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Nekmaria la généreuse, recompensée, reconfortée, réhabilitée


Sur les traces d’Assia Djebar et de" l'homme du moment"


Une grande procession s'est ébranlée ce jeudi matin vers les pentes lacérées de NeKmaria. La veille , à l'école des Beaux-Arts, il y avait la foule des grands moments où l'histoire tremble, souffre et pleure...ils sont venus de toutes parts, d'Espagne, de France et de Tifariti...mais également de toute l'Algérie profonde, studieuse et indocile...des artistes de tous ages et de toutes conditions, avec en vedette américaine la sublissime Souheila Belbahar...un petit bout de femme au regard étincelant...une vraie source de bonheur et de joie de vivre...l'ayant juste connue à travers ses œuvres inclassables tant elles sont éclatantes, j'ai eu beaucoup de peine à fixer un regard profane et peut être profanateur sur elle...une artiste que j'admire au plus au point et qui comme une abeille est venue féconder notre patrimoine commun...oui bien sur qu'il y avait les autres, tous les autres et ils sont aussi célèbres et aussi beaux, mais que voulez-vous, la séduction a ses propres sentiers... et ces sentiers nous ont menés sur les traces des noces d'Assia Djebar avec le Dahra...à travers le Dahra et ses souffrances..ses luttes, ses trahisons et ses faits d'armes...


plus de 150 artistes, des vétérans en voie de déjuvéniliasation forcée et des jeunes déjà trop vieux pour tout comprendre. Comme ce groupe revenu de Tifariti....avec une PERFORMANCE qui aura damé le pion à Goya et à Picasso...un clin d'œil strident et rebelle à l'Espagne franquiste qui n'a pas trouvé mieux que d'abandonner le peuple Sahraoui de Villa Cisnéros, de Smara, d'Amgala et de Tifariti...une performance de quelques minutes interminables et sublimes....durant lesquelles, la solidarité avec le peuple du Polisario s'est conjuguée avec la fougue d'une jeunesses inachevée...Quel pied de nez à nos caciques et surtout à nos écervelés qui à chaque fois tentent bien maladroitement de nous faire croire qu'il suffit d'un glapissement pour ouvrir les frontières...et de focaliser sur le responsable de cette situation glauque, à savoir les enfants du Polisario...dans cette salle obscure des Beaux Arts, la révolution a prouvé combien elle était entre de bonnes mains...ce groupe d'artistes algériens, tous nés après AMGALA...il faut le faire...car après Amgala...c'est un vrai tournant, un vent violent qui fera remonter le temps jusqu'à cette bataille de l'Isly...non ça n'a rien à voir avec les supporters du Mouloudia...Isly est un oued du coté de OUJDA...les belligérants sont l'armée royale de Moulay Abd Er Rahman et les troupes coloniales poursuivant l'Emir Abdelkader...la plus grande rue d'Alger...c'est une rivière de sang et si au milieu, juste en face de l'ancien siège du FLN d'avant Abdelaziz 1er  trône la statut de l'Emir Abdelkader...rien n'est fortuit...Cette rue marchande dont les locaux ont été sereinement attribué aux faux anciens moudjahidines et aux autres, un butin de guerre...

Je me disais bien qu'il y avait comme une odeur de poudre à l'évocation de l'Isly avec çà ça ressemble plus à un toponyme berbère...Donc à la bataille de l'Isly, en 1844...l'armée du Maroc est décimée et le trône signe le traité de Tanger impliquant les troupes encore valides du Makhzen à pourchasser les derniers soldats valides de l'Emir réfugiés sur leur territoire ami....Englué dans les sables de Figuig, l'Emir Abdelkader est bien loin du théâtre des opérations...Pour Bugeaud et Pelisssier, la guerre de conquête est bien finie...après 15 ans d'une résistance héroïque et inégale, le gouverneur pouvait prendre son bateau à vapeur et rejoindre le port de Ténès...une ballade en pays conquis et une longue soirée sur les berges suffocantes du Chellif...Mais, c'était compter sans le jeune Boumaza... digne enfant du Dahra, il prend sur lui de rassembler les tribus et de lever une armée...c'était trop pour l'armée coloniale dont le chef suprême avait ordonné la reprise de la politique de la terre brulée, qui le rendra célèbre...le soulèvement du Dahra devait être étouffé dans l'œuf, y compris par le recours aux pires méthodes de l'enfumade... réfugiées dans leurs grottes, toutes les tribus hostiles seront massacrées sans pitiés...c'est donc sur ce territoire meurtris depuis plus de 166 ans que ces artistes sont venus se recueillir et rendre enfin un hommage à ces milliers de morts dont les restes sont encore enfouis dans les ténèbres des grottes du Dahra mais également dans les ténèbres de l'histoire...A Nekmaria, les artistes sont allés en procession se prosterner face à la grotte de Ghar el Frachih...là où périrent entre 1200 et 1500 Ouled Ryah..c'était entre le 18 et le 21 juin 1845...

et tout le monde qui s'inquiète...c'est une famille des Ouled Ryah qui reçoit toute la délégation, offrant hospitalité, couverts et fruits locaux...Med Hammoudi et son papa ont offert un couscous présidentiel à plus de 120 invités...si tu avais été de la partie tu aurais certainement apporté un jet de lumière pour ces voix souterraines...au fait as-tu lu Assia Djebar parlant de Nekmaria? grâce à une amie, j'ai accéder à ce roman épique "L'Amour, la Fantasia"...un chef d'œuvre et c'est peu dire...mais en le lisant, on comprends très vite pourquoi ce roman dérange et pourquoi la romancière fait autant de jaloux que d'aigris...il faudra créer un groupe autour du roman....le sujet abordé est intarissable...j'ai acquis la conviction qu'il faut impérativement inviter Assia Djebar...l'éternelle fille du Dahra, aïeule de valeureux lieutenants ou soldats de l'Emir et du Chérif Boumaza Benabdallah....Elle aurait bien quelque attache avec Fadhma N'ssoumeur...depuis 2 jours...je caracole dans le Dahra grâce à la prodigieuse chevauchée d'Assia Djebar...pour le Dahra, il y aura toujours une place dans ma calèche...Hier c'était à l'ami Wahab que la place d'honneur a été réservée...nous avons déjeuné avec des figues plus grosses que les pommes de Haute Savoie...offertes spontanément par le jeune Hénni de Nekmaria...la précision est utile...des photos bientôt sur mon profil....Nekmaria devient le centre du monde et Farida ne le sait pas....encore....par les montagnes....après avoir traversé Ababsa, Ouled Kada, Touaïzia, Khéraïssia....on déboule sur Médiouna, SM Benali...et Mazouna...et nous sommes dans les noces virtuelles de Badra et du Chérif....quelle épopée...retour par la tribu des Tazgaït....Sidi Ali...Tigditt....partout ces poussières que la cavalerie légère de Boumaaza soulève sans cesse...traces furtives que les lourds chevaux de Pelissier ont de la peine à aspirer...les chantiers sont partout et toute la région du Dahra occidental est en effervescence...bientôt la route Necmaria Béni Zentis accueillera un rallye...nous nous assiérons sous les vieux caroubiers qui dominent la vallée et nous mangerons les fruits les plus charnus de l'univers...à Nekmaria...l'accès aux arbres fruitiers est juste interdit aux chacals et au renards...j'ai vu de mes yeux des visiteurs se servir comme si ça leur avait toujours appartenu...sous le regard amusé des gardiens de ces collines érodées...où la terre fertile disparait inexorablement...les vergers de Necmaria ne sont pas éternels...ce sont les rudes fellah qui le sont car depuis les massacres de Pélissier, jamais la région n'a été aussi généreuse...et bientôt aussi prospère…Ce pèlerinage sur les traces des Oueld Ryah, des Sbeahs, cette communion entre autant de générations, une première depuis 166 ans...à l'invitation des aïeux des tribus berbères du Dahra....avait le gout suave de la fraternité, de la légitimité et de l'engagement....aucun artiste ne pourra oublier ces instants de recueillement et de générosité...Après des années à faire reculer l'amnésie qui frappe cette région du pays, voici venu le temps des retrouvailles...avec Assia Djebar, avec Boumaaza Benabdallah, avec les tribus rebelles et avec celles passées de l'autre coté du mur de la honte...Nulle part à travers le monde, ces massacres n'auront été autant célébrés qu'en ce jeudi 9 juin 2011....avec Souhila Belbahar, Mansour Abrous, Hioun ( le plus Algérois des Colliotes) avec Hachemi Ameur, Valentina Ghanem, Karim Sergoua et des dizaines d'autres artistes...chevronnés et souvent balbutiants, avec, en maitres absolus de cérémonie, les membres de la famille Hammoudi du douar Ababsa...surtout le vieux et dynamique père, si Ahmed, l'émigré de 1958 qui revint au pays afin de cultiver l'espoir d'une reconnaissance méritée...Pour la petite Histoire, ce Riahi de toujours, redoutable bâtisseur aux mains calleuses...a fait sa carrière à Limoges...sur les terres de Bugeaud....le génocidaire maréchal de France, qui ordonna à Pélissier, à Canrobert, à Cavaignac et à St Arnaud de perpétrer les pires atrocités afin de faire triompher une cause perdue d'avance....le plus terrible dans ces retournements de l'histoire est que les descendants des Ouled Ryah portent pour la postérité le même lieu de naissance que le tortionnaire...Si Bugeaud savait qu'en feuilletant les pages de la matrice d'état civil de son lieu de naissance les noms de ses descendants côtoient ceux des Ouled Ryah....le hasard aura voulu que la plupart des émigrés du Dahra et plus particulièrement ceux de Nekmaria  atterrissent à Limoges....sans doute un des bienfaits de la colonisation!Aller taquiner Bugeaud jusque dans sa tombe, quelle belle revanche...à part que lui a une sépulture, ce qui n'a jamais été le cas de ses milliers de victimes...mais ça c'est aussi l'affaire de l'Algérie...qui devrait sérieusement songer à rapatrier les restes de Boumaza depuis la Turquie...c'est le moindre des hommages à ce héros incontestable du Dahra...c'est grâce à lui que dès 1844, ce massif rebelle portera pour l'éternité le nom de "Djazaier Ed Dahra"...La ferme qui surplombe la vallée du Zerrifa, là où coule l'une des sources les plus limpides de la région, celle qui attirait toutes les tribus du Dahra, celle sans laquelle jamais les Ouled Ryah ne se seraient réfugiés dans le grotte des Frachih...cette source  fut offerte avec 50 hectares des meilleures terres au Khalife de Nekmaria pour services rendus....avec construction d'un bordj, un véritable fortin ... afin de perdurer dans sa traque des tribus rebelles...c'est naturellement sur ces terres qu'un mausolée à la mémoire de Boumaza et de ses valeureux guerriers devra être érigé...un acte de souveraineté que l'Algérie Algérienne ne peut que s'enorgueillir de commettre afin que Mohamed Benadallah "Boumaza", retourne à jamais sur ses terres, celles que lui et ses combattants auront irriguées de leur sueur et de leur sang...







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