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Noël à Tartous

 Voilà qu'à l'occasion des fêtes de Noël, que de nombreuses familles algériennes y sont associées, soit à la faveur de la religion chrétienne qu'ils pratiquent, soit à cause de la proximité avec des amis chrétiens, soit tout simplement à cause des liens familiaux qui font que de nombreux couples mixtes entretiennent une nouvelle forme de partage des pratiques et des usages que leurs enfants ou petits enfants ont hérité de leurs liens filiaux. Alors pourquoi autant d'étonnements et pourquoi autant de haine parmi de nombreux amis virtuels? Ayant eu l'insigne privilège de visiter la Syrie durant la terrible et sanglante décennie noire vécue par mon pays j'ai trouvé dans le Cham une seule nation, composée de plusieurs communautés religieuses mais partageant une seule et unique langue. Celle d'El Moutanabbi et du Saint Coran. C'est ainsi que le 24 décembre 1996, je me trouvais avec trois autres compatriotes dans la boutique d'un Arabe Syrien, Maronite...donc complètement chrétien et qui s’apprêtait à fêter Noel avec sa famille, dont sa belle fille Ukrainienne! Mieux informés que moi sur les croyances de notre hôte, mes amis m'avaient mis en garde, soulignant que ce chrétien était retors en affaire. Bien entendu, je n'avais aucune appréhension particulière. La discussion fut aussi courtoise que longue. Puis, comme la nuit tombait sur Tartous, il fallait bien conclure et laisser notre commerçant aller festoyer en famille. Dehors, toutes les boutiques étaient décorées de lumières chatoyantes. Leurs propriétaires étaient-ils tous chrétiens? A l'évidence non! mes collègues qui connaissaient depuis longtemps la ville, me confirment alors qu'il n'y avait que quelques rares boutiques qui appartenaient à des chrétiens. Pourtant, aucune boutique ne se distinguait. Tous les commerçants, sunnites, chiites, alaouites ou chrétiens avaient parfaitement paré leurs vitrines pour accueillir Noël. Ce fut pour moi la plus grande leçon de tolérance religieuse de ma vie. Mais nous n'étions pas au bout de nos surprises. Notre marchande chrétien maronite de Tartous, qui lui fêtait en famille Noel nous en avait gardé une. et elle était de taille. Ils nous demanda de l'accompagner chez lui et de partager le repas de Noël avec sa famille. Je revois encore les yeux écarquillés de mes compatriotes...Voilà pourquoi, depuis ce jour, je n'oublie pas que Noël c'est surtout une fête pour réunir les Hommes...et que Sidna Jésus et Sidna Mohammed sont tous les deux prophètes d'un seul Dieu...et ils ne sont pas seuls...il suffit d'ouvrir les pages du Coran pour s'en rendre compte...
Pour illustrer
cette chronique je me suis permis de reproduire un texte publié par mon ami Mohammed Brahim Zeddour...une très élégante balade entre l'Orient et l'Occident...en passant par notre Berbérie Nationale...à lire absolument

Les chrétiens dans la paix de l’Islam

Par Zeddour Mohammed Brahim
Par le Coran, nous apprenons que Jésus, dans sa prédication, annonçait l’avènement du prophète de l’Islam : «Lors Jésus, fils de Marie, dit : Fils d’Israël, je suis l’envoyé de Dieu vers vous, venu confirmer la Torah en vigueur faire l’annonce d’un envoyé qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad’’.» Sourate 61.6) Dans une série de documentaires Jésus et l’Islam diffusée sur la chaîne franco- allemande Arte en décembre 2015, les réalisateurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur explorent la genèse de l’Islam, à travers la figure de Jésus dans le Coran. Etonnés par la place exceptionnelle qu’occupe Jésus dans le Coran, les réalisateurs ne sont pas parvenus à percer le mystère au bout de sept épisodes et malgré un panel de vingt-six des plus grands spécialistes parmi les historiens, les philologues et les épigraphistes. Le débat est resté confiné dans une logique théologique, historique et littéraire du texte coranique. L’annonce de Jésus a constitué pour les chrétiens une promesse, ce qui fait que l’Islam était attendu en ce qu’il permettait à tous les peuples de porter l’espérance de s’affranchir des tyrannies. Pour rendre intelligible cette réalité complexe, il suffit de jeter un regard sur l’état du monde à la veille de l’Islam. L’Orient était, d’une part, marqué par le divorce avec l’Eglise catholique et, d’autre part, dominé par deux empires tyranniques, une tyrannie théologique exercée par Byzance et une tyrannie politique exercée par les Sassanides. Tous ceux qui croyaient en cette promesse et cette attente étaient considérés comme hérétiques et violemment combattus. Mais quand ces chrétiens hérétiques, notamment les adeptes du monophysisme et du nestorianisme, entendirent les premiers versets de la Révélation coranique, ils comprirent le message et répondirent à l’appel. Qui donc pouvait rester indifférent à la volonté de résorber la crise entretenue par les débats byzantins et réaliser l’unité religieuse de l’Orient : un Dieu unique, une communauté unique. Les deux empires s’étaient épuisés dans des guerres de souveraineté et finirent par s’allier pour contrer l’avancée de l’Islam. La sourate 30 évoque justement un épisode de ces guerres byzantinoperses : «ALM Rome [Byzance] a été vaincue en terre d’en deçà. Mais Rome, après avoir été vaincue, vaincra.» Il s’agit de la conquête de la Syrie par les Perses en 613 et la contre-attaque victorieuse de l’empereur byzantin Héraclius en 622. Mais beaucoup y voyaient une prophétie sur la défaite des Byzantins. C’est ce qui est partiellement arrivé lors de la victoire tactique des musulmans dans la bataille de Mu'tah en 629, qui a permis l’émergence de Khalid Ibn el Walid en tant que stratège militaire. Il fut gratifié du titre de Sayfullah. L’adhésion des chrétiens a été décisive dans deux batailles qui suffirent à vaincre les deux grands empires. La bataille de Yarmouk et la bataille de Qadisya menées la même année en 636. Le gros des troupes était constitué de chrétiens syriens, ghassanides et byzantins. Débarrassés des tyrannies, se sentant libérés des dogmes et de la coercition, les dignitaires chrétiens reçoivent en frères les chefs musulmans et ouvrirent la voie à un mouvement spectaculaire de conversion à l’Islam. En 628, ayant appris que le Prophète de l’Islam était le protecteur des chrétiens, une délégation de moines du monastère Sainte-Catherine, situé au pied du mont Sinaï en Egypte, se rendit à Médine pour lui demander sa protection. Il leur octroya une charte leur garantissant des droits, dont voici la teneur : «Ceci est un message de Mohammed ibn Abdillah, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme ; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux. Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens. Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans. Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance de Dieu et désobéit à Son prophète. En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré. Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est. Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son approbation. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église. Leurs églises sont sous la protection des musulmans. Nul ne doit les empêcher de les réparer ou de les rénover, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas. Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde).» Négus, le roi d’Abyssinie, n’hésita pas à offrir refuge et protection à un groupe de premiers musulmans auxquels le Prophète recommanda l’émigration vers cette terre gouvernée par un monarque vertueux et juste. On rapporte qu’en apprenant le décès du Négus en 630, le Prophète effectua pour lui la prière mortuaire. La même année, La Mecque est libérée, mettant fin à l’emprise des Qoreichites et à leur rôle turbulent. Le calife Omar est reçu chaleureusement par Mansour (grand-père de Mansour ibn Sarjoun, Jean Damascène), évêque de Damas en 635 et par Sophronios, évêque de Jérusalem en 638. De même que le patriarche d’Alexandrie Cyrus accueille à bras ouverts Amr Ibn El ‘As, ouvrant ainsi la voie à l’Islam vers l’Afrique du Nord et la péninsule ibérique où vivent sous la tyrannie d’autres chrétiens hérétiques, les ariens, les donatistes, les montanistes et les monophysites, autant de doctrines qui constituaient un «Islam par anticipation», selon la formule d’Emile-Félix Gautier. Les chrétiens d’Afrique, pour se démarquer des chrétiens romains, s’appelaient entre eux «Punici Christiani». Ils ont su résister à l’intégrisme de l’Eglise catholique de Rome, rejetant les dogmes, restant fidèles à la lettre comme à l’esprit du message de Jésus et préfigurant l’expansion rapide de l’Islam en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique. La présence byzantine en Afrique du Nord s’est avérée décadente, elle s’est aggravée par les répliques de la bataille de Yarmouk. Les Byzantins n’ont pas pu empêcher l’avancée de l’Islam, malgré le recrutement de collaborateurs locaux comme Koceila et la révolte de Kahena. Le mouvement se poursuit également à l’est, Antioche et l’Arménie, entraînant dans le mouvement les autres provinces en direction de l’Indus. A la liberté reconquise, la paix retrouvée et la souveraineté reconstruite, il faudra ajouter la prospérité économique et la profusion des arts et des sciences que l’Orient allait connaître grâce à la dynamique des échanges et la libération de la créativité que l’Islam n’a pas manqué de susciter. Et surtout la convivialité sociale où la foi a cessé d’être un motif de cloisonnement. On verra plus tard le calife fatimide Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah, le fondateur d’El Azhar, épouser la sœur de l’évêque de Jérusalem. Venant réaliser la réconciliation de l’espèce humaine et créant de nouvelles conditions favorables au continuum civilisationnel, l’Islam n’a pas manqué d’offrir à l’humanité ses plus beaux cadeaux : la Palestine et l’Andalousie, c’est-à-dire le syncrétisme fédérateur où se mêlent jusqu’à la confusion toutes les croyances et la poussée très haut de la perfection pour réaliser la fusion de l’art, de la science et de la méditation. Restant à l’écart de ce mouvement initié par la naissance de l’Islam, l’Eglise catholique a fini par consommer son divorce avec l’Orient. C’est alors que s’est forgée une alliance entre le clergé et les rois d’Europe avec comme objectif l’entretien d’un état permanent de guerre à l’Orient, avec ses atroces péripéties : croisades, chute de l’Andalousie, sac de Byzance, conquêtes coloniales, etc. C’est ainsi qu’ont été brisés les rêves palestinien et andalou, ainsi que leurs vocations dont seul l’Islam est garant. L’invasion de la barbarie sioniste du XXe siècle, qui procède de ce même état d’esprit, remet au centre de l’actualité le destin de la Palestine. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, donne la parfaite mesure de cet aveuglement et de cette hystérie caractéristiques. Il commanda une première traduction du Coran dans un esprit de croisade. Il explique les motivations de son travail : «Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran.» Dans le manuscrit, il reproduit une caricature qui représente le Prophète de l’Islam avec une queue de poisson et des plumes sur le corps. Survient enfin la chute de Byzance, entraînant l’effondrement total et définitif du mythe gréco-romain bien avant son apparition et parfaitement narré par l’écrivain finlandais Mika Waltari dans Les amants de Byzance. Le narrateur Jean l’Ange (Johannes Angelos) rappelle la seule vérité qui vaille dans l’imminence de la chute de la ville, au-delà du dilemme, des incertitudes et de l’anxiété : «Même si nous vainquions le sultan, Constantinople ne serait plus qu'une morte-vivante entre les mains des barbares latins.» La réconciliation avec l’Islam viendra avec les grands esprits du siècle des lumières : Goethe, Dante, Voltaire, Lamartine, Montesquieu, etc. Mais c’est à Friedrich Nietzsche que revient le mérite de la perspicacité : «Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds !) – Pourquoi ? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure ! Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière(…) Les croisades ? Une piraterie de grande envergure, et rien de plus ! (…) En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance : (…) Paix et amitié avec l’Islam.» Ce mouvement de réconciliation, qui ne s’est jamais interrompu, a connu ses moments forts durant la tragédie de la guerre de libération.
M. B.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/12/24/article.php?sid=221821&cid=41

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