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L'Autre Ami Brésilien de Salima

 


Vous êtes géniale Salima, oui GÉNIALE...depuis que je vous connais, vous m'avez ouvert une véritable boite de Pandore...j'étais en train de réécouter notre premier enregistrement...et je tombe sur ce nom "Arraes" que vous citez en compagnie de feu Ssi Belhadj, arrivant le 16 juin 1965...à Alger...tout juste 3 jours avant le "renversement révolutionnaire"...je vais sur la toile et je tape ce nom...je reçois une longue série d'article en Portuguais...que je fais traduire par Google...et un seul article en français, celui de Nacer Mehal...qui fait une longue et très belle oraison funèbre à Miguel Arraes...je reprend son article que je mets sur mon mur spécial intitulé "Portraits Patriotiques"...et m'empresse de l'ajouter à mon dossier sur vous et Ssi Belhadj...voilà 2 jours, je vais assister aux funérailles de Ikhlass, la fille de mon ami Mohamed Bahloul...et je retrouve, venu spécialement d'Alger, Nacer Mehal...notre valeureux journaliste de l'APS, qui fut longtemps chef du bureau de Washington, après celui de Dakar, amis de Senghor, d'Amilcar Cabral, de Sékou Touré, de Mandela, de Cheikh Anta Diop...une grosse mémoire de l'Algérie révolutionnaire...et je le remercie d'avoir éclairé ma lanterne tout en lui annonçant que j'avais publié son article...en gardant bien entendu le nom de son auteur...déontologie oblige...Nacer a été aussi ministre de Bouteflika...il connait bien les arcanes de la république algérienne...puisqu'il était l'un des chefs de file de la diplomatie parallèle...je vous envoie ce papier et vous demande de dire quelques mots sur cette fabuleuse affaire que vous etes la seule à connaitre dans ses moindres détails, vous pensez bien qu'elle figurera en bonne place dans l'ouvrage que je vous consacre, car elle est symptomatique de vos engagements vous et votre défunt Moudjahid et époux, feu Ssi Belhadj...celui à qui je dois tout...

Voici le document rédigé par Nacer Mehal, en hommage à cet opposant Brésilien qui a été sauvé des mains de ses tortionnaires par l'ambassadeur d'Algérie à Rio de Janeiro...
 
Miguel Arraes, opposant brésilien au régime dictatorial, vécut à Alger de 1965 à 1979. Il retourna dans son pays au bénéficie de l'amnistie et continua son combat à la tête du Parti socialiste brésilien. Il est mort au mois d'août 2005.
Dans les tourments qui furent ceux du Brésil, ceux aussi des années 1960-1970, où le romantisme révolutionnaire guidait les consciences du Tiers-Monde et les « damnés de la terre », selon Frantz Fanon, dans ce tumulte où la dignité tenait lieu de rang absolu, Miguel apportait sa touche, sa réflexion et sa profondeur d'analyse. Loin d'être un excité, il fournissait dans les discussions, ô combien multiples, la voie de la raison et le poids de l'expérience. Sa sensibilité aux problèmes du monde, aux affres du sous-développement, son combat pour les valeurs de la démocratie ont fait de lui dans « Alger des idées et du combat libérateur », cette « Mecque des révolutionnaires », selon Amilcar CabraI, l'homme dont on écoutait religieusement les conseils ou les avis avec cette voie rocailleuse et cette cigarette pendante qui faisait son atypisme dans le bruit des débats. Miguel avait aussi cette pudeur et cette humilité qui impressionnaient ses amis. Il ne s'est jamais départi de ces qualités-là qui faisaient de lui le militant soucieux que venaient visiter tous les leaders de la lutte anticolonialiste de passage à Alger, principalement ceux des ex-colonies portugaises.Mais Miguel au-delà de ce devoir militant n'avait de cesse que de travailler pour le retour du Brésil dans la normalité démocratique. Dans ses veines, dans l'exil difficile, même s'il fut amical et affectif, la passion du Brésil circulait chaque jour et chaque minute. Il se voulait à l'écoute de son peuple, anxieux parfois, mais déterminé toujours. Il diffusait la grandeur. Le recevant à Alger le 1er Novembre 1984 au 30e anniversaire de la révolution algérienne et où il était l'invité d'honneur, Miguel ne s'est pas départi de ses espérances et du combat pour un monde meilleur. Il adorait les échanges fructueux ; il discutait durant ce séjour et longuement avec maître Vergès, l'infatigable avocat des causes justes ; avec également le professeur Cheikh Anta Diop, opposant sénégalais à l'époque et mondialement connu dans l'anthropologie pour sa découverte du « Carbone 14 ». Tout tournait sur le monde de demain, sur les inégalités, sur les souffrances et sur la décolonisation. Avec ce credo que l'on ne peut détruire et qui s'inspirait de la fameuse phrase du « Che », du Guevara de la lutte anti-impérialiste : « On peut tout nous reprocher sauf de notre obligation d'être aux côtés des opprimés. » Brièvement conçu, cet hommage se veut modeste contribution au « devoir du souvenir » à l'égard de Miguel, l'homme dont le cœur était dessiné à l'image du tracé des frontières du Brésil, un homme qui fut soutenu dans ce dur combat par une femme d'exception, son angélique épouse qui mérite toute la reconnaissance de la terre pour son rôle, sa discrétion et son aura. Tous les deux ont laissé ici à Alger un panthéon d'estime, de reconnaissance et d'amitié. Gloire à toi, Miguel, les justes ne meurent jamais.
Nacer Mehal

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