vendredi 1 avril 2011

le passé composé des néorévolutionnaires libyens

lire particulièrement ce post de Thomas C. Mountain, Asmara, Érythrée
le dossier complet est disponible sur le site du Monde lien :



La révolté a démarré à Benghazi, dans l’est du pays. Un élément très important qui n’est mentionné dans aucun grand média est que cette ville est le point du continent Africain le plus proche de l’Europe. Benghazi est donc devenue, au cours des 15 dernières années environ, l’épicentre de la migration africaine vers l’Europe. Il est arrivé que plus de 1000 émigrés africains entrent par jour en Libye dans l’espoir d’atteindre l’Europe.

Le trafic humain, un de commerces les plus malsains et inhumains qui soit, s’est transformé en une véritable industrie à Benghazi, brassant des milliards de dollars. Un monde parallèle mafieux s’est développé dans la ville et il est profondément implanté et emploie des milliers de personnes dans tous les domaines et corrompt la police et les fonctionnaires. Ce n’est que depuis un an que le gouvernement libyen, avec l’aide de l’Italie, a réussi à contrôler ce cancer. Avec la disparition de leur marchandise humaine et de nombreux chefs en prison, la mafia a été en pointe dans le financement et le soutien à la rébellion libyenne. De nombreux gangs de trafic humain et autres éléments issus des bas-fonds de Benghazi sont connus pour avoir mené des pogroms contre les travailleurs immigrés africains à Benghazi même et dans les banlieues. Depuis le début de la rébellion à Benghazi, plusieurs centaines de travailleurs immigrés Soudanais, Somaliens, Éthiopiens et Érythréens ont été détroussés ou assassinés par les milices racistes rebelles, un fait soigneusement caché par les média internationaux.




Benghazi est aussi connu comme un foyer d’extrémisme religieux, de fanatiques libyens qui sont passés par l’Afghanistan se sont concentrés là-bas et des groupes terroristes ont organisé des attentats et assassiné des fonctionnaires dans la ville au cours des vingt dernières années. Un groupe, qui se nomme Le Groupe Islamique Combattant, a déclaré dés 2007 qu’il était affilié à Al Qaeda. Ce sont ces groupes qui ont été les premiers à prendre les armes contre le gouvernement libyen.

Le dernier problème, et le plus difficile à résoudre, est alimenté par des croyances désuètes présentes dans la société libyenne. Les Libyens refusent de faire des travaux qu’ils considèrent comme « sales ». En 1987, les libyens étudiants du département d’anglais qui nous accompagnaient en parlaient ouvertement. Les jeunes libyens qui terminent leurs études refusent des emplois de bas de gamme aux tâches subalternes. Ils s’attendent à obtenir immédiatement un bon poste avec un bon salaire, un bon appartement et une voiture neuve.

Le gouvernement a été obligé de faire venir des centaines de milliers de travailleurs immigrés pour faire « le travail sale » que les Libyens refusent de faire, d’abord depuis l’Afrique subsaharienne et plus tard depuis l’Asie.

Le résultat est que des milliers de jeunes Libyens sont sans emploi et vivent aux crochets de leurs familles. Cette existence parasitaire a généré de nombreux problèmes sociaux graves. L’alcool, interdit en Libye, et la drogue constituent un problème un augmentation chez les jeunes.

Tous ces problèmes sociaux étaient arrivés à un stade critique lorsque la rue arabe a déclenché son soulèvement contre les élites soutenues par l’Occident, d’abord en Tunisie, voisin de la Libye, ensuite en Egypte.

Lorsque les premières manifestations de jeunes mécontents se sont déroulées à Benghazi, la coalition informelle de groupes terroristes et de gangs de trafiquants ont immédiatement profité de la situation pour attaquer les prisons de haute sécurité à l’extérieur de Benghazi où leurs camarades étaient enfermés. Après la libération de leurs chefs, la rébellion a attaqué les postes de police et les bâtiments officiels, et les habitants de la ville se sont réveillés avec la vision de cadavres de policiers pendus aux ponts qui enjambent les autoroutes.

Le gouvernement Libyen dirigé par le Colonel Kadhafi a toujours pris soin de ne pas laisser se développer une armée professionnelle et puissante, et préférait compter sur un système de « comités révolutionnaires » pour diriger les communautés locales et s’occuper des questions de sécurité dans le pays.

Ces « comités révolutionnaires » n’ont jamais vraiment connu l’épreuve du feu et ont été lents à réagir devant une rébellion qui s’étendait rapidement. Le gouvernement libyen a finalement réussi à s’organiser et a lancé une offensive contre la rébellion. Les rebelles, pour la plupart des jeunes sans formation militaire et des milices vaguement encadrées, ont été chassés des territoires fraichement conquis et il est devenu évident que la rébellion allait échouer. De hauts officiers des services de renseignement US l’ont publiquement admis. A présent, il est largement reconnu, du moins dans le monde Arabe et Africain, que la majorité des Libyens soutiennent le gouvernement dirigé par le Col. Kadhafi et que la rébellion n’est soutenue que par une minorité de la population. La fin de la rébellion semblait inéluctable.

Alors que le forces militaires du gouvernement se trouvaient dans les banlieues de Benghazi et que le sort de la rébellion semblait scellé, il a été décidé aux Etats-Unis, et chez ses hommes de main à Londres et à Paris, d’attaquer la Libye pour renverser le gouvernement.

La Libye est un pays riche en pétrole, proche de l’Europe, avec les plus grandes réserves de pétrole confirmées de tout le continent africain. Avec de tels enjeux, la décision fut prise de lancer une attaque contre la Libye. En fait, il faudrait dire « de lancer un massacre » parce qu’il n’existe pas à ce jour de défense efficace contre les missiles de croisière et le bombardement de haute altitude, surtout la nuit, et tant pis pour les victimes civiles.

Après leurs attaques et invasions de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Somalie, peu de gens dans le monde croient à la version occidentale d’une attaque contre la Libye pour protéger des civils. Les Etats-Unis et leurs alliés européens jouent à un jeu extrêmement dangereux en attaquant la Libye aujourd’hui. Alors que les pays arabes courent le risque de connaître de véritables situations révolutionnaires, c’est-à-dire des révoltes armées contres les élites soutenues par l’Occident, l’attaque contre la Libye pourrait devenir l’étincelle que l’Occident tentait désespérément justement d’éviter.

Il est impossible de prévoir les conséquences des attaques de l’Occident contre la Libye. Assisterons-nous à un nouveau Kosovo ou à une victoire du gouvernement libyen dirigé par Kadhafi ?

La seule chose qui est sûre, c’est que le peuple libyen paiera cher pour garder son pays, un prix qui sera inévitablement payé en sang.

Je suis déjà en train de préparer ma prochaine visite en Libye, prévue à la même époque pour l’année prochaine, peut-être avec la deuxième délégation US pour la paix en Libye. Dieu sait combien de fleurs il faudra déposer sur les tombes des enfants libyens tués par le dernier massacre commis par les Etats-Unis et leurs partenaires européens.

Thomas C. Mountain
Asmara, Érythrée

mercredi 30 mars 2011

L'amnésie ne passera pas


Enfin, un monument à la mémoire des Ouled Ryah
A l’occasion de la célébration de la journée de la victoire, organisée cette année à travers plusieurs sites de la wilaya de Mostaganem, le ministre des moudjahidines qui présidait les cérémonies a fait la promesse que les enfumades du Dahra auront leur monument. Rencontré au niveau du cimetière d’Ouled Baroudi où reposent plus de 190 martyrs, dont de nombreux anonymes, Med Chérif Abbès, le ministre des moudjahidines a fait la promesse solennelle qu’à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance, l’Algérie allait honorer comme il se doit la mémoire des 12.00 victimes de la furie coloniale. En effet, après lui avoir rappelé qu’à seulement 5 km du cimetière d’Ouled Baroudi, se trouve la grotte de Ghar El Frachih, là ou gisent depuis bientôt 166 ans les membres de la tribu des Ouled Ryah. 

Cimetière des martyrs à Ouled Baroudi RN11 entre Sidi Lakhdar et Kadra
En effet, c’est durant la nuit du 18 juin 1845 que le sinistre colonel Pélissier, à la tête de plus de deux bataillons avec l’aide et le soutien du caïd de Nekmaria qui lui servait de guide et d’interprète, commettra l’un des plus abjects crimes de guerre du 19ème siècle. Fortement encouragé par une lettre du Bugeaud, Pélissier et sa troupe poursuivait sans relâche la tribu des Ouled Ryah qu’il traquait depuis la vallée du Cheliff. Acculés par les troupes coloniales, ils trouveront refuge dans la grotte de Oued El Frachih, à 5 km de Nekmaria. Conduit par le Caïd du coin, le sanguinaire colonel installera son camp sur la grotte et demanda à ses soldats d’en boucher les entrées à l’aide de fagots de bois qu’il avait ramenés à dos de mulet. Faisant mine de négocier avec les malheureux, il refusa tout net la requête des assiégés qui lui demandaient de retirer ses soldats à une distance respectable afin de permettre l’évacuation des femmes, des enfants et du bétail.
Des articles de presse accablants
Devant son refus calculé, aucun membre de la tribu ne s’est résigné à quitter la grotte. C’est ainsi que dès 15 heures, les soldats mettent le feu aux deux entrées de la grotte. Un feu qui sera entretenu avec zèle durant toute la nuit. Si bien que le matin, des soldats purent se rendre compte de l’étendue du massacre. L’histoire aurait pu en rester là si des fuites n’étaient parvenues au journal « Lakhbar » qui publia un article qui fera le tour du monde occidental, puisqu’il sera repris par le Times de Londres qui conclue ainsi son article : « Ceci n'est pas une guerre mais le massacre d'une population par celui qui a assumé le pouvoir de gouverner cette région, un monstre qui déshonore son pays, son époque et sa race». De son coté le correspondant du journal madrilène « Heraldo », qui accompagnait la troupe dans son expédition à travers le Dahra, relatera avec force détails ces enfumades. C’est lui qui notera la présence dans la colonne de « cinquante-six mules chargées de matières combustibles ». Il aura fallu la perspicacité d’un parlementaire Français pour que l’affaire soit évoquée à l’assemblée nationale. Mais très vite, l’affaire sera vite étouffée et le colonel Pélissier finira sa carrière comme gouverneur de l’Algérie et le bâton de maréchal. S’il est normal que la France a tout fait pour occulter ces massacres, il est tout de même injuste que depuis l’indépendance du pays, personne n’ait songé à sanctifier ces lieux de mémoire. Nulle part il n’existe la moindre plaque, ni le moindre indice indiquant le site des grottes du Dahra. Dont les habitants, toutes générations confondues, ont finit par se résigner face à une amnésie dévastatrice. Heureusement que de rares intellectuels entretiennent ce combat singulier par la production de quelques documentaires et par la publication d’articles à la mémoire des ces victimes. Sans la perspicacité de quelques citoyens de la région, ces crimes de guerre seraient passés à la trappe de l’histoire officielle. A 15 mois de la célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance, il reste très peu de temps aux responsables du pays pour tenir parole et surtout pour ériger un monument à la hauteur du sacrifice des milliers de martyrs de la région du Dahra.

mardi 15 mars 2011

Des accointances qu'il vaut mieux taire...


Mes amis...ne demandez pas un orphelin de soutenir ceux qui tuent leur peuple...augmentant davantage le cohorte d'orphelins...de se taire face à ces massacres...c'est la seule concession que je ne vous ferais jamais...regarder un génocide et se taire en se disant que dans 2 mois ou dans 2 ans, nous oublierons tout ça...moi ça fait 56 ans que j'ai vu massacrer ma famille...ça fait 56 ans que de bonnes âmes tentent de me faire croire que le temps aide à oublier...je suis vraiment désolé de vous dire que je n'y arrive pas et que je suis convaincu que je n'oublierai jamais ceux qui se sont tus à ce moment là...alors que ma famille se faisait massacrer...non, désolé l'amnésie ne passera pas...le silence non plus...c'est une énormité que de se taire face aux crimes de Kadhafi...que rien ni personne ne peut ni occulter ni soutenir ni justifier...à part ça, à partir de son petit confort...juste pour ne pas déranger les potentats...il faut détourner le regard...non l'Algérie n'appartiens ni à Boutef, ni à personne...elle est l'héritage commun et elle a son histoire...sanglante, trop souvent sanglante...héroïque...par moment.... si se taire et laisser faire devient de l'héroïsme...autant pour moi je parlerais...


Cher Hafidh, cher cousin...j'adore tes langoureuses mélodies...Andalouses...j'apprécie moins tes généralités sur le peuple libyen...je me permets juste de te rappeler combien ce peuple a donné d'hommes de valeurs à l'humanité...si je ne le fais pas de suite c'est pour ne pas m'infliger des comparaisons...mathématiques...irréfutables...
Depuis le vaillant territoire des Médjahers...il m'est cher de répéter que le premier pays colonisé à reconquérir son  indépendance fut le royaume Senoussides de Libye...sous la direction sage et éclairée du roi Idriss...La Libye a donné deux empereurs à Rome et l'Algérie a donné à la Libye un libérateur devenu roi qui la sortit du joug colonial...Le drapeau que peu de gens mettent sur leur profil, et qui orne fièrement le mien, est le "drapeau de l'indépendance" pour les libyens...c'est aussi celui du roi Idriss. Déjà que cracher c'est pas bien...mais dans la soupe...Vois-tu mon cher cousin...il y a des vérités qu'il faut mieux dire...et des accointances qu'il vaut mieux taire...
Hier lundi, sur TSA, le ministre des AE a fait une mise au point qui remet les pendules à l'heure Libyenne ...vous pourrez suivre le fil du débat sur facebook...il a été rude mais utile...

mercredi 2 mars 2011

Compte rendus sur le livre de Claire Mauss-Copeaux

“Algérie, 20 août 1955” de Claire Mauss-Copeaux : deux comptes rendus


article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > assumer ensemble un passé commun
date de publication : mercredi 2 mars 2011


Le livre Algérie, 20 août 1955 de Claire Mauss-Copeaux [1] qui a déjà été présenté sur LDH Toulon vient de faire l’objet d’un compte rendu particulièrement élogieux de la part Florence Beaugé dans l’édition du 1er mars 2011 du quotidien Le Monde.
Dès le surlendemain de sa sortie en librairie, le 19 janvier 2011, une critique de cet ouvrage concernant essentiellement les pages 164-165 du chapitre “Aïn Abid” paraissait sur le site Etudes Coloniales [2]. Cet article ayant disparu depuis lors de ce site, nous le reprenons ci-dessous dans son intégralité.

« Parmi les questions que suscitent les récits des événements d’août 1955,
la plus évidente a trait à l’établissement des faits. »

Claire Mauss-Copeaux [3]

Les erreurs de Claire Mauss-Copeaux
une historienne mal informée

général Maurice FAIVRE

vendredi 21 janvier 2011
je n’aime pas raconter mes campagnes, mais les critiques inexactes de Claire Mauss-Copeaux m’y obligent. J’ai lu avec consternation et amusement ses critiques dans son ouvrage sur le 20 août 1955.
Elle se réfère uniquement à des déclarations faites à Patrick Rotman, dans lesquelles je ne fais pas un historique, mais indique quelques activités auxquelles j’ai participé, sans en préciser les dates exactes.
Si elle avait fait des recherches sérieuses, elle aurait trouvé des références plus précises, dans mes ouvrages et dans le livre de J.-C. Jauffret : Ces officiers qui ont dit non... [cr dans la Revue historique des armées]
Mon expérience de chef 2ème Bureau à Baden et Strasbourg m’ayant habitué à recouper la masse des informations recueillies, mon souci d’historien a été de vérifier la foule d’informations documentaires, consultées au SHAT et au SDECE (sur les services secrets et les supplétifs), au CARAN (comité des Aff. algériennes et Commission de sauvegarde du droit et des libertés), aux archives diplomatiques de Paris et Nantes, au CAOM et au CDHA d’Aix, au CICR à Genève, aux archives de la gendarmerie à Le Blanc, ainsi que dans les fonds privés qui m’ont été ouverts (Ely, Messmer, Debré, Delouvrier, Olié, Gambiez, Schoen, Servier, V. Cros).
Je suis très méfiant, contrairement aux errements de Claire Mauss-Copeaux, Camille Lacoste-Dujardin, Lalaoui, Dalila Kerchouche, Fatima Besnaci et beaucoup d’autres, aux témoignages recueillis plus de 20 ans après les faits auprès d’acteurs dont le parti pris idéologique et l’amnésie sont évidents.
Ayant recueilli avant la plupart des autres historiens des données inédites, je revendique donc ma qualité de scientifique, aussi impartial qu’on peut l’être ; j’évite de me référer à mes souvenirs de combattant, mais reconnais que mes connaissances militaires me donnent un avantage sur les historiens civils qui n’ont pas l’expérience de l’armée, et dont certains disent n’importe quoi. Je n’ai abordé cette expérience que dans un paragraphe de Un village de Harkis, l’Harmattan, 1994, page 165. Je reconnais également qu’il m’arrive d’être partial quand je traite des harkis et des EMSI, dont j’admire le combat. Ceci répond à la première critique de Claire Mauss-Copeaux.
Erreur chronologique
La deuxième erreur concerne la chronologie. Je n’étais pas au Khroubs en 1955, mais à Constantine où je suis arrivé le 22 août 1955. Je n’ai donc pas été témoin des atrocités d’Ain Abid, mais j’ai rapporté le récit de Marie Elbe, éminente journaliste d’Alger. Compagne d’un journaliste parisien célèbre, elle a publié cette relation dans Historia magazine n°13 de Courrière ; il est vrai que le fils Mello dément une partie de ces atrocités.
Je suis arrivé au Khroubs en mars 1957, en qualité de lieutenant, chef du sous-quartier du Khroubs et du 5ème escadron du 8ème Hussards. C’est à cette époque que nous avons construit des logements sociaux à Guettar el Aiech. Le 2 octobre 1957, j’ai surpris une katiba au repos sur les pentes du djebel Ouasch, agréable promenade des Constantinois, avant « les évènements ». Je n’ai jamais raconté cette opération qui a abouti à l’élimination de cette katiba, au prix de pertes sévères (2 officiers, 1 sous-officier, 2 T6 au tapis).
Il est exact que les SAS n’existaient pas en août 1955, mais la 3ème erreur est de croire que seules les SAS faisaient de l’action sociale. Les unités du quadrillage étaient actives en ce domaine. À Constantine le colonel Gribius construisait en 1956 une cité pour reloger les habitants des bidonvilles, c’est un de mes sous-lieutenants qui transportait chaque matin les ouvriers sur le chantier.
Pendant la bataille d’Alger, Massu créait la Cité ouvrière de Maison Carrée et le centre FPA de Kouba. Il appuyait l’action sociale de son épouse, fondatrice de l’Association Jeunesse et du Foyer de Yaouled du docteur Sangline, des Foyers de Bouzareah et Cheragas, et animatrice du Mouvement de solidarité féminine (MSF) ; elle organisait des colonies de vacances à Moumour près de Pau, développées en 1963 en centres de formation à Gelos et Montaut.
À la fin de 1957 étaient créées les Equipes médico-sociales itinérantes, dépendant des 5ème Bureaux de Secteur militaire, et non des SAS.
En juin 1958, le général Salan créait le groupement des Jeunes Batisseurs, et en décembre le Service de Formation de la Jeunesse algérienne (SFJA) dirigé par le général Gribius, puis par Dunoyer de Segonzac, dont les moniteurs étaient formés à Issoire et Nantes. Trois centres militaires de formation professionnelle fonctionnaient en métropole. Toutes ces activités sont décrites dans L’action sociale de l’armée en faveur des Musulmans, l’Harmattan 2007.
Voici enfin ce qu’écrit l’historien Jean-Charles Jauffret : « Un autre chef de harka a plusieurs fois témoigné à propos du respect scrupuleux qu’il a toujours eu pour la dignité des Algériens musulmans, sans lesquels il n’aurait pu recruter ses harkis : le général Maurice Faivre. Saint-Cyrien ayant choisi la cavalerie, il découvre l’Algérie en 1955 après trois ans passés au Maroc.
« Il vit au milieu de la population musulmane, en compagnie de son épouse, sans protection. Plus tard en 1960-1961, commandant le 4ème escadron du 20ème régiment de dragons, chef de la harka et du groupe d’autodéfense (1) de Beni-Dracene, dans la Kabylie des Babors, il évite toute exaction, ce que confirme le témoignage d’un officier ayant servi sous ses ordres (2).
« Il croit alors en une communauté algérienne jouissant des mêmes droits pour ses populations algérienne et européenne. »
Maurice Faivre

Stade Philippeville le 20 aout 55

"Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres", de Claire Mauss-Copeaux : répression démesurée

par Florence Beaugé, Le Monde daté du 1er mars 2011

Que s’est-il passé en Algérie, le 20 août 1955, quand des soldats de l’Armée de libération nationale, le bras armé du FLN, ont attaqué simultanément, avec l’aide de la population, les localités situées entre Collo, Philippeville, Guelma et Constantine ? Y a-t-il eu, comme on le dit depuis, un massacre généralisé perpétré par les Algériens ? Et que sait-on de l’ampleur des représailles qui ont suivi ?
L’historienne de la guerre d’Algérie, Claire Mauss-Copeaux, lève le voile sur cet événement, qui est survenu dix ans après les manifestations nationalistes pacifiques de Sétif et Guelma. Faute d’archives aisément disponibles, cette période de la guerre d’Algérie n’avait pas été étudiée par les historiens.
Claire Mauss-Copeaux a mené son enquête comme un détective, en utilisant toutes sortes de sources et de matériaux. Le terrain tout d’abord. Elle a longuement arpenté la région où se sont déroulées l’insurrection et la répression. Elle a aussi rassemblé des récits d’acteurs, de témoins et de survivants, et croisé les informations apportées par les archives militaires, la presse de l’époque et les registres de décès de l’état civil de l’année 1955.
A partir de toute cette matière, et en veillant à replacer l’événement dans son contexte, l’historienne a éclairé les zones d’ombre, devenues sources des rumeurs les plus folles ces dernières années, en raison du travail de sape mené par les activistes de la mémoire.
Deux massacres d’Européens ont bien été perpétrés par les insurgés dans deux villages du Constantinois : à El Alia, 35 villageois ont été tués, et 7 villageois à Ain Abid. Les 29 autres victimes comptabilisées ont péri en divers endroits, dans des circonstances rarement précisées, lors d’une succession de crimes mais "non d’un crime de masse ", précise Mme Mauss-Copeaux. Le tableau faisant état d’un massacre généralisé des Européens dans le Constantinois, tel qu’il a souvent été rapporté par les médias français, est donc sans rapport avec la réalité.
Instrumentalisées par certains, les deux tueries d’El Alia et Ain Abid ont été érigées en surévénements, avec un objectif : masquer l’insurrection du Constantinois et, surtout, dissimuler les terribles représailles qui se sont abattues bien au-delà du mois d’août sur la population civile de la région. La violence a été extrême et générale, partagée par les militaires et les civils engagés dans les groupes d’"autodéfense".
Des représailles à froid
Combien de civils algériens ont péri dans cette répression d’une ampleur démesurée ? Impossible de le dire avec certitude, répond Claire Mauss-Copeaux. Si l’on se fie aux estimations officieuses de militaires français, 7 500 Algériens auraient été tués entre le 20 et le 25 août. Mais cette estimation ne tient compte que des hommes tués au cours des affrontements et des ratissages. "Il ne faut pas oublier les autres victimes, massacrées par les milices ou tuées après le 25 août ", insiste-t-elle.
Quoi qu’il en soit, beaucoup de ces opérations de représailles ont été menées non pas à chaud - comme par ce père d’une famille dont tous les membres avaient été massacrés, mais à froid, par des militaires obéissant aux directives de leur hiérarchie et décimant, pendant plusieurs semaines, des civils sans défense.
Il n’est dans ce cas "plus question d’émotion", mais d’une volonté délibérée "d’écraser le nationalisme adverse" et de terroriser la population algérienne, souligne Claire Mauss-Copeaux. Pour l’historienne, le crime de guerre atteint alors des dimensions exceptionnelles : "Il est proche du crime contre l’humanité."
Florence Beaugé

dimanche 27 février 2011

Dans le chaudron de Sidi Lakhdar



Après 3 jours de vives tensions, ce n’est que tard dans la nuit de samedi qu’un vent de soulagement a traversé l’agglomération de Sidi Lakhdar. Il était 2 heures du matin, entre deux coupures de courant parfaitement synchronisées par Sonelgaz, dans le bureau du chef de daïra transformé en véritable forum, avec d’un coté les représentants des jeunes manifestants et de l’autre les représentants du wali, dépêchés sur place pour dénouer les vives tensions nées de la hogra, le chômage, la mal vie, des passes doits. Alors que les représentants du douar Zine obtenaient sans forcer la construction de logements ruraux, ceux de Sidi Lakhdar, fortement divisés mais également soumis à de très fortes pressions de la part de centaines manifestants décidés à ne rien céder et surtout à ne pas évacuer les 62 logements qu’ils venaient d’occuper par la force. La nuit d’avant, vers 1 heure du matin, ils avaient bien calculé leur coup en faisant rentrer à l’intérieur des logements neufs, femmes, et de rudimentaires matelas. Retranchés à l’intérieur de la cité faisant face au cimetière chrétien, ils étaient décidés à se battre à mort. Car durant la journée, chaque famille s’était préparé au pire, amoncelant bonbonnes de gaz, cocktails Molotov et bidons d’essence. Tout pour faire embraser toute la cité en cas d’intervention des forces de l’ordre ramenées en nombre depuis Mostaganem. C’est à 20 heures qu’avec mes collègues Madani d’El Khabar et Anis d’En Nahar, nous parvenons au niveau de la cité où d’énormes brasiers sont déjà allumés. Les manifestants, très jeunes pour la plupart, sont répartis par petits groupes d’une dizaine de personnes. Lorsque nous abordons l’un des groupes, la méfiance chez nos interlocuteurs est à son comble. On exige la présentation de nos ordres de missions ou de nos cartes de presse. Evidemment, personne n’obtempère et la tension monte d’un cran.

Un camp retranché où règne la suspicion
Nous prenant pour des agents de police en civil venus les infiltrer, les plus jeunes se montrent très agressifs. La tension est à son comble et très vite nous arrivons au bord de la rupture. Je sors alors le nom de l’ancien maire de la ville, Kadi Miloud que je venais d’appeler sur mon portable et je demande à l’un des manifestants de lui parler. La tension baisse d’un cran, mais la suspicion est encore présente chez d’autres manifestants. Bientôt nous sommes entourés d’une centaine d’individus qui nous enserrent de plus en plus. C’est alors que je sors mon dictaphone, un outil que je rechigne à utiliser car les enregistrements sont difficilement exploitables, mais l’effet sur les jeunes est immédiat. La pénombre aidant, le voyant rouge de l’enregistreur agit comme par magie. Tout le monde veut alors dire sa colère et donner sa version des faits et surtout insister sur les revendications. Au bout d’une demi-heure de cris et de vociférations, après avoir fait le procès des élus, des députés, de l’ancien chef de daïra et de toute l’équipe municipale, la sérénité reprend le dessus. On distingue mieux les visages et le cercle autour de nous s’épaissit davantage. De nouveaux visages apparaissent, ce sont apparemment les leaders  du mouvement qui veulent en savoir davantage sur nos intentions. Certains, toujours craintifs portent des masques, ce qui accentue davantage la tension. Il est déjà 23 heures et des brasiers crachent maintenant des flammes de plus en plus hautes. Manifestement le camp retranché s’installe dans la durée et les groupes continuent de se former et se déformer autour des nous et à travers la cité des 62 logements, fief de la contestation.
 
Visite du président de la république, le 11 février 2004, au mausolée de Sidi Lakhdar
 
Le bon sens reprend ses droits
C’est un peu la place Tahrir en plus petit, mais ici, dans cette région agricole du Dahra, où le chômage endémique ainsi que l’absence de logement constituent la pierre angulaire de cette protesta. Qui entame dans l’incertitude l’entrée dans son 4ème jour. Les protagonistes ses sont préparés durant toute la journée, chacun redoutant un coup fourré de la part de son adversaire. Une adversité somme toute relative, car pour celui qui connaît un peu les mentalités des deux protagonistes, il est évident qu’une solution intelligente pouvait trouver sa place. Il lui suffit de trouver les bons interlocuteurs, de les mettre face et face er de laisser le bon sens s’imposer à tous. Une fois les manifestants complètement rassurés par la présence des 3 journalistes, il devenait possible d’engager le dialogue et de sonder les intentions des manifestants. S’engage alors une franche discussion avec les principaux leaders. Tout de suite, nous comprenons que nos interlocuteurs, dans leur grande majorité se sont préparés au pire mais qu’en réalité, ils étaient disposés à engager des négociations afin de parvenir à une solution. La principale pierre d’achoppement se trouvait dans la résolution du problème du logement. Nous avançons alors l’idée de toute remettre en cause et de confectionner des listes de bénéficiaires sous la responsabilité des manifestants. D’assiégés, ils devenaient acteurs à part entière. Très vite, le bon sens reprend le dessus. Autour de nous, tous nos interlocuteurs étaient d’abord qu’il fallait sortir de l’affrontement et donc quitter les lieux et s’en remettre à l’élaboration d’une nouvelle liste. Nous leur annonçons sans détour que nous allons jouer à fond notre rôle de facilitateurs et que nous allons soumettre la proposition aux responsables. Mais avant de contacter le QG, nous faisons un détour chez l’un des notables de la ville, Kadi Miloud l’ancien maire qui avait été dégommé par un ancien wali pour avoir exigé que les recettes -8 milliards/an- générées par la carrière de sable servent en partie à développer la commune. Bénéficiant d’une grande autorité morale, il pouvait s’interposer afin de convaincre les manifestants et servir de caution morale.

La bonne foi pour éviter l’émeute
En présence du jeune Hocine, notre guide- ailleurs on l’appelé fixateur, il n’aimera peut pas- Kadi Miloud accepta sans aucune hésitation notre proposition. Forts de son appui nous rejoignons la cellule de crise au niveau de la daïra où nos suggestions étaient déjà mises en application avec les représentants des douars. Ce qui explique pourquoi, déjà à notre arrivée au village, certaines familles étaient en train de quitter le squatte. Seuls les manifestants originaires du village de Sidi Lakhdar, pour la plupart regroupés au niveau de la cité des 62 lgts ne voulaient pas sortir, tout en étant conscients que leur mouvement était dans l’impasse, voire tout simplement voué à l’échec. Le tout était de s’en sortir sans dégâts, sans émeutes, sans affrontements et surtout sans recourir à l’arsenal détonnant amassé dans les appartements. Ni à fortiori à celui de la force publique qui avait mobilisés tous les moyens nécessaires à l’évacuation des indus occupants. Lorsque le principal leader de ce mouvement accepte enfin de se joindre à la négociation, tout le monde s’en réjouissait à l’avance. Lui avait surtout besoins d’être rassuré sur sa personne et les responsables lui ont donné les assurances que non seulement il n’avait pas à s’inquiéter mais qu’il devait continuer à encadrer ces jeunes afin d’aider à la concrétisation de leur souhaits. Malgré l’impasse dans laquelle se trouvait leur mouvement. Il est déjà 2 heures du matin, lorsque Madani Beghil, Anis Benhalla et moi-même quittons Sidi Lakhdar. Après avoir échangé nos numéros de téléphone avec nos nouveaux amis de Sidi Lakhdar, nous partons vers Mostaganem la conscience tranquille. Cette incursion au milieu du chaudron de Sidi Lakhdar n’était point destinée à faire un scoop comme on pourrait aisément l’admettre, elle avait pour principale mission d’éviter qu’un malheur ne vienne frapper cette paisible cité, et par ricocher l’ensemble du pays. Notre crédibilité de journalistes nous aura servit à calmer les plus esprits et à rapprocher les points de vue. Cette démarche n’était pas sans risques, pourtant nous l’avions entreprise afin de ne pas avoir à déplorer notre silence. Nous avions 3 alliés dans cette mission : notre bonne foi, notre crédibilité auprès de la population et de l’administration et l’amour de ce peuple et de son pays.

Un vivier pour l’élite
Chez les deux parties, nous avons trouvé des interlocuteurs consciencieux, disponibles et décidés à trouver une issue à cette crise qui n’est pas l’apanage des habitants de Sidi Lakhdar, loin s’en faut. Mais le fait que cet épisode se soit déroulé à Sidi Lakhdar, devrait servir d’exemple pour toutes les autres communes du Dahra et de l’ensemble de l’Algérie. Nous n’en tirons aucune fierté, ni aucune vanité, mais nous en sommes revenus plus convaincus que jamais que s’il y avait un modèle pour sortir définitivement de ce sac d’embrouilles, ce ne serait ni l’avenue Bourguiba, ni la place de Sidi Bouzid. Lorsque les hommes prennent le temps de se parler, de s’écouter et de se convaincre, tous les obstacles s’estompent. En quittant Sidi Lakhdar, nous réalisions à peine ce qui venait de s’y produire, mais nous avions traversé toute la distance jusqu’à Mosta baignant dans un sentiment de plénitude. Sur plus de 60 Km, nous n’avions croisé qu’un seul véhicule, et pourtant, à aucun moment nous nous sommes sentis menacés… Tout juste si nous avions déploré l’état de la route, la RN11, oui une route nationale…difficile de comprendre qu’entre Benabdelmalek Ramdane et Sidi Lakhdar, le macadam date de la colonisation…dans une année, nous fêterons le 50ème anniversaire de l’indépendance…les chemins du Dahra méritent amplement une remise en état…car c’est sur ces routes sinueuses que les premiers combattants de Novembre, les premiers martyrs aussi, ont inscrit en lettre d’or la justesse de notre cause. Encore un petit effort messieurs les responsables, le printemps n’en sera que plus beau…les jeunes de Sidi Lakhdar nous ont montré le chemin, vous avez parfaitement reçu leur message… Une jeunesse digne, hargneuse et responsable ne peut que vouloir du bien à ce pays. C’est dans ses rangs que nous trouverons nos élus de demain, et peut être nos élites aussi…
Aziz Mouats

dimanche 13 février 2011

Un olivier s’est envolé



Une fulgurante maladie vient de priver la famille universitaire de Mostaganem de l’une de ses valeurs les plus sûres et les plus assidues.  La soixantaine à peine entamée, Mohand Ouali vient de nous surprendre en nous quittant sur la pointe des pieds. Comme le ferait une mole d’Hélium, il a pris son envol vers des cieux plus cléments. Brillant élève du lycée Djamel Eddine el Afghani de Mascara durant les premières années de l’indépendance, le très turbulent élève se fera connaître par des aptitudes hors du commun. Compagnon de Hamma, le frère ainé de Brahim Senouci, il sera aussi connu pour sa droiture exemplaire en qualité de maitre d’internat. Après un rapide passage à l’université d’Alger, il partira vers la verdoyante Bretagne et c’est au Campus de Beaulieu, -université Rennes I- qu’il entamera une thèse dans les très spacieux labos du département de chimie. Il avait ramené de la paisible et besogneuse Bretagne, outre une thèse de doctorat, un sens aigu du travail bien ficelé et surtout un profond humanisme. Ayant séjourné sur les berges de la Vilaine, il m’arrivait souvent d’aborder avec lui les autres facettes du patrimoine breton. Nous gardions tous les deux une affection particulière pour le marché des Lices qui se tenait tous les samedis. 
une vue de la place des Lices (Rennes) par jour de marché

C’est incontestablement le marché le plus pittoresque de Rennes, avec ses alignements sans fins de fleuristes et de poissonniers. Il était très difficile pour un étudiant studieux de ne pas fréquenter ce marché qui se tenait sur les bords de la Vilaine, juste à l’entrée de la vieille ville. Que de fois nous parlions des fameuses et non moins succulentes crêpes bretonnes que des artistes attentionnés préparaient en un tour de main. Il y avait également toute une panoplie de poires et de pommes aux gouts si exquis. Lors de nos rares rencontres, nous trouvions toujours le temps de nous retremper dans cette ambiance, souvent pour oublier nos douleurs indigènes. Car, l’homme avait une volonté inébranlable et une honnêteté irascible. 

Difficile alors de s’en tenir à une grande rigueur sans écorcher certaines accointances. Indéniablement, l’homme avait gardé de sa Kabylie ancestrale outre le sens de l’honneur, une certaine droiture qui lui donnait de l’altitude. Intraitable sur la déontologie, il avait une sainte horreur des passe-droits, du favoritisme, de l’incompétence, des manigances, des trahisons et des manquements. Je l’ai toujours apprécié pour sa droiture et son honnêteté intellectuelle. Autant je l’appréciais, autant il ne se gênait point pour me dire que par moment il me trouvait un peu nonchalant, voire conciliant. Venant de sa bouche, ce n’étaient que douces politesses…

L’homme était droit dans ses bottes et limpide dans ses convictions. S’il est parti sans faire de bruit, ce n’est pas tant par la fulgurance de la maladie que par son incapacité à lui négocier la moindre indulgence. Sous son allure débonnaire, l’homme tenait la dragée haute à toutes les tentations et à toutes les complaisances. Il avait une très généreuse idée de son pays, de son université et de sa chimie. C’est un pur hasard si lors de la dernière rentrée solennelle, on lui fit appel pour une conférence d’ouverture dont il s’acquitta avec brio. Car personne ne pouvait imaginer qu’il venait de faire une intervention testamentaire, nous invitant à une prise de conscience sur les risques que nous faisons courir à notre planète. Maintenant qu’il est bien installé sur sa constellation, il peut enfin rire de nous qui l’avions à peine effleuré dans cette vie nécessairement trop courte; autrement, on s’en lasserait trop vite ! 
Un bouquet de fleur au marché des lices à Rennes
Malheureusement pour ceux de ses collègues qui sont encore là pour un temps, le testament est très contagieux et l’héritage est en péril. D’a Mohand, l’homme de conviction, n’est plus là pour nous le rappeler. Une pieuse et amicale pensée à sa famille ! Chapeau bas l’artiste ! Jusqu’à l’ultime instant, tu nous auras toujours surpris…au point que même tes plus proches n’ont pas eut le temps de te voir partir…sur la pointe des pieds, fier comme un olivier narguant les siècles.

Témoignages:
Je me souviens très bien de Ouali, de Charrier, près de Saïda. Je suis bouleversé de retrouver sa trace en même temps que j'apprends l'annonce de sa mort. C'était un type bien, au sens premier du mot. C'est vraiment une impression étrange. Je ne l'ai même pas reconnu de prime abord sur la photo mais ça a été un éclair après. Je l'ai revu tel qu'en lui-même. Il y a tellement de gens qu'on a côtoyés, dont on a partagé un moment de l'existence, dont on ne sait plus rien aujourd'hui.
Paix à son âme. Brahim SENOUCI


Je me souviens très bien de Ouali, juste après son recrutement au sein de l’université de Mostaganem il est venu me rendre visite a l’ISMAL ou nous avons démarré quelques travaux de recherche en océanographie physique sur la baie de Mostaganem. Je suis bouleversé d'apprendre l'annonce de sa mort. C'était un type bien et pleine de volonté, qui m’avait donné une très bonne impression en tant que scientifique. Je  l'ai reconnu sur la photo, il n’a pas tellement changé, mes derniers entretiens avec lui remontent entre 1980-1983. Je vous prie de transmettre mes condoléances a sa famille et à ses proches.
Pr. A. Chouikhi

Salut Aziz.
 Triste nouvelle.
 Je m'associe à la douleur de ceux qui ont connu Mohand Ouali.
Je me suis permis de transmettre une copie de ton texte à Hamid BOUKEROUI.
 Porte-toi bien Aziz.
 Cordialement, Madjid Akli.

Très touchant. Nous ne sommes que passagers sur terre. B. Abdelhay.

J'ai étais émue par ton témoignage, que le professeur Ouali repose en paix. Il a gagné le sommeil du juste maintenant!!!! Dalila Boudouma.

Mes sincères condoléances à la famille du Professeur OUALI, ainsi qu’à toute la
Communauté Universitaire Algérienne…..
Le Professeur OUALI est un grand Maître!!!
Quel dommage!!!
Mourad ARIBI, Université de Tlemcen.

C'est avec beaucoup de tristesse que je viens d'apprendre cette douloureuse disparition de da Mohend
Merçi monsieur MOUATS pour le texte que vous lui avez consacré en hommage, un hommage témoignant de votre attachement à l'élite intellectuelle de notre pays.
Farid  AIT OUALI 


  Un monsieur dont la grandeur n'avait d'égal que son humilité. Modeste et sage: voici le souvenir que je garde de ce grand homme que j'ai eu le privilège d'interviewer il y a quelques années au sujet de la protection de l'environnement...Allah yerhmou inchaallah. Farida Tilikete
Mon  cher  Aziz ,
La perte d'un ami est une épreuve difficile .Elle l'est  plus  quand il s'agit d'une personne qui nous est  très proche ,que l'on  a souvent côtoyée avec qui on a partagé tant de souvenirs au pays comme  à l'étranger .Elle l'est encore davantage quand le professeur distingué qui a dispensé son savoir  nous quitte  et quand il nous laisse en legs ses valeurs morales et humaines qui nous auront marqués et qui resteront à jamais gravées .
Pour cette raison ,cher ami ,je m'associe à ta douleur et serais très honoré si tu pouvais faire parvenir à la famille du défunt mes condoléances les plus attristées .  Sadek  Belhamissi              





mercredi 9 février 2011

Guérir par les langues…étrangères



Rencontre très sobre sur un sujet complexe ce matin (8 février 2001) à la faculté des lettres de Mostaganem. Grace à la douce insolence de Bakhta Abdelhay, la très intime salle de conférence a été le théâtre de débats sérieux, profonds, rigoureux, instructifs et par moment exubérants. Drapée dans un contre jour éclatant, l’organisatrice avait à peine fait les présentations que le public trié sur le volet entra dans une profonde méditation. C’est Fouzia Benderdouche, de l’université de Paris 6 qui entamera tambour battant sa conférence sur l’enseignement-apprentissage des langues et l'évaluation. 

 C’est par elle que nous apprendrons qu’un pays grand comme la France vit sous la terreur du B2 ! Un machin européen, donc transnational, qui permet à tous ceux qui cherchent un emploi de le trouver en voyageant. Mais voilà, pour voyager il faut connaître la langue du pays, comme l’Europe a autant de langues que de peuples, fort intelligemment, elle a adopté une langue universelle. Sans trop s’éterniser en conjectures, le choix sur la langue de Shakespeare fera l’unanimité.
L’unanimité, il en sera beaucoup question lors de la table ronde. Fouzia Benderdouche aura également parlé de mutualisation. L’UE a donc crée, en toute conscience un système de classification pour identifier les niveaux de maitrise de la langue anglaise. Car pour l’Europe, se mettre ensemble c’est bien, parler une même langue c’est vital. Car ça permet la mobilité pour tous mais surtout pour les étudiants. Une sacrée molécule pour dissoudre le chômage. Il suffisait juste d’adapter les doses afin qu’un Lituanien et un Portugais puissent travailler chez le hongrois Skoda sans oublier de faire la fête. Intelligents ces européens! Qui pour contourner la triche, une pratique très bien ancrée chez les nouveaux arrivants de l’Est; mais également chez les peuples de la méditerranée, comme nous, les marocains, les libyens, les tunisiens…,
Non pas les tunisiens ! Ils sont en pleine révolution…et ne veulent plus voyager sinon pour retourner au bled !

La démocratie au bout de la langue
Pour les européens donc, l’unique visa s’appelle B2. Il correspond à une bonne pratique de l’Anglais telle qu’elle se fait à la fin du secondaire. Avant le B2, il y a les stades A1, A2 et B1,  après ça se corse avec C1 et C2, indispensables à la recherche. Ça a le mérite de la clarté et de l’efficacité. Chez nous aussi il y a un B2 qui sévit à l’occasion des élections. Il aide à les rendre insipides, injustes et vulgaires (voir le Boussayar ci-dessous à titre de rappel).
Le professeur Mohamed Miliani, de plus en plus à l’étroit à l’université d’Oran, est venu nous rappeler nos rendez-vous manqués. Se référant à ses propres travaux et à ceux de J. Munby (Munby, J. 1978. Communicative syllabus design. London: Cambridge University Press), il articulera son intervention sur la nécessité d’identifier nos déficits linguistiques afin d’aborder leur résorption en focalisant sur des objectifs de formation qui  soient spécifiques, académiques ou professionnels. Il s’agit dira-t-il de «ne pas dénaturer la fonction de l’université et surtout, veiller à ne pas la transformer en CFPA ». C’est là un propos qui dénote de la persévérance du du chercheur. 
Pour moins que ça, d’autres ont préféré quitter le navire. Tant pis pour eux. Car ceux qui nous ont vraiment manqué, à l’instar de Fouzia Benderdouche, nous nous honorons de les accueillir à cœur ouvert. Ceux-là savent combien nous les aimons et respectons. Et surtout combien ils sont utiles. Une fois n’est pas coutume, ils peuvent revenir sans B2 ! Pas celui qui permet le sésame des voyages transeuropéens, non celui qui ouvre les portes à la médiocrité nationale. Il est toujours en vigueur et pour longtemps, semble-t-il. Sauf si samedi prochain, le peu d’élite qui nous reste décide de se relayer pour dire : « à mort le B2 local et bienvenue au B2 européen ». Car ce dernier ne peut que ramener dans son sillage l’émancipation, la rigueur, la mutualisation, la compétence, la performance et la démocratie. Tous les ingrédients d’une Nation, forte, homogène et lucide.

Vivement l’épreuve du B2
C’est à ce prix que l’université gagnera en maturité et en efficacité. Pour y parvenir, nul besoin de recourir aux bureaux d’études étrangers; puisque ces derniers confient leurs travaux à l’expertise indigène, il va de soit qu’une autre gouvernance moins tribale aurait abolie le B2. Car de l’avis unanime des présents, depuis l’agronome Wahab Mokhbi en passant par Braiek Saâdane, Abbès Bahous, Kamel El Korso ou Med Miliani, il serait grand temps de revenir à une démarche pragmatique dont ne serait exclue aucune compétence nationale, afin de guérir les maux de ce pays…, par la langue…
Oui, les langues sont le meilleur remède contre la médiocrité envahissante. C’est par elles que l’on entre dans les sciences, les mathématiques, la physiologie ou la médecine. L’expérience du Pr Benderdouche telle que rapportée dans cette table ronde en est la preuve éclatante. C’est aussi par elles que l’on voyage à travers le temps et à travers les peuples. Les européens l’ont compris, ils ont codifié les 6 étapes à franchir par tous. Chez eux, le B2 marque le passage à l’âge adulte avec à la clef, la possibilité de se mouvoir partout. Ici, le B2 sert à briser toutes les compétences et les bonnes volontés… Il est temps de l’adapter aux nouvelles exigences, car rien n’est plus redoutable qu’un B2 orphelin confié à une famille d’accueil dépourvu de bon sens et de patriotisme. N’oublions pas que les plus téméraires parmi nous, ces Harraga qui bravent, en conscience, tous les dangers, ne sont que des Algériens « qui ne se positionnent plus dans leur société ». La définition aussi subtile qu’élégante est du professeur Mohamed Miliani. En visionnaire, forcément mal aimé, il suggère dans une première étape, le retour à un ministère unique pour l’éducation nationale. N’en déplaise à Benbouzid et à Harraoubia, l’épreuve du B2 leur sera fatale…, et ce ne sera que justice.

Voici la chronique publiée dans El Watan dans son édition du 18 avril 2007
La tyrannie du « B2 »
Le B2 n’est ni un vaisseau spatial, ni une nouvelle molécule. Il est l’arme absolue contre tous les gêneurs. Invisible, inaudible, incolore, inodore, il est atrocement efficace contre les casse-pieds. N’épargnant personne, il cultive le sens de la générosité et de l’équité.
En ce sens, le B2 peut se targuer d’être démocrate. Mais, à l’opposé de son grand frère, le B3, le B2 ne supporte ni la lumière, ni la contestation. Discret jusqu’à l’étouffement, il ne sévit que lorsque l’équilibre est menacé. Si quelqu’un perd la tête, ce qui arrive souvent en période pré-électorale, le B2 n’a pas son pareil pour le calmer et l’éloigner à jamais de la sphère convoitée. Vous demandez la main de la fille d’un potentat à la retraite, le B2 est là pour vous rappeler que votre circoncision n’a pas été effectuée par Si M’barek. Vous voilà éconduit sans ménagement. Et sans aucun recours possible ! Car personne n’aura idée de vous aider à la mise en conformité de votre circoncision ! En 1927, vous aviez à peine 3 jours, vous étiez au bord de l’Aïn Sefra en crue et vous n’avez pas porté secours aux victimes. Personne ne s’en souvient autour de vous. Tous les témoins sont partis, seul le B2 est là pour vous le rappeler, au moment où vous souhaitiez entamer, à 80 berges, une carrière d’élu municipal, dans l’unique souci de corriger le cours de l’Aïn Sefra. La preuve que les oueds ont une mémoire, le B2 est là pour vous en dissuader. Car le secret du B2 est qu’en plus de sa perspicacité, sa mémoire est non seulement infaillible, mais illimitée. Ne supportant pas la lumière, c’est à l’ombre qu’il devient prolifique. Le B2 c’est comme un bon vin. Dans une cave sombre, il ne peut que s’améliorer. Une fois sorti, il faut de suite le consommer. Avec modération, car une seule goutte et c’est la mort assurée. Ceux qui l’on testé à la faveur de la course aux candidatures l’auront appris à leur dépens. Car le B2 n’a pas encore d’antidote. Un intarissable sujet de recherches pour élites en voie d’extinction.



20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...