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Le pragmatisme n'a jamais tué personne

Lettre à Ahmed Cheniki



Sur sa page facebook, l’homme de culture et néanmoins redoutable universitaire, mon ami Ahmed Cheniki vient de faire connaitre sa décision de ne pas participer à quelque titre que ce soit au « Festival du Cinéma Méditerranéen » d’Annaba que l’actuel ministre de la culture, le poète, romancier et scénariste Azzedine Mihoubi vient de réhabiliter.  Cette réaction à chaud d’Ahmed Cheniki traduit en apparence un refus catégorique que de nombreux intervenants ont vite fait de transformer en une fin de non recevoir ; certains n’hésitant pas  à applaudir des deux mains. Cette posture jusqu’au-boutiste n’est pas nouvelle chez l’intelligentsia nationale ou ce qu’il en reste. Pourtant, à bien lire sa missive, Ahmed Cheniki ne ferme pas la porte puisqu’il souligne qu’il ne peut « accepter de faire partie d'une équipe de festival de cinéma alors qu'il n'y a plus de salles de cinéma, ni de structures de cinéma! Non, soyons sérieux. JE NE SUIS PAS DEMANDEUR. »
Bien au contraire, il apparait en filigrane que le fils du massif de Collo n’a pas perdu le nord, puisqu’il fait déjà un état des lieux, appelant subséquemment au changement. Et c’est dans cette brèche que d’aucuns ont feint d’ignorer que j’en appelle à la sagesse de tous pour que ce festival renaisse de ses cendres et pour qu’il soit mis à profit pour permettre au cinéphiles, aux cinéastes et à toutes les corporations de la sphère culturelle nationale de s’engager afin d’impulser un renouveau salvateur à toute l’activité culturelle. D’où cet appel à Ahmed Cheniki :
Mon cher Colliote des jours anciens,  cher Ahmed Cheniki
 Je ne suis pas du tout étonné par ton attitude toute en réserve ; d'autant que tu as toujours été de tous les combats pour une culture nationale authentique. Je voudrais te dire qu'il se trouve que les intellectuels de ton calibre - qui ne sont pas légions, loin s'en faut- devraient parfois faire attention à la direction du vent ; qu’être vigilant est une très bonne posture, mais parfois elle ne sert aucune cause...voire l'inverse!
Tu as été de toutes les batailles et il est normal que tu cultives plus que d'autres l'esprit critique. Cependant, ne serait-il pas venu le temps de tordre le cou à ces vieilles postures et de démontrer au moins pour une fois que l'intelligentsia peut aussi produire du pragmatisme ? Car il y a là une opportunité d'être enfin admis à monter sur le pont et à donner de la voie...sans "x"...mettre le pied à l'étrier et guider la monture vers des territoires plus cléments...car très souvent il nous est reproché de ne pas nous impliquer autrement que par la critique, alors que toi en ta qualité d'universitaire, producteurs d'idée et parfois guide des consciences et surtout redresseurs des mauvaises consciences...tu sois amené à servir d'éclaireur et de maitre de cérémonie...
A mon humble avis, si le temps de participer à une action fut-elle anodine, était enfin parvenu, il me semble que la sagesse voudrait que tu sois de la partie...et que tu te démontres à toi avant de le faire pour les autres, que ce qui te motive ça n'est pas la première place "assise" du premier rang, mais bien la place du commandeur...celui qui imprime la cadence et qui aide à faire avancer les choses dans la direction qu'il crois être la bonne...
Ce festival du cinéma méditerranéen qui va renaitre de ses cendres est à mon sens une opportunité pour faire en sorte que déjà les salles d'Annaba soient enfin réhabilitées...quant au cinéma "national" celui fait par des Algériens, il suffit de regarder ce qui est disponible par la grâce de jeunes talents combien même éclos ailleurs mais talents algériens à part entière...pour se dire que finalement, ça n'est pas encore la panacée, mais ça n'est pas le désert des tartares non plus...
Désolé de ne pas partager le pessimisme ambiant, je suis convaincu que toi, Ahmed Cheniki tu es capable d'imprimer une autre dynamique et qu'il faut t'encourager à passer à l'acte...si ça ne marche pas, tu pourras alors venir dénoncer les incohérences...
A quoi ça sert d’être toujours dans cette posture alors que le pays va à la dérive? Quand est-ce que les intellectuels vont cesser de produire que de la critique? Il est temps d'investir les espaces et d'en déloger la médiocrité...comme le souligne mon ami Rabah Toubal, n’est-pas « la démission ou le renoncement des intellectuels à faire face à la médiocrité, qui ont permis à cette dernière de gagner beaucoup d'espace ».

Amicalement Aziz Mouats

PS: si c'est toi qui préside le jury,  je me ferais un honneur de venir participer aux débats et surtout aux projections...

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