jeudi 1 février 2018

Boudjedra entre Dahra et Béni Chougrane

 La venue de Rachid Boudjedra en Oranie a été marquée par ses haltes dans l'opulente cité de l'Emir Abdelkader et à travers un parcours mémorables dans le Dahra occidental. Son passage à la libraire Art et Culture, en plein coeur d'Oran, est à oublier. Le public constitué essentiellement de journalistes s'est distingué par son mutisme. Seule une sémillante universitaire s'est distinguée par une judicieuse présentation du prolifique romancier national. Avec une sobriété remarquable, elle parviendra à faire le tour de l'homme et de son oeuvre. Les rares échanges avec Rachid Boudjedra se concentreront essentiellement sur son livre pamphlet dont l'un des protagonistes n'est autre que l'ex chroniqueur du QO, L'auteur de la répudiation en profitera pour rappeler sa mise au point concernant le passage relatif à l'implication de KD dans le GIA. De manière directe et sans aucune équivoque, Rachid Boudjedra fera son mea-culpa, reconnaissant qu'à l'époque des faits, le GIA n'existait pas. Curieusement, certains écrits parus dans la presse arabophone feront délibérément l'impasse sur cette mise point. Ce qui n'a pas été apprécié par les nombreux présents qui ne comprennent pas les raisons de cet acharnement. Ces péripéties oranaises seront très vite dissipées lors des rencontres de Mascara et du parcours mémoriel dans le Dahra.
C'est face un immense portrait
de l'Emir Abdelkader, devant un public avertis et chevronné que Rachid Boudjedra entamera la rencontre au niveau du lycée Djamel Eddine El Afghani.
Rachid Boudjedra a été épatant à Mascara...la cité de l'Emir lui a fait le plus bel accueil...dans la pure tradition mascaréenne...Autant au niveau du lycée El Afghani, grâce à l'association des anciens qu'à celui de l'association El Amel, dont la bibliothèque regorge de livres de la littérature universelle...des interventions d'une grande dignité et d'un très haut niveau ont jalonné les conférences...Nous avons eu droit à des déclarations d'une grande générosité et aussi d'une grande probité de la part de Rachid Boudjedra...qui a dit tout le bien qu'il pensait de la littérature de Feraoun, de Dib, de Kateb, de Maameri, de Malek Alloula...et de Boulenouar Messaour....comme j'ai eu l'insigne honneur de servir de modérateur à cette rencontre...qu'il me soit permis ici de remercier l'ensemble des organisateurs, avec une mention particulière à Djilali Boucif et à Sidahmed Sahla....je voudrais aussi remercier pour leurs questions l'ensemble des intervenants...leurs éclairages ont permis un débat serein...et ô combien instructif...encore une autre preuve s'il en fallait, que ce peuple possède une élite...

Venu depuis la voisine Mostaganem, Mansour Benchehida a tenu à rappeler qu'il venait souligner que lors de la scolarité de KD au niveau du lycée Zerrouki Chekh Bneddine, c'est lui qui assumait la fonction de surveillant général. A ce titre, il dira de manière catégorique que le jeune lycéen n'a jamais été imam au niveau du lycée. Ce à quoi Rachid Boudjedra répliquera de manière cinglante qu'il tient cette information des propres déclarations de KD à Médiapart et au quotidien français Le Monde.
La seconde rencontre de Mascara se fera au niveau du siège de l'association El Amel et en présence d'un jeune public. Un débat tres convivial et très courtois au cours duquel Rachid Boudjedra fera l'éloge de Kateb Yacine qu'il considère comme étant son modèle.
Concernant le passage par Mostaganem, il est juste de rappeler que j'avais été chargé d'organiser une rencontre débat au niveau d'une institution publique. J'ai alors pris contact avec la bibliothèque publique et avec le musée du Maoudjahid. Je ne suis pas en mesure de vous dire à quel niveau ça a coincé, toujours est-il que ces rencontres avec le lectorat de Mostaganem ne se sont pas concrétisées. Je souligne avec force que l'idée originelle de la visite de Rachid Boudjedra était de lui proposer un parcours mémoriel. Qui ne nécessite aucun accord préalable d'aucune institution. Lorsque j'avais soumis ma proposition, Rachid Boudjedra a fait part de sa disponibilité et surtout de son enthousiasme. C'est pourquoi, je tenais à ce que ce déplacement se fasse dans la discrétion et le recueillement. Comme j'avais fais la promesse à mon jeune collègue le journaliste Salim Skander de lui faire découvrir le Dahra, c'est tout naturellement que je l'ai invité à se joindre à nous. Je voudrais ici remercier Ahmed Boualem de nous avoir accompagné et d'avoir témoigné de vive voix et sur le lieu du tragique attentat du 1 novembre 1994. Là où périrent 4 jeunes scouts originaires de Mostaganem, dont le propre fils de Boualem. Sa présence à nos cotés, son témoignage, ont profondément ému Rachid Boudjedra.  Au niveau du centre de torture de Sidi Ali, l'enfant d'Aïn Beida, lui même ancien Moudjahid, a été tres fortement ébranlé par la découverte de ce sinistre lieu.
Au point où Rachid Boudjedra a fait la promesse que dans une prochaine oeuvre littéraire, il n'omettra pas de rappeler ces douloureux évenements vécus par les jeunes scouts et aussi par les farouches résistants du Dahra.
Cette nouvelle incursion dans notre patrimoine fut encore une fois une épreuve. Elle sera miraculeusement ponctuée par une invitation officielle de la part de la radio nationale. C'est accompagné de son staff que le directeur de Radio Mostaganem nous recevra. C'est donc à travers les ondes que les habitants de Mostaganem et du Dahra auront droit à plus d'une heure d'entretien avec Rachid Boudjedra! C'est aussi ça le miracle du Dahra! Dans son message, Rachid Boudjedra n'omettra pas de rendre l'hommage qu'ils méritent à l'ensemble des habitants du Dahra. Lorsque la journaliste lui demande s'il devait faire un film quel serait le personnage qu'il voudrait honorer, il aura cette sublime réponse: l'Emir Abdelkader!
  Deux jours après, je reçois un message de Rachid Boudjerdra auqel j'ai fais cette réponse:
" Très cher Rachid Boudjedra...cher Grand frère en patriotisme...t'accompagner à travers le parcours mémoriel du Dahra a été pour moi un inoubliable voyage au coeur de la mémoire vive de notre cher pays. Les haltes que tu as accepté de faire avec mes amis et moi, auprès de ceux qui sont à jamais les plus valeureux enfants de ce pays et les plus vibrants symboles de sa ténacité, de son courage et de sa bravoure, resteront à jamais inscrites dans ma tempétueuse mémoire. Après cette mémorable journée que tu nous as consacrée, en toute spontanéité et en totale confiance, j'ai constaté combien tu cultivais cette fibre patriotique qui est ta véritable ligne de fond. Car après avoir mené le courageux combat contre l'amnésie et contre les fossoyeurs de notre histoire, tu es venu te ressourcer auprès des authentiques combattants, tes frères de lutte et de souffrances. Les mots que tua s eu l’extrême gentillesse de délivrer sur les traces à jamais glorieuses de nos ancêtres, seront inscrits à jamais dans ces vallons crayeux  du Dahra...l'instant nodal où tu a accepté de lire tes propres mots, écrits voilà plusieurs années, en hommage aux Ouled Riah, ont été pour moi la plus belle offrande. Surtout en ces lieux de grande tragédie, à quelques pas de la grotte de Ghar El Frachih, là où, par cette rude journée du 19 juin 1845, périrent par enfumade plus de 1500 membres de la tribu insoumise. Désormais, nous partageons le redoutable privilège de ceux qui ont été choisis pour porter ce combat mémoriel. En total prolongement de tes combats anciens. Merci infiniment Cher Rachid, Cher Ami...avec toute mon affection et mon plus profond respect pour toi... pour tes combats...et tes victoires...

 

Poussieres de Novembre




La commémoration du 1er novembre fait souvent l'impasse sur des symboles fondateurs. Pour Mostaganem, ces symboles de novembre ont un lieu commun : c'est le cimetière de Sidi Ali. Perché sur ce mamelon du Dahra, c'est incontestablement l'endroit qui aura par deux fois et à 50 ans d'intervalle, marqué de façons sanglante et indélébile la tragédie algérienne.
Faite de luttes et de trahisons, de résistance et de concussions, de morts et de victoires. La première fois, c'était le 1er novembre 1954. Quelques minutes avant l'heure fatidique, lorsque mis à nus par l'arrivée impromptue de deux européens -qui venaient d'être attaqués par armes à feu près d'une ferme par les premiers combattants de la liberté-, ils donnèrent l'alerte à la gendarmerie que Benabdelmalek Ramdane et ses compagnons projetaient d'attaquer à minuit, signant ainsi les premiers coups de feu de Novembre. Ils durent alors se résigner à avancer l'heure de l'attaque qui se soldera par la mort de Laurent François qui venait donner l'alerte, et le retrait des moudjahiddines vers le lieu de repli situé dans les gorges de Ouillis. Traqués puis dénoncés par des traîtres, ils seront les premiers combattants à tomber au champ d'honneur le 4 novembre. Leurs dépouilles reposeront en ce lieu jusqu'à cette journée fatidique du 1er novembre 1994. Brahim Bengayou, le wali de l'époque, optera pour organiser une cérémonie de regroupement d'une quinzaine de sépultures éparpillées dans la région, dont celles de Benabdelmalek Ramdane, au cimetière de Sidi Ali. La veille, malgré les consignes de sécurité, l'information avait été ébruitée et parvint au niveau d'un groupe terroriste. En fin de journée, après avoir ligoté le gardien du cimetière, le groupe placera une bonbonne de gaz truffée de morceaux de ferrailles à l'endroit où devait se tenir le cérémonial de l'enterrement des valeureux martyrs de Novembre. Le 31 octobre, à minuit, levée des couleurs sur l'esplanade de la mairie de Mostaganem. Aux quelques rares officiels ainsi qu'un détachement de l'ANP, s'était joint un groupe de jeunes scouts du faoudj de St Jules, le quartier d'à côté. Accompagné du vétéran Ahmed Boualem, le groupe se composait de pas moins de 5 de ses enfants. Après la levée des couleurs et les salves des soldats de l'ANP, avec à leur tête le colonel Bentaous, aujourd'hui à la retraite, la cérémonie commémorative prenait fin. Elle sera suivie d'une autre cérémonie de levée des couleurs et dépôt d'une gerbe de fleurs, le lendemain, à 8 heures du matin. Les scouts étaient également invités à cette cérémonie matinale. Afin de ne pas trop se disperser, ils dormiront au local de St Jules qu'un véhicule blindé surveillera durant toute la nuit. Réveillés en trombe par Ahmed Boualem qui leur avait ramené depuis sa maison, un petit déjeuner, les scouts étaient tout excités à l'idée de revenir sur l'esplanade de la mairie prendre part au cérémonial. Tout comme la veille, seuls quelques officiels étaient présents. La direction des moudjahidines, à sa tête le dynamique Moumen, avait pris soins d'inviter les anciens combattants afin qu'ils se joignent au cortège officiel et participent à l'enterrement de leurs compagnons tombés au champ d'honneur. Un bus avait été réquisitionné à cet effet. Très rapidement, l'idée d'y embarquer les fringants scouts de St Jules fera son chemin. Après tout, cela leur ferait une superbe promenade, eux qui étaient sevrés de sorties champêtres depuis l'émergence des maquis islamistes. Ce jour là, le cimetière était bondé de monde. Dans la précipitation, personne n'avait remarqué qu'un arbuste avait été planté à la hâte. Sous la terre fraîchement retournée, la bombe attendait froidement le moment propice pour faucher la foule. C'est à l'instant où les premières sépultures des martyrs de novembre 54 retrouvaient la terre pour laquelle ils avaient combattus qu'une énorme déflagration fera trembler le sol.
La stèle inachevée
Croyant à une salve d'honneur des djounouds de l'ANP, Ahmed Boualem et ses compagnons furent pris de stupeur lorsque la poussière soulevée par l'engin commencera à retomber sur leur tête. Puis soudain, les cris de douleurs des jeunes scouts de Mostaganem et de Sidi Ali que les morceaux de ferraille projetés par le souffle avaient atteint de plein fouet. Sous l'œil hagard de la caméra de l'ENTV les premiers corps déchiquetés et ensanglantés étaient évacués vers le petit hôpital. Mais très vite on se rendra compte de l'ampleur du massacre. Ils seront plus d'une trentaine à avoir été blessés dont 4 succomberont. Ces scènes d'horreur feront le tour de la planète. Leur impact fut tel que les nombreux partisans de l'abject « qui tue qui » finiront par reconnaître l'origine du mal, ses auteurs et ses commanditaires. Encore une fois, novembre à Sidi Ali aura été un lieu où les symboles du combat libérateur d'hier, représentés par ces 15 sépultures de martyrs, se seront imprégnées du sang des jeunes scouts pour qui Novembre n'est pas qu'une halte. Novembre 1994 à Sidi Ali, ce sont les cendres de Benabdelmalek Ramdane et de ses anonymes compagnons qui s'abreuvent un court instant, du sang et de la chair de ces enfants dont le plus âgé avait à peine 12 ans. Si les blessés, dont certains seront amputés à jamais, auront été éparpillés à travers des familles d'accueils de France mais aussi d'Algérie, les 4 martyrs- il s'agit de Mehdi Boualem (9 ans), Mohamed Hachelaf (8 ans), Mohamed Chawki Ayachi (7 ans) et Abdallah Chouarfia (12 ans)-, du groupe SMA de St Jules, sont enterrés dans un minuscule carré au niveau du cimetière de Sidi Benhaoua, au sud de Mostaganem. L'endroit qui était jadis pavoisé à l'occasion du 1er Novembre, donne l'image d'une désolation et d'un méprisable abandon. D'après Ahmed Boualem, depuis 5 ans, aucune autorité n'aura pris soins d'y venir déposer la moindre gerbe ni entretenir la flamme par un simple badigeonnage à la chaux. Juste pour éloigner les mauvais esprits qui seraient tentés de flouer autrement que par les larmes, le message de ces enfants martyrs. Face à la mosquée de St Jules, sur la minuscule placette, l'APC avait entamé la construction d'une stèle commémorative. Sans jamais la finir. Autant de mépris à la mémoire de ces frêles victimes d'une barbarie sanguinaire ne peut pas s'expliquer que par l'amnésie. Il y a longtemps que les symboles de Novembre n'ont plus droit aux égards des jeunes générations. Car ils ne sont que les témoins éternels de nos rudes batailles. Au cimetière de Sidi Benhaoua, il était bien seul, en ce doux matin de novembre 2007, notre ami Boualem dont toute la famille ne vit plus que dans les douloureux souvenirs. L'arrivée de la veuve d'un policier qui venait arroser le frêle géranium, ne fera qu'accentuer sa tristesse. A trois, il n'était pas facile pour eux de porter toute la détresse du monde. Ce n'est qu'en arrachant avec détermination les mauvaises herbes qui envahissent le minuscule carré, que Boualem parvenait à contenir sa colère. Et ses larmes! Il se rappellera un détail d'importance, les 4 martyrs de Sidi Ali avaient été enterrés dans leurs uniformes flambants neufs que la poussière des martyrs de Novembre est venue couvrir d'un linceul invisible.


L'article original a été publié
Poussières de Novembre par Yacine Alim, alias Aziz MOUATS dans 
El Watan du 07 - 11 - 2007.

lundi 29 janvier 2018

Meursault, un criminel innocent

Ce texte prémonitoire de Khaled Ouaddah. Que je republie à l'occasion de la venue dans le Dahra, pour un circuit mémoriel, du romancier et pamphlétiste Rachid Boudjedra ...le texte est a mettre en relief avec la parution de son nouveau livre " Les contrebandiers de l'histoire"...ou l'impossible réconciliation avec les groupies de Sansal, KD, Bachi et autres renégats...


Albert Camus, une œuvre toujours revisitée
L'Etranger : un criminel innocent ?

Publié dans El Watan le 02 - 02 - 2006

la réalité du roman L'Etranger met mal à l'aise le lecteur. Mais d'où vient la force d'impact qui a fait de ce court récit l'objet de tant de commentaires, d'analyses et de réflexions illimitées parmi les critiques littéraires et dans le monde universitaire d'une façon générale ?
C'est le caractère énigmatique du personnage de Meursault qui rend invisible la frontière entre la fiction et la réalité, à travers l'accomplissement d'un meurtre, pas n'importe lequel, celui de l'Arabe. Toute la ligne des commentaires, qui ont inscrit le roman dans la perspective historico-narrative, semblent privilégier cette représentation, comme si derrière cet acte criminel se profilait le crime colonial. Cette orientation a suscité diverses appréciations et a attiré l'attention de beaucoup d'écrivains et non des moindres, tel que le grand intellectuel américano-palestinien, Edward Saïd, qui, dans un livre remarquable - Culture et impérialisme - a démontré que l'auteur Albert Camus ne pouvait échapper à la mentalité coloniale de son temps. A la suite du grand philosophe J-P Sartre, d'autres critiques se sont penchées sur le chemin de la philosophie de l'absurde (suicide) qui imprègne « le mythe de Sisyphe », pour expliquer de façon plus ou moins exagérée les racines de L'Etranger. Si c'est à travers l'expérience du personnage de Meursault que l'écrivain Camus voulait révéler sa visée artistique, cette approche laisse échapper l'affectivité complexe et angoissante du livre, comme le laisse entendre le psychanalyste anglais, Masud R. Khan. Dérangeante, inclassable et irréprésentable, l'expérience criminelle du personnage de Meursault, énigmatique et innommable jusqu'à la méconnaissance du nom de la victime, identifiée par l'unique signifiant de différence culturelle, ne facilite guère ni l'accès ni l'entrée à une compréhension de ce que remue l'auteur dans son roman. Cette expérience a ouvert la voie à des lectures duels qui instruisent beaucoup plus le procès de l'écrivain (réalité) que le procès de vérité esthétique (fiction) à l'œuvre dans le roman. Est-elle indifférente au contexte de la réalité coloniale ? Certainement pas. Mais pour échapper au piège des lectures qui occultent l'interrogation sur les enjeux subjectifs qui poussent le personnage de Meursault à l'accomplissement de cet acte malheureux dans une situation sociale coloniale sans issue, il est peut-être nécessaire d'établir un lien avec le roman La Peste qui a été entamé en 1941, une année avant la publication de L'Etranger, pour n'être publié qu'en 1947, et ce, afin de circonscrire l'opacité et l'impasse criminelle du personnage de Meursault. Dans ce livre, Camus nous livre une figure de style paradoxal pour se représenter un archétype, où l'on peut reconnaître facilement le personnage de Meursault qui attente à la vie de l'Arabe. Voici un extrait de La Peste où l'écrivain déclare une vérité ultime : « J'ai pris le parti alors de parler et d'agir clairement pour me mettre sur le bon chemin. Par conséquent, je dis qu'il y a des fléaux et des victimes, et rien de plus. Si, disant cela, je deviens fléau moi-même, du moins, je ne suis pas consentant. J'essaie d'être un meurtrier innocent. Vous voyez que ce n'est pas une grande ambition. » Dans ce passage, Camus dépeint quelque chose de potentiellement nihiliste, à travers cette catégorie paradoxale du « meurtrier innocent ». Une innocence qui décharge le criminel de la culpabilité subjective et l'accusé de la culpabilité juridique. Cette figure du meurtrier innocent nous permet de réévaluer la sensibilité spécifique et paradoxale du personnage de Meursault afin de comprendre son incapacité d'entrer dans la symbolisation de son crime. Meursault ne manifeste aucune culpabilité, il est l'archétype même du « criminel innocent », pour qui la vie n'est que réalité sensible de pure corporéité, sans rapport d'altérité et sans représentation : « Le corps ne triche jamais ». Menacé par l'indifférenciation et la méconnaissance de l'autre, Meursault n'est que la révélation dramatique d'un personnage dans un contexte social dominé par la logique coloniale. S'il ne parvient pas à élaborer sa culpabilité pour se représenter son crime, c'est que le dogme de la violence coloniale l'enferme dans un duel et dans un non-sens qui l'aident de façon maladive à ne pas se reconnaître coupable : « J'avais remarqué que l'essentiel était de donner une chance au condamné. Une seule sur mille, cela suffisait pour arranger bien des choses. Ainsi, il me semblait qu'on pouvait trouver une combinaison chimique, dont l'absorption tuerait le patient (je pensais : le patient) neuf fois sur dix. » Que renferme cette nouvelle identité qui fait virer le récit où le personnage de Meursault ne se pense pas comme prisonnier, mais en tant que patient ? Le rapprochement a été vite fait par un grand nombre de critiques et par Camus lui-même qui pensait que le meurtre et le suicide sont les deux faces de la même pièce. La philosophie de l'absurde, qui s'est développée autour de ces grandes interrogations que soulève l'auteur, a oublié sinon occulté une grande vérité anthropologique de la tradition romano-canonique occidentale : le suicidé tue quelqu'un. Autre chose de beaucoup plus complexe. Si l'on s'interroge sur le suicide au Moyen Age, le désespoir n'était ni un sentiment ni un état psychique, mais un vice, une maladie. Même si le procureur déclare coupable Meursault d'indifférence filiale, le romancier Camus était loin d'être indifférent aux textes fondateurs de sa généalogie qui épongent la culpabilité.

dimanche 28 janvier 2018

Bouteflika sans Mehri...ou les clés de l'impasse


 En ces instants d'incertitudes, alors que le 5ème mandat est plus que possible, il est utile de revenir à l'essentiel. Sommes-nous en mesure de dégager une voie, meme très mince vers un changement de régime? Notre ami Djamal Eddine Belhadj, ancien sénateur et toujours patriote, vient de solliciter ses amis en vue de trouver un homme ou une femme capable de fédérer la sphère patriotique et de dégager un consensus en vue d'influer sur la future joute présidentielle de 2019. A lire les avis et commentaires, il est temps de cultiver le desespoir à grande échelle. Que l'on ne soient pas d'accord sur une personne, cela relève de l'entendement, mais que l'on se laisse aller au dépit ou au désespoir, cela n'est pas concevable. Modestement,j'ai donné mon avis...il n'est pas très optimiste, je le reconnais. Mais il a le mérite de fixer les limites de ce qui reste possible. Je disais donc qu'il est heureux que Bouteflika ne soit pas remplaçable. et que jamais le système n'admettra un changement en dehors des ses arcanes...Bien entendu qu'un sursaut auquel je ne crois plus serait salutaire! Mais le pays est réellement embourbé dans un après Bouteflika qui va perdurer. Pourquoi? pour la simple et bonne raison que les acteurs trouvent tous leur compte dans ce vaudeville. Alors, dans le souci de donner un éclairage sur cette tendance lourde, j'ai retrouvé cet article du journaliste Saïd Djaafer...à propos de l'attitude de feu Abdelhamid Mehri. Pour bien comprendre comment et pourquoi nous en sommes là, il faut le lire et le triturer...car à l'évidence Mehri avait cette rare étoffe d'un homme lucide et modeste...Lui a su dire NON au système...et le Système l'a rejeté...Avec un éclairage très original et tellement juste sur la complicité entre les tenants de la voilure et les responsables du Fis...Moi même, j'ai toujours soutenu que le Fis et le système ne sont pas la face et l'avers d'une même médaille...je continue de croire profondément qu'une alliance s'est nouée entre ce part islamiste et le système pour dégommer Mouloud Hamrouche et son équipe de réformateurs...C'est ce qui nous a valu la terrible tragédie...et c'est ce qui a valu à Abdelaziz Bouteflika ce retour triomphant et sans partage à la timonerie...Et comme le capitaine au long cour n'est pas né de la dernière pluie, il va falloir se résoudre à attendre...un autre Mehri...l'article ce dessous lui rend l'hommage qu'il mérite...à méditer profondément, même si l'horizon est des plus sombres...
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Abdelhamid Mehri: un immense politique
Saïd Djaafer Journaliste

“Je suis passé par des siècles de bouches cousues” disait le poète irakien Abdel-Amir Jaras. 


Abdelhamid Mehri aurait pris avec philosophie et sans se départir de son petit sourire ironique les hommages que lui rendent aujourd’hui certains de ceux qui n’ont pas hésité à lui faire un procès en trahison et en kofr après la rencontre de l’opposition algérienne à Rome.

Dans ces journées délirantes de 1994 où les médias publics se sont déchaînés contre l’homme et où le régime avec tous ses compartiments s’est mis en ordre serré pour une campagne de haine sans précédent, Abdelhamid Mehri, ne s’est pas départi de son calme.

Il a demandé un droit de réponse à la télévision algérienne et “ceux qui décident” ont estimé qu’ils avaient là une opportunité de le “confondre” devant l’opinion et qu’il suffisait de bien préparer l’émission. L’émission a eu lieu. En quelques phrases, le secrétaire général du FLN a ruiné toutes les manipulations et des semaines de propagande éhontée du régime. Il a dévoilé, une fois de plus, qu’il était sans arguments.

Après ce droit de réponse, la télévision qui était déjà fermée est devenue nord-coréenne. Abdelhamid Mehri qui en a vu au cours de son combat politique au long cours était d’une humilité et d’une disponibilité sans égale. Mais il ne pouvait s’empêcher d’exprimer, dans des cercles amis, son effarement et son mépris pour l’aplomb des médiocres serviteurs d’un régime qui peuvent énoncer les pires mensonges sans sourciller et décerner les pires accusations avec une légèreté inégalable.

Cela donnait lors des rencontres, fréquentes qu’il a eues avec les journalistes de La Nation, à des moments de déconstructions hilarants de ces affirmations des médiocres du régime. Juste pour rire. Car, et c’est la grande force de M. Abdelhamid Mehri, pour lui ces personnels mis en avant sont chargés d’organiser les diversions et de mener vers des discussions où les mots et les concepts sont continuellement pervertis. L’ancien ministre du GPRA, l’homme de Tanger, l’ex-Secrétaire général du FLN, l’homme du Contrat National savait les mettre de coté par une simple remarque caustique et terriblement expressive.

Un formidable travail de dévoilement

Ces personnels qui peuplent la devanture comme des marionnettes détraquées, il ne les attaquait même pas. Ce n’était que de l’écume. Pas plus qu’il n’a jamais accepté d’entrer dans les chemins des personnalisations des débats. Et s’il s’adressait à un président, c’était en tant qu’adresse officielle d’un régime qui n’a même pas l’alibi d’une quelconque efficacité dans n’importe quel domaine. La haine du régime contre Abdelhamid Mehri -et contre les réformateurs- tient au fait qu’il menait, sans faire dans le tapage, ni dans les accusations ad-hominem, un formidable travail de dévoilement.

Dans ce pays où la manipulation est constante, où la peur sert pour une partie des élites de grille d’analyse, défendre la démocratie, les libertés et la reddition des comptes des responsables, c’est faire œuvre sacrilège. Et quand on défend ces valeurs par conviction et sans aucune naïveté, on devient l’ennemi.

Abdelhamid Mehri dans un débat télévisé avec Abassi Madani qui se gonflait d’importance en jouant la pression de la rue, le mettait en garde sur le fait qu’il était le jouet d’une entreprise destinée à entraver le processus démocratique. Le message était clair, il avait bien été entendu par Abassi Madani et il n’en a pas tenu compte. Par arrogance. Et parce qu’Abassi Madani était dans les mêmes logiques des tenants du système.

Le chef du FIS devant la force de l’argumentaire s’en était tiré par un piteux : “M. Abdelhamid Mehri est un fils de bonne famille, que faisait-il dans ce régime”. En réalité, Mehri était déjà totalement hors d’un système qu’il estimait irrémédiablement condamné après les événements d’octobre 1988 alors qu’Abassi Madani, sous des dehors de révolutionnaire islamiste, était complètement dedans.

Ce n’est donc pas un hasard que le “fils de bonne famille” a continué, sans faille et sans arrêt, son combat pour la démocratie sans que ses actions ne servent d’alibi à une régression orchestrée par le système. Contrairement à Abassi Madani dont la naïveté politique et le mimétisme profond à l’égard des pratiques du pouvoir ont servi d’aubaine pour le régime.

La grande leçon est qu’on n’est pas révolutionnaire parce qu’on est bruyant. On l’est par la clarté des idées, la juste perception du rapport de forces et une conviction profonde qu’on doit contribuer à éclairer la société et non à la chauffer. Et éclaireur, Abdelhamid Mehri, il l’a été. Constamment.

Un homme politique face à la machine

L’écouter, c’est d’abord sortir de la naïveté, cesser d’être malléable -cela n’est pas donné à tous le monde d’être capable d’aider les gens à avancer- et entrer dans l’âge de la politique. Du politique.
Car précisons-le, Abdelhamid Mehri a été un homme politique, il n’a jamais été un politicien. Il ne s’agit pas d’une nuance.

Dans le régime algérien “spécifique”, être un homme politique est inacceptable. Une hérésie. La seule chose qui est acceptée est d’être un serviteur, un bureaucrate de la politique où un cabotin qui, par exemple, fait mine d’avoir organisé un complot scientifique.

On les a vus, en live, à l’hôtel Al Djazaïr, en 1996, rouler des mécaniques pendant que les organisateurs du complot planqués dans une suite géraient au corps à corps les membres du comité central. Défait, Abdelhamid Mehri? En réalité, il avait constaté, sans être vraiment surpris, que le régime pouvait aller jusqu’à menacer des membres du comité central d’un blocage de leur pension de retraite s’ils “votaient mal”.

Certains sont venus discrètement le lui dire et s’en excuser. On n’était plus dans une bataille politique. Mais dans des menaces d’une tout autre nature. Le FLN entrait dans la “maison de l’obéissance”. Il n’en est pas sorti depuis. Le “complot scientifique” ce ne sont pas les cabotins de la politique, les médiocres qui servent de faire-valoir, qui l’ont mené, c’est une machine. Et c’est Mehri qui explique lui-même ce traitement et cette “intrusion brutale du pouvoir” dans les affaires du FLN.

“Le traitement a consisté en une ordonnance grasse de la part de certains services de l’Etat qui croyaient, et sans doute le croient-ils encore, que les missions qui leur ont été confiées leur donnent le droit de gérer d’une manière ou d’une autre le fonctionnement des organisations sociales, des partis et des associations ; de promouvoir certains de leurs dirigeants, de sélectionner leur candidats aux assemblées élues, de rectifier leurs lignes politiques en cas de nécessité dans le sens qui sied à l’ordre établi (...) Cette forme de complot scientifique est en fait un composé organique du système de pouvoir et un instrument de gestion de la démocratie de façade”.

Jusqu’au bout pour la démocratie et le Maghreb

Aujourd’hui, le concert des louanges qui viennent, y compris de ceux qui l’ont vilipendé et trainé dans la boue et accusé d’être un traitre à sa patrie, ne doit pas faire illusion. Abdelhamid Mehri a combattu ce régime, il a défendu avec abnégation et sans relâche la démocratie et le Maghreb.

Il était scandalisé par la persistance, sans raison valable, de la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Il a continué à apporter sa contribution par tous les moyens possibles. Et il était sans illusion sur les pseudos-réformes que le régime a annoncé récemment en notant que le pouvoir se refusait à un préalable élémentaire de permettre un débat sur l’état des lieux et sur ce qui doit changer. Mais Abdelhamid Mehri n’a jamais prêté flanc à la désespérance.

C’était un militant et il l’est resté. Et à tous les jeunes qui venaient lui exprimer leur désarroi, il leur rappelait qu’avant le 1er novembre, la scène algérienne était marquée par le marasme, le désarroi et l’absence de visibilité. Mehri était convaincu que les algériens ont les moyens de trouver, en eux-mêmes, les moyens de sortir de l’impasse. Il constatait que pour la plupart des algériens, le régime est totalement discrédité. Et que la seule question qui se posait à eux était de savoir comment le dépasser et le changer sans que cela ne soit trop couteux pour le pays.

Et il ne doutait pas qu’ils finiront par trouver la voie pour dépasser un système qui entrave la marche inscrite dans l’histoire des algériens vers la démocratie et l’union des peuples maghrébins.

Abdelhamid Mehri a été, pour nous, pour beaucoup, l’incarnation d’une Algérie rêvée : démocratique, ouverte, progressiste et ancrée dans ses cultures et ses valeurs. Et ce n’est pas une erreur de découvrir que cette Algérie-là, c’est bien celle qui a été énoncée dans la proclamation de novembre. Nous honorerons Abdelhamid Mehri si nous tous, jeunes et moins jeunes, continuons à nous battre et à ne pas renoncer à cette Algérie-là.

Article publié dans La Nation le 31 décembre 2012 sous la signature d’Ahmed Selmane

vendredi 29 décembre 2017

Inextricable Berbérité

Mon amie Fatma Fetouma vient de commettre un texte sur sa page facebook...Elle y aborde un sujet grave...à tel point que contrairement à nos habitudes, les commentaires se sont fat très discrets...voire hostile..selon moi, l'affaire est plutôt mal partie..voici une approche désespérée pour dénouer l’inextricable écheveau...mais restons courtois, voici d'abord le texte de notre amie Fatma Fetouma:

Discutons, voulez-vous?

Nous sommes tous BERBÈRES qu'on le veuille ou pas! C'est une réalité historique!
Nous le sommes, que nous soyons berbérophones ou arabophones! D'ailleurs, même les sourds muets d'entre nous le sont tout autant!!

La berbérité est beaucoup plus une culture, des valeurs, un savoir vivre et un savoir être qu'une...langue.
Je ne réduis pas l'importance de la langue! Non! Mais je rappelle l'étendue et la multiplicité de ses fonctions.
Si elle était le seul moyen d'expression et de communication de nos aïeux, elle ne l'est plus pour nous. Mais elle demeure le moyen d'accéder à un savoir ancestral et celui de pouvoir déceler la subtilité et la poésie d'un patrimoine littéraire incommensurable.

Le combat identitaire, s'il se veut légitime et soutenable, doit être dépassionné. Il doit refuser d'être nourri du sentiment de vengeance qui anime secrètement mais profondément quelques uns des plus âgés de ses militants...ceux qui avaient subi, jeunes (voire même enfants) le zèle d'un jeune pouvoir injustement et maladroitement totalitaire!

Fatma Fetouma


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Un texte fort, courageux et lucide...il va faire des vagues...la raison?   Il n'y a pas de raison! Par sa stupidité et son enfermement, le système à condamné le peuple à se passer de raison...car à l'origine, les Algériens avaient fait le plus dur, à savoir s'unir pour combattre le colonialisme...c'était l'ennemi commun, un dénominateur...puis une fois le pays libéré, les pulsions anciennes sont réapparues et se sont exacerbées...retour à la division...Les épiphénomène comme la langue et la culture ont servis de leviers entraînant un renfermement...sur nos anciennes différences...fruits de nos diversités tribales et linguistiques...si bien que des amis Kabyles en viennent à se moquer de mon appartenance avérée à la Kabylie Orientale...rien que ça!  On vois bien que le fossé est très profond...l'affaire n'est plus seulement linguistique...ou culturelle...C'est une affaire de GHETTOÏSATION...alors une remède Docteur? Mameri n'est plus là, Mhenni est dans sa bulle, HADJ Lakhdar n'est qu'une plaque sur un campus dans l'Aurès, Akhamokh s'est tu...il va falloir trouver un Homme introuvable...Les faisans de Zeralda continuent de parader...et Fatma Fetouma est en vacances...il faudra bien plus qu'une consécration bien tardive de Yennayer pour nous faire retrouver les sentiers enfouis de la raison...

Aziz Mouats, Berbère malgré VOUS...

lundi 25 décembre 2017

Noël à Tartous

 Voilà qu'à l'occasion des fêtes de Noël, que de nombreuses familles algériennes y sont associées, soit à la faveur de la religion chrétienne qu'ils pratiquent, soit à cause de la proximité avec des amis chrétiens, soit tout simplement à cause des liens familiaux qui font que de nombreux couples mixtes entretiennent une nouvelle forme de partage des pratiques et des usages que leurs enfants ou petits enfants ont hérité de leurs liens filiaux. Alors pourquoi autant d'étonnements et pourquoi autant de haine parmi de nombreux amis virtuels? Ayant eu l'insigne privilège de visiter la Syrie durant la terrible et sanglante décennie noire vécue par mon pays j'ai trouvé dans le Cham une seule nation, composée de plusieurs communautés religieuses mais partageant une seule et unique langue. Celle d'El Moutanabbi et du Saint Coran. C'est ainsi que le 24 décembre 1996, je me trouvais avec trois autres compatriotes dans la boutique d'un Arabe Syrien, Maronite...donc complètement chrétien et qui s’apprêtait à fêter Noel avec sa famille, dont sa belle fille Ukrainienne! Mieux informés que moi sur les croyances de notre hôte, mes amis m'avaient mis en garde, soulignant que ce chrétien était retors en affaire. Bien entendu, je n'avais aucune appréhension particulière. La discussion fut aussi courtoise que longue. Puis, comme la nuit tombait sur Tartous, il fallait bien conclure et laisser notre commerçant aller festoyer en famille. Dehors, toutes les boutiques étaient décorées de lumières chatoyantes. Leurs propriétaires étaient-ils tous chrétiens? A l'évidence non! mes collègues qui connaissaient depuis longtemps la ville, me confirment alors qu'il n'y avait que quelques rares boutiques qui appartenaient à des chrétiens. Pourtant, aucune boutique ne se distinguait. Tous les commerçants, sunnites, chiites, alaouites ou chrétiens avaient parfaitement paré leurs vitrines pour accueillir Noël. Ce fut pour moi la plus grande leçon de tolérance religieuse de ma vie. Mais nous n'étions pas au bout de nos surprises. Notre marchande chrétien maronite de Tartous, qui lui fêtait en famille Noel nous en avait gardé une. et elle était de taille. Ils nous demanda de l'accompagner chez lui et de partager le repas de Noël avec sa famille. Je revois encore les yeux écarquillés de mes compatriotes...Voilà pourquoi, depuis ce jour, je n'oublie pas que Noël c'est surtout une fête pour réunir les Hommes...et que Sidna Jésus et Sidna Mohammed sont tous les deux prophètes d'un seul Dieu...et ils ne sont pas seuls...il suffit d'ouvrir les pages du Coran pour s'en rendre compte...
Pour illustrer
cette chronique je me suis permis de reproduire un texte publié par mon ami Mohammed Brahim Zeddour...une très élégante balade entre l'Orient et l'Occident...en passant par notre Berbérie Nationale...à lire absolument

Les chrétiens dans la paix de l’Islam

Par Zeddour Mohammed Brahim
Par le Coran, nous apprenons que Jésus, dans sa prédication, annonçait l’avènement du prophète de l’Islam : «Lors Jésus, fils de Marie, dit : Fils d’Israël, je suis l’envoyé de Dieu vers vous, venu confirmer la Torah en vigueur faire l’annonce d’un envoyé qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad’’.» Sourate 61.6) Dans une série de documentaires Jésus et l’Islam diffusée sur la chaîne franco- allemande Arte en décembre 2015, les réalisateurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur explorent la genèse de l’Islam, à travers la figure de Jésus dans le Coran. Etonnés par la place exceptionnelle qu’occupe Jésus dans le Coran, les réalisateurs ne sont pas parvenus à percer le mystère au bout de sept épisodes et malgré un panel de vingt-six des plus grands spécialistes parmi les historiens, les philologues et les épigraphistes. Le débat est resté confiné dans une logique théologique, historique et littéraire du texte coranique. L’annonce de Jésus a constitué pour les chrétiens une promesse, ce qui fait que l’Islam était attendu en ce qu’il permettait à tous les peuples de porter l’espérance de s’affranchir des tyrannies. Pour rendre intelligible cette réalité complexe, il suffit de jeter un regard sur l’état du monde à la veille de l’Islam. L’Orient était, d’une part, marqué par le divorce avec l’Eglise catholique et, d’autre part, dominé par deux empires tyranniques, une tyrannie théologique exercée par Byzance et une tyrannie politique exercée par les Sassanides. Tous ceux qui croyaient en cette promesse et cette attente étaient considérés comme hérétiques et violemment combattus. Mais quand ces chrétiens hérétiques, notamment les adeptes du monophysisme et du nestorianisme, entendirent les premiers versets de la Révélation coranique, ils comprirent le message et répondirent à l’appel. Qui donc pouvait rester indifférent à la volonté de résorber la crise entretenue par les débats byzantins et réaliser l’unité religieuse de l’Orient : un Dieu unique, une communauté unique. Les deux empires s’étaient épuisés dans des guerres de souveraineté et finirent par s’allier pour contrer l’avancée de l’Islam. La sourate 30 évoque justement un épisode de ces guerres byzantinoperses : «ALM Rome [Byzance] a été vaincue en terre d’en deçà. Mais Rome, après avoir été vaincue, vaincra.» Il s’agit de la conquête de la Syrie par les Perses en 613 et la contre-attaque victorieuse de l’empereur byzantin Héraclius en 622. Mais beaucoup y voyaient une prophétie sur la défaite des Byzantins. C’est ce qui est partiellement arrivé lors de la victoire tactique des musulmans dans la bataille de Mu'tah en 629, qui a permis l’émergence de Khalid Ibn el Walid en tant que stratège militaire. Il fut gratifié du titre de Sayfullah. L’adhésion des chrétiens a été décisive dans deux batailles qui suffirent à vaincre les deux grands empires. La bataille de Yarmouk et la bataille de Qadisya menées la même année en 636. Le gros des troupes était constitué de chrétiens syriens, ghassanides et byzantins. Débarrassés des tyrannies, se sentant libérés des dogmes et de la coercition, les dignitaires chrétiens reçoivent en frères les chefs musulmans et ouvrirent la voie à un mouvement spectaculaire de conversion à l’Islam. En 628, ayant appris que le Prophète de l’Islam était le protecteur des chrétiens, une délégation de moines du monastère Sainte-Catherine, situé au pied du mont Sinaï en Egypte, se rendit à Médine pour lui demander sa protection. Il leur octroya une charte leur garantissant des droits, dont voici la teneur : «Ceci est un message de Mohammed ibn Abdillah, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme ; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux. Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens. Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans. Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance de Dieu et désobéit à Son prophète. En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré. Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est. Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son approbation. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église. Leurs églises sont sous la protection des musulmans. Nul ne doit les empêcher de les réparer ou de les rénover, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas. Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde).» Négus, le roi d’Abyssinie, n’hésita pas à offrir refuge et protection à un groupe de premiers musulmans auxquels le Prophète recommanda l’émigration vers cette terre gouvernée par un monarque vertueux et juste. On rapporte qu’en apprenant le décès du Négus en 630, le Prophète effectua pour lui la prière mortuaire. La même année, La Mecque est libérée, mettant fin à l’emprise des Qoreichites et à leur rôle turbulent. Le calife Omar est reçu chaleureusement par Mansour (grand-père de Mansour ibn Sarjoun, Jean Damascène), évêque de Damas en 635 et par Sophronios, évêque de Jérusalem en 638. De même que le patriarche d’Alexandrie Cyrus accueille à bras ouverts Amr Ibn El ‘As, ouvrant ainsi la voie à l’Islam vers l’Afrique du Nord et la péninsule ibérique où vivent sous la tyrannie d’autres chrétiens hérétiques, les ariens, les donatistes, les montanistes et les monophysites, autant de doctrines qui constituaient un «Islam par anticipation», selon la formule d’Emile-Félix Gautier. Les chrétiens d’Afrique, pour se démarquer des chrétiens romains, s’appelaient entre eux «Punici Christiani». Ils ont su résister à l’intégrisme de l’Eglise catholique de Rome, rejetant les dogmes, restant fidèles à la lettre comme à l’esprit du message de Jésus et préfigurant l’expansion rapide de l’Islam en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique. La présence byzantine en Afrique du Nord s’est avérée décadente, elle s’est aggravée par les répliques de la bataille de Yarmouk. Les Byzantins n’ont pas pu empêcher l’avancée de l’Islam, malgré le recrutement de collaborateurs locaux comme Koceila et la révolte de Kahena. Le mouvement se poursuit également à l’est, Antioche et l’Arménie, entraînant dans le mouvement les autres provinces en direction de l’Indus. A la liberté reconquise, la paix retrouvée et la souveraineté reconstruite, il faudra ajouter la prospérité économique et la profusion des arts et des sciences que l’Orient allait connaître grâce à la dynamique des échanges et la libération de la créativité que l’Islam n’a pas manqué de susciter. Et surtout la convivialité sociale où la foi a cessé d’être un motif de cloisonnement. On verra plus tard le calife fatimide Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah, le fondateur d’El Azhar, épouser la sœur de l’évêque de Jérusalem. Venant réaliser la réconciliation de l’espèce humaine et créant de nouvelles conditions favorables au continuum civilisationnel, l’Islam n’a pas manqué d’offrir à l’humanité ses plus beaux cadeaux : la Palestine et l’Andalousie, c’est-à-dire le syncrétisme fédérateur où se mêlent jusqu’à la confusion toutes les croyances et la poussée très haut de la perfection pour réaliser la fusion de l’art, de la science et de la méditation. Restant à l’écart de ce mouvement initié par la naissance de l’Islam, l’Eglise catholique a fini par consommer son divorce avec l’Orient. C’est alors que s’est forgée une alliance entre le clergé et les rois d’Europe avec comme objectif l’entretien d’un état permanent de guerre à l’Orient, avec ses atroces péripéties : croisades, chute de l’Andalousie, sac de Byzance, conquêtes coloniales, etc. C’est ainsi qu’ont été brisés les rêves palestinien et andalou, ainsi que leurs vocations dont seul l’Islam est garant. L’invasion de la barbarie sioniste du XXe siècle, qui procède de ce même état d’esprit, remet au centre de l’actualité le destin de la Palestine. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, donne la parfaite mesure de cet aveuglement et de cette hystérie caractéristiques. Il commanda une première traduction du Coran dans un esprit de croisade. Il explique les motivations de son travail : «Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran.» Dans le manuscrit, il reproduit une caricature qui représente le Prophète de l’Islam avec une queue de poisson et des plumes sur le corps. Survient enfin la chute de Byzance, entraînant l’effondrement total et définitif du mythe gréco-romain bien avant son apparition et parfaitement narré par l’écrivain finlandais Mika Waltari dans Les amants de Byzance. Le narrateur Jean l’Ange (Johannes Angelos) rappelle la seule vérité qui vaille dans l’imminence de la chute de la ville, au-delà du dilemme, des incertitudes et de l’anxiété : «Même si nous vainquions le sultan, Constantinople ne serait plus qu'une morte-vivante entre les mains des barbares latins.» La réconciliation avec l’Islam viendra avec les grands esprits du siècle des lumières : Goethe, Dante, Voltaire, Lamartine, Montesquieu, etc. Mais c’est à Friedrich Nietzsche que revient le mérite de la perspicacité : «Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds !) – Pourquoi ? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure ! Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière(…) Les croisades ? Une piraterie de grande envergure, et rien de plus ! (…) En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance : (…) Paix et amitié avec l’Islam.» Ce mouvement de réconciliation, qui ne s’est jamais interrompu, a connu ses moments forts durant la tragédie de la guerre de libération.
M. B.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/12/24/article.php?sid=221821&cid=41

mercredi 6 décembre 2017

Med Bahloul, la thérapie par l'Art




Vous étiez beaux, vous étiez forts, vous étiez heureux...vous étiez fiers...de venir au musée Zabana...fêter l'art pictural...fêter l'amitié, fêter Mohammed Bahloul...Comment vous remercier? Pourquoi vous remercier? puisque dans vos sourires, dans vos regards,dans votre démarche, il y avait ce que l'on peut offrir de mieux..le réconfort, celui que l'on donne...celui que l'on reçoit...celui que l'on partage sans compter...celui par qui le bonheur devient possible...nous avons solidairement accompagné notre ami dans ses moments d'incertitudes...nous avons tous suivi avec une grande douleur son long et insoutenable combat contre la maladie...nous avons tous espéré sans grande certitude...mais nous n'avons jamais abdiqué...pour Mohammed, pour l'amitié, pour la vie...et puis, par petites touches, notre ami a trouvé les motivations auprès de chacun d'entre nous...c'est votre présence jamais démentie qui a aidé à l"accomplissement du miracle...Hier, en ce somptueux musée Ahmed Zabana...vous avez été au rendez-vous...l'amitié avouée, l'amitié assumée, l'amitié donnée...soigne de tout...Je voudrais vous saluer et non pas vous remercier - de quel droit?- mais je voulais faire une digression...en citant un homme et une femme...qui sont pour moi la quintessence de l'amitié et de la solidarité...je voudrais dire à Ghania Oukazi que sa venue depuis Alger n'est pas passée inaperçue...je la remercie aussi d'avoir accepté de témoigner non sans émotion ...enfin, je voudrais dire en quoi la visite de Brahim Hasnaoui a été importante...voilà un manager qui n'a jamais une seconde à lui...qui prend le temps de venir...au moment où le musée fermait ses portes...où nous engagions nos pas vers la sortie...qui s'excuse de déranger... c'est grâce à la grande générosité du personnel du musée que Brahim Hasnaoui et ses deux compagnons ont pu accéder à la salle d'exposition...et admiré les 72 œuvres exposées...mon émotion est encore envahissante ce matin, lorsque j’écris ces lignes...j'ai repris le chemin de Mostaganem avec la douce sensation d'avoir été utile...et d'avoir eu la chance de partager ces instants de grande communion et de belle générosité avec vous...Bravo...à Nous tous...nous avons ensemble et chacun selon ses certitudes réussi à faire reculer les limites du possible...j'ai vu l'émotion dans les yeux de Mohammed Bahloul...

















20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...