jeudi 15 novembre 2012

Réchauffements climatiques à Alger




Les révélations d’Algérie News, le quotidien bilingue de H’Mida El Ayachi, viennent à point nommé pour rappeler que sans les luttes de clans, rien ne se fait dans ce pays. Au moment où de sérieux bruits de bottes nous parviennent des frontières sahariennes, le pays tourne ses regards vers un contre feu qui sent à mille lieues la manipulation. Ce qui ne veux pas dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, les révélations d’Algérie News ne constituent nullement un scoop, comme on voudrait le faire croire…H’Mida Ayachi apporte d’autres éléments d’informations…ni plus ni moins…c’est seulement le choix du moment et du journal qui devrait nous interpeller. Qui mieux qu’Abed Charef, redoutable routier de la presse, pouvait nous éclairer davantage ? Voici sa chronique disponible sur le site La Nation….à lire et à mettre au chaud, l’Eté ne fait que commencer et il va être très long…jusqu’au printemps 2014…la neige précoce qui vient d’habiller les Djebel Aïssa et Mekheter, qui enlacent Aïn Sefra, n’y pourra rien…dans les hautes sphères de la république, c’est la canicule assurée, combien même c’est un ancien ministre de l’eau qui est installé au poste de pilotage du palais du gouvernement…L’affaire Ghoul et Belkhadem font partie intégrante du réchauffement climatique, elles annoncent des tempêtes, des ouragans, quelques cyclones et peut être même un Tsunami…à l’Algérienne bien entendu…surtout que pour les démentis, vous avez vu la geste ample de Ghoul sur EnNahar TV…la chaine de qui vous savez…c’est dire notre accablement…face à l’inertie de façade…
Boussayar

Règlements de compte autour d’un cadavre
Abed Charef
Mercredi 14 Novembre 2012

Nouveau scandale. Des personnalités de haut rang mises en cause dans des affaire de commissions. Mais le pays continue de fonctionner comme si de rien n’était.

1. Journalisme d’investigation

Les révélations sur des affaires de pots-de-vin, publiées cette semaine par le quotidien El-Djazaïr News, réconcilient avec le journalisme, le vrai. Celui qui promet de s’attaquer aux puissants, de ne jamais céder face aux détenteurs du pouvoir et de l’argent ; un journalisme qui a pour seul crédo la recherche de la vérité, indépendamment de celui à qui elle profite ou à qui elle peut causer du tort. Ce journalisme a disparu d’Algérie, au profit d’un autre exercice, très approximatif, qui ignore les règles les plus élémentaires du métier. Il ne s’agit pas de nostalgie, ni d’une quelconque volonté de revivre un passé qui, du reste, n’existe pas, car la presse algérienne n’a jamais été libre et professionnelle sur une durée suffisamment longue pour en faire un repère.
Non, il s’agit seulement d’un constat. L’Algérie ne s’est pas adaptée aux médias modernes, et les médias n’ont pas suivi l’évolution qui est en train de bouleverser le monde de la communication dans le monde entier. L’Algérie est d’ailleurs dans un bel anachronisme, avec ses chaines de télévision privées non déclarées, ses monopoles sur la publicité dans un marché supposé concurrentiel, et son niveau professionnel proche de zéro dans nombre de médias.
Dans un tel paysage, le travail effectué par El-Djazaïrs News, avec des révélations précises, étayées par des documents, mettant en cause des hommes politiques puissants, fait figure d’exception. C’est si rare dans un pays où la manipulation de la presse est un jeu si répandu qu’il en est devenu la règle. Mais hélas, ce que publie El-Djazaïr news ne relève pas du journalisme d’investigation. On est dans un mode totalement différent, qui se rapproche beaucoup plus de la guerre des clans et des règlements de compte.

2. Guerre des clans
C’est donc vers la guerre des clans qu’il faut se retourner pour trouver une explication à ces révélations selon lesquelles M. Amar Ghoul aurait touché des commissions dans le contrat sur l’autoroute Est-Ouest, alors que M. Abdelaziz Belkhadem, patron du premier parti du pays, ancien premier ministre, considéré comme proche du président Abdelaziz Bouteflika, serait intervenu pour qu’un contrat soit accordé à une entreprise qui n’aurait pas dû l’obtenir. M. Ghoul a affiché son ambition pour la présidentielle de 2014. M. Goul a, également, créé un nouveau parti, dans lequel il a  attiré une partie de l’encadrement de son ancien parti, Hamas, et affiche des ambitions de plus en plus grandes. Est-ce une manière de les rappeler à l’ordre ? De les ramener sur terre, alors qu’ils semblaient partis pour tenter des aventures en solo ?
Dans la rue comme dans les milieux branchés, c’est ce qui se répète. Personne ne semble croire à un hasard, ni à l’existence d’un justicier masqué qui aurait décidé de balancer des politiciens ripoux. Partout, prime la théorie du complot. « Ils » ont décidé de sacrifier Amar Ghoul, « ils » ont décidé de griller Belkhadem, « ils » ont choisi de baliser le terrain avant que les choses sérieuses ne commencent, à l’approche de 2014. « Ils » ont décidé de griller tous les candidats alternatifs, pour qu’un quatrième mandat s’impose comme une évidence. Mais alors, ce serait quoi ce pays où un chef d’Etat, physiquement diminué, politiquement usé, qui a lui-même reconnu avoir fait son temps à travers sa célèbre formule « tab djenanani », ce serait quoi ce pays où un chef d’Etat reste éternellement au pouvoir non parce qu’il est le meilleur d’une compétition plus ou moins acceptable, mais parce qu’il réussit à éliminer ses adversaires ? C’est le signe d’un système politique mort.

3. Un système mort
Il ne s’agit pas d’un système à l’agonie. Non, c’est un système mort. Qu’il réussisse à s’imposer ne signifie pas qu’il est en vie, puissant, opérationnel. Non, c’est un système mort, car il ne peut plus donner vie au débat politique, aux idées, à la compétition. Il n’est plus capable de donner naissance à de nouveaux leaders, à un nouveau personnel politique, à de nouveaux dirigeants. C’est encore plus frappant encore dans le domaine économique. Un chef de mission du FMI a déclaré, cette semaine, avec une certaine ironie, que l’Algérie réalise une croissance « solide » à 2.5%, mais qu’elle pourrait faire 6 à 7%, et que son potentiel devrait en fait lui permettre de faire plus de dix pour cent. L’Algérie réalise une croissance économique qui couvre à peine l’augmentation de la population, alors qu’elle pourrait avoir une croissance « chinoise ». Pourquoi ? Parce que son système est mort.
Une autre manière de le confirmer : des journaux publient des informations sur des affaires de corruption. La justice, autre institution morte, ne peut pas s’en saisir. Aucun procureur légalement compétent n’a annoncé avoir ouvert une information judiciaire. Et puis, nouveau séisme : un ancien ponte du régime est désigné membre d’un institut de lutte contre la corruption alors que sa fille et son gendre sont impliqués dans un énorme scandale.
On n’est plus dans le journalisme, dans la guerre des clans. On est face à un système mort, et qui risque d’emporter avec lui un pays.

mardi 6 novembre 2012

Que cesse la calomnie


Pourquoi il faut dénoncer la cabale contre le Pr Aourag
Mis en cause par un journal en ligne, le Pr Hafid Aourag, directeur général de la Recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) auprès du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, est dénoncé d’avoir plagié un rapport du ministère français de l’Enseignement supérieur sur la recherche scientifique. Pour l’avoir connu en ma qualité de journaliste, pour l’avoir souvent côtoyé en ma qualité de chercheur et de responsable de projet et de directeur de laboratoire, pour avoir connu ses anciens collègues, tant lors de sons séjour en Grande Bretagne qu’à l’université de Sidi Bel Abbès, pour l’avoir poussé dans ses derniers retranchements lors de nombreux entretiens en marge des ses multiples visites tant à l’université de Mostaganem qu’à celles d’Oran et de Tlemcen où il avait animé de nombreux ateliers de travail entrant dans le cadre de sa mission, je puis me permettre d’apporter ce témoignage afin que la probité et l’honnêteté du professeur Aourag soit à jamais reconnue et affirmée. Le procès qui lui est intenté n’est pas seulement un mauvais procès, c’est le procès de l’homme intègre et du chercheur de talent qui est visé par ces attaques indignes. Après 40 ans de carrière dans la formation supérieure agronomique, comptabilisant plus de 10 ans comme collaborateur dans un grand journal indépendant, je pense en connaître un petit bout sur la qualité des hommes intègres et sur celle moins reluisante des laudateurs et des traitres. Il serait tellement facile de laisser s’accomplir la curie et attendre que le vent tourne, une posture d’opportuniste qui sied tant à ceux qui ont des troubles de conscience. Je n’en suis pas et n’en serais jamais. A partir de ma posture connue et reconnue, je ne peux ne pas dire mon intime conviction que ce qui arrive à cet éminent chercheur Algérien est dans la droite ligne de ceux, trop nombreux, qui n’ont en partage que la médiocrité et qui ne survient que par les magouilles et les passe-droits. Ce monsieur Aourag est trop naif et trop juste pour se laisser entrainer dans cette voie glauque qu’est le plagiat. Ce mot terrible qui vous détruit tout une carrière faite d’abnégation et de rigueur. Parvenu au sommet de la hiérarchie scientifique mondiale, quel besoin aurait-il de se laisser entrainer dans cette obscure affaire ? Ce qui est encore plus révoltant c’est cette jubilation qui émane des quelques articles consacrés à cette cabale. Qui pourrait croire un seul instant que ce monsieur rigoureux et affable, distingué et modeste, scrupuleux et intransigeant, puisse se fourvoyer comme un malpropre et un parvenu en plagiant avec autant de désinvolture un texte que le dernier licencié en langue française peut parfaitement écrire simplement en s’appuyant à un minima de culture générale. Croire que ce scientifique de haut niveau puisse se rabaisser à plagier Valérie Pécresse, la ministre de Sarkozy, c’est prendre la communauté universitaire nationale dans son ensemble pour un ramassis de canards boiteux. Car voyez-vous, un professeur de ce rang et de cette envergure, combien même l’idée lui venait de s’inspirer d’un texte écrit par autrui, il se limiterait à en reprendre les idées générales. Jamais il ne lui viendrait à l’esprit de le faire comme un vulgaire plagiaire débutant. Le croire un seul instant, c’est faire injure à son intelligence. Car dans cette affaire, l’objectif ultime n’est ni plus ni moins d’une mise à mort. Alors, comme Watson, posons-nous la question : à qui profite le crime ? A l’évidence pas à celui qui en est accusé! Alors le Pr Aourag se serait-il soudain transformé en suicidaire ? Chez les scientifiques sérieux d’ici et d’ailleurs, il ne se trouvera personne pour le croire. Maintenant s’il s’agissait de ternir la personnalité et le parcours si précieux et si original du Pr Aourag, c’est loin d’être accomplis ! Surtout si les femmes et les hommes de bonne foi et de bonne réputation, s’en mêlaient pour dire halte à cette cabale d’un autre temps ! Pour eux, il n’est nullement question de se taire sur ce mauvais procès intenté au meilleur d’entre nous. Non seulement cet homme est intègre, mais il est également celui qui est parvenu à mettre la recherche scientifique sur la seule voie qui mène vers le progrès. Pour l’avoir souvent interpellé pour les besoins du journal, je sais combien ce grand commis de l’Etat développe un sens aigu du devoir de réserve, qu’il cultive comme une seconde religion. Si quelques parts, le statut social de l’enseignant universitaire et du chercheur algérien s’est nettement amélioré durant ces dernières années, je puis témoigner ici et pour toujours que la touche intimiste et personnelle du Pr Hafidh Aourag n’y est pas étrangère. Ce procès est une plaisanterie de mauvais gout qui ne plaira qu’aux pantins, aux laudateurs, aux incapables, aux faussaires, aux vauriens, aux planqués et aux adversaires acharnés de la rigueur scientifique et de la noblesse. Hélas, dans les travées de l’université algérienne, ils sont légions. Ceux-là, la cabale contre le Pr Aourag ne peut que les réjouir et les conforter dans leur sale et détestable entreprise d’anéantissement du dernier carré de rigueur, de probité, de sagesse et d’intelligence que compte l’université algérienne.
Pr Aziz MOUATS, Université de Mostaganem

jeudi 4 octobre 2012

le Titanic à Alger

Une chronique fiction pas si invraisemblable que ça, signée Salima Ghézali dans La Nation du 3 octobre 2012...si vous prenez froid, rallumez le chauffage...avant que le gaz de schiste ne viennent ajouter au désordre...

En guise d’épitaphe : Par les baroudeurs et pour les baroudeurs

Salima Ghezali
Mercredi 3 Octobre 2012



Et si la rumeur décidait de frapper un grand coup? Un coup en traitre. De ceux qui tombent le soir quand il est vingt trois heures à Alger, minuit à Paris et Rabat. Et seulement 18h à New-York. Si, brusquement tombait cette improbable annonce de la mort des six principaux décideurs algériens. Les uns toujours en poste, et les autres participant à la décision à partir d’une retraite fictive, sorte de variable d’ajustement du pouvoir de signature sur le pouvoir du poing sur la table. Les deux, au même moment, neutralisés par un même coup du sort.

Que se passerait-il alors dans le pays (et en dehors) ? Qui appellera qui ? Qui se rendra le premier à l’ambassade de France sans même prendre rendez-vous ? Qui le premier formera le N° de l’ambassadeur US ? Qui roulera à tombeau ouvert vers le campement de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite en villégiature dans le grand sud ? Quel jet privé décollera immédiatement d’Alger en direction de Malte, de Berne ou de Monaco ? Quel autre au même moment s’élèvera dans le ciel de Valdivostok pour aller à sa rencontre ?

Et quelle épouse d’ambassadeur enverra d’Alger un tweet à celui qu’on surnomme le «Jacques Foccart sans valises du Sahel » pendant que son chauffeur se contentera d’un SMS à son homologue auprès de la succursale locale de la maffia chinoise ? Et un autre pour le chef des Sayanim du Maghreb.

Un cran en dessous, qui ira falsifier son acte de naissance pour se propulser, le plus ancien dans le grade le plus élevé ? Qui signera à la place de son frère la pile des contrats en souffrance depuis des lustres ? Qui se fera porter malade pour ne rien assumer ?

Qui se sauvera avec le contenu du coffre de sa banque et qui ira négocier avec un agent de sa gracieuse majesté une pile de dossiers compromettants ? Combien de dirigeants sahraouis rallieront le Maroc et combien iront immédiatement s’approvisionner en armement lourd libyen ?

Quels ministres répondront à une convocation urgente du gouvernement de Sellal et combien lui préféreront un entretien avec un officier traitant ? Qui viendra à la réunion muni d’un papier le désignant, lui, au poste de premier ministre signé par au moins deux des défunts sur leur lit de mort ? Combien de faux-témoins s’aligneront sur sa version des faits ? Combien auront le courage de rire à la dernière blague que leur opposera en réponse le premier-ministre et jusqu’à quel point rira-t-il lui-même ?

Et qui en ville réunira en premier les groupes de supporters des clubs de foot pour une démonstration de force, et qui proclamera la dissidence des chambits* de sa région ?

Le président du Sénat apprendra-t-il par sa secrétaire qu’il vient d’être intronisé président par intérim avant que son chauffeur ne démente l’information? Et auprès de qui le président du parlement ira-t-il prendre conseil ? Qui répondra aux coups de téléphone du président du conseil constitutionnel ? Qui prendra la décision de réunir les chefs de région et qui s’y opposera par mesure de sécurité ? Qui fermera le ciel à la navigation ? Et qui l’ouvrira à l’aide d’une escouade de ninjas ?

Quel « opposant » ira se filmer en train de « dégager » l’ambassadeur de Syrie pour prendre de vitesse ses (trop nombreux) concurrents au poste d’ « Erdogan algérien» ? Qui proclamera la première sécession Touarègue et qui prêtera attention aux deux-cent cinquante républiques autonomes proclamées unilatéralement sur Internet ?

Et dans ce capharnaüm, qui prendra au sérieux le rapporteur de la commission pour l’amendement de la constitution qui viendra expliquer comment les réformes du Président avaient prévu le règlement de la succession ?
 
 
* Chambits : Terme Algérien dérivé de gardes champêtres.

mercredi 3 octobre 2012

Danger gaz de schistes



Contribution : GAZ DE SCHISTE
Encore l’opacité


Par Mohand Bakir
Au moins sur un point, les choses se clarifient : le gouvernement est déterminé à exploiter les gaz de schiste !
Il est intéressant d’observer la stratégie de communication que le gouvernement met en œuvre pour faire passer son choix. Les quelques interventions d’explication de l’option d’exploitation des gaz de schiste s’articulent autour de cinq arguments :
1. La demande énergétique intérieure connaît une forte croissance.
2. Garantir les besoins de financement de l’économie nationale à moyen et long terme.
3. Hassi Messaoud est un gisement non-conventionnel
4. L’eau de l’Albien est déjà utilisée par l’industrie pétrolière
5. Il n’y a pas de dangers environnementaux.
L’ensemble de ces «arguments» ont en commun leur totale incurie stratégique. Ce qui explique que, pris séparément ou dans leur globalité, ils heurtent l’intérêt national et lui portent atteinte.
Culpabiliser les citoyens
La forte croissance de la demande énergétique est assénée comme un argument majeur. Mais cette hausse n’est aucunement interrogée. La demande énergétique intérieure algérienne est loin d’être tirée à la hausse par une dynamique économique. C’est la consommation des ménages qui fait exploser cette demande. Multiplication par six du volume du parc automobile et démultiplication de la demande électrique liée aux besoins de climatisation en été, et de chauffage en hiver. Dans le meilleur des cas, il faut relever que l’Etat est totalement défaillant dans l’orientation de l’évolution des secteurs du transport et de l’habitat. Le choix du «tout voiture particulier», assis sur l’importation de véhicules, ne pouvait que faire exploser la demande de carburants. Ce qui occasionne une hausse de la demande énergétique dans un segment où l’offre est dépendante de l’importation des produits pétroliers ! La défaillance de l’Etat est tout aussi flagrante flagrante en matière d’évolution de la demande d’électricité, tirée vers la hausse par l’évolution des besoins de climatisation et chauffage. Il suffirait d’évaluer l’efficacité énergétique de nos habitations pour prendre la mesure de l’ignorance de nos «pouvoirs publics». Les logements qui se construisent dans notre pays sont des bicoques d’un autre temps. Si la demande des particuliers est bien à l’origine de l’explosion de la demande intérieure d’énergie, il n’en reste pas moins que la responsabilité incombe entièrement au gouvernement. Cela rend l’utilisation de cet argument, pour justifier des choix douteux, particulièrement abjecte.
Corrompre les consciences
L’autre argument facétieux est de considérer que les Algériens adhèrent aux choix de continuer à assurer le financement de l’économie «à moyen et long terme» par l’exportation des hydrocarbures ! L’une des dernières expressions publiques qui a rappelé l’urgence d’une sortie ordonnée de la dépendance pétrolière est celle du FCE avec ses cinquante propositions. Les Algériens veulent du travail, ils veulent créer des richesses. Ils ne veulent plus rester prisonniers des filets sociaux. Le gouvernement, enfermé dans un autisme volontaire, a certainement du mal à entendre cette aspiration des Algériens. Cet autisme explique l’empressement du gouvernement à «placer» les emplois des Algériens en DTS du FMI. Est-il raisonnable d’espérer que l’Algérie continue d’assurer son financement «à moyen et long terme» par l’exportation des hydrocarbures ? Le monde est en train de changer. Les majors pétroliers sont les premiers à investir dans les énergies de demain. Des énergies hautement technologiques, dont la maîtrise et l’acquisition se préparent aujourd’hui. Le pétrole ne vaudra-t-il encore quelque chose lorsque les énergies alternatives arriveront à maturité ? Question intéressante pour nos stratèges du financement à «moyen et long terme».
Créer l’amalgame
«L’Algérie exploite déjà des gisements non-conventionnels !» L’autre argument récurrent. Qu’est-ce à dire ? Le gisement géant de Hassi- Messaoud présente des caractéristiques complexes qui rendent son exploitation dépendante du maintien d’un niveau élevé de pression dans le réservoir. Nous avons là deux mots-clés : pression, réservoir. De l’eau est continuellement injectée pour assurer le maintien de la production. Elle est injectée dans un réservoir hermétique (étanche, imperméable) pour augmenter la pression. C’est un procédé exceptionnel, mais où est le rapport avec les puits non-conventionnels de gaz de schiste creusés par fracturation ? Les deux mots-clés, cette fois, sont : schiste et fracturation. Le lecteur, quelle que soit sa formation aura compris la différence entre le «non-conventionnel» de Hassi Messaoud, où l’exploitation non-conventionnelle prend appui sur l’imperméabilité du réservoir ; et le «non-conventionnel» d’Ahnit, où l’imperméabilité des schistes est un obstacle à l’exploitation. L’eau injectée dans le réservoir de Hassi Messaoud est, à la limite, juste transvasée de l’Albien vers ce réservoir. Elle reste disponible. Alors que celle que le gouvernement envisage d’utiliser dans l’exploitation des gaz de schiste sera non seulement souillée, mais elle ira polluer l’ensemble de l’Albien. Elle sera perdue, et nous fera perdre toute l’eau du Sud.
Mentir sur les dangers
Les dangers qu’introduit la technique de fracturation hydraulique sont évacués d’un revers de main. «Il n’y a pas de danger.» «Toutes les précautions seront prises.» Circulez, y a rien à voir ! Au Etats-Unis et au Canada, l’exploitation des gaz de schiste a révélé toutes ses facettes. Contamination des nappes phréatiques, contamination de l’air par des produits volatils cancérigène et même létaux, fuites de méthane,… En Angleterre, une corrélation a été établie entre l’usage de cette technique et l’apparition d’une activité sismique (moyenne) là où il n’y en avait pas du tout ! L’exploitation des gaz de schiste implique la réalisation de dizaines de milliers de puits. Nos spécialistes se gardent bien de faire un parallèle entre le nombre de forages qu’il faudra réaliser pour assurer la rentabilité de ce choix, et le nombre de forages réalisés en Algérie depuis les années 1950. Ce rapport est de quel ordre ? Il faudra réaliser mille fois plus de forages ? Dix mille fois plus, cinquante mille, cent mille fois plus ? Ce serait bien de la savoir. Le sous-sol saharien contient deux éléments qui s’ils rentrent en contact provoquent des cataclysmes : l’eau et le sel. Sur les dizaines de milliers de puits qu’il faudra creuser, quelle sera la probabilité de reproduire la catastrophe du PKN32 ? L’Amérique du Nord est riche en eaux de surface. Le risque pris sur les eaux souterraines, qui sont des eaux circulantes, est relativisé par la disponibilité des eaux de surface. La maîtrise des techniques de recyclage et de traitement des eaux souillées contribue à réduire les risques de pollution. Dans notre Sud, les gigantesques quantités d’eau qui y sont entreposées sont fossiles, des eaux non renouvelables. Les eaux de surface dont nous disposons dépassent à peine la quantité annuelle que nous pourrions prélever sur l’Albien, de l’ordre de 5 milliards de mètres cubes annuels. Il est clair que dans le cas de l’Algérie, le risque n’est pas «encaissable», il est un risque majeur !
Autarcie perfide
Comme si l’Algérie vivait dans une bulle coupée du monde. Tout l’argumentaire développé est expurgé de toutes les données des marchés énergétiques mondiaux. Quelle y est notre place ? Quelles peuvent en être les évolutions prévisibles ? Qu’avons-nous gagné avec l’apparition de l’exploitation des gaz de schiste ? Financer notre économie par l’exportation des hydrocarbures. Telles seraient nos ambitions nationales pour l’horizon 2030 ou 2050 ? Quelle audace ! Mais même cette «ambition-là» n’est pas tenable. A cet horizon, il faut envisager que l’exportation de l’eau rapportera bien plus que celle des hydrocarbures ! Mais de quelle eau parlons-nous ? De celle que le gouvernement condamne à une pollution irréversible ?
M. B.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/10/03/article.php?sid=139873&cid=41

samedi 1 septembre 2012

Céréales, entre sécheresse US et spéculations capitalistes


Sommes- nous menacés par une crise alimentaire mondiale? A en croire certains milieux et à voir la courbe ascendante des prix sur le marché international, la réponse serait évidemment  un oui sans équivoque. Pourtant, rien n'est aussi simple ni évident. Ici le point de vue d'une jeune agronome, militante d'Attac France. Un point de vue d'une grande pertinence:

Crise des céréales : « Après les surprimes, on spécule sur la nourriture »

Elsa Fayner | Journaliste Rue89
Le grand entretien 01/09/2012 à 15h04

Depuis juillet, les prix des céréales flambent. On accuse la sécheresse, mais pour Aurélie Trouvé d’Attac France, cette crise a des responsables. Entretien.


Elle a grandi avec le mouvement altermondialiste. Et ne l’a pas lâché la trentaine passée. Aurélie Trouvé copréside aujourd’hui Attac en France, l’Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne.
Ce qu’Aurélie Trouvé dit moins, c’est qu’elle a suivi des études d’ingénieur agronome pour finalement devenir maître de conférences en économie. Sa spécialité : les politiques agricoles et alimentaires a l’Inra.
Alors, quand les prix des céréales s’envolent comme ils le font depuis le début de l’été, la jeune femme fait le lien entre ses deux activités : ce n’est pas parce qu’une sécheresse met à mal les récoltes américaines que les prix flambent en France, c’est bien plutôt parce que nous avons dérégulé les marchés. Rencontre.
Rue89 : Peut-on parler de crise alimentaire aujourd’hui ?

Aurélie Trouvé : On parle de crise alimentaire mondiale depuis 2008. On a assisté cette année-là à une forte augmentation des prix du riz, du blé, du lait. On a parlé d’émeutes – ou de révoltes – de la faim.
Mais l’indice des prix a été encore plus haut en 2011 ! En fait, la crise est continue depuis 2008 : les prix ne sont quasiment pas retombés. C’est le cas en particulier pour les céréales, le sucre et le maïs.

Pourquoi cette flambée des prix est-elle inquiétante ?
En France, un ménage consacre en moyenne 15% de son revenu à l’alimentation. Dans les pays du Sud, c’est plus de la moitié du revenu. Du coup, dans ces pays, la flambée des prix a des conséquences [PDF] encore plus dramatiques sur la consommation quotidienne de céréales, de maïs ou de sucre.
Bientôt, ce sont les produits laitiers et la viande qui risquent d’être touchés. Pour nourrir les élevages, il faut des céréales...
Mais il y a toujours eu des crises alimentaires, ce n’est pas nouveau ?
Cet été, il y a eu une sécheresse aux Etats-Unis, et les prix du maïs ont flambé de 25%. C’est ça la nouveauté : la volatilité des prix.
Autrement dit, maintenant, quand on a un petit déficit de production, ça flambe. Ce n’était pas le cas auparavant. Les prix restaient stables, ils ne s’affolaient pas au moindre changement de temps.
Il suffit de regarder la courbe des prix des produits alimentaires, établie par la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr], pour le voir. Depuis 2007, les prix connaissent de fortes fluctuations, et dans des temps réduits.

Le problème, donc, c’est que les prix augmentent fortement subitement pour les consommateurs. Mais cette volatilité nouvelle déstabilise également toute la filière.

Les agriculteurs, les PME de l’agroalimentaire... tous sont plongés dans l’incertitude. Du coup, ils font moins d’investissements. Ils obtiennent également moins de crédits car les banques voient bien qu’ils peuvent totalement se ruiner en une année.
Mais pourquoi, aujourd’hui, un petit déficit de production suscite une telle flambée des prix alors que ce n’était pas le cas avant ?
C’est facile d’incriminer les aléas climatiques, la sécheresse : personne n’est responsable. Alors que la crise résulte de choix politiques, et qu’il y a des responsables.
Le problème de fond, c’est que nous avons dérégulé nos marchés intérieurs.
Avant, sur ces marchés, un certain nombre de systèmes permettaient de garder des prix stables. On garantissait des prix de vente aux producteurs. En Europe, par exemple, quand le prix mondial du lait passait en dessous du prix plancher, l’Union européenne achetait le lait et le stockait, ce qui maintenait le prix élevé. Quand les prix flambaient, l’Union déstockait, ce qui faisait baisser les prix. Les Etats-Unis faisaient de même.
Pour avoir un prix assez haut et stable, l’Union européenne avait également mis en place des taxes douanières. Et les exportations étaient subventionnées.
Les prix n’étaient pas les seuls à être régulés, la production l’était aussi. Aux Etats-Unis, notamment, un gel des cultures était pratiqué. Des surfaces agricoles n’étaient pas cultivées, ce qui permettait d’éviter ces surproductions.
Le problème est survenu à la fin des années 80. En 1986, on a fait entrer l’agriculture dans les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 1994, un accord a été signé. Et cet accord a laminé les politiques de régulation des marchés agricoles, notamment aux Etats-Unis et dans l’Union européenne.
Comment ?
Aujourd’hui, les prix intérieurs ne sont plus stables et protégés dans chaque pays, ils suivent du coup les prix mondiaux. Or, ces prix mondiaux sont de plus en plus volatiles.
Ils ne sont pas fixés en fonction de l’offre et de la demande dans tous les pays du monde. Ce n’est pas une moyenne des prix. Les prix mondiaux sont déterminés par la petite partie de la production qui est exportée dans le monde.
Or, sur ces marchés agroalimentaires, il y a des très gros acteurs qui sont capables d’influencer très fortement les prix, qui ne correspondent pas à l’état de l’offre et de la demande réelle.
Concernant certains produits comme les céréales ou le maïs, la spéculation joue en outre une influence décisive sur les prix.
Comment peut-on spéculer sur les céréales ou le maïs ?
Il existe ce qu’on appelle des « marchés à terme » : ce ne sont pas des marchés agricoles, sur lesquels on s’échange des marchandises ; ce sont des marchés financiers qui existent en parallèle, sur lesquels on s’échange des papiers.
Ces marchés à terme existent depuis le XIXe siècle. C’était au départ une sorte d’assurance pour les agriculteurs. Cela leur permettait de vendre leur production à un prix fixé préalablement à la récolte. En cas de chute des cours au moment de la moisson, ils étaient protégés. En cas de flambée, les investisseurs enregistraient un profit.
Cela a fonctionné jusqu’au début des années 90. Des agriculteurs, des coopératives, des négociants utilisaient ces marchés à terme. Les prix étaient fixés en fonction des « fondamentaux de marché », c’est-à-dire des anticipations de l’offre et de la demande physiques.
Et puis, peu à peu, de plus en plus de spéculateurs purs se sont mis à investir sur ces marchés : des intervenants qui, à aucun moment, ne vendent ni n’achètent de produits agricoles, qui ne vendent que des produits dérivés pour faire de la spéculation financière.
Pourquoi les spéculateurs se sont-ils subitement intéressés aux céréales ou au maïs ?
Parce que les prix ont été dérégulés à ce moment-là en Europe et aux Etats-Unis ! Quand les prix étaient stabilisés un peu partout, il y avait beaucoup moins d’intérêt à spéculer. A partir du moment où les prix varient fortement, les paris peuvent devenir plus importants.
Par ailleurs, comme les marchés de l’immobilier et de l’Internet se sont cassé la figure, les spéculateurs se sont reportés vers les marchés à terme agricoles, considérés comme plus sûrs. Après les subprimes, on spécule sur la nourriture.
A tel point que des bulles se sont formées, et ont éclaté. C’est ce qui s’est passé en 2008, c’est ce qui a mené aux révoltes de la faim.
De prochaines crises sont-elles à craindre ?
Les Etats-Unis ont de nouveau régulé les prix agricoles a partir des annees 2000, avec des mécanismes qui permettent aux agriculteurs de stabiliser leurs revenus. Les quotas et les protections aux frontières ont également été renforcés.
L’Inde ou le Brésil reprennent également des mécanismes de régulation de produits agricoles.
L’Union européenne, elle, continue à déréguler. La politique agricole commune (PAC) va être réformée en 2013. Les quotas laitiers vont être complètement élimés. Ça, c’est décidé. Les prix garantis aux agriculteurs vont continuer à diminuer : il n’y aura plus aucune trace de régulation. La Commission européenne propose par ailleurs dans ses textes de développer les marchés à terme.
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Quelles solutions pourraient être envisagées ?

Pour moi, il faut [PDF] reprendre en Europe les mécanismes de stockage-déstockage, avec des prix garantis aux agriculteurs. Cela permet au passage de couper l’herbe sous le pied des spéculateurs : si les prix ne varient plus, aucun intérêt de parier dessus.
Il existe certes une limite à ce mécanisme : que l’Europe en profite pour déstocker vers les pays du Sud, à des prix défiant toute concurrence, ce qui lamine les agricultures vivrières dans les pays en question. C’est pourquoi il faut également mettre en place des systèmes de régulation de la production pour ne pas inonder les marchés étrangers.
Je pense qu’il faut aussi relocaliser les activités agricoles. Et réguler les marges de la grande transformation et de la grande distribution, comme cela se fait aux Etats-Unis.
 lien: http://www.rue89.com/2012/09/01/crise-des-cereales-apres-les-subprimes-specule-sur-la-nourriture-234963

jeudi 30 août 2012

Le Riz de l'Espoir


 Une découverte à partager uniquement entre les amoureux de la terre et de l'agriculture...ce riz est la preuve que rien n'est perdu et qu'il suffit de persévérer dans les recherches, même les plus anodines...

Une nouvelle variété de riz porteuse d’espoir

| Publié le 29/08/2012 à 10:57 | Mise à jour le 29/08/2012 à 10:57 | 
Des producteurs de riz en Thaïlande. Crédit Photo : © Sukree Sukplang / Reuters/REUTERS
Des chercheurs ont mis la main sur un gène qui permet au plant de riz de mieux se développer sur des sols très pauvres en phosphore et d’accroitre les rendements de près de 20%.
Pour la FAO, il est le seul rempart à une éventuelle crise alimentaire semblable à celle de 2007-2008 qui menace d’éclater avec la flambée des cours de céréales. Le riz, troisième céréale la plus cultivée au monde, aliment de base pour trois milliards d’êtres humains, profite de stocks abondants pour cette campagne 2012-2013 (plus de 463 millions de tonnes selon le département américain de l’Agriculture) et de prix stagnants autours de 580 dollars la tonne pour le riz thai. Mais les récoltes futures risquent d’être pénalisées par la stagnation des rendements qui affecte les 155 millions d’hectares de rizières cultivées dans le monde.
Les riziculteurs font en effet face à un problème de taille: très souvent, le sol retient étroitement le phosphore qu’il renferme et seule une petite partie du précieux minéral pénètre les racines de leurs plantes. Le jeune plant de riz souffre alors de malnutrition qui l’empêche d’atteindre son rendement maximal une fois arrivé à maturité. Pour contourner ce problème, les agriculteurs utilisent des engrais enrichis en phosphore mais cette solution a ses limites. Financières tout d’abord, car le prix des roches phosphatées extraites pour servir d’engrais a doublé depuis 2007 en raison d’une pression sur l’offre. Ecologiques ensuite avec le rejet de phosphates dans les cours d’eau et les nappes phréatiques.

Les pays modestes, grands bénéficiaires

La nouvelle découverte des scientifiques de l’Institut international de recherches sur le riz (Irri) apparaît donc comme «la solution «miracle». Après plus de dix ans de recherches, ces derniers ont enfin réussi à mettre en évidence le gène PSTOL-1 (phosphorus-starvation tolerance 1) qui permet à une variété de riz indienne, baptisée Kasalath, de pousser normalement malgré un manque de phosphore dans le sol, minéral essentiel au bon développement de la plante.
Le séquençage du génome complet de cette variété a mis en lumière ce gène «magique» qui permet à ce riz d’extraire le phosphore du sol dès le début de sa croissance. La découverte a été détaillée dans un article publié dans la revue britannique Nature. «Depuis deux ou trois ans, nous étions quasiment certains que nous tenions le bon gène. Mais il nous fallait mener plein d’expériences pour confirmer notre découverte», explique Sigrid Heuer, chercheuse à l’Irri.
Transféré à d’autres variétés de riz, le gène PSTOL-1 permettrait au riz de mieux tirer profit du sol et donc d’augmenter le rendement d’environ 20%. «Mais cela dépend énormément du type de sol et du degré de sa pauvreté en phosphore», a expliqué la chercheuse. «Raisonnablement, il est plus prudent de parler d’une hausse de 10 à 20% en moyenne, un peu plus localement lorsque le manque de phosphore est important», précise-t-elle. Cette semaine, les scientifiques présenteront leur découverte à des riziculteurs du Bangladesh, d’Inde et de Thaïlande. Selon Sigrid Heuer, ce sont ces derniers qui pourraient bénéficier le plus de cette trouvaille génétique.
Lire l’article original sur Nature : http://www.nature.com/nature/journal/v488/n7412/full/nature11346.html

mardi 21 août 2012

Béni Mélek, une blessure coloniale

Évocations de l'insurrection du 20 aout 55
cette contribution a été publiée dans  Le Soir d'Algérie dans son édition du 21 aout 2012



Ce samedi 20 août 1955, j'avais 5 ans et demi et j'ai assisté au déferlement des insurgés à partir du marabout de Sidi-Ahmed qui surplombe la Prise d'Eau. Ce marabout est celui de la famille Mouats qui possède des lopins de terre sur le versant gauche du Béni Mélek.
 
C'est vers 11h que nous entendons s'élever pour la première fois l'appel au djihad, donnant ainsi le signal à quelque 4 000 fellahs encadrés par des responsables et autres combattants FLN de foncer sur Philippeville, une grande agglomération côtière de 70 000 habitants. Cet appel est de suite relayé par les youyous des femmes et des jeunes filles de la famille. En face de notre mechta, la famille Messina, le père, la mère et les 3 ou 4 enfants, voyant la foule déchaînée, quittent la ferme et remontent s'abriter sur le mamelon. Mais là, ils tombent nez à nez avec une deuxième colonne d'insurgés conduite par Mouats Lyazid, mon oncle maternel. C'est lui qui interdit à ses combattants de tuer les Messina, soulignant qu'ils n'étaient que des métayers. Ils lui doivent donc la vie sauve. Un geste qu'ils oublieront le lendemain, puisque c'est Messina lui- même qui allait dénoncer notre famille aux militaires. Mon père et mes oncles Salah et Rabah — 14 et 16 ans — lui revenant du maquis et ses jeunes frères de la ville où ils s'étaient planqués la veille de l'insurrection. Réunis pour la dernière fois, ils seront cueillis à l'instar des autres membres de la famille le mardi 23 août aux premières lueurs du jour. En effet, à peine le jour était-il levé que les soldats investissent nos maisons, nous font sortir dehors pour assister à un spectacle macabre. Avec leurs machettes, ils égorgent nos poules et nos lapins qu'ils emportent dans leurs gibecières. Chèvres, vaches, mules et moutons sont également saisis et emportés. Ensuite les femmes et les enfants sont rassemblés sous des oliviers. Le soleil est déjà très haut dans le ciel lorsque les hommes qui avaient été rassemblés sont emmenés vers la crête où les attendent les GMC de l’armée. 

C'est la dernière fois que je vois mon père et mes oncles vivants. Puis les soldats se mettent à dynamiter avec des mortiers nos maisons, tout en y mettant le feu. Ils ont certainement dû utiliser des lance-flammes car le lendemain, nous avions fait le tour de la mechta et avons passé la première nuit de notre vie à la belle étoile. Un groupe sous un savonnier en plein cœur de la mechta et notre groupe sous un immense jujubier de Saïd Mouats, dont les maisons sont mitoyennes des nôtres. Le savonnier et le jujubier sont encore en vie. A chaque fois que je retourne à Béni Mélek, je me fais un devoir de rendre visite à ces deux arbres miraculés. Je me souviens que dans les décombres de nos maisons, nous avions réussi à retirer uniquement du couscous que toutes les familles indigènes préparent en prévision de l'hiver. Je garde toujours vivace ce goût de brûlé qui me fait penser au napalm. Un goût très particulier qui vous écorche la langue et la gorge et provoque des nausées insoutenables.
Des leaders à l'âge de 13 ans
Mais c'était ça ou rien. Les plus téméraires sont allés cueillir des figues en contrebas des ruines de nos si belles maisons en tuiles rouges de Marseille. Car pendant longtemps, lorsque nous étions autorisés par l'armée à revenir sur les lieux, nous retrouvions partout des éclats de ces tuiles plates, signe d'une urbanité et d'une relative opulence, comparativement aux habitations en diss des autres mechtas de la région. C'est seulement le jeudi 25 que notre voisin, un colon humaniste et libéral, Roger Balestrieri, est venu nous consoler et nous apporter de l'eau et du pain. Je revois encore ses deux ouvriers, Boukhmis, un compagnon de guerre, et surtout Abdelkader Zine, un colosse noir originaire de Touggourt, l'un ployant sous le poids de deux gargoulettes et l'autre sous deux sacs de pain français. Roger, coiffé de son chapeau colonial, à peine la trentaine, peut-être moins, dégoulinant de sueur, parlait un arabe rudimentaire. Affamés depuis la veille, nous nous jetons sur le pain et l'eau pendant que Roger parle en aparté avec les adolescents que les soldats dans leur furie avaient épargnés. Il s'agit de Hammoudi, Salah, Hafidh et Zouaoui, tous âgés entre 10 et 13 ans. 


Ce sont eux qui en l'espace d'une nuit sont devenus de facto les nouveaux chefs de la communauté. Par le feu et par le sang, la France coloniale, haineuse et sans scrupules, venait de faire passer le témoin entre les générations. Moi- même je devenais ipso-facto le mâle le plus âgé de la famille. A moins de 6 ans ! Je vois encore ce bouc impressionnant, avec sa laine blanche et ses cornes acérées se laisser embarquer sans ménagement, comme un vulgaire agneau, par les soldats. J'avais envie de crier que c'était mon bouc à moi, celui qu'on devait égorger à l'occasion de ma circoncision, soit juste après les festivités automnales et juste avant mon entrée à l'école. Mais ma mère m'a fusillé de son regard, m'intimant l'ordre de me taire et surtout de ne rien faire qui puisse exacerber cette troupe décidée à en découdre.
Se faire une raison
Déjà que j'étais très malheureux de voir mon coq se faire égorger par un soldat, mais les voir emporter mon bouc me rendait inconsolable. J'étais loin d'imaginer la suite. Voir tous les hommes de ma famille alignés avec les mains sur la tête comme de vulgaires bandits m'indisposait au plus haut point. Mais ce qui me fera le plus mal, c'est pourquoi j'en garde une blessure profonde, c'est de voir mes jeunes oncles avec qui je faisais déjà les quatre cents coups courber l'échine et partir en file indienne vers une destination inconnue, mais que déjà j'imaginais funeste. Encadrant leur grand frère, ils sont partis pour ne jamais revenir, mais ça je ne le savais pas. D’ailleurs, dans la famille, nul ne savait ce qu'il allait advenir de nos hommes. Jusqu’au 5 juillet 1962, jour de l'indépendance de l'Algérie, jour de joies immenses, jour de grande ferveur, jour de grosses chaleurs mais aussi jour de la dernière et de la plus humiliante déception. Celle de devoir se faire une raison que les 23 hommes embarqués le 23 août 1955 par l'armée française ne reviendront pas. Avoir attendu jusqu'à la fin de la guerre, c'est-à-dire pendant sept longues et interminables années, pour se faire une raison. Car durant toute cette période, à chaque fois que nos mères posaient la question, la réponse s'est toujours voulue évasive. Tantôt on nous disait qu'ils étaient à Lambèse, tantôt à Berrouaguia, les deux endroits dont j'ai appris à connaître les noms dès l'enfance. Mais à l'époque, ces deux centres pénitentiaires représentaient pour moi une simple auberge où mes parents étaient retenus pour troubles à l'ordre public.

Le jujubier dans le film "Algérie, histoires à ne pas dire"

Introuvables charniers
Quelques jours après avoir dormi sur la paille dans cette vieille mansarde mise à notre disposition par Roger Balestrieri, je suis pour la première fois séparé de ma mère et de ma tribu que je venais à peine de connaître. Plus de 80 personnes entre femmes et enfants que les Balestrieri avaient recueillis dans cette ferme désaffectée. C'est donc vers la fin du mois d'août que je fais connaissance avec mon grand-père maternel. Je ne l'avais jamais vu auparavant, car en ces temps-là, le beau-père ne rendait visite à son gendre et à sa belle famille qu'aux grandes occasions. C'est pourquoi, jusqu'à ce funeste mois d’août, je n'avais aucune idée de l'existence d'un grand-père maternel. Ma vie se limitait à celle de notre petite famille, avec comme patriarche Si Moha, l'oncle de mon père et donc mon seul et unique grand-père que je vénérais par-dessus tout. Lui était le véritable leader de la famille Mouats. Le jour de la destruction de notre machta, il était en ville, probablement bien à l'abri chez une de ses nièces qui habitait le faubourg de l'Espérance. Ayant été informé de ce qui se passait à la mechta et voyant au loin les flammes s'élevant au ciel, Si Moha avait pris la route de Collo qui mène droit à la mechta de Béni Mélek. Il sera arrêté à hauteur de la ferme de Bernard Mipliacio. Depuis sa ferme, Roger Balestrieri a observé toute la scène. Lui a vu le convoi militaire et aperçu de loin les flammes et surtout la fumée s'élevant du douar. Avec les membres de sa famille et ses ouvriers, ils ont pu se rendre compte que quelque chose de grave se tramait chez nous. Depuis leur ferme qui domine la route sinueuse, ils n'ont aucune peine à reconnaître le vieux Moha se dirigeant prestement malgré son âge vers sa famille qu'il savait en grand péril. Lorsqu'il se retrouve face à face avec le convoi militaire, il a à peine le temps de reconnaître les siens qu'il est embarqué sans ménagement dans l'un des GMC. Lui aussi finira avec le reste de la famille dans un charnier que jamais personne n'aura signalé à ce jour. Pas même les responsables du FLN qui ne peuvent pas se soustraire à leur devoir sous un fallacieux prétexte.

Pour une reconnaissance nationale
Car ce qui s'est particulièrement passé ici dépasse en horreur ce que la France coloniale avait érigé en mode de destruction massive. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le témoignage d'un fils de soldat français, d'autant que nous avions presque le même âge et j'aimerais lui dire combien j'ai apprécié sa contribution. Parce qu'elle donne un autre éclairage de ce que fut cette insurrection. Que d'aucuns cherchent encore de nos jours à instrumentaliser. 

Document Michel Mathiot

A cet égard, après l'excellent livre de Claire Mauss-Copeaux, faisant voler en éclats la thèse de la préméditation — attribuée mécaniquement (machiavéliquement ?) à Zighoud Youcef —, le travail qu'est en train de réaliser Michel Mathiot constitue une contribution majeure à une meilleure connaissance des évènements et des hommes. Enfin, comment ne pas souligner que dans son édition du lundi 22 août 1955, le New York Times parlait déjà de 12 000 victimes tuées par la répression, surtout que les ratonnades et autres crimes de guerre ont été couverts par les responsables militaires jusqu'au 29 août 1955. Ce qui ne veut pas dire qu'après cette date, tout serait rentré dans l'ordre républicain, loin s'en faut puisque l’état de siège a été décrété et les appelés ont été mobilisés en force. A l’évidence, l’insurrection a coûté très cher en destruction et surtout en vies humaines. Après 57 ans de souffrances, nous avons tous besoin d’un peu d’apaisement qui ne viendra que le jour où nos morts seront enfin reconnus. Ceci pourrait se faire par l'érection d'un monument national sur lequel tous les martyrs de ces glorieuses journées seront gravés dans du marbre de Filfila. Est-il injuste d’imaginer que ce monument national pourrait trouver un petit espace en haut du mont Messiouène qui surplombe la vallée du Béni Mélek ?
Aziz Mouats, université de Mostaganem

20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...