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L'insurrection de Novembre dans le Dahra

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 La stèle oubliée de Benabdelmalek Ramdane


Gerbe de fleur déposée par un anonyme le 1er novembre 2012
Erigée afin de commémorer la mort au champ d’honneur du premier membre des «22» historiques de la Guerre de libération, la stèle de Benabdelmalek Ramdane continue de narguer le temps et le bon sens.

Construite il y a une trentaine d’années, son architecture, digne de l’art soviétique des années de plomb, n’est qu’un vulgaire accolement de parpaings que recouvrent avec une naïve maladresse des carrés de ce vieux granito des années 70. Située en bordure de la forêt de Belekhelouf, la construction s’offre aux curieux sans aucun charme ni aucune esthétique digne de la symbolique qu’elle est censée représenter. En effet, c’est à quelques centaines de mètres de l’endroit où est tombé au champ d’honneur, le jeudi 4 novembre 1954, le combattant Benabdelmalek Ramdane.
fac-similé du PV de procédure judiciaire du 31/12/1954

Il venait de boucler ses 26 ans et à l’époque, sa mort était presque passée inaperçue. En tout cas, si l’endroit n’a jamais fait l’objet de la moindre contestation, les circonstances de sa mort sont encore de nos jours entourées d’un nuage de suspicion. En lisant le PV établi par l’administration coloniale, on y apprend que la mort de Benabdelmalek Ramdane remonte au 5 novembre 1954. Pour le reporter Yves Courrière, le responsable politico-militaire faisait partie des 8 premières victimes recensées durant la journée du 1er Novembre. Ceci est absolument faux puisque tous les témoignages de ses compagnons de l’époque sont formels. D’autant que le jeune militant Constantinois a été inhumé au cimetière de Sidi Ali, comme le stipule le PV de la gendarmerie de l’époque. Pourtant, sur sa tombe, c’est bien la date du 4 novembre qui est gravée à jamais.
La controverse sur  la date montre à quel point la mort de Benabdelmalek Ramdane continue de torturer les consciences. Car le personnage n’est pas qu’un simple combattant, il s’agit de l’adjoint de Larbi Ben M’hidi, responsable FLN/ALN pour l’Oranie au déclenchement de l’insurrection. Désigné pour organiser l’insurrection dans la région du Dahra, Benabdelmalek Ramdane ne connaissait pas la région. Sur place, c’est Bordji Amor qui était à la tête de l’organisation et c’est lui qui pouvait aligner pas moins de 92 combattants lors du déclenchement de la révolution.
Ses militants, le PV de la gendarmerie faisant foi, sont pour la plupart  originaires de Sidi Ali, Ouillis, Bosquet, Aïn Tédelès et Sour. Un autre groupe de 12 combattants originaires de la région d’Aâchaâcha devait accueillir «Si Abdallah», nom de guerre de B. Ramdane, dans un refuge situé dans la forêt de Sidi Slimane, 20 km au sud de Sidi Lakhdar, non loin de Béni Zentis. Un lieu que B. Ramdane devait rejoindre juste après l’attaque des fermes Monsenégo et De Jeanson et de la caserne de gendarmerie de Cassaigne.

La mort suspecte d’un héros
 A l’heure du rendez-vous, deux membres de l’escorte – Bey Mohamed et Belghachem Ahmed –  firent défection, ils seront capturés dès le lever du jour sur une route du Dahra.
Accompagné du seul Douar Miloud, «Si Abdallah» se rend dans les massifs forestiers de Bourahma, Benlekhlouf, Seddaoua, situés en bordure de mer, dans les environs immédiats de Sidi Lakhdar. Parvenus au niveau de l’oued Romane, les deux rescapés ont dû faire demi-tour. Ils durent traverser les douars Seddaoua et H’gagna avant de venir s’abriter dans la forêt de Bourahma, non loin du douar Ouled Larbi. C’est là qu’ils seront repérés et accrochés. Banabdelmalek Ramdane sera criblé de balles tandis que Douar Miloud, blessé, sera fait prisonnier. Libéré à l’indépendance, il décèdera en 2001 à Hadjadj, son village natal, sans avoir dévoilé les circonstances de la mort de son illustre compagnon. Le 1er novembre dernier, une main anonyme a déposé une gerbe de fleurs sur la stèle oubliée.
Chez les habitants de la région qui ont accepté de nous parler de ce douloureux évènement, il ne fait aucun doute que la mort du premier chef historique du FLN est le fait d’une trahison. Certains ont même donné le nom de celui qui est présenté comme étant l’auteur de la battue. Il s’agirait d’un membre d’une tribu locale connue pour ses accointances avérées avec l’administration coloniale. Il reste que pour celui qui visite l’endroit où est tombé Benabdelmalek Ramdane, en lisière de la forêt de Bourahma, non loin du douar Ouled Larbi, il ne peut ne pas déplorer l’état de délabrement de la stèle.
Comme si la mort de cet illustre martyr continuait à être vécue comme une malédiction. Pourtant, la région natale de Bordji Amor et de Belhamiti Bendhiba ne peut ne pas être fière de sa contribution précoce à la Guerre de libération, puisqu’à l’instar de la Kabylie, de l’Algérois et de l’Aurès, le Dahra était au rendez-vous de l’histoire. C’est bien ici que le 1er Novembre 1954, à 1h15 du matin, furent tirés les premiers coups de feu devant la ferme Monsénego et De Jeanson, puis 15 minutes plus tard, face à la gendarmerie de Cassaigne. Blessé devant la ferme Monsénego, le jeune Laurent François recevra le coup fatal devant la gendarmerie où il venait donner l’alerte à bord de sa 4 CV.
C’est ainsi que l’Oranie est rentrée dans l’histoire de la libération du pays. Il est regrettable que la stèle commémorative de cet évènement majeur – dont la plaque a été arrachée – soit laissée à l’abandon, comme si les dignes fils du Dahra avaient honte de leur histoire.

extrait du PV d'audition de Jean François Mendez

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