n'est qu'en 1972 que j'ai été confronté à la légumineuse la plus cotée au monde...qu'un groupe de cultivateurs Chinois étaient venus planter dans la région d'Oued El Alleug et de Mouzaïa...ils étaient installés dans une petite station qui bordait la route reliant Boufarik à El Affroun en passant par Oued El Alleug...En cet été de tous les espoirs, j'étais en stage de longue durée au niveau du domaine Si Laïd Brahim, sur la route qui mène de Oued El Alleug à Mazafran, puis Koléa....comme il nous était demandé de faire un diagnostic du domaine autogéré où nous étions en stage, il a bien fallu se farcir la totalité de la SAU ( surface agricole utile) et donc de discuter et de critiquer le plan de culture ainsi que les rotations culturales...c'est ainsi qu'après avoir bourlingué entre les alignements d'orangers, de poiriers et de citronniers, je me suis retrouvé un jour face à un champ où poussaient des plantes que je n’avais jamais vu auparavant. De suite j'avais remarqué qu'elles portaient des gousses et que dans les gousses il y avait des graines qui ressemblaient fortement à nos petits pois du Béni Mélèk...le chef de culture qui m'accompagnait ne cachait point sa jubilation face à mon plantage intégral: je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait être....je lui ai tout de même fait part de ma science en parlant des similitudes avec mes petits pois de la montagne...mais il se fichait royalement de mes explications, lui ce qu'il voulait c'est que je lui donne le nom de la plante et surtout son origine et son utilité...mais moi je continuais à sécher, car pour moi, il n'était pas question de manger des petits pois secs...ça ne se faisait pas au Béni Mélèk....je vois encore sa jubilation, lui qui dès le premier jour du stage avait remarqué que j'en savais un bon bout sur l'élevage, l'agrumiculture, la viticulture, la céréaliculture...ce qui l'avait surtout impressionné c'est que je lui démontre, à partir de mon trou de profil cultural, les antécédents culturaux de la parcelle....j'avais en effet détectés que le champ de blé avait déjà reçu de la patate et des oignons dont j'avais trouvé traces dans le trou...ça, ça l'avait épaté mon chef de culture...mais sur ce champ de faux petits pois, avec en sus une arborescence ligneuse qui donnait une tenue très rigide à la plante, ce que mes petits pois ne pouvaient faire...je séchais lamentablement.

 La brouette jaune
    Puis, pour remonter un peu la pente, je me suis laissé aller à dégoupiller une gousse, à en sortir les graines et surtout, suprême sacrifice, à en gouter une...je fus de suite découragé, car je ne retrouvais point la succulence des petits pois, même durs...ce jour-là, je me suis juré de ne jamais refaire pareille expérience, car les graine étaient non seulement très dures, mais en plus, elles étaient très fades...et mon chef de culture qui éclatait d'un rire qui me parut interminable..." mais c'est fait pour les animaux s'exclama-t-il!  c'était pour moi la pire des humiliations, moi le futur zootechnicien, le détenteur-dès l'age de 9 ans- d'une licence - de 4 ans- dans le redoutable et si peu enviable métier de berger...qui se faisait piéger par ce chef de culture décapant...franchement c'était l’humiliation de trop...puis soudain, mon petit cerveau se mit à fouiner dans mes maigres connaissances sur les cultures fourragères...instinctivement, je me suis dis que cette plante inconnue ne pouvait qu’être le fameux SOJA que tous les manuels de nutrition animale mentionnaient en bonne place comme étant l'aliment protéique par excellence...sans hésiter je donnais le nom à mon vis à vis qui me sauta au coup...je venais d'accomplir l'exploit le plus rude de ma balbutiante carrière d'agronome..sans doute qu'en ce mois de juin 1972, j'étais le premier élève-ingénieur de l'ITA de Mostaganem à connaitre et à reconnaitre la légumineuse la plus célèbre du monde et de l'univers....sur ces terre marécageuses de la Mitidja, à quelques encablures de Blida et de Koléa, là où l'eau de la nappe jaillissait en un superbe jet de plus de 4 mètres...moi, le petit agronome en formation, je venais de croiser cette plante mythique que des hommes aux yeux bridés -dont tous le monde se moquait sans retenue-, avaient ramené depuis la Chine de Mao et de Chou En Laî, afin d'aider la jeune République Algérienne à se soustraire aux injonctions des puissances impérialistes qui avaient - et qui continuent d'avoir- le monopole sur cette culture aux vertus miraculeuses...depuis, ces Chinois sont partis...très loin...sans faire de bruits, comme ils étaient venus...emportant dans leurs baluchons en guenilles, les studieuses observations sur cette culture aux multiples vertus nutritionnelles...d'autres Chinois, 30 ans plus tard, plus nombreux et surtout plus exigeants, sont venus les remplacer...dans nos sarcasmes...ceux-là ramenaient avec eux des brouettes à deux roues complètement déglinguées, de gros sacs en plastiques....vides...ils avaient une très forte attirance pour la ville, le ciment, le béton, le bitume...les briques et le frics dont ils remplissaient sans jamais se rassasier, leurs sacs de plastique noir et profonds....tout le contraire des premiers Chinois cultivateurs de SOJA...car cette expérience de culture du SOJA n'a jamais été prise au sérieux par les Algériens, trop occupés à  charrier la couleur de la peau et les yeux en épingle de leurs hôtes...puisque quelques années plus tard, toute trace de SOJA aura disparu du pays....du moins en culture...car dans la plupart des ports algériens, c'est par cargos entiers que le tourteau de Soja commençait à inonder le pays...avec l'avènement de l'aviculture moderne, notamment la filière poulet de chair et celle des pondeuses, l'incorporation du tourteau de SOJA devenait incontournable....sans tourteau point de poulet ni d’œufs...Il y a à peine un mois, dans ce cataclysme ambiant, le "grand timonier local, maladroitement accroché à un fauteuil chancelant, à renvoyé le 10ème ministre de l'agriculture du bled...pourtant, le pays est toujours incapable de subvenir à ses besoins en tourteau de SOJA...le nouveau boss de l'agriculture, bien logé à Club des Pins grâce à la générosité pétrolière...ne Nouri aucune ambition autre que celle de ses prédécesseurs...celle de ne rien faire pour inviter un quatuor de Chinois amateurs de Soja...à revenir à Oued El Alleug, nous délivrer de cette insoutenable et ruineuse soumission au Roi Soja...

 La compromission de la chèvre
Une seule satisfaction à ce sinistre tableau, nous ne sommes pas le seuls à subir cette implacable dépendance vis à vis de cette légumineuse...En effet, depuis les fameux accords GATT, je crois que c'était à la suite de l’Uruguay Round, même une puissance nucléaire comme la France n'a plus le droit de cultiver le SOJA pour nourrir son bétail pléthorique... Ainsi va le monde...on peut avoir droit au droit de véto à New York, siège du "machin" si horripilant pour le général de Gaulle et ne pas être autorisé à produire le SOJA dont raffolent les porcs et les poulets Bretons, les vaches Normandes et Savoyardes, les brebis de Roquefort et les chèvres du Larzac...le Soja est devenu la graine la plus protégée du monde...c'est elle qui avale tous les ans une belle tranche de nos revenus pétroliers....vous me direz tant que le pétrole va, tout va...y compris la corruption généralisée des bas fonds et des hautes sphères...mais que faisiez-vous les temps chauds soupira la fourmi...je chantais lui rétorqua la cigale...elle a bien raison la cigale, surtout qu'un "Derkadji  (joueur de Derbouka, une espèce de gourde ou de cruche en terre glaise, dont l'un des bouts ( du tunnel) est recouvert d'une peau de chèvre et qui fait du bruit lorsqu'on la percute, la peau, pas la chèvre!-, vient d’être intronisé à Hydra, là où s'accomplit le folklore national qui a fait que les agriculteurs Chinois ont été remplacées par de très gourmands maçons amateurs de bitume....et de dollars à la sauce Hassi Messaoudienne... qui dégage une très forte odeur de compromissions...remarque qui n'a rien à voir: même les Chinois restés en Chine se sont laissés compromettre au point de dépendre désormais des agriculteurs américains et brésiliens pour les fournir en tourteau de soja sans lequel point de salut....dire qu'il y a 40 ans, il poussait clandestinement dans la Mitidja...à l'insu de Hassi Messaoud...et ses huiles noires...mais aucun indigène n'en a pris de la graine...et c'est bien là notre drame...Dire que contrairement à un Hadith le plus célèbre, c'était la Chine qui était venue vers nous...c'est peut être pour ça que ça n'a pas fonctionné...car depuis, la Chine pique la science des autres et parfois sans aucune contrepartie...la chance ne sourit qu'une fois...elle est déjà bien loin la nuit du destin...ce serait un miracle si le Soja revenait s'offrir à nous...


La demande de la Chine stimule des récoltes record de soja en Amérique du Sud Source: Channel News Asia (17 septembre 2013)
Auteur: s/o
La hausse de la demande de soja par la Chine et l’Europe a entraîné une augmentation correspondante de la superficie consacrée à cette culture en Amérique du sud. Le Brésil et les Etats-Unis se disputent maintenant la première place pour la quantité de soja produite. « Le soja rapporte de l’argent. Il a la valeur nutritive de la viande mais c’est un produit végétarien. C’est aussi la protéine la moins chère à produire en masse dans le monde », explique Marc-Henry Andre, expert en soja. Les importations de soja de la Chine se sont élevées à 60 millions de tonnes en 2012-2013, et devraient passer à 70 millions en 2013-2014. La Chine transforme le soja en huile et farine, alors que les pays européens achètent plutôt du soja pour l’alimentation du bétail produit industriellement. La plupart du soja de l’Amérique du Sud est génétiquement modifié. Selon l’économiste argentin Luciano Cohan, « Cela ne fait pas l’objet de nombreux débats. Les avantages pour le gouvernement sont si grands qu’ils sont considérés comme un avantage net ». Les groupes environnementaux soutiennent que la focalisation sur le soja s’est faite au détriment de l’élevage et de la culture de maïs, tout en causant également la déforestation, la pulvérisation aérienne de pesticides et la pollution de l’eau. Selon l’agronome français Marcel Mazoyer, la production de soja doublera au cours des 50 prochaines années. « C’est sûr que la demande de viande va augmenter. La production de soja doit augmenter encore plus vite que la population afin de satisfaire cette demande de viande. Plus les gens consomment de la viande, plus nous avons besoin de maïs et de soja pour nourrir les animaux ». A ce rythme, ajoute-t-il, « nous devrons défricher une partie de la forêt amazonienne ».

samedi 14 septembre 2013

La Chine au chevet de l'Afrique

Le développement de l'économie chinoise pourrait-il profiter à l'Afrique? Oui! à condition que les Africains le veulent et l'imposent à leurs partenaires asiatiques. Voici une subtile illustration des défis qui attedent le continent Africain dont le potentiel agricole, énergétique et minier en a fait une terre de prédilection pour le colonialisme....comment faire pour que les Chinois soient des partenaires moins voraces?   
  Le rôle de la Chine dans l’agriculture africaineSource: Centre international pour le commerce et le développement durable (9 septembre 2013)
Auteur: Donald L. Cassell
 
Dans cet article, Donald L. Cassell, Chercheur principal et Directeur des Initiatives libériennes à Sagamore Institute, aux Etats-Unis, cherche à déterminer si l’engagement de la chine dans l’agriculture africaine représente une opportunité pour le continent. Il en arrive à la conclusion que la gestion de cet engagement par l’Afrique sera cruciale pour maximiser les opportunités et minimiser les défis. Cassell affirme que l’agriculture africaine connait un fléchissement depuis des décennies, mais que la Chine pourrait jouer un rôle déterminant pour renverser cette tendance. Ce pays est déjà le plus gros partenaire commercial de l’Afrique. Selon Cassel, la Chine considère sa démarche en Afrique comme nouvelle et révolutionnaire, et présente sa réussite aux pays africains comme un modèle. Depuis 1978, la Chine a réduit la pauvreté de sa population de plus de 60 pour cent à moins de 7 pour cent. Cependant, elle a ses propres besoins en matière de sécurité alimentaire, et l’Afrique pourrait occuper une place prépondérante dans son projet à long terme pour faire face à ces besoins. Elle précise toutefois que ce qui l’intéresse c’est la sécurité alimentaire mondiale, et non la production alimentaire en Afrique à des fins d’exportation en Chine. Cassell souligne : « L’engagement de la Chine dans l’agriculture africaine, tout comme son engagement auprès du reste de l’Afrique, représente peut-être la plus grande opportunité dans toute l’histoire de l’Afrique. La Chine a fait plus pour réduire la pauvreté en Afrique que tout ce que le colonialisme a jamais essayé de faire, ou que les initiatives des partenaires traditionnels. L’engagement de la Chine pourrait être plus significatif si les africains veillent à bien le gérer. Les décideurs africains doivent définir clairement leurs objectifs de développement et s’engager avec la Chine en ne perdant pas de vue ces objectifs… L’Afrique doit faire preuve de sagesse en étant proactive et non passive dans son partenariat avec la Chine. C’est dans l’intérêt supérieur de l’Afrique »

lundi 9 septembre 2013

Une Allemande sur les traces de Pélissier

Une photographe allemande sur les traces d’un massacre colonial

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Mettant à profit son passage à Mostaganem, la photographe d’origine allemande, Marion, s’est rendue jusqu’à la grotte de Nekmaria.

Accompagnée de Habib Tengour, romancier, poète et désormais homme de théâtre, ainsi que de Karim Chikh, le patron des éditions APIC, et de sa fille Inès, la dynamique photographe n’a pas hésité à pénétrer à l’intérieur de la grotte où périrent, le 19 juin 1845, plus de 1 500 Ouled Riah. Très émue tout comme la jeune collégienne, Marion Beckhauser, l’artiste allemande qui peine à cacher sa passion de l’Algérie, s’est dit consternée par le massacre commis par le colonel français Pélissier. Les traces de fumée qui continuent de tapisser les parois crayeuses de la grotte ont eu un grand impact sur la jeune fille et sur la dame. De son côté, Karim s’est dit tout simplement bouleversé par ces images que l’on a aucune peine à imaginer. Pour lui, cette enfumade voulue et exécutée par un colonel de l’armée française n’est qu’un autre épisode de la longue souffrance endurée par le peuple algérien durant 132 ans de colonialisme aveugle, assassin et criminel. Inès, à peine 13 ans, ne savait pas quoi dire une fois à l’intérieur de la grotte. Elle affichait un air détaché, se contentant de souligner les atrocités et promettant d’en parler autour d’elle.

Ayant appris quelques bribes sur ces massacres, elle dira que cette visite sur le lieu du drame la marquera à jamais, d’autant que c’est sur son insistance que le groupe a franchi le pas pour pénétrer à l’intérieur de la grotte principale. Leur guide, parfait connaisseur de cette sombre page de notre histoire, leur contera, dans le détail, les préparatifs ayant précédé la sombre affaire. Il rappellera avec moult détails la présence dans la colonne conduite par Pélissier de pas moins de 700 hommes relevant du Makhzen, donc des autochtones ayant fait le choix de servir l’armée d’occupation après avoir servi avec zèle la dictature ottomane. De son côté, le poète Habib Tengour, originaire du Dahra, lui-même descendant des Béni Zéroual, mettra beaucoup de temps avant de reprendre ses esprits. Le visage livide, il ne cessera de tapoter sa jambe droite, en signe de désolation et d’impuissance. De son côté, Karim, parlant du choix radical fait par les Ouled Riah de ne pas se rendre et surtout de ne pas quitter leur refuge malgré les sommations et les criminelles intentions de Pélissier, fera un parallèle avec la mort héroïque, durant la bataille d’Alger, d’Ali La Pointe, du petit Omar Yacef et de Hassiba Ben Bouali. Cernés par les parachutistes du colonel Jean-Pierre, les trois combattants avaient en effet refusé de se rendre, préférant se faire tuer debout et dans l’honneur.

Pour Karim, cette solution ultime – quand bien même assez rare dans l’histoire des peuples opprimés – est une constante du peuple amazigh, ces hommes libres qui n’ont jamais accepté ni les brimades, ni les humiliations, ni les massacres, encore moins le déshonneur. En quittant la grotte à travers les escaliers en lacet qui permettent désormais un accès allégé, les visiteurs se sont arrêtés devant la stèle érigée à la mémoire de cette tribu dont la résistance, comme le soulignera leur guide, aura remis en selle l’Emir Abdelkader qui n’hésitera pas, malgré les défections et les trahisons, à revenir dans le Tell Oranais et à entraîner, dans une mémorable bataille, non loin du mausolée de Sidi Brahim, une colonne de l’armée d’occupation conduite par le sanguinaire Montagnac qui y trouva la mort ainsi que plus de 300 soldats de son armée. Au niveau du plateau de Ch’karnia, à moins d’un km de la grotte, le groupe de visiteurs a eu à voir de près l’immense masure construite pour le Khalifa de Nekmaria, sur les terres de la tribu enfumée. En effet, en guise de récompense pour sa collaboration, le Khalifa aura reçu en offrande une source et pas moins de 50 hectares des plus fertiles terres du Dahra. La somptueuse demeure est accoudée à un fort que gardait une escouade de soldats du Makhzen.             
Karim Chikh et Habib Tengour à Salamandre

20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...