Accéder au contenu principal

Un Kennedy à Nekmaria



En cette belle et heureuse journée du 6 juillet, je lis sur mon mur un message de l’historien et homme de culture Hosni Kitouni Hosni...très interpellatif, quoi de plus normal pour un chercheur méticuleux et besogneux jusqu’à l’outrance...Comment rester insensible à ce texte d’une grande intelligence et d’une rare générosité? Du coup, le crayon se libère et entraine avec lui une mémoire presque délirante...par tant d’émotions...émotions nourries par les messages d’une précieuse fraternité que ceux délivrés coup sur coup par feu le Président Kennedy et sa fille Carole...à 52 ans d’intervalle...moulés dans la même argile de la spontanéité, de la générosité et de la profonde et sincère reconnaissance de nos luttes libératrices...alors, ces liens tissés dans la profondeur de nos histoires respectives ne peuvent en rester là...ici, une autre contribution et un autre rappel de notre besoin de mémoire...

Le message de Kitouni Hosni

Merci Si Aziz Mouats, de tenir haut levé l’emblème de nos sacrifices et de nos souffrances, de nos espérances aussi. Merci de rappeler à chaque fois qu'il est nécessaire que le martyr de nos pères, nos frères ne partira pas en vain.Nos enfants et les enfants de nos enfants en leur mémoire vive porteront, telle la braise en l'âtre, le feu sanglant de nos morts. Merci d'être présent , debout face à la racaille, aux oublieux, aux miséreux aux restes d'indigènes, aux indigents de la mémoire. Merci d'écrire, de parler, de tonner puisque tel est notre devoir ! Et Aid Moubarak !
 

L’accusé de réception de Aziz Mouats

Bonjour Oustedh Kitouni Hosni...saha aidkoum el moubarek...surtout que cette année, grâce à Dieu le tout puissant, les commémorations se sont entrechoquées...faisant coïncider les instants de méditations avec les moments de mémoire...cette mémoire qui nous bride et que nous portons en nous sans jamais geindre, sans jamais feindre, sans jamais faillir...oui cher Hosni nous sommes la partie vivante de notre histoire...et à chaque fois que l'on me fait le reproche, je demande le remède " fa Hell mine tabib?"...et là, du coup plus personne n'ose parler pour nous délivrer...lorsque par un incroyable concours de circonstances, le 19 juin 2001, je rentre dans la grotte de Ghar El Frachih...et pendant que ma sueur irriguait les parois calcinées de la grotte, qu'elle se noyait dans une épaisse couche de poussière, poussières d'argile et de gypse mais aussi et surtout poussières d'Hommes, de Femmes et d'Enfants....et alors que je tournais dans une épaisse obscurité, mon esprit s'était comme arrêté...car là, sous mes pieds et bientot dans mes mains, je recevais l'histoire dans toute sa tragédie...je me confondait avec ces restes humains que je croyais à jamais disparus...ce sont les Ouled Riah qui m'ont invités dans leur ossuaire, dans leur histoire, dans leur vie...je ne sais pas si beaucoup d'hommes ont été soumis à rituel, mais je sais combien il est très lourd à porter...j'ai alors pris conscience que c'est à travers moi que les Ouled Riah, cette tribu Martyre, rebelle et héroïque au-delà de tout entendement qu'elle a décidé de livrer encore bataille sans jamais faillir...c'est une mission ô combien honorable que d'avoir à porter cette tragédie à travers les 166 ans de silence soutenu...pour moi, le petit Berbère de la Kabylie Orientale, à 10 ans d'age, j'ai dû bien malgré moi ramasser les corps décharnés des frères Brahim et Rabah Khalfa, que les vautours et la hyène se disputaient alternativement...pour leur creuser avec mes bras d'écolier frêle et insouciant, un sillon, un simple sillon en guise de tombe...de voir ces deux grands gaillards, dont le plus âgé était marié à ma tante avec laquelle il avait déjà une bonne demi douzaine d'enfants se consumer au soleil et constater de très près comment leurs corps jadis si friands de vie se transformaient en une masse noire en l'espace d'une semaine - le passage vers nos terres étant alors réglementé et scrupuleusement observés en raison de l'interdiction ordonnée par l'armée d'occupation qui surveillait du haut de ses guérites tout mouvement suspect vers la mechta en ruine- puis c'est probablement au bout de 15 jours que nous avons ‘Cha¨ba Nouaria, née Rouana, épouse de feu Saïd Mouats, constaté que les corps étaient devenus la proie des rapaces et des charognards...ce fut pour moi un apprentissage à la fois douloureux et réparateur...mais enterrer des restes humains décharnés, faire le décompte des os n'est point une sinécure...pourtant s'il fallait bien que quelqu'un le fasse c'était moi...je me souviens toujours de cette odeur très caractéristique des cadavres d'humains...je l'ai côtoyée de si près, dans la plus profonde intimité...sans gants, sans linceul, et presque sans peur...j'avais à peine 10 ans...
C'est cette même sensation que j'ai ressentie 50 ans plus tard, dans le cimetière collectif des Ouled Riah...alors quoi dire ? sinon que c'est là mon destin...je le vis au jour le jour...avec bien entendu en mémoire cette colonne des 23 membres de ma famille enlevés par l'armée Français de répression et dont les corps ont très certainement subis le même sort que celui des Frères Khalfa et de celui de milliers de nos martyrs...nul n'échappe à son destin, et le mien est si particulier que j'ai appris très tôt à m'en accommoder...
...vois-tu mon cher Hosni, en ces jours d'allégresse feinte, il aura fallu que des amis, des frères en patriotisme, des compagnons des jours sombres et des nuits de gloire en viennent à me pousser dans mes derniers retranchements, au point de venir secouer ma mémoire pour lui faire cracher ses douleurs que l'on croyaient à jamais enfouies...rien n'est plus précieux que la mémoire, c'est pourquoi on ne peux la partager qu'avec ceux et celles qui en savent les servitudes et les vicissitudes...comme toi, comme mes cousins Allaoua Bendif ou Hafid Mouats...ou mes amis Brahim Senouci ou Senouci Ouddan avec qui je partage tant de douleurs et tant de tragédies...un jour, à Guerdjoum...sur les ruines de la ferme des Senouci...j'apprends que c'est dans cette terre isolée que le grand père et le grand oncle de Brahim Senouci et de Bachir, son frère ont été ensevelis vivants dans une "Matmora"...sans me contrôler, je me suis mis à hurler ma douleur...parce que ici aussi, dans ces belles contrées des Medjadja, à mi chemin entre Mascara et Sfisef, la France sanguinaire a commis l'irréparable...alors, avec mon stylo à deux sous, instinctivement, je me libère de cette angoisse et de cette douleur...écrire est pour moi la plus grande thérapie...je me soigne de cette douleur en racontant celle des autres...car ils sont bien plus valeureux que nous...eux sont allés au bout du sacrifice...lorsqu'on parle du nombre de victimes -hier encore Allaoua Bendif parlait de 15 millions d'Algériens morts du fait de l'occupation française de notre pays-, d'aucuns se plaisent à chicaner comme s'il s'agissait d'un simple exercice de comptabilité...il se trouve qu'à chaque fois ce sont nos morts dont il s'agit...je ne comprends pas pourquoi on se mettrait du jour au lendemain à nous laisser entrainer dans ce jeu macabre...il s'agit de nos morts, de notre martyre...et nous n'en tirons ni honte ni fierté...oui en parler, le plus longtemps possible, autant de fois que nécessaire et même plus en cas d'affinités, ça aide à comprendre et surtout à ne jamais oublier...que sur cette terre, un peuple a subit l'irréparable...lorsque j'ai visionné les messages adressés à 54 ans d'intervalle par John Fitzgerald Kennedy, alors Président des Etats-Unis et par sa fille Carole Bouvier-Kennedy, ambassadeur des USA à Tokyo, capitale de l'impérial Japon, je suis encore ému...et pour l'éternité...
Alors me reviens sans cesse la question: pourquoi donc ce pays dont la bravoure et les sacrifices sont cités en exemple, ne sait pas reconnaitre les siens et encore plus douloureux ne fait rien pour honorer ses amis...qui empercherait cette Nation que les Kennedy cite en exemple d'ériger une stèle sur le site des Ouled Riah comme le souhaite Salah Rahmani, l'ex SG du ministère des Moudjahidines, donc de la mémoire nationale...et d'y graver dans la pierre ou le marbre du Filfila ( Maison Blanche et Capitole) l'effigie du Président Kennedy, aux cotés de celles de l'Emir Abdelkader, de Mohammed Benabdallah dit Bu Maza, du Petit Omar, de Hassiba, de Djamila...qui? fa hell min tabib*? Aziz Mouats
*: Y’a-t-il un Toubib? traduire par “Y-a-t-il un remède?”
Mostaganem le 6 juillet 2016
Aziz Mouats

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brahim Hasnaoui, un Fellah en béton

De Boabdil à Sidi Mejdoub

Autant je comprends la tristesse et la douleurs de ceux qui ressentent très sincèrement cette issue comme une agression contre leur patrimoine, autant je ne comprends pas pourquoi ont n'a rien fait pour sauvegarder ces lieux remplis d'histoire...
Je connais cet endroit depuis l'année 1971...je connais la plupart des familles qui y possédaient une maison ou un cabanon, j'ai appris à connaitre le passé glorieux de ce lieux d'histoire et de patriotisme...j'ai été choqué lorsque l'ex wali Maabed avait pris la décision de procéder aux expropriations, puis je n'ai pas cherché à comprendre pourquoi de nombreux propriétaires ont accepté les offres d'expropriation...j'ai soutenu les groupe présidé par mon ami Mejdoub Kaid Omar...nous avons longuement discuté de ce qui était possible de faire pour sauver le site...puis j'ai vu les premières démolitions et j'ai eu le coeur serré...maintenant il faut se dire les choses frontalement, est…

La leçon de patriotisme de Hosni Kitouni

Je venais à peine de publier un article sur "les Ratages patriotiques" que je découvre cette lettre à coeur ouvert de Hosni Kitouni...en réponse à l'appel à la désertion d'Amira Bouraoui, le coqueluche de réseaux sociaux indigènes...Cette contribution de mon ami et collègue Hosni Kitouni remet toutes les pendules à l'heure...s'il faut lutter c'est ici et en toute responsabilité...et nulle part ailleurs...
c'est aussi ça la flamme de Novembre...

Kitouni Hosni

Chère Amira Bouraoui, laissez moi vous conter une autre histoire un peu différente de la vôtre. J'avais 5 ans, mon père était tailleur de profession, il possédait deux magasins l'un à Skikda l'autre à Constantine. C'était un homme respecté, diplômé de l'école de Paris en haute couture. Il gagnait très bien sa vie, avait une famille de quatre enfants. J'étais son aîné. Son fils aimant. Un jour il disparaît. Je n'ai rien compris sur le moment, ma mère n'a voulu…