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Pour que cessent les mirages et les siphonnages



 

Suite à la parution dans TSA d’une interview du parlementaire Wahid Bouabdellah (1)) et à la  saillie salutaire de mon collègue Saci Belgat sur FB (2), qu’il me soit permis de saluer à la fois la mémoire du chahid Belgat, tombé les armes à la main le 20 aout 55 en plein cœur de Philippeville/SKIKDA, ainsi que celle du père de Wahid Bouabdellah qui fut un pivot de l'ALN au Maroc où la famille possèdait de nombreux biens...mais ceci est une autre histoire...

On ne peut ne pas se dire pourquoi, ce monsieur bien né s'implique ici et maintenant! Mais ne lâchons pas l'essentiel pour le futile. Et l'essentiel c'est le débat que cette incursion nous propose quant au devenir du pays. Puisqu'il est avéré que dans moins de 15 ans, notre production pétrolière et gazière -voir l'interview de Nicolas Sarkis par Med Benchicou dans le Matin(3)- ne pourra même pas couvrir la demande intérieure, sachant que durant l'année 2012, l'Algérie de Bouteflika a importé plus de 500.000 véhicules, dont 150.000 ont été débarqués au port de Mostaganem, engendrant une sortie de devises de plus de 2 milliards d'euros, ne sommes-nous pas en droit d'exiger un moratoire sur l'utilisation des ressources pompées du Sahara? D’autant qu’après avoir détruit l'ensemble du système de formation agronomique, sous l'impulsion intéressée du FMI et de la Banque Mondiale, l'Algérie se retrouve dans une situation de dépendance alimentaire quasi irréversible. Cependant, et là je rejoints les rares voix nationales qui osent les réclamer l'organisation dans les plus brefs délais des états généraux de l'agriculture. 

 Explorer d’autres voies de salut
Il faut en finir avec un plan national élaboré et alimenté à partir du siège du ministère de l'agriculture, qui a fait de Batna la zone la plus productive en lait de vaches - la Bretagne et la Normandie n'ont plus qu'à rien se tenir- alors que des bassins laitiers comme Annaba, Sidi Bel Abbès, Guelma, Blida, Skikda, Mila, Médéa trainent loin derrière, il y a lieu de dire stop au mensonge, stop à la gabegie et stop à tous les trompes l'œil! S’il fallait lui trouver un aspect positif, le texte de Wahid Bouabdellah aura eut le mérite de nous sortir de notre réserve. Car ce papier est à verser à la colonne des contributions majeures à une meilleure connaissance des sources de la déliquescence de la gouvernance nationale. L'ancien patron de deux fleurons de l'économie nationale -combien même elles ont bénéficié des largesses du système de soutien au secteur public, notamment en s'accaparant une part substantielle de nos revenus pétroliers-, illustre de manière magistrale les errements de notre système de planification et de redistribution des richesses nationales. Il est la preuve la plus probante de l'échec des plans de développement du pays. Mieux encore, il démontre, de la manière la plus percutante que non seulement les erreurs sont réelles, mais qu'elles sont toujours en vigueur. C'est pour cela qu'il serait temps de mettre un terme à cette douloureuse expérience et surtout de s'en inspirer pour explorer d'autres voies de salut. Ni Wahid Bouabdellah, ni ses mentors, ni son clan, ne sont plus en aptitude de trouver et surtout de faire accepter au pays une alternative patriotique et sérieuse de sortie de la crise actuelle et à venir. Car s'il y a péril en la demeure, ce n'est pas tant les revendications légitimes de nos compatriotes des territoires du Sud, mais il est surtout dans l'incapacité du pouvoir actuel d'imaginer et d'appliquer des initiatives nouvelles et innovantes. La première des réponses à ces revendications sera de ne plus permettre à ceux qui sont liés d'une manière ou d'une autre au pouvoir politique en place, donc à ses échecs, de continuer à délivrer, dans une langue de bois aride, un discours éculé, parce que paternaliste et surtout en total déphasage avec les urgences du moment. Plutôt que de persister dans le traitement dans l’urgence, il me parait plus judicieux de s’en remettre à la sérénité. Il serait vain de vouloir appliquer une thérapie dans l’urgence, car les effets de toute action  précipitée seront désastreux à moyen et long terme. Parce que, paradoxalement, le temps joue contre nous. Non par la durée, mais par le souffle qu’il exige. Il se trouve que depuis plus 25 ans, le pays a fonctionné dans l’urgence. En effet, il faut remonter à l’année 85 pour retrouver les origines de la crise actuelle. A l’origine déjà, c’est bien l’effondrement des cours du pétrole qui feront plonger le pays sous les fourches caudines du FMI et de la Banque Mondiale. 

Restitution des fortunes spoliées
A cette époque, le président Chadli avait envoyé un émissaire de rang ministériel, juste pour quémander auprès de l’Arabie Saoudite un chèque pour régler quelques cargaisons de  sucre, d’huile et de céréales. Les historiens seraient bien inspirés d’aller mettre leur nez dans cette douloureuse période. Les émeutes d’Octobre 88 feront le reste. Depuis, le pays est pris dans des tourbillons dont la cyclicité pourrait nous renseigner sur les capacités de nuisance de nos ennemis irréductibles, mais également sur notre résistance face à l’agression multiple qui nous est imposé, que ce soit sur le front intérieur, avec la loi sur les hydrocarbures et l’attaque directe des installations pétrolières de Tingatourine,  ou sur nos frontières par l’activation et l’armement des groupes islamistes en Lybie, en Tunisie et au Sahel. Autant d’abcès de fixation ne peuvent qu’avoir des répercussions douloureuses sur le plan interne. C’est pourquoi, au lieu de se précipiter vers les Talebs du coin et revenir avec un talisman, il serait plus porteur de mettre en place des structures et des hommes dont la mission sera de redonner une cohésion à l’ensemble des parties et de les impliquer dans une action de sauvegarde du pays. Pour cela, il faut absolument éviter de mettre au devant de la scène, les piètres acteurs dont les CV regorgent de passe-droits et de contre performances, voire de dilapidations et de détournements des deniers publics.  Il n’est même pas question ici de leur intenter des procès, ni même de les soumettre à une procédure disciplinaire. A ceux-là, il serait utile de rappeler que le peuple algérien qui a tant souffert, qui souffre, attend d’eux un seul geste. Que les biens spoliés lui soient restitués sans aucune autre forme de procès. Dans  sa grande sagesse et dans l’étendue de sa mansuétude, il ne réclamera pas vos têtes, ni des comptes, il veut seulement solder ses comptes avec vous. Dans sa magnanimité légendaire, il vous autorise à garder par devers vous, de quoi vivre comme des nababs pour le restant de vos jour, une indemnité mensuelle de 10.000 dollars, soit près d’un million de cts, cad une prime journalière de 330 dollars, l’équivalent du per diem d’un expert de très haut niveau selon le barème de la Banque Mondiale! 

Révélations cataclysmiques
En coupures de 2.000 dinars, ça fera 20 billets, soit 4 millions de Cts à dépenser quotidiennement ! Je vous souhaite bon courage car ça fait tout de même du boulot, parce que ça  sera des achats à ne plus en finir, des repas à offrir à la copine, à la copine de la copine, au petit ami de la copine. Avec 10.000 anciens suceurs de deniers publics, l’Algérie relancera de manière magistrale et soutenue l’activité économique rien que par la consommation. Comme au bout d’une semaine il leur restera, dans le cas où ils auraient bien « travaillé » à dépenser 80 millions de Cts ou 8.000 dollars, ils se rendront vite compte  qu’à ce rythme, chacun d’entre eux pourrait embaucher en CDI un cuisinier, un jardinier, un chauffeur, un majordome, nune masseuse, un coiffeur, un informaticien et deux femmes de ménages ! Autant de postes d’emplois créés ramèneront très vite calme et sérénité dans les chaumières du bled.
Mais pour le reste, il faudra le restituer à son propriétaire testamentaire légitime qui est le trésor public de l’Algérie. Un bon arrangement ne vaut-il pas mieux qu’un long et mauvais procès ? Voilà une action qui permettra à Wahid Bouabdellah et à ses amis de se rendre enfin utiles pour la majorité. Mais cette bonne parole, il faudra bien que quelqu’un qui a une certaine autorité morale ou de proximité, c'est-à-dire ayant un lien affectif, familial ou autre avec ces détenteurs illégaux de notre argent à tous, aille les convaincre de la perspicacité de cette démarche. Sinon, comment faire revenir la confiance en l’Etat National si ce même Etat National n’est pas en mesure de demander en toute délicatesse à ceux qui se sont servis, souvent de manière abusive et démesurée, de restituer toutes les sommes indues prélevées. Car ce qui motive nos concitoyens du Sud, ce n’est pas tellement la précarité de leur situation, après tout elle date, mais ce sont sans doute ces révélations cataclysmiques portant sur des fortunes colossales que d’aucuns auraient subtilisées et planquées en lieux sûrs. Voilà de quel coté il faut travailler si on veut réellement faire revenir à la table du destin national, Tayeb Belabbès et ses troupes. A mon corps défendant, utiliser un  terme emprunté au langage militaire n’est pas d’une grande subtilité, j’en conviens. Toutefois, je sais que c’est dans les marécages de la misère et du renoncement que naissent les plus imprévisibles contestations. Les plus sanglantes aussi, qu’à Dieu ne plaise !
Aziz Mouats
Université de Mostaganem

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