lundi 3 décembre 2012

Frissons Catalans



centre ville de Perpignan

Partis dans le cadre des échanges culturels et scientifiques avec la ville de Perpignan et le pays Catalan, nous arrivons ce mardi 27 novembre à l’aéroport Blagnac de Toulouse avec une exactitude Suisse. Très surprenant de la part de la compagnie nationale Air Algérie, mais tellement agréable pour nos amis Catalans venus à notre rencontre. Conduit par Braik Saadane, doyen de la faculté des lettres et des Arts, le groupe se compose de H’mida Belalem, metteur en scène Mostaganémois dont le talent et la discrétion sont notoires, de sa fille Imène qui fera sensation lors des deux représentations de la pièce « Filet » du magistral Ould Abderrahmane Kaki ; il y avait également les comédiens Bourougaa Sarah, Belmehel Nesser Ellah , Braïkia Zakaria , et Bourougaa Belkacem.

Une terre de contrastes et de vignobles
Les formalités d’entrée ayant été accomplies avec célérité, nous nous retrouvons sur le quai « D » de cet immense aéroport de Toulouse. Mais première désillusion, passagère et attendue de la part de Pierre Paul Haubrich, mon ami de longue date et principal organisateur de notre séjour à Perpignan. Joint par téléphone, il finira par nous retrouver et nous embarquons en direction de Perpignan. Le ciel est parfaitement dégagé, contrairement à Oran où nous venions d’essuyer un orage Algérois selon la description d’Albert Camus. Braïek Saâdane et moi prenons place dans la minuscule Citroën de PP Haubricht. La troupe prend place dans un mini bus affrété par la mairie et conduit par le sympathique Jaume Pol, membre du staff culturel de Marie Costa. A la première aire de repos, halte obligatoire pour une pause café. Une charmante serveuse se laisse surprendre lorsque je lui demande de me servir un « Copé »…grosse moue de dépit puis sourire lorsque je lui indique le  pain au chocolat. PP Haubricht ne cache pas sa joie, il est très ému de nous voir enfin dans son deuxième pays et ne cesse de nous le rappeler. Braïk Saâdane dont c’est la première rencontre avec mon ami, l’enfant de Beymouth, est admiratif de notre complicité. L’autoroute A61, qui mène en Espagne, longe les Pyrénées et traverse Perpignan et Le Pertuis pour rentrer dans l’autre partie du pays Catalan. A mi chemin, j’aperçois la superbe cité de Carcassonne que j’avais visité 51 ans auparavant, lorsque nous étions venus séjourner dans un centre de colonie de vacances en plein cœur du Tarn. Pierre Paul est surpris par ma connaissance des lieux. Sa surprise est davantage accentuée quand je lui parle du village « Les Cammazes » où nous avions séjourné durant l’Eté 61, en pleine guerre d’Algérie. L’arrivée à Perpignan se fait à notre grande surprise sous un soleil automnal persistant, par temps clair avec un léger vent balayant les interminables vignobles jaunissant. Les Pyrénnées Orientales sont une terre de Rugby mais aussi de vins. Des similitudes frappantes avec le Mostaganémois, ce qui explique l’engouement des « Gens de Mosta » pour ces contrées accueillantes et prospères. Nous déposons la troupe à la Résidence RUSCINO , en périphérie de Perpignan, juste à proximité d’un site archéologique en plein chantier de fouilles. Repas «  Hallal » dans un restaurant et départ vers le centre ville en compagnie de PP Haubricht et Saâdane.
Une douche à l’eau des Pyrénées
Nos hôtes ont fait le choix, malgré mes protestations, de nous installer dans le superbe hôtel «La Loge» en plein cœur de la vielle ville de Perpignan, avec ses ruelles approximatives qui rappellent avec bonheur le Derb ou la Casbah d’Alger…avec une propreté irréprochable pour décor. A travers ces ruelles en serpentins, il y a juste de la place pour la mini Citroën de Pierre Paul. La chambre « 110 » où nous sommes installés est spacieuse et très éclairée. Du robinet, coule l’eau de la montagne voisine. Prendre sa douche à l’eau des Pyrénées est un luxe dont ne rendent plus compte les Perpignanais. Le diner offert par la mairie de Perpignan est l’occasion pour faire connaissance avec Fouzi Bouhadi, l’adjoint au maire, qui nous reçoit dans un restaurant tenu par une Réunnionaise aux multiples talents. Ce sera l’occasion de faire connaissance avec des associations activant dans le rapprochement entre nos deux régions. Il y a ce charmant couple d’Algéro Français qui a déjà fait un séjour pour apporter aide et soutiens aux écoliers d’Abderrahmane Dissi, du temps où mon ami Hammi en était le directeur. Son successeur leur fera découvrir l’école de Chorfa, une bourgade où j’ai de nombreux amis, dont Hadj Charef Dahmane à qui me lie une amitié de 40 ans et dont les vignobles et les figuiers me sont familiers. La soirée est l’occasion pour moi de rencontrer enfin Marie Costa, une immense romancière, femme de culture et de convictions, militante déterminée pour une relation intelligente entre les différentes communautés vivant à Perpignan. Fouzi Bouhadi, l’enfant terrible de Kenanda, dans les piémonts de l’Ouarsenis, entre Zemmoura et Mendès, prend la parole pour souhaiter la bienvenue au groupe. Moment de grands frissons lorsque il parle du message de Jean Marc Pujol, le maire de Perpignan, retenu à Paris par l’étonnante actualité de son parti l’UMP.
Une mosaïque multiculturelle
Moment d’une profonde joie personnelle de voir combien cet enfant de Mostaganem est sensible à notre présence dans sa ville d’adoption. Repas océanique entrecoupé de sérénades judicieusement interprétées par un artiste Argentin en tenue mexicaine et reprises en chœur par l’assistance. Il fallait voir ces femmes algériennes entonner les refrains dans un parfait espagnol. Comment ne pas être étonné de constater que l’intégration est ici très forte, en tous cas bien plus prégnante que ces avatars qui font souvent les manchettes de journaux à sensations, voir à frustrations, tout simplement. Oui en effet, Perpignan que l’on présente comme le fief des nostalgiques, ne s’en tire pas mal de ce brassage multi ethnique qu’elle conjugue à tous les temps. Car il y a là également le longiligne Thierry Gopaul, un Antillais, compatriote d’Audrey Pulvar et grand homme de culture. Fonctionnaire auprès de la mairie, il est un personnage incontournable dans le staff de Marie Costa, elle-même chargée de la culture à la mairie, mais qui en douterait, tant cette femme aux multiples talents sait conjuguer dans les faits nos différences pour mieux asseoir la politique culturelle qui tous les jours, tord le cou aux idées de l’extrème. Ce Thierry là, fera étalage d’une générosité et d’un humanisme qui me fera chavirer lors du trajet du retour que j’effectue à ses cotés. Par moment, sa complicité avec H’mida et sa troupe sera telle que même un observateur averti croira qu’ils étaient ensemble depuis la nuit des temps. Grace à sa disponibilité de tous les instants, il finira par se fondre dans la troupe pour en devenir à la fois le guide et le frère à qui on confie sa fortune et son destin.
Belalem conversant avec JM Pujol, maire de Perpignan
Cours de danse à « l’Ile de la Réunion »
Tandis que le chanteur Mexico-Argentin, parfait sosie de Maradonna, agrémentait la soirée de ses mélodies, la propriétaire du restaurant «L’Île de la Réunion» finissait de concocter un somptueux dessert. Puis au moment où les fruits et autres friandises étaient servis, la jeune femme invitera l’assistance à la rejoindre au milieu de la salle pour un tour de danse. On découvre alors ses talents cachés mais bien réels de professeur de danse océane. Avec les jeunes filles et garçons de la troupe, elle entamera devant un public sidéré, la première leçon de danse. Divine surprise, ce sont les jeunes artiste de Belalem qui feront sensation. En seulement dix minutes de démonstration, le pas de danse langoureux et saccadé de l’Océan Indien sera vite adopté par nos jeunes acteurs. Déjà à ce stade de notre séjour, nos hôtes pouvaient se faire une idée de l’immense talent de la troupe « Le Masque Bleue » de Mostaganem. Et là encore, la vivacité et l’harmonie prodigieuse d’Imène fera grande impression. Timorés à cause d’une maîtrise imparfaite de la langue Française, les jeunes garçons de la troupe donneront libre court à leurs passions favorites. Pour ces amateurs de Alaoui et de Assaoua, les danses traditionnelles de la région, il fallait juste franchir le premier pas pour suivre le rythme imposée par la danseuse pour ensuite l’intérioriser. Très vite ça donnera une rythmique nouvelle où la gestuelle harmonieuse des uns fera jonction avec la virile transe des « Derwichs tourneurs » de Syrie et de Turquie. Qui aurait pensé un seul instant que sur cette terres catalanes, des jeunes algériens droits dans leurs bottes et dans leurs convictions pouvaient se transporter sans tabous vers un mixe de danses probablement jamais expérimenté par ailleurs. C’est pourquoi, à la fin de la soirée, c’est notre hôte Réunionnaise qui fera part de son désir de venir à Mosta s’initier aux danses locales.
PP Haubrich, Saadane Braik, Aline et Fouzi Bouhadi au siège de l'Indépendant
Une filleule appliquée
Mercredi matin, une pluie bretonne tombe sur Perpignan. Divine surprise, au pet déjeuner, le maitre d’hôtel nous propose des figues sèches de la région. Minuscule et délicieuses, ces figues me font rappeler que mon pays en était un grand exportateur. Courte flânerie au centre ville puis départ vers la salle Al Sol où nous attend Fouzi Bouhadi et nos artistes. La journée entière est consacrée à la transformation de la salle de sport en un petit théâtre. Tensions maximale avec toutefois un calme tibétain chez H’mida Belalem qui peine à fixer son filet, la pièce maitresse de son décor. Déjeuner avec Pierre Paul et Aline au Resto U où nous croisons en pestiférés, le sieur Ahmed Benaoum, un presque compatriote que j’aurai bcp de peine à assimiler à la grande tribu patriotique et militante des Mascaréens. Il n’aura même pas pris le temps de prendre un café avec nous, mais je sais que c’est aussi ça la rançon de l’exil. Tandis que je suis au téléphone le déroulement des opérations à la salle Al Sol, nous rentrons dans l’Amphi « Y » pour la rencontre sur l’eau en Méditerrannée. C’est finalement moi qui interviens en premier en parlant de la gestion durable de l’eau dans la Dahra Occidental. Bcp d’étudiants d’Afrique noire dans les travées. Interviendront ensuite Martine ASSENS qui parlera avec maestria de «  L'eau dans les Pyrénées Orientales », suivra  Benoît GARIDOU avec  une « Approche comparé du domaine maritime en Méditerranée », enfin viendra le tour d’ Ahmed Benaoum qui tentera de faire une présentation autour des « symboliques de la distribution de l'eau du TOUAT Algérien ».
Après un débat utile, nous croisons une ancienne compatriote, dont la maman aurait un lien avec la mère d’Albert Camus ; C’est une dame d’une grande élégance qui me parlera longuement de son séjour à Laghouat où elle avait enseigné. Coquette comme une demoiselle du siècle des lumières, elle déclinera avec doigté mon projet de photo.
Nous quittons en trombe l’amphi « Y » pour aller rejoindre la troupe à la salle Al Sol. Aidés par Thierry, omni présent, les artistes ont fait du très beau travail, puisque sans échelle, ils sont parvenus à placer le filet ramené de Mostaganem. Les chaises ont été ajustées pour accueillir les convives, pour leur majorité des cousins de Mosta, de Mazouna et de la fière Kabylie. Ici, l’Algérie se conjugue au brassage. Quelqu’un  a même ramené un ami Roumain qui peinait à se départir de son accent. Michèle Andreu, filleule de Pierre Paul depuis sa vie oranaise en qualité de professeur de gymnastique, s’affaire à immortaliser l’évènement. Le regard pétillant et la générosité à fleur de peau, elle s’occupe aussi de la revue et du site internet de l’association France Algérie Pays catalan. Fouzi Bouhadi, l’enfant de Kenanda, s’affaire à mettre les ultimes retouches à son allocution de bienvenue, il ne laisse rien au hasard, car il est sur ses terres et parmi les siens. Il me demande d’intervenir après son allocution afin de parler de la culture à Mostaganem. Ce que je fais au pied levé.

La troupe avec Jean Marc Pujol, maire de Perpignan
Le maire entre en scène
A 19h15, place au spectacle. Alors que je m’apprêtais à prendre place parmi nos invités, Zaki, membre de la délégation me demande de le suivre derrière le filet et m’indique ma nouvelle mission : attendre la fin du spectacle et détacher le filet  en tandem avec H’mida à l’autre bout de la scène. J’ai tout de même réussi à prendre quelques photos à partir de mon coin. Mais j’ai suivi le spectacle à partir de la scène, ce qui me m’offrait une proximité d’avec les acteurs.  Vers 21 heures, nous partons en procession vers la Casa Xanxo où était prévue une conférence intitulée « Camus ou la prière de l’Absent » ainsi que le vernissage de l’exposition consacrée à la miniature et aux croquis d’Hachemi Ameur. Le centre situé au cœur de la vielle cité est une ancienne  abbaye. C’est là que nous rencontrons Jean Marc Pujol, le maire de Perpignan, qui malgrè une actualité dévorante et un agenda bien chargé, avait tenu à venir nous saluer.  Nous conversons longuement sur sa dernière visite à Mostaganem ainsi que sur l’œuvre d’Hachemi Ameur et sur la pièce de théâtre. Il nous fera la promesse de venir la voir le lendemain à la Maison de l’Etudiant au sein de l’université. Nous dinons sur place en dévorant des pizzas ramenées par un livreur. A notre grande surprise, une partie était préparée avec de la viande porcine, ce qui ne sera pas du gout de Pierre Paul qui  le fera savoir en appelant la pizzéria. Seules les pizzas « Hallal » feront l’objet de toutes les attentions.
Jean Marc Palma, Imène et H'mida Belalem
Thierry et Fouzi, deux guides attentionnés
La matinée du jeudi est consacrée quartier libre. C’est Thierry  qui se prêtera avec générosité pour servir de guide à la troupe de théâtre. Saâdane Braïk et moi sommes pris en charge par Fouzi Bouhadi, l’adjoint au maire. Il nous mènera à travers les principaux quartiers de la ville puis nous irons du coté de Narbonne pour faire quelques précieux achats.   Resté à Perpignan, Pierre Paul et Aline se démènent pour nous organiser une rencontre avec un journaliste de l’Indépendant. C’est peu après 14 heures que nous arrivons face à l’imposant siège du journal où nous sommes reçus par Julien Marion, un jeune et sémillant journaliste. Très vite, le courant passe à la perfection entre nous et l’entretien se transforme  en un échange à bâtons rompus sur les liens culturels qui lient la France à l’Algérie et sur nos engagements respectifs en vue de mettre en place les passerelles qui permettent une plus forte relation entre la région de Perpignan et celle de Mostaganem. La rencontre à laquelle ont pris part Aline, Pierre Paul, Fouzi Bouhadi et Saâdane Braïk se prolongera par une séance photos avec les professionnels du quotidien régional. A 18 heures, nous procédons au vernissage de l’expo de Hachemi Ameur à la bibliothèque universitaire. L’espace est sous la responsabilité d’une jeune et charmante Irakienne avec laquelle je parlerais de Kadem Essahar, mais surtout de Farida Med Ali que j’ai eu le plaisir d’interviewer pour El Watan lors de son passage à Mosta dans le cadre de la rencontre organisée à l’époque par le Nadi El Hillel.
Après le vernissage, courts instant avec des étudiants qui voulaient savoir plein de choses sur les croquis de Hachemi et sur la présence des signes Arabes sur certaines de ses œuvres. C’est chargés de victuailles et de rafraîchissements  que nous rejoignons enfin la Maison de l’Etudiant où va passer le spectacle de H’Mida Belalem et sa troupe du  « Masque Bleu ».
Jean Pierre Barbe, le guitariste de Daniel Guichard et de Michel Sardou
Le Mascaréen et le prestigieux guitariste
La salle garnie avec une double rangée de chaises bleue est magnifique. Comme convenu, le maire accompagné de Fatima Dahine, l’élue en charge des sports à la mairie de Perpignan, elle-même ancienne joueuse de basket, fait son apparition. L’autre grosse surprise  est l’œuvre de mon ami Jean Marc Palma, un Mascaréen pur jus que nous avons reçus à l’université de Mostaganem dans le cadre de la mission de prospection conduite par les patrons de Quasar Industrie. Nos retrouvailles sont empreintes d’une profonde émotion, d’une grande générosité et d’un indicible bonheur. Mais l’ami  Jean Marc n’était pas venu seul. Il a eut la bonne idée de se faire accompagner par Jean Pierre Barbe, le guitariste de Daniel Guichard et de Michel Sardou. C’est face  à ce parterre de choix que la troupe hyper motivée de H’mida Belalem entre en scène. Du fond de la salle, René Ruiz, le très discret mais terriblement efficace gestionnaire de la Maison de l’Etudiant ne rate pas le moindre souffle. Durant une grosse partie de l’après-midi, il a travaillé d’arrache pied avec le metteur en scène afin de coordonner la diffusion de la musique ainsi que les images qui accompagnent le spectacle. Une caméra HD est mise à l’épreuve afin d’enregistrer le spectacle. Sa complicité avec H’mida est patente. Il ne lâche plus d’une semelle. Thierry, encore une fois fait étalage de sa disponibilité proverbiale. C’est lui qui a ramené le lecteur de DVd et la data show sans lesquels la pièce serait fortement amoindrie. Ecrite pendant la guerre d’Algérie et jouée à travers la France durant les premières années de l’indépendance, la trilogie de Kaki a été agrémentée des techniques les plus actuelles du théâtre moderne. Une musique grave et en parfaite harmonie avec la gestuelle des acteurs, des images inspirées pour la plupart du patrimoine universel, le « Filet » de Belalem est une pièce accomplie. Jouée par des acteurs motivés et parfaitement concentrés, elle aura séduit le public. C’est avec beaucoup d’égards qu’à la fin du spectacle, le maire et ceux qui l’accompagnaient monteront sur scène pour saluer la performance des acteurs et féliciter le metteur en scène qui a tant fait pour que le 4ème  art Mostaganémois soit digne de ceux qui, à l’image de Kaki et de Djilali Benabdelhalim, lui on donné ses lettres de noblesse. Nul doute que cette incursion en terre catalane restera à jamais gravée dans les mémoires des jeunes acteurs qui ont réellement séduit.
Un metteur en scène comblé
Ce n’est pas sans raison que, prenant la parole, Jean Marc Pujol fera part de son admiration. Il sera vite rejoint par Jean Pierre Barbe et Jean Claude Palma qui ne tariront pas d’éloges. Cette consécration de Perpignan devrait naturellement ouvrir de nouvelles perspectives pour la troupe du « Masque Bleu » de Mostaganem. Ayant fait le difficile choix de jouer cette mythique pièce de Kaki, H’mida Belalem et sa jeune troupe ont fait montre d’une audace certaine. Pourtant, au départ, rien n’était facile pour eux. Surtout que le metteur en scène s’est appliqué à l’enrichir avec des ajouts techniques d’une cruelle modernité. C’est pourquoi à la fin du spectacle, alors que nous partagions dans la grande joie une série de pizza « Hallel » et que de toutes parts les éloges fusaient jusqu’à l’overdose, lui, en toute sérénité ne cessait de murmurer comme s’il se parlait à lui-même «c’est bien dommage  que Kaki ne soit pas là pour voir comment sa pièce a évolué ». Dans les arbres alentours, une forte tramontane fait tomber les feuilles, enveloppant la pittoresque ville de Perpignan d’un froid glacial. Pourtant, dans les coulisses de la Maison de l’Etudiant, les talentueux artistes goutaient enfin à la consécration. Peu avant minuit, c’est à bord des voitures de Pierre Paul Haubrich, de Jean Marc Palma et de Jean Pierre Barbe que nous accompagnons la troupe vers la résidence pour y passer une dernière nuit. Vendredi matin, alors que Perpignan continuait de se courber sous les rafales de vent, nous prenons la route de Toulouse pour reprendre l’avion. A midi, lorsque nous nous séparons à l’aéroport d’Oran, c’est Imène Belalem qui dira avec une nostalgie déjà bien ancrée que ce voyage elle l’attendait depuis sa tendre enfance. Je pouvais lire dans son regard l’immense satisfaction du travail accompli. L’année prochaine, selon les vœux de Jean Marc Pujol, le maire de Perpignan,  la pièce sera à nouveau jouée, mais cette fois-ci ce sera dans l’immense salle du théâtre de l’Archipel, œuvre du grand Jean Nouvel et qui a été inauguré il y à peine une année par Frédéric Mitterrand. Assurément, en confiant cette première incursion culturelle en terre catalane à H’mida Belalem, je savais, pour l’avoir longtemps observé, que ce réalisateur d’apparence timide, n’allait pas décevoir. Grace à une discipline spartiate qui n’aurait point déplu à ses prédécesseurs Kaki et Benabdelhalim, H’mida Belalem est parvenu à montrer un spectacle que même un professionnel aussi exigeant que Jean Marc Palma y décela les prémices d’un théâtre à la modernité assumée.
Aziz MOUATS

mercredi 21 novembre 2012

L'insurrection de Novembre dans le Dahra

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 La stèle oubliée de Benabdelmalek Ramdane


Gerbe de fleur déposée par un anonyme le 1er novembre 2012
Erigée afin de commémorer la mort au champ d’honneur du premier membre des «22» historiques de la Guerre de libération, la stèle de Benabdelmalek Ramdane continue de narguer le temps et le bon sens.

Construite il y a une trentaine d’années, son architecture, digne de l’art soviétique des années de plomb, n’est qu’un vulgaire accolement de parpaings que recouvrent avec une naïve maladresse des carrés de ce vieux granito des années 70. Située en bordure de la forêt de Belekhelouf, la construction s’offre aux curieux sans aucun charme ni aucune esthétique digne de la symbolique qu’elle est censée représenter. En effet, c’est à quelques centaines de mètres de l’endroit où est tombé au champ d’honneur, le jeudi 4 novembre 1954, le combattant Benabdelmalek Ramdane.
fac-similé du PV de procédure judiciaire du 31/12/1954

Il venait de boucler ses 26 ans et à l’époque, sa mort était presque passée inaperçue. En tout cas, si l’endroit n’a jamais fait l’objet de la moindre contestation, les circonstances de sa mort sont encore de nos jours entourées d’un nuage de suspicion. En lisant le PV établi par l’administration coloniale, on y apprend que la mort de Benabdelmalek Ramdane remonte au 5 novembre 1954. Pour le reporter Yves Courrière, le responsable politico-militaire faisait partie des 8 premières victimes recensées durant la journée du 1er Novembre. Ceci est absolument faux puisque tous les témoignages de ses compagnons de l’époque sont formels. D’autant que le jeune militant Constantinois a été inhumé au cimetière de Sidi Ali, comme le stipule le PV de la gendarmerie de l’époque. Pourtant, sur sa tombe, c’est bien la date du 4 novembre qui est gravée à jamais.
La controverse sur  la date montre à quel point la mort de Benabdelmalek Ramdane continue de torturer les consciences. Car le personnage n’est pas qu’un simple combattant, il s’agit de l’adjoint de Larbi Ben M’hidi, responsable FLN/ALN pour l’Oranie au déclenchement de l’insurrection. Désigné pour organiser l’insurrection dans la région du Dahra, Benabdelmalek Ramdane ne connaissait pas la région. Sur place, c’est Bordji Amor qui était à la tête de l’organisation et c’est lui qui pouvait aligner pas moins de 92 combattants lors du déclenchement de la révolution.
Ses militants, le PV de la gendarmerie faisant foi, sont pour la plupart  originaires de Sidi Ali, Ouillis, Bosquet, Aïn Tédelès et Sour. Un autre groupe de 12 combattants originaires de la région d’Aâchaâcha devait accueillir «Si Abdallah», nom de guerre de B. Ramdane, dans un refuge situé dans la forêt de Sidi Slimane, 20 km au sud de Sidi Lakhdar, non loin de Béni Zentis. Un lieu que B. Ramdane devait rejoindre juste après l’attaque des fermes Monsenégo et De Jeanson et de la caserne de gendarmerie de Cassaigne.

La mort suspecte d’un héros
 A l’heure du rendez-vous, deux membres de l’escorte – Bey Mohamed et Belghachem Ahmed –  firent défection, ils seront capturés dès le lever du jour sur une route du Dahra.
Accompagné du seul Douar Miloud, «Si Abdallah» se rend dans les massifs forestiers de Bourahma, Benlekhlouf, Seddaoua, situés en bordure de mer, dans les environs immédiats de Sidi Lakhdar. Parvenus au niveau de l’oued Romane, les deux rescapés ont dû faire demi-tour. Ils durent traverser les douars Seddaoua et H’gagna avant de venir s’abriter dans la forêt de Bourahma, non loin du douar Ouled Larbi. C’est là qu’ils seront repérés et accrochés. Banabdelmalek Ramdane sera criblé de balles tandis que Douar Miloud, blessé, sera fait prisonnier. Libéré à l’indépendance, il décèdera en 2001 à Hadjadj, son village natal, sans avoir dévoilé les circonstances de la mort de son illustre compagnon. Le 1er novembre dernier, une main anonyme a déposé une gerbe de fleurs sur la stèle oubliée.
Chez les habitants de la région qui ont accepté de nous parler de ce douloureux évènement, il ne fait aucun doute que la mort du premier chef historique du FLN est le fait d’une trahison. Certains ont même donné le nom de celui qui est présenté comme étant l’auteur de la battue. Il s’agirait d’un membre d’une tribu locale connue pour ses accointances avérées avec l’administration coloniale. Il reste que pour celui qui visite l’endroit où est tombé Benabdelmalek Ramdane, en lisière de la forêt de Bourahma, non loin du douar Ouled Larbi, il ne peut ne pas déplorer l’état de délabrement de la stèle.
Comme si la mort de cet illustre martyr continuait à être vécue comme une malédiction. Pourtant, la région natale de Bordji Amor et de Belhamiti Bendhiba ne peut ne pas être fière de sa contribution précoce à la Guerre de libération, puisqu’à l’instar de la Kabylie, de l’Algérois et de l’Aurès, le Dahra était au rendez-vous de l’histoire. C’est bien ici que le 1er Novembre 1954, à 1h15 du matin, furent tirés les premiers coups de feu devant la ferme Monsénego et De Jeanson, puis 15 minutes plus tard, face à la gendarmerie de Cassaigne. Blessé devant la ferme Monsénego, le jeune Laurent François recevra le coup fatal devant la gendarmerie où il venait donner l’alerte à bord de sa 4 CV.
C’est ainsi que l’Oranie est rentrée dans l’histoire de la libération du pays. Il est regrettable que la stèle commémorative de cet évènement majeur – dont la plaque a été arrachée – soit laissée à l’abandon, comme si les dignes fils du Dahra avaient honte de leur histoire.

extrait du PV d'audition de Jean François Mendez

jeudi 15 novembre 2012

Réchauffements climatiques à Alger




Les révélations d’Algérie News, le quotidien bilingue de H’Mida El Ayachi, viennent à point nommé pour rappeler que sans les luttes de clans, rien ne se fait dans ce pays. Au moment où de sérieux bruits de bottes nous parviennent des frontières sahariennes, le pays tourne ses regards vers un contre feu qui sent à mille lieues la manipulation. Ce qui ne veux pas dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, les révélations d’Algérie News ne constituent nullement un scoop, comme on voudrait le faire croire…H’Mida Ayachi apporte d’autres éléments d’informations…ni plus ni moins…c’est seulement le choix du moment et du journal qui devrait nous interpeller. Qui mieux qu’Abed Charef, redoutable routier de la presse, pouvait nous éclairer davantage ? Voici sa chronique disponible sur le site La Nation….à lire et à mettre au chaud, l’Eté ne fait que commencer et il va être très long…jusqu’au printemps 2014…la neige précoce qui vient d’habiller les Djebel Aïssa et Mekheter, qui enlacent Aïn Sefra, n’y pourra rien…dans les hautes sphères de la république, c’est la canicule assurée, combien même c’est un ancien ministre de l’eau qui est installé au poste de pilotage du palais du gouvernement…L’affaire Ghoul et Belkhadem font partie intégrante du réchauffement climatique, elles annoncent des tempêtes, des ouragans, quelques cyclones et peut être même un Tsunami…à l’Algérienne bien entendu…surtout que pour les démentis, vous avez vu la geste ample de Ghoul sur EnNahar TV…la chaine de qui vous savez…c’est dire notre accablement…face à l’inertie de façade…
Boussayar

Règlements de compte autour d’un cadavre
Abed Charef
Mercredi 14 Novembre 2012

Nouveau scandale. Des personnalités de haut rang mises en cause dans des affaire de commissions. Mais le pays continue de fonctionner comme si de rien n’était.

1. Journalisme d’investigation

Les révélations sur des affaires de pots-de-vin, publiées cette semaine par le quotidien El-Djazaïr News, réconcilient avec le journalisme, le vrai. Celui qui promet de s’attaquer aux puissants, de ne jamais céder face aux détenteurs du pouvoir et de l’argent ; un journalisme qui a pour seul crédo la recherche de la vérité, indépendamment de celui à qui elle profite ou à qui elle peut causer du tort. Ce journalisme a disparu d’Algérie, au profit d’un autre exercice, très approximatif, qui ignore les règles les plus élémentaires du métier. Il ne s’agit pas de nostalgie, ni d’une quelconque volonté de revivre un passé qui, du reste, n’existe pas, car la presse algérienne n’a jamais été libre et professionnelle sur une durée suffisamment longue pour en faire un repère.
Non, il s’agit seulement d’un constat. L’Algérie ne s’est pas adaptée aux médias modernes, et les médias n’ont pas suivi l’évolution qui est en train de bouleverser le monde de la communication dans le monde entier. L’Algérie est d’ailleurs dans un bel anachronisme, avec ses chaines de télévision privées non déclarées, ses monopoles sur la publicité dans un marché supposé concurrentiel, et son niveau professionnel proche de zéro dans nombre de médias.
Dans un tel paysage, le travail effectué par El-Djazaïrs News, avec des révélations précises, étayées par des documents, mettant en cause des hommes politiques puissants, fait figure d’exception. C’est si rare dans un pays où la manipulation de la presse est un jeu si répandu qu’il en est devenu la règle. Mais hélas, ce que publie El-Djazaïr news ne relève pas du journalisme d’investigation. On est dans un mode totalement différent, qui se rapproche beaucoup plus de la guerre des clans et des règlements de compte.

2. Guerre des clans
C’est donc vers la guerre des clans qu’il faut se retourner pour trouver une explication à ces révélations selon lesquelles M. Amar Ghoul aurait touché des commissions dans le contrat sur l’autoroute Est-Ouest, alors que M. Abdelaziz Belkhadem, patron du premier parti du pays, ancien premier ministre, considéré comme proche du président Abdelaziz Bouteflika, serait intervenu pour qu’un contrat soit accordé à une entreprise qui n’aurait pas dû l’obtenir. M. Ghoul a affiché son ambition pour la présidentielle de 2014. M. Goul a, également, créé un nouveau parti, dans lequel il a  attiré une partie de l’encadrement de son ancien parti, Hamas, et affiche des ambitions de plus en plus grandes. Est-ce une manière de les rappeler à l’ordre ? De les ramener sur terre, alors qu’ils semblaient partis pour tenter des aventures en solo ?
Dans la rue comme dans les milieux branchés, c’est ce qui se répète. Personne ne semble croire à un hasard, ni à l’existence d’un justicier masqué qui aurait décidé de balancer des politiciens ripoux. Partout, prime la théorie du complot. « Ils » ont décidé de sacrifier Amar Ghoul, « ils » ont décidé de griller Belkhadem, « ils » ont choisi de baliser le terrain avant que les choses sérieuses ne commencent, à l’approche de 2014. « Ils » ont décidé de griller tous les candidats alternatifs, pour qu’un quatrième mandat s’impose comme une évidence. Mais alors, ce serait quoi ce pays où un chef d’Etat, physiquement diminué, politiquement usé, qui a lui-même reconnu avoir fait son temps à travers sa célèbre formule « tab djenanani », ce serait quoi ce pays où un chef d’Etat reste éternellement au pouvoir non parce qu’il est le meilleur d’une compétition plus ou moins acceptable, mais parce qu’il réussit à éliminer ses adversaires ? C’est le signe d’un système politique mort.

3. Un système mort
Il ne s’agit pas d’un système à l’agonie. Non, c’est un système mort. Qu’il réussisse à s’imposer ne signifie pas qu’il est en vie, puissant, opérationnel. Non, c’est un système mort, car il ne peut plus donner vie au débat politique, aux idées, à la compétition. Il n’est plus capable de donner naissance à de nouveaux leaders, à un nouveau personnel politique, à de nouveaux dirigeants. C’est encore plus frappant encore dans le domaine économique. Un chef de mission du FMI a déclaré, cette semaine, avec une certaine ironie, que l’Algérie réalise une croissance « solide » à 2.5%, mais qu’elle pourrait faire 6 à 7%, et que son potentiel devrait en fait lui permettre de faire plus de dix pour cent. L’Algérie réalise une croissance économique qui couvre à peine l’augmentation de la population, alors qu’elle pourrait avoir une croissance « chinoise ». Pourquoi ? Parce que son système est mort.
Une autre manière de le confirmer : des journaux publient des informations sur des affaires de corruption. La justice, autre institution morte, ne peut pas s’en saisir. Aucun procureur légalement compétent n’a annoncé avoir ouvert une information judiciaire. Et puis, nouveau séisme : un ancien ponte du régime est désigné membre d’un institut de lutte contre la corruption alors que sa fille et son gendre sont impliqués dans un énorme scandale.
On n’est plus dans le journalisme, dans la guerre des clans. On est face à un système mort, et qui risque d’emporter avec lui un pays.

mardi 6 novembre 2012

Que cesse la calomnie


Pourquoi il faut dénoncer la cabale contre le Pr Aourag
Mis en cause par un journal en ligne, le Pr Hafid Aourag, directeur général de la Recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) auprès du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, est dénoncé d’avoir plagié un rapport du ministère français de l’Enseignement supérieur sur la recherche scientifique. Pour l’avoir connu en ma qualité de journaliste, pour l’avoir souvent côtoyé en ma qualité de chercheur et de responsable de projet et de directeur de laboratoire, pour avoir connu ses anciens collègues, tant lors de sons séjour en Grande Bretagne qu’à l’université de Sidi Bel Abbès, pour l’avoir poussé dans ses derniers retranchements lors de nombreux entretiens en marge des ses multiples visites tant à l’université de Mostaganem qu’à celles d’Oran et de Tlemcen où il avait animé de nombreux ateliers de travail entrant dans le cadre de sa mission, je puis me permettre d’apporter ce témoignage afin que la probité et l’honnêteté du professeur Aourag soit à jamais reconnue et affirmée. Le procès qui lui est intenté n’est pas seulement un mauvais procès, c’est le procès de l’homme intègre et du chercheur de talent qui est visé par ces attaques indignes. Après 40 ans de carrière dans la formation supérieure agronomique, comptabilisant plus de 10 ans comme collaborateur dans un grand journal indépendant, je pense en connaître un petit bout sur la qualité des hommes intègres et sur celle moins reluisante des laudateurs et des traitres. Il serait tellement facile de laisser s’accomplir la curie et attendre que le vent tourne, une posture d’opportuniste qui sied tant à ceux qui ont des troubles de conscience. Je n’en suis pas et n’en serais jamais. A partir de ma posture connue et reconnue, je ne peux ne pas dire mon intime conviction que ce qui arrive à cet éminent chercheur Algérien est dans la droite ligne de ceux, trop nombreux, qui n’ont en partage que la médiocrité et qui ne survient que par les magouilles et les passe-droits. Ce monsieur Aourag est trop naif et trop juste pour se laisser entrainer dans cette voie glauque qu’est le plagiat. Ce mot terrible qui vous détruit tout une carrière faite d’abnégation et de rigueur. Parvenu au sommet de la hiérarchie scientifique mondiale, quel besoin aurait-il de se laisser entrainer dans cette obscure affaire ? Ce qui est encore plus révoltant c’est cette jubilation qui émane des quelques articles consacrés à cette cabale. Qui pourrait croire un seul instant que ce monsieur rigoureux et affable, distingué et modeste, scrupuleux et intransigeant, puisse se fourvoyer comme un malpropre et un parvenu en plagiant avec autant de désinvolture un texte que le dernier licencié en langue française peut parfaitement écrire simplement en s’appuyant à un minima de culture générale. Croire que ce scientifique de haut niveau puisse se rabaisser à plagier Valérie Pécresse, la ministre de Sarkozy, c’est prendre la communauté universitaire nationale dans son ensemble pour un ramassis de canards boiteux. Car voyez-vous, un professeur de ce rang et de cette envergure, combien même l’idée lui venait de s’inspirer d’un texte écrit par autrui, il se limiterait à en reprendre les idées générales. Jamais il ne lui viendrait à l’esprit de le faire comme un vulgaire plagiaire débutant. Le croire un seul instant, c’est faire injure à son intelligence. Car dans cette affaire, l’objectif ultime n’est ni plus ni moins d’une mise à mort. Alors, comme Watson, posons-nous la question : à qui profite le crime ? A l’évidence pas à celui qui en est accusé! Alors le Pr Aourag se serait-il soudain transformé en suicidaire ? Chez les scientifiques sérieux d’ici et d’ailleurs, il ne se trouvera personne pour le croire. Maintenant s’il s’agissait de ternir la personnalité et le parcours si précieux et si original du Pr Aourag, c’est loin d’être accomplis ! Surtout si les femmes et les hommes de bonne foi et de bonne réputation, s’en mêlaient pour dire halte à cette cabale d’un autre temps ! Pour eux, il n’est nullement question de se taire sur ce mauvais procès intenté au meilleur d’entre nous. Non seulement cet homme est intègre, mais il est également celui qui est parvenu à mettre la recherche scientifique sur la seule voie qui mène vers le progrès. Pour l’avoir souvent interpellé pour les besoins du journal, je sais combien ce grand commis de l’Etat développe un sens aigu du devoir de réserve, qu’il cultive comme une seconde religion. Si quelques parts, le statut social de l’enseignant universitaire et du chercheur algérien s’est nettement amélioré durant ces dernières années, je puis témoigner ici et pour toujours que la touche intimiste et personnelle du Pr Hafidh Aourag n’y est pas étrangère. Ce procès est une plaisanterie de mauvais gout qui ne plaira qu’aux pantins, aux laudateurs, aux incapables, aux faussaires, aux vauriens, aux planqués et aux adversaires acharnés de la rigueur scientifique et de la noblesse. Hélas, dans les travées de l’université algérienne, ils sont légions. Ceux-là, la cabale contre le Pr Aourag ne peut que les réjouir et les conforter dans leur sale et détestable entreprise d’anéantissement du dernier carré de rigueur, de probité, de sagesse et d’intelligence que compte l’université algérienne.
Pr Aziz MOUATS, Université de Mostaganem

jeudi 4 octobre 2012

le Titanic à Alger

Une chronique fiction pas si invraisemblable que ça, signée Salima Ghézali dans La Nation du 3 octobre 2012...si vous prenez froid, rallumez le chauffage...avant que le gaz de schiste ne viennent ajouter au désordre...

En guise d’épitaphe : Par les baroudeurs et pour les baroudeurs

Salima Ghezali
Mercredi 3 Octobre 2012



Et si la rumeur décidait de frapper un grand coup? Un coup en traitre. De ceux qui tombent le soir quand il est vingt trois heures à Alger, minuit à Paris et Rabat. Et seulement 18h à New-York. Si, brusquement tombait cette improbable annonce de la mort des six principaux décideurs algériens. Les uns toujours en poste, et les autres participant à la décision à partir d’une retraite fictive, sorte de variable d’ajustement du pouvoir de signature sur le pouvoir du poing sur la table. Les deux, au même moment, neutralisés par un même coup du sort.

Que se passerait-il alors dans le pays (et en dehors) ? Qui appellera qui ? Qui se rendra le premier à l’ambassade de France sans même prendre rendez-vous ? Qui le premier formera le N° de l’ambassadeur US ? Qui roulera à tombeau ouvert vers le campement de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite en villégiature dans le grand sud ? Quel jet privé décollera immédiatement d’Alger en direction de Malte, de Berne ou de Monaco ? Quel autre au même moment s’élèvera dans le ciel de Valdivostok pour aller à sa rencontre ?

Et quelle épouse d’ambassadeur enverra d’Alger un tweet à celui qu’on surnomme le «Jacques Foccart sans valises du Sahel » pendant que son chauffeur se contentera d’un SMS à son homologue auprès de la succursale locale de la maffia chinoise ? Et un autre pour le chef des Sayanim du Maghreb.

Un cran en dessous, qui ira falsifier son acte de naissance pour se propulser, le plus ancien dans le grade le plus élevé ? Qui signera à la place de son frère la pile des contrats en souffrance depuis des lustres ? Qui se fera porter malade pour ne rien assumer ?

Qui se sauvera avec le contenu du coffre de sa banque et qui ira négocier avec un agent de sa gracieuse majesté une pile de dossiers compromettants ? Combien de dirigeants sahraouis rallieront le Maroc et combien iront immédiatement s’approvisionner en armement lourd libyen ?

Quels ministres répondront à une convocation urgente du gouvernement de Sellal et combien lui préféreront un entretien avec un officier traitant ? Qui viendra à la réunion muni d’un papier le désignant, lui, au poste de premier ministre signé par au moins deux des défunts sur leur lit de mort ? Combien de faux-témoins s’aligneront sur sa version des faits ? Combien auront le courage de rire à la dernière blague que leur opposera en réponse le premier-ministre et jusqu’à quel point rira-t-il lui-même ?

Et qui en ville réunira en premier les groupes de supporters des clubs de foot pour une démonstration de force, et qui proclamera la dissidence des chambits* de sa région ?

Le président du Sénat apprendra-t-il par sa secrétaire qu’il vient d’être intronisé président par intérim avant que son chauffeur ne démente l’information? Et auprès de qui le président du parlement ira-t-il prendre conseil ? Qui répondra aux coups de téléphone du président du conseil constitutionnel ? Qui prendra la décision de réunir les chefs de région et qui s’y opposera par mesure de sécurité ? Qui fermera le ciel à la navigation ? Et qui l’ouvrira à l’aide d’une escouade de ninjas ?

Quel « opposant » ira se filmer en train de « dégager » l’ambassadeur de Syrie pour prendre de vitesse ses (trop nombreux) concurrents au poste d’ « Erdogan algérien» ? Qui proclamera la première sécession Touarègue et qui prêtera attention aux deux-cent cinquante républiques autonomes proclamées unilatéralement sur Internet ?

Et dans ce capharnaüm, qui prendra au sérieux le rapporteur de la commission pour l’amendement de la constitution qui viendra expliquer comment les réformes du Président avaient prévu le règlement de la succession ?
 
 
* Chambits : Terme Algérien dérivé de gardes champêtres.

mercredi 3 octobre 2012

Danger gaz de schistes



Contribution : GAZ DE SCHISTE
Encore l’opacité


Par Mohand Bakir
Au moins sur un point, les choses se clarifient : le gouvernement est déterminé à exploiter les gaz de schiste !
Il est intéressant d’observer la stratégie de communication que le gouvernement met en œuvre pour faire passer son choix. Les quelques interventions d’explication de l’option d’exploitation des gaz de schiste s’articulent autour de cinq arguments :
1. La demande énergétique intérieure connaît une forte croissance.
2. Garantir les besoins de financement de l’économie nationale à moyen et long terme.
3. Hassi Messaoud est un gisement non-conventionnel
4. L’eau de l’Albien est déjà utilisée par l’industrie pétrolière
5. Il n’y a pas de dangers environnementaux.
L’ensemble de ces «arguments» ont en commun leur totale incurie stratégique. Ce qui explique que, pris séparément ou dans leur globalité, ils heurtent l’intérêt national et lui portent atteinte.
Culpabiliser les citoyens
La forte croissance de la demande énergétique est assénée comme un argument majeur. Mais cette hausse n’est aucunement interrogée. La demande énergétique intérieure algérienne est loin d’être tirée à la hausse par une dynamique économique. C’est la consommation des ménages qui fait exploser cette demande. Multiplication par six du volume du parc automobile et démultiplication de la demande électrique liée aux besoins de climatisation en été, et de chauffage en hiver. Dans le meilleur des cas, il faut relever que l’Etat est totalement défaillant dans l’orientation de l’évolution des secteurs du transport et de l’habitat. Le choix du «tout voiture particulier», assis sur l’importation de véhicules, ne pouvait que faire exploser la demande de carburants. Ce qui occasionne une hausse de la demande énergétique dans un segment où l’offre est dépendante de l’importation des produits pétroliers ! La défaillance de l’Etat est tout aussi flagrante flagrante en matière d’évolution de la demande d’électricité, tirée vers la hausse par l’évolution des besoins de climatisation et chauffage. Il suffirait d’évaluer l’efficacité énergétique de nos habitations pour prendre la mesure de l’ignorance de nos «pouvoirs publics». Les logements qui se construisent dans notre pays sont des bicoques d’un autre temps. Si la demande des particuliers est bien à l’origine de l’explosion de la demande intérieure d’énergie, il n’en reste pas moins que la responsabilité incombe entièrement au gouvernement. Cela rend l’utilisation de cet argument, pour justifier des choix douteux, particulièrement abjecte.
Corrompre les consciences
L’autre argument facétieux est de considérer que les Algériens adhèrent aux choix de continuer à assurer le financement de l’économie «à moyen et long terme» par l’exportation des hydrocarbures ! L’une des dernières expressions publiques qui a rappelé l’urgence d’une sortie ordonnée de la dépendance pétrolière est celle du FCE avec ses cinquante propositions. Les Algériens veulent du travail, ils veulent créer des richesses. Ils ne veulent plus rester prisonniers des filets sociaux. Le gouvernement, enfermé dans un autisme volontaire, a certainement du mal à entendre cette aspiration des Algériens. Cet autisme explique l’empressement du gouvernement à «placer» les emplois des Algériens en DTS du FMI. Est-il raisonnable d’espérer que l’Algérie continue d’assurer son financement «à moyen et long terme» par l’exportation des hydrocarbures ? Le monde est en train de changer. Les majors pétroliers sont les premiers à investir dans les énergies de demain. Des énergies hautement technologiques, dont la maîtrise et l’acquisition se préparent aujourd’hui. Le pétrole ne vaudra-t-il encore quelque chose lorsque les énergies alternatives arriveront à maturité ? Question intéressante pour nos stratèges du financement à «moyen et long terme».
Créer l’amalgame
«L’Algérie exploite déjà des gisements non-conventionnels !» L’autre argument récurrent. Qu’est-ce à dire ? Le gisement géant de Hassi- Messaoud présente des caractéristiques complexes qui rendent son exploitation dépendante du maintien d’un niveau élevé de pression dans le réservoir. Nous avons là deux mots-clés : pression, réservoir. De l’eau est continuellement injectée pour assurer le maintien de la production. Elle est injectée dans un réservoir hermétique (étanche, imperméable) pour augmenter la pression. C’est un procédé exceptionnel, mais où est le rapport avec les puits non-conventionnels de gaz de schiste creusés par fracturation ? Les deux mots-clés, cette fois, sont : schiste et fracturation. Le lecteur, quelle que soit sa formation aura compris la différence entre le «non-conventionnel» de Hassi Messaoud, où l’exploitation non-conventionnelle prend appui sur l’imperméabilité du réservoir ; et le «non-conventionnel» d’Ahnit, où l’imperméabilité des schistes est un obstacle à l’exploitation. L’eau injectée dans le réservoir de Hassi Messaoud est, à la limite, juste transvasée de l’Albien vers ce réservoir. Elle reste disponible. Alors que celle que le gouvernement envisage d’utiliser dans l’exploitation des gaz de schiste sera non seulement souillée, mais elle ira polluer l’ensemble de l’Albien. Elle sera perdue, et nous fera perdre toute l’eau du Sud.
Mentir sur les dangers
Les dangers qu’introduit la technique de fracturation hydraulique sont évacués d’un revers de main. «Il n’y a pas de danger.» «Toutes les précautions seront prises.» Circulez, y a rien à voir ! Au Etats-Unis et au Canada, l’exploitation des gaz de schiste a révélé toutes ses facettes. Contamination des nappes phréatiques, contamination de l’air par des produits volatils cancérigène et même létaux, fuites de méthane,… En Angleterre, une corrélation a été établie entre l’usage de cette technique et l’apparition d’une activité sismique (moyenne) là où il n’y en avait pas du tout ! L’exploitation des gaz de schiste implique la réalisation de dizaines de milliers de puits. Nos spécialistes se gardent bien de faire un parallèle entre le nombre de forages qu’il faudra réaliser pour assurer la rentabilité de ce choix, et le nombre de forages réalisés en Algérie depuis les années 1950. Ce rapport est de quel ordre ? Il faudra réaliser mille fois plus de forages ? Dix mille fois plus, cinquante mille, cent mille fois plus ? Ce serait bien de la savoir. Le sous-sol saharien contient deux éléments qui s’ils rentrent en contact provoquent des cataclysmes : l’eau et le sel. Sur les dizaines de milliers de puits qu’il faudra creuser, quelle sera la probabilité de reproduire la catastrophe du PKN32 ? L’Amérique du Nord est riche en eaux de surface. Le risque pris sur les eaux souterraines, qui sont des eaux circulantes, est relativisé par la disponibilité des eaux de surface. La maîtrise des techniques de recyclage et de traitement des eaux souillées contribue à réduire les risques de pollution. Dans notre Sud, les gigantesques quantités d’eau qui y sont entreposées sont fossiles, des eaux non renouvelables. Les eaux de surface dont nous disposons dépassent à peine la quantité annuelle que nous pourrions prélever sur l’Albien, de l’ordre de 5 milliards de mètres cubes annuels. Il est clair que dans le cas de l’Algérie, le risque n’est pas «encaissable», il est un risque majeur !
Autarcie perfide
Comme si l’Algérie vivait dans une bulle coupée du monde. Tout l’argumentaire développé est expurgé de toutes les données des marchés énergétiques mondiaux. Quelle y est notre place ? Quelles peuvent en être les évolutions prévisibles ? Qu’avons-nous gagné avec l’apparition de l’exploitation des gaz de schiste ? Financer notre économie par l’exportation des hydrocarbures. Telles seraient nos ambitions nationales pour l’horizon 2030 ou 2050 ? Quelle audace ! Mais même cette «ambition-là» n’est pas tenable. A cet horizon, il faut envisager que l’exportation de l’eau rapportera bien plus que celle des hydrocarbures ! Mais de quelle eau parlons-nous ? De celle que le gouvernement condamne à une pollution irréversible ?
M. B.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/10/03/article.php?sid=139873&cid=41

samedi 1 septembre 2012

Céréales, entre sécheresse US et spéculations capitalistes


Sommes- nous menacés par une crise alimentaire mondiale? A en croire certains milieux et à voir la courbe ascendante des prix sur le marché international, la réponse serait évidemment  un oui sans équivoque. Pourtant, rien n'est aussi simple ni évident. Ici le point de vue d'une jeune agronome, militante d'Attac France. Un point de vue d'une grande pertinence:

Crise des céréales : « Après les surprimes, on spécule sur la nourriture »

Elsa Fayner | Journaliste Rue89
Le grand entretien 01/09/2012 à 15h04

Depuis juillet, les prix des céréales flambent. On accuse la sécheresse, mais pour Aurélie Trouvé d’Attac France, cette crise a des responsables. Entretien.


Elle a grandi avec le mouvement altermondialiste. Et ne l’a pas lâché la trentaine passée. Aurélie Trouvé copréside aujourd’hui Attac en France, l’Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne.
Ce qu’Aurélie Trouvé dit moins, c’est qu’elle a suivi des études d’ingénieur agronome pour finalement devenir maître de conférences en économie. Sa spécialité : les politiques agricoles et alimentaires a l’Inra.
Alors, quand les prix des céréales s’envolent comme ils le font depuis le début de l’été, la jeune femme fait le lien entre ses deux activités : ce n’est pas parce qu’une sécheresse met à mal les récoltes américaines que les prix flambent en France, c’est bien plutôt parce que nous avons dérégulé les marchés. Rencontre.
Rue89 : Peut-on parler de crise alimentaire aujourd’hui ?

Aurélie Trouvé : On parle de crise alimentaire mondiale depuis 2008. On a assisté cette année-là à une forte augmentation des prix du riz, du blé, du lait. On a parlé d’émeutes – ou de révoltes – de la faim.
Mais l’indice des prix a été encore plus haut en 2011 ! En fait, la crise est continue depuis 2008 : les prix ne sont quasiment pas retombés. C’est le cas en particulier pour les céréales, le sucre et le maïs.

Pourquoi cette flambée des prix est-elle inquiétante ?
En France, un ménage consacre en moyenne 15% de son revenu à l’alimentation. Dans les pays du Sud, c’est plus de la moitié du revenu. Du coup, dans ces pays, la flambée des prix a des conséquences [PDF] encore plus dramatiques sur la consommation quotidienne de céréales, de maïs ou de sucre.
Bientôt, ce sont les produits laitiers et la viande qui risquent d’être touchés. Pour nourrir les élevages, il faut des céréales...
Mais il y a toujours eu des crises alimentaires, ce n’est pas nouveau ?
Cet été, il y a eu une sécheresse aux Etats-Unis, et les prix du maïs ont flambé de 25%. C’est ça la nouveauté : la volatilité des prix.
Autrement dit, maintenant, quand on a un petit déficit de production, ça flambe. Ce n’était pas le cas auparavant. Les prix restaient stables, ils ne s’affolaient pas au moindre changement de temps.
Il suffit de regarder la courbe des prix des produits alimentaires, établie par la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr], pour le voir. Depuis 2007, les prix connaissent de fortes fluctuations, et dans des temps réduits.

Le problème, donc, c’est que les prix augmentent fortement subitement pour les consommateurs. Mais cette volatilité nouvelle déstabilise également toute la filière.

Les agriculteurs, les PME de l’agroalimentaire... tous sont plongés dans l’incertitude. Du coup, ils font moins d’investissements. Ils obtiennent également moins de crédits car les banques voient bien qu’ils peuvent totalement se ruiner en une année.
Mais pourquoi, aujourd’hui, un petit déficit de production suscite une telle flambée des prix alors que ce n’était pas le cas avant ?
C’est facile d’incriminer les aléas climatiques, la sécheresse : personne n’est responsable. Alors que la crise résulte de choix politiques, et qu’il y a des responsables.
Le problème de fond, c’est que nous avons dérégulé nos marchés intérieurs.
Avant, sur ces marchés, un certain nombre de systèmes permettaient de garder des prix stables. On garantissait des prix de vente aux producteurs. En Europe, par exemple, quand le prix mondial du lait passait en dessous du prix plancher, l’Union européenne achetait le lait et le stockait, ce qui maintenait le prix élevé. Quand les prix flambaient, l’Union déstockait, ce qui faisait baisser les prix. Les Etats-Unis faisaient de même.
Pour avoir un prix assez haut et stable, l’Union européenne avait également mis en place des taxes douanières. Et les exportations étaient subventionnées.
Les prix n’étaient pas les seuls à être régulés, la production l’était aussi. Aux Etats-Unis, notamment, un gel des cultures était pratiqué. Des surfaces agricoles n’étaient pas cultivées, ce qui permettait d’éviter ces surproductions.
Le problème est survenu à la fin des années 80. En 1986, on a fait entrer l’agriculture dans les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 1994, un accord a été signé. Et cet accord a laminé les politiques de régulation des marchés agricoles, notamment aux Etats-Unis et dans l’Union européenne.
Comment ?
Aujourd’hui, les prix intérieurs ne sont plus stables et protégés dans chaque pays, ils suivent du coup les prix mondiaux. Or, ces prix mondiaux sont de plus en plus volatiles.
Ils ne sont pas fixés en fonction de l’offre et de la demande dans tous les pays du monde. Ce n’est pas une moyenne des prix. Les prix mondiaux sont déterminés par la petite partie de la production qui est exportée dans le monde.
Or, sur ces marchés agroalimentaires, il y a des très gros acteurs qui sont capables d’influencer très fortement les prix, qui ne correspondent pas à l’état de l’offre et de la demande réelle.
Concernant certains produits comme les céréales ou le maïs, la spéculation joue en outre une influence décisive sur les prix.
Comment peut-on spéculer sur les céréales ou le maïs ?
Il existe ce qu’on appelle des « marchés à terme » : ce ne sont pas des marchés agricoles, sur lesquels on s’échange des marchandises ; ce sont des marchés financiers qui existent en parallèle, sur lesquels on s’échange des papiers.
Ces marchés à terme existent depuis le XIXe siècle. C’était au départ une sorte d’assurance pour les agriculteurs. Cela leur permettait de vendre leur production à un prix fixé préalablement à la récolte. En cas de chute des cours au moment de la moisson, ils étaient protégés. En cas de flambée, les investisseurs enregistraient un profit.
Cela a fonctionné jusqu’au début des années 90. Des agriculteurs, des coopératives, des négociants utilisaient ces marchés à terme. Les prix étaient fixés en fonction des « fondamentaux de marché », c’est-à-dire des anticipations de l’offre et de la demande physiques.
Et puis, peu à peu, de plus en plus de spéculateurs purs se sont mis à investir sur ces marchés : des intervenants qui, à aucun moment, ne vendent ni n’achètent de produits agricoles, qui ne vendent que des produits dérivés pour faire de la spéculation financière.
Pourquoi les spéculateurs se sont-ils subitement intéressés aux céréales ou au maïs ?
Parce que les prix ont été dérégulés à ce moment-là en Europe et aux Etats-Unis ! Quand les prix étaient stabilisés un peu partout, il y avait beaucoup moins d’intérêt à spéculer. A partir du moment où les prix varient fortement, les paris peuvent devenir plus importants.
Par ailleurs, comme les marchés de l’immobilier et de l’Internet se sont cassé la figure, les spéculateurs se sont reportés vers les marchés à terme agricoles, considérés comme plus sûrs. Après les subprimes, on spécule sur la nourriture.
A tel point que des bulles se sont formées, et ont éclaté. C’est ce qui s’est passé en 2008, c’est ce qui a mené aux révoltes de la faim.
De prochaines crises sont-elles à craindre ?
Les Etats-Unis ont de nouveau régulé les prix agricoles a partir des annees 2000, avec des mécanismes qui permettent aux agriculteurs de stabiliser leurs revenus. Les quotas et les protections aux frontières ont également été renforcés.
L’Inde ou le Brésil reprennent également des mécanismes de régulation de produits agricoles.
L’Union européenne, elle, continue à déréguler. La politique agricole commune (PAC) va être réformée en 2013. Les quotas laitiers vont être complètement élimés. Ça, c’est décidé. Les prix garantis aux agriculteurs vont continuer à diminuer : il n’y aura plus aucune trace de régulation. La Commission européenne propose par ailleurs dans ses textes de développer les marchés à terme.
·                                  

Quelles solutions pourraient être envisagées ?

Pour moi, il faut [PDF] reprendre en Europe les mécanismes de stockage-déstockage, avec des prix garantis aux agriculteurs. Cela permet au passage de couper l’herbe sous le pied des spéculateurs : si les prix ne varient plus, aucun intérêt de parier dessus.
Il existe certes une limite à ce mécanisme : que l’Europe en profite pour déstocker vers les pays du Sud, à des prix défiant toute concurrence, ce qui lamine les agricultures vivrières dans les pays en question. C’est pourquoi il faut également mettre en place des systèmes de régulation de la production pour ne pas inonder les marchés étrangers.
Je pense qu’il faut aussi relocaliser les activités agricoles. Et réguler les marges de la grande transformation et de la grande distribution, comme cela se fait aux Etats-Unis.
 lien: http://www.rue89.com/2012/09/01/crise-des-cereales-apres-les-subprimes-specule-sur-la-nourriture-234963

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  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...