vendredi 19 août 2011

le 20 Aout, l'intellectuel et le forgeron

 A l'occasion du 20 Aout 55, qui ne sera pas commémoré encore une fois par l'Algérie officielle, une petite mais profonde controverse sur les intellectuels s'est faite jour entre Boussayar et Med Beghdad...une occasion pour revenir sur le parallèle entre une escouade d'intellectuels organiques et le forgeron de Condé Smendou...

Mon cher Beghdad...me voilà par toi remisé dans le clan des défaitistes et des pessimistes...pourquoi pas? Ce n'est parce que je ne partage pas la même vision que toi sur les intellectuels organiques et leur role dans la société que je n'ai... pas de vision futuriste pour mon pays...il suffit d'un seul intellectuel pour faire une révolution....toi tu préfères le nombre et moi je suis pour la qualité...c'est un énorme fossé qui nous sépare....s'il fallait structurer une armée de libération et lui acheter des chars des avions, des hélico et lui offrir un bon salaire...jamais l'Algérie n'aurait combattu l'armée française....vois tu demain samedi, nous entamons le 56ème anniversaire du 20 aout 55...ce jour là, il y a exactement 55 ans, de simples fellah désarmés ont envahis par milliers la ville de Philippeville Skikda...c'était totalement désespéré et pourtant les résultats furent fulgurants....il aura suffit d'une idée simple de la part d'un forgeron de Smendou, un certain Ziroud Youcef, pour que la guerre entre dans une phase irréversible....pourtant lui n'avait pas fait d'études et n'avait aucune notion d'intellectuel....et peu de gens ont réfléchis à ses cotés...de nos jours tu me propose d'abord de produire une bonne fournée d'intellectuels si possible inorganiques et d'attendre qu'ils se décident à faire bouger les choses le plus lentement possible afin de ne pas trop déranger le peuple dormant....le 20 aout 55, j'avais 68 mois d'age et j'étais subjugué par cette foule compacte désarmée et décidée qui sortait de la foret pour aller prendre possession de la cité coloniale....depuis je sais faire la différence entre un intellectuel organique et un homme d'action....j'ai plus de respect pour le second et je m'ennuie avec le premier....malheureusement les hommes d'actions sont rarissimes et les intellectuels sont légions...ce sont les premiers qui ont battu la légion étrangère...grâce à leur détermination...et à leur courage...des intellectuels déterminés et courageux j'en cherche....et c'est là où je te rejoins, j'ai désespéré de notre université, tant elle n'est pas capable d'en fabriquer... alors attendons vaillamment la venue d'un forgeron...

mercredi 17 août 2011

Les fantômes ont de bonnes idées...

Une chronique indispensable qui remet sous les projecteurs un personnage que ses compagnons ont enterré trop vite. Je ne sais pas par quel miracle son ouvrage rédigé dans le feu de l'action est parvenu jusqu'à nous. Qu'il me soit permis de saluer avec gratitude son épouse et l'assurer de mon profond respect et de toute ma reconnaissance. Veuve deux fois en l'espace de quelques années, cette dame a été une combattante de la première heure et c'est grâce à elle que le manuscrit aura été conservé. Dans ce livre prémonitoire, le Colonel Lotfi trace les grandes lignes de ce que devrait devenir l'Algérie une fois l'indépendance recouvrée. Il a eut la bonne idée de tomber au champ d'honneur avant la fin de la guerre. Publié par le ministère des moudjahidines - très surprenant, mais ne faisons pas la fine bouche- il a fait l'objet d'une chronique de Ammar Belhimer dans le soir d'Algérie...très bonne lecture...ça mérite vraiment le détour car on comprend pourquoi des hommes de l'intelligence du Colonel Lotfi devaient mourir...pour leurs idées...merci à ceux qui ont permis que ce plan de développement de l'Algérie parvienne aux jeunes générations... Une curiosité tout de même, la presse bien pensante n'a pas jugé opportun d'en faire un compte-rendu...c'est  la preuve que le Colonel Lotfi dérange encore de nos jours...ainsi vont les héros dans ce pauvre pays...dès qu'on les oublie ils reviennent tels des fantômes nous réprimander et carrément se foutre de nous...

Chronique du jour : A FONDS PERDUS
La pensée économique du colonel Lotfi


Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com

Par un heureux hasard, nous avons récemment – vaut mieux tard que jamais — découvert l’ouvrage du colonel Lotfi : Approche du développement économique futur de l’Algérie. «Colonel Lotfi» est le nom de guerre de Benali Boudghène, natif de Tlemcen, qui, avec son épouse, rejoint les rangs de l’ALN en 1955 dans la zone V qu’il finit par commander avant de tomber au champ d’honneur, le 27 mars 1960, à Djebel Béchar.
Dans Approche du développement économique futur de l’Algérie, une œuvre de 274 pages(*), il projette de façon, certes optimiste, mais tout aussi réaliste, les contours de ce que seraient à ses yeux les réalisations majeures de deux premiers plans quinquennaux de l’Algérie indépendante. Erudition, d’une part, limpidité et précision du langage, d’autre part, contribuent à forger un esprit didactique et visionnaire qui part du sous-développement économique (première partie de l’ouvrage) pour asseoir la perspective d’un «essor rapide et considérable de l’économie» (deuxième partie), avant de recenser les «conditions du succès» de la reconstruction économique tant espérée (troisième et dernière partie). Le constat est sans appel : «La misère la plus inhumaine (qui règne) dans un pays aussi riche que la Californie» résulte d’une «économie de contrastes» qui met à nu la «fiction aussi creuse que dénuée de sens des réalisations françaises». «L’économie de contrastes» ou «juxtaposition de deux économies» met en présence une activité qui devra se limiter à «quelques zones déshéritées où il ne restera plus à l’autochtone qu’à disputer âprement et péniblement une lamentable subsistance à d’ingrates terres au moyen d’instruments fatalement archaïques», d’une part, et une activité qui disposera «normalement de tous les biens», d’autre part. La dualité qui caractérise le sous-développement économique de l’Algérie résulte ici d’un pacte colonial qui se révèle d’une extrême cruauté dans le cas de notre pays puisqu’il associera deux formes d’exploitation «indissolublement liées» : le peuplement et la prédominance d’intérêts économiques. La première expression du pacte colonial se décline en termes de transformation «en toute hâte et par compagnies entières», des soldats de l’agression en paysans mariés tambour battant à des prostituées de Toulon, «débarquées par pleines cargaisons et nanties, en guise de dot, de 200 francs chacune pour faire souche dans le pays». Dans la bouche de Lyautey cet épisode n’a rien de honteux : «On ne bâtit pas un pays avec les pucelles.» Le pacte colonial se décline, en second lieu, en termes de pillage économique : le nouveau développement agricole favorisera «la pénurie des produits utiles à la consommation locale, au profit d’une production destinée essentiellement à l’exportation» ; une industrie «décadente et orientée vers l’exportation» assurera l’extraction des matières premières présentant une utilité pour l’économie française et donnera lieu à une «exploitation, aussi intensive que désordonnée, de nombreuses mines, vidées notamment dans la partie nord du pays» ; enfin, des dispositions douanières couplées à un «monopole du pavillon» finiront par faire de l’Algérie un marché captif de la France. Après avoir dressé le bilan de l’œuvre coloniale française en Algérie, Colonel Lotfi développe la possibilité d’un «essor rapide et considérable de l’économie» dans notre pays (deuxième partie). L’essor envisagé, et circonscrit aux cinq premières années de l’indépendance, doit augmenter la production agricole des deux tiers (150% en dix ans), accroître la production industrielle dans la proportion de 3,5 et relever le niveau de vie de l’ordre du simple au double, tandis qu’une «construction étendue au Maghreb uni permettrait d’atteindre les mêmes résultats dans le même temps». Trois conséquences sont attachées à cette évolution structurelle : l’accroissement de la production agricole, la diminution de la population rurale et une répartition équitable des terres à la suite de la réforme agraire. La «modification radicale de la structure de l’économie agricole incitera une partie de la masse rurale à l’émigration vers l’industrialisation et, une autre partie moins importante, vers le secteur tertiaire, ce qui aura pour effet de réduire de moitié les effectifs ruraux en fin de quinquennat – ceux-ci passeraient de 80 à 40% de la population totale. La ressource publique demeure ici le moteur de la croissance mais elle n’a aucune connotation idéologique puisque «le plan indien fait appel aux investissements de l’Etat pour une part qui dépasse 60%, bien que l’économie n’ait pris une orientation prononcée ni vers l’Est ni vers l’Ouest». Quelles sont les conditions de succès pour tant d’entreprises ambitieuses ? C’est l’objet de la troisième et dernière partie de l’ouvrage. Ces conditions sont d’autant plus difficiles à réunir qu’elles visent à rompre une dépendance extérieure séculaire d’autant plus contraignante qu’elle est de nature économique et à restaurer une autonomie de décision qui n’est pas négociable aux yeux de l’auteur. Pour y parvenir, il faut au préalable réussir une «purge de l’hypothèque économique». Par hypothèque ou «servitudes», Colonel Lotfi entend l’orientation structurelle dommageable de l’économie algérienne vers l’économie française et son entière subordination à elle, qu’elle relève de la zone franc (qualifiée de «formule la plus pernicieuse de la permanence du colonialisme agonisant») ou d’autres intérêts économiques et financiers. On méditera enfin le nécessaire «l’accompagnement démocratique» du redressement économique envisagé. Lopin de tout dogmatisme, il ne cache pas son engagement pour «une juste et non moins indispensable réforme agraire» qui «apportera à la paysannerie la propriété perdue». Cet engagement ne relève donc pas de présupposés idéologiques : «La réforme agraire sera pour nous un acte de justice. Elle permettra au peuple algérien de récupérer les terres qui lui ont été ravies et de les redistribuer immédiatement aux victimes des plus grandes expropriations de l’histoire. Elle est encore rendue nécessaire par la situation du paysan algérien ; elle est enfin urgente parce qu’elle est la condition sine qua non du relèvement de son niveau de vie.» Par ailleurs, à «l’inégalité poussée à son paroxysme» succédera «une politique consciente de redistribution égalitaire des revenus ». Cependant, «il ne s’agira pas d’une assistance, mais d’un droit à la sécurité qui sera donné à tous les citoyens». L’assistanat, quoi que de mode dans de larges secteurs de la révolution, ne s’accommode pas ici avec «une politique sociale rationnelle ». Néanmoins, un attachement maladif aux choix souverains du peuple émaille son programme économique. Ainsi, est-il rappelé que la planification intégrale est «impossible à réaliser dans un régime où la propriété ne disparaîtra pas, à moins que le peuple algérien n’en décide autrement». Ou encore que, «quel que soit le choix que l’Algérie fera dans le contexte de l’indépendance, plan de l’économie libérale ou planification des pays socialistes», «l’orientation de l’Algérie de demain est l’affaire du peuple algérien qui aura lui-même à en décider en toute liberté» L’Algérie «indépendante, féconde et industrieuse » dont rêve Lotfi reste ainsi tributaire de l’action méthodique de ses forces vives les plus saines, maîtresses de leur avenir, libres de leurs choix.

A. B.
(*) Approche du développement économique futur de l’Algérie par le colonel Lotfi, édition spéciale, ministère des Moudjahidine, Alger 2009.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/08/16/article.php?sid=121564&cid=8

jeudi 11 août 2011

Les antibiotiques entre le mal et le bien...des risques réels


 L'usage incontrôlé et souvent excessif des antibiotiques surtout chez les animaux d'élevages dont nous consommons le lait la viande ou les œufs peut s'avérer désastreux pour notre santé...ici un article d'actualité prélevé dans Le Monde

Halte à la surconsommation d'antibiotiques
Que nous consommions trop d'antibiotiques ne fait plus de doute. Il y a déjà quelques années, les Français en ont pris conscience grâce à la publicité : "Les antibiotiques, c'est pas automatique." Pourtant la consommation repart à la hausse tant en ville qu'à l'hôpital et la presse anglaise fait ses gros titres sur l'énorme augmentation de la consommation en médecine animale.
La réalité des faits démontre les limites des appels à la consommation raisonnée. Or plus nous consommons d'antibiotiques et plus les bactéries résistent. Cela n'avait pas beaucoup d'importance tant que nous disposions de façon régulière de nouveaux médicaments toujours plus efficaces et plus puissants.
Malheureusement, il n'y a plus de nouveaux antibiotiques. Ceux dont nous disposons sont devenus une ressource littéralement limitée, que nous devons utiliser avec parcimonie. Ce sont nos dernières cartouches tandis que la consommation excessive d'antibiotiques génère des bactéries toujours plus résistantes.
La dernière alerte a été chaude en Allemagne et en France avec l'intoxication alimentaire massive due à la contamination de graines à germer par une souche de colibacille, à la fois très pathogène et très résistante aux antibiotiques. Au rythme actuel, nous devrons bientôt nous priver de certains progrès de la médecine, comme les greffes ou certaines chimiothérapies, car nous n'aurons plus d'antibiotiques pour empêcher de mourir d'infection les patients qui en bénéficient et qui sont transitoirement très fragiles.

En médecine humaine, le professionnel qui prescrit des antibiotiques, souvent à la demande pressante des patients, cède à la facilité. Dans les élevages, la surconsommation d'antibiotiques compense un sous-investissement dans l'hygiène de la ferme, dans l'équilibre alimentaire et dans le bien-être animal. Elle est encouragée par une pratique commerciale perverse. Ceux qui prescrivent le plus d'antibiotiques gagnent plus. En dépit de sa surconsommation d'antibiotiques, l'élevage français réussit moins que l'élevage allemand, qui en consomme beaucoup moins.
Il est urgent d'obtenir une réduction de l'utilisation des antibiotiques quand elle n'est pas indispensable. Il s'agit, par exemple, en médecine humaine, de faire justifier par les médecins la prescription d'antibiotiques et de restreindre aux services hospitaliers spécialisés la prescription des nouvelles générations d'antibiotiques afin de retarder l'apparition de nouvelles antibiorésistances.
En médecine animale, mettre fin au conflit d'intérêts des vétérinaires en séparant la prescription des antibiotiques de leur délivrance devrait réduire de moitié (100 millions d'euros) la consommation, comme cela a été le cas en Suède ou au Danemark.

Il faut éviter de mettre en difficulté les vétérinaires et les éleveurs, en prévoyant des mesures d'accompagnement pour rendre acceptable une politique volontariste. Ce sont ces mesures d'accompagnement qui devraient faire l'objet d'un plan antibiotique gouvernemental. Or le plan du ministère de l'agriculture a un objectif dilatoire, visant à ne pas bousculer les équilibres entre éleveurs, vétérinaires, grands groupes intégrés de production de viande et des laboratoires.
Au regard des risques encourus par la société, il n'est plus temps d'espérer des changements spontanés de comportement. Il faut amener les patients, les médecins, les éleveurs et les vétérinaires à respecter les impératifs de santé publique, urgents à mettre en oeuvre.
Le consensus existe pour évaluer les dangers croissants de l'antibiorésistance : en Europe, quelque 25 000 décès sont attribués chaque année à des germes devenus résistants aux antibiotiques. Ces derniers jours, une nouvelle alerte a été lancée à propos de la salmonelle Kentucky, qui devient résistante aux antibiotiques de dernier recours...
Le temps presse pour qu'agissent enfin les décideurs politiques !

Antoine Andremont est microbiologiste ;
Gérard Bapt est député (PS) de Haute-Garonne ;
Hervé Lelouet est hépatologue, pharmacologue ;
Pascal Perez est économiste.

Le Français un trophée individuel, le Tifinagh une défaite collective


 Complètement à coté de ses pompes le PAPAW de Tizi Ouzou, voici ce que rapporte la presse:

 Cette demande me parait tellement saugrenue au moment où la planète vit des soubresauts annonciateurs de lendemains terribles et incertains, où en Libye et en Syrie les peuples se soulèvent pour la dignité. il se trouve qu'un élu trouve le temps de pérorer sur le sexe des anges de l'Afrique du Nord...un bref débat avec mon ami Mejdoub Khélifa...

Mejdoub Khalifa·  Le Tamazight est une langue nationale au même titre que l’Arabe ; si nous partons de ce principe qui, de plus, est constitutionnel, toutes les plaques d’identification de barrages, de villes, d’administration et d’établissement public ou privé, à travers tout le territoire national et pas seulement en région berbérophone, doivent être en Tamazight, en Arabe et, accessoirement, en Français.
Aziz Mouats Bonsoir Mejdoub...ce que tu dis est très sensé...c'est le fait que ce soit le PAPW de Tizi Ouzou qui en fait une priorité nationale...ça serait tellement juste que de mettre partout des panneaux indicateurs à travers tout le pays...en Tamazight et en Tifinagh...pourquoi accessoirement en français? le Français n'est-il pas un butin de guerre...ça devrait être notre fierté que de l'utiliser...en tous cas moi qui ai fait toutes mes études en français j'ai toujours été fier car je considérais que j'avais accédé à l'égalité avec les colons et que c'était grâce à mon seul labeur...donc ça ne peux pas être marginal c'est mon trophée à moi tout seul...et c'est aussi le tien et celui des millions d'algériens qui parlent cette langue...et qui l'ont apprise dans l'adversité...ce fut un formidable challenge...L'un des moments les plus fiers de ma vie c'est le jour où la major de promo de Maison Alfort est venue me demander la différence entre ubuesque et ubuquiste....c'était la crème de l'élite Française c'est comme si Victor Hugo avait demandé au Chérif Boumaza Benabdallah de lui corriger son discours à l'assemblée nationale française...si ce qui nous rend fier devient marginal c'est que nous avons définitivement perdu le sens des valeurs...ce que je ne penses pas te concernant...tu le sais très bien...
La langue Française est l'étendard que chaque Algérien - petit ou grand, riche ou pauvre- aura conquis individuellement. C'est en ça que le Français est précieux, car il personnifie notre capacité individuelle à conquérir la langue de l'envahisseur...c'est tellement vrai que c'est dans l'Algérie indépendante que cette langue s'est popularisée et s'est généralisée...bien après le départ de la France...un très beau trophée dont nous devons être fiers individuellement et en groupes...

lundi 8 août 2011

La facture salée du dessalement

 La récente mise en service de la station de dessalement du Chéliff coïncide avec l'ouverture d'un débat certes encore timide à mon gout, mais qui risque de réveiller les vieux démons...Un jour avant la visite de Bouteflika -les 27 et 28 juillet 2007-, je publiais sur les colonnes d'El Watan un reportage sur les risques de la construction de cette unité de dessalement...j'étais bien seul à l'époque...aujourd'hui que l'usine est une réalité...il va bien falloir payer la facture...dans la sinistrose économique qui se profile, il apparait que les choix étaient hasardeux, irréfléchis et surtout très couteux pour nos portes-monnaies, pour notre environnement et pour notre avenir...

le dossier se compose:

1-de l'article d'El Watan du 26 juillet 2007

2- de l'article de TSA du 08 Aout 2011

3- du communiqué du RCD publié par TSA le 22 Juin 2009

1- Article d'El Watan

Disposant de réserves souterraines et de nombreux barrages

Les dérives du dessalement tous azimuts à Mostaganem

  El Watan du 26/07/2007 | 22:35
lien:

Dans une région qui lutte depuis plus de 30 ans sur divers fronts pour trouver un équilibre entre la baisse des ressources en eau et les besoins sans cesse croissants de l’agriculture et de la population, la question peut paraître déplacée.

Mostaganem. De notre correspondant Pas si sûr, si on prend le soin de disséquer avec sérénité et rigueur les données disponibles. Disposant d’une grande réserve d’eaux souterraines, la région de Mostaganem est connue pour être l’une des plus agricoles du pays. Bénéficiant d’un climat maritime très favorable, elle offre des possibilités de production de primeurs et de maraîchages que lui envient toutes les autres régions du pays. De ce fait, elle aura développé une agriculture diversifiée et performante. Ceci par la grâce de disponibilités hydriques importantes. C’est pourquoi, pendant très longtemps, les besoins de la population urbaine en eau domestique seront totalement assurés par des forages qui parsèment toute la zone du plateau. Mais cette disponibilité commencera à s’estomper sous les effets conjugués d’une production agricole irriguée en constante évolution, d’une croissance démographique soutenue et d’une sécheresse récurrente.

70 000 foyers au réseau d'eau

Le recours aux eaux de surface par la construction de barrage et de retenues collinaires sera alors envisagé sans précipitation. C’est ainsi que la région du Dahra — mieux arrosée par les eaux de pluie mais moins pourvue en eaux souterraines — hérita d’un projet de construction d’un barrage sur l’oued Kramis. Confié à une entreprise italienne, le barrage sera lancé par le président de la République lors d’une visite en mars 2002. Actuellement, il renfermerait environ 25 millions m3, dont une infime partie est distribuée à travers le réseau d’AEP de toutes les agglomérations connectées. C'est-à-dire la plupart des centres urbains. Ce qui donne approximativement une bonne douzaine de milliers de foyers, car à l’heure actuelle, le nombre total de foyers qui sont reliés au réseau d’eau s’élève pour l’ensemble de la wilaya à environ 70 000, dont près de la moitié se trouve à l’intérieur du tissu urbain du chef-lieu de wilaya. Concernant la disponibilité de l’eau potable au niveau de la région depuis le piquage réalisé du temps de Abdelmadjid Attar, alors ministre des Ressources en eau, sur la conduite reliant le barrage du Gargar à Oran, la disponibilité de l’eau potable aura atteint le seuil de 15 000 m3/j. Même après l’entrée en vigueur d’un rationnement qui se traduira par une alimentation des foyers un jour sur deux, à raison de 9000 m3 quotidiens, la population n’aura nullement souffert. Cette manne sera augmentée, depuis bientôt une année lors de l’entrée en service du barrage de Kramis qui aura également profité indirectement aux agglomérations du plateau et du chef-lieu, qui hériteront d’environ 5000 m3 d’eau initialement destinés à la région du Dahra. Sans parvenir au seuil digne des pays modernes fixés à 150 l/j/habitant, les populations de la wilaya, hormis celles éparses pour lesquelles une adduction à l’AEP serait illusoire et ruineuse, il apparaît nettement une certaine aise dans ce domaine très sensible. Par ailleurs, la mobilisation en cours — grâce au projet du MAO dont les travaux, même après avoir enregistré des retards certains consécutivement au retrait du constructeur allemand — des eaux de l’oued Chéliff à hauteur de 150 millions m3/an devrait mettre définitivement à l’abris la région. Car initialement le projet MAO avait pour ambition d’alimenter les 12 agglomérations de l’axe Mostaganem-Arzew-Oran en eau potable à hauteur de 155 millions m3 que l’étude initiale prévoyait de répartir en fonction des besoins.  

La fin des incertitudes

Ainsi, Oran, Mostaganem, Arzew, Aïn Tédelès et Sidi Ali devaient recevoir respectivement 94,50, 33,40, 7,20, 3,50 et 3,30 millions m3 annuellement, soit 141,90 millions m3, le reste, à savoir 8,10 millions m3, était réparti entre Mazagran, Hassi Mamèche, Bethioua, Aïn Beïda, Gdyel, Hassi Ben Okba et Hassi Bounif. Le projet était présenté comme vital pour assurer une alimentation régulière de l’Ouest algérien. Il avait pour ambition de libérer de l’eau pour les agglomérations de Aïn Témouchent, Sidi Bel Abbès et Tlemcen. Rien que pour Mostaganem, l’idée de développer l’irrigation des terres à partir des eaux de forage était fortement suggérée. Actuellement, il apparaît que non seulement le projet MAO est en phase avancée, mais qu’après la mise en service du barrage de Kramis, celle du système MAO ne saurait tarder. Les hypothèses les plus pessimistes avancent la date de l’été 2008, soit à peine une année. Mais alors à quoi vont servir les stations de dessalement de l’eau de mer prévues à Mostaganem (200 000 m3/j), à Mers El Hadjadj (500 000 m3/j) et à Arzew (90 000 m3/j) qui fonctionne déjà ? Annoncé depuis une dizaine d’années, le recours au dessalement de l’eau de mer aura défrayé la chronique. Régulièrement remisé pour différentes raisons — celles relatives à l’absence de financements et à la non-maîtrise de cette nouvelle technologie étant les plus récurrentes — il aura fallu attendre le raffermissement inespéré des cours de pétrole et ses heureuses conséquences sur nos réserves de change pour que la machine s’ébranle dans tous les sens. Après plus d’une décennie de tergiversations, l’Etat décidera de passer la vitesse supérieure. Alors que le montage de quelques stations monoblocs — d’une capacité de 1500 à 2000 m3 — dans les zones touristiques et industrielles se traduisait par une grande décrispation chez nos décideurs, ce sera une véritable ruée vers les différentes technologies disponibles à l’échelle mondiale. Le tabou du dessalement devenait une certitude chez nos responsables qui commencèrent à voir grand. Il est vrai que les coûts de production semblaient suffisamment attractifs du moment que le mètre cube pouvait se négocier à moins d’un dollar, voire en dessous de 30 cents. De quoi convaincre les plus irréductibles. Tout le pays venait de se convertir à cette nouvelle religion à laquelle personne ne trouvera de défauts. L’unité du Hamma d’une capacité de 200 000 m3/j, en raison de la très forte pression de l’agglomération algéroise, allait faire l’objet de toutes les sollicitudes. Lors de son lancement, en avril 2004, Ahmed Ouyahia, alors chef du gouvernement, soulignera que «le dessalement de l'eau n'est plus un choix, mais un impératif et une alternative à la création des barrages». Un conglomérat d’entreprises sera créé grâce à une réglementation fortement allégée. L’une des firmes les plus en vue dans le domaine, américaine de surcroît, ce qui n’étonnera personne, allait s’engager dans la course et remporter l’appel d’offres.A l’époque, le prix de cession du mètre cube avait été fixé à 0,82 dollars US. Sa capacité nominale est en réalité de 226 134 m3, car l’usine se compose de 9 trains d'une capacité de 25 126 m3/j chacun.  

L’alternative

Celle prévue à Mostaganem aura vraisemblablement des caractéristiques similaires. Mais il faut souligner qu’au départ, l’unité — dont les travaux seront lancés par le président Bouteflika le 28 juillet — avait été étudiée pour une capacité de 100 000 m3/j. Toutes les études entamées jusqu’à une date récente y feront référence.
Devant un parterre de spécialistes nippons, Abdelmalek Sellal, ministre des Ressources en eau, déclarait en septembre 2004 que 11 stations de dessalement de l'eau de mer d'une capacité de 40 000 à 50 000 m3/j seront réalisées d'ici à 2009 à travers les villes côtières algériennes. Des quantités tout à fait raisonnables qui seront très rapidement revues à la hausse. Ce sera le cas de l’usine de Mostaganem, dont la capacité aura été doublée et qui sera érigée sur la plage du Chéliff. Chez les spécialistes, ni le choix du site ni le volume d’eau traité ne trouvent d’adeptes. L’embouchure du plus grand oued du pays est connue pour être le réceptacle de toutes les alluvions drainées sur une distance de 730 km. De ce fait, la mer est trouble durant au moins six mois de l’année. Cette forte charge en matières organiques et autres particules nécessitera un traitement particulier qui grèvera davantage le coût. Ensuite, il y a la destination finale de l’eau produite qui risque fortement de ne pas trouver preneur. Car pour vendre l’eau produite, il faudrait que les 90 000 foyers consomment quotidiennement 2,2 m3/j, avec un coût initial fixé à 0,72 dollar US, chaque famille devra débourser en moyenne 500 DA/j.

Une facture d’eau à 15 000 DA/mois en dissuaderait plus d’un. Même contraints et forcés, les abonnés limiteront drastiquement leur consommation. Quid alors des 200 000 m3 ? A quoi auront servi les investissements dans le système MAO et dans le barrage de Kramis ? Que deviendront les nombreux forages que l’on continue de creuser et d’équiper dans la plaine intérieure ? Avec l’unité de Mers El Hadjadj et celle d’Arzew, le dispositif de dessalinisation du golfe d’Arzew traitera quotidiennement 790 000 m3 d’eau de mer. Ce qui devrait engendrer la production journalière de près de 30 000 t de sels marins, qu’il faudra dissoudre ou stocker. Les deux alternatives comportent des risques tant pour l’environnement marin que terrestre.
A qui profitera ce sur-dimensionnement des unités de dessalement ? Chez nos interlocuteurs, le seul consensus se fera autour de la nécessité d’y aller de manière progressive en installant des trains autonomes en fonction de la demande. Cette alternative aura le mérite d’ajuster l’offre à la demande, d’éviter de produire plus que le besoin, de réduire les investissements et de profiter des nouvelles technologies. Passer rapidement du système classique barrages et forages au dessalement intégral ne semble répondre à aucune logique. Pourtant, c’est la voie que semblent privilégier nos gouvernants. Mais dans l’hypothèse la plus vraisemblable que toute l’eau produite ne sera pas consommée, que deviendra-t-elle ? Peut-on imaginer le volume des réservoirs à construire pour la stocker ? Autrement, irons-nous jusqu’à l’injecter dans la nappe en attendant des jours plus cléments ? Pourvu que nos responsables aient raison. Et que la facture ne soit pas trop salée.
Yacine Alim 
2- Article de TSA


Depuis le mois de juillet, la station de dessalement d’eau de mer de Fouka fonctionne à plein régime. Elle traite 120 000 m3 d’eau par jour destinée à une population estimée à 500 000 personnes à l’ouest d’Alger, a indiqué, lundi 8 août, la société espagnole Acciona Agua, en charge de la gestion de l’usine pour une durée de 25 ans. Le projet, lancé en 2007, devait être livré avec près de deux ans de retard (lire). L’usine utilise la technologie de dessalement par osmose inverse.
Selon les chiffres fournis par le groupe espagnol, le projet a représenté un investissement total de 185 millions de dollars dont 158 millions de coûts de réalisation. Il a été financé à hauteur de 80 % par le Crédit populaire d’Algérie (CPA) et à 20 % par les partenaires au sein de la société Miyah Fouka spa. Cette dernière, créée pour le suivi et l’exploitation du projet, est détenue à 51 % par SNC Lavalin et Acciona Agua (25,5 % chacune) et à 49 % par l’Algerian Energy Compagny (AEC), une filiale commune à Sonatrach et Sonelgaz créée en 2001.
Mais plus que la réalisation, c’est le coût d’exploitation de l’usine qui suscite des interrogations sur la pertinence du choix du dessalement pour mettre fin à la pénurie d’eau potable dans le pays. En effet, le groupe espagnol affirme que l’exploitation de la station va lui rapporter 790 millions de dollars sur une période de 25 ans. A ce montant, il faudrait ajouter les frais liés à l’énergie. Les stations de dessalement sont en effet connues pour être gourmandes en énergie électrique. La facture énergétique pèse sur le prix de revient du mètre cube.
Enfin, les stations de dessalement ont un coût environnemental élevé. « A l’heure actuelle, les usines de dessalement sont essentiellement alimentées par des énergies fossiles. Or, les combustibles fossiles – et partant, le dessalement – présentent pour l'environnement l'inconvénient d'émettre des polluants atmosphériques, notamment du dioxyde de carbone (CO2), des oxydes de soufre et d'azote et des particules solides », note une étude française. En 2009, le RCD a publié une étude intitulée « dessalement de l’eau : désastre annoncé », dans laquelle il évoquait un désastre financier et écologique.
En 2007, le gouvernement a lancé un projet visant la réalisation d’au moins 13 stations de dessalement à travers le pays pouvant produire près de 2 millions de m3 par jour.  La production de chaque unité varie entre 50 000 et 500 000 m3/jour. On ignore l’état d’avancement des projets, vu que le dossier est géré dans l’opacité. Mais si on prend comme base de comparaison le coût d’exploitation de la station de Fouka, ces projets, une fois terminés, représenteront un véritable gouffre financier pour l’Algérie.
Dans ce contexte, le gouvernement a-t-il fait le bon choix en optant pour la multiplication des projets de dessalement ? « Le dessalement de l’eau de mer coûte excessivement cher. Le mètre cube revient entre 0,6‑0,8 dollars. C’est une nécessité pour les pays touristiques comme l’Espagne ou la Tunisie pour faire face à la demande d’eau excessive en été. Mais pour l’Algérie, l’investissement dans les barrages et de moyens simples de captage d’eau sont plus bénéfiques et beaucoup moins coûteux », explique un expert. Avant de préciser : « Avec un baril à 100 dollars, l’Algérie peut faire face à ces coûts. Mais si le baril chute, il sera plus difficile pour le gouvernement de continuer à subventionner l’eau des stations de dessalement ».
3- Communiqué du RCD


Dangereuses pour l'environnement, coûteuses et énergétivores : les stations de dessalement de l'eau mer, de plus en plus répandues en Algérie, suscitent des inquiétudes. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dans une étude intitulée « dessalement de l'eau : désastre annoncé », pointe du doigt cette méthode. Le parti de Said Sadi estime que « le dossier des stations de dessalement d'eau de mer conçu dans l'opacité annonce de graves dommages environnementaux, énergétiques et financiers pour le pays ».

Dans l'étude, signée par le secrétaire national chargé de l'environnement Ahmed Bennegueouch et disponible sur le site Internet du parti, le RCD s'interroge sur les critères retenus par les pouvoirs publics pour choisir la solution du dessalement massif de l'eau de mer afin de  pallier au manque de ressources en eau conventionnelles. Il s'interroge également sur le choix des sites d'implantation des usines de dessablement de l'eau de mer. « Le choix des terrains est déroutant, la quasi-totalité des stations sont implantées sur le rivage et dans des zones d'extension touristique à l'image de Mainis (Ténès wilaya de Chlef) et celle de Tlemcen (plage Tafsout) malgré les réserves des services de l'environnement », révèle l'étude. La station de dessalement de l'eau de mer d'El Hamma à Alger est considérée comme dangereuse pour l'environnement et le choix de ce site n'a pas été judicieux, selon le RCD.

Le parti de Said Said ne comprend pas aussi la décision du gouvernement d'opter pour des stations dessalement géantes de plus de 100.000 m3 par jour « difficiles à entretenir et énergétivore » alors que des pays comme l'Espagne préfèrent de petites usines  de 5.000 à 50.000 m3 par jour, plus faciles à entretenir. Le choix du gouvernement de confier le pilotage du projet dessalement de l'eau de mer au ministère de l'Energie au lieu du ministère des Ressources en eau, suscite également les appréhensions du RCD qui ne fournit toutefois pas d'explications sur ces inquiétudes.

Concernant le prix de construction des stations de dessalement de l'eau de mer en Algérie, le RCD a fait une petite comparaison avec la Tunisie. « La station de dessalement de l'eau de mer de Djerba (Tunisie) d'une capacité de 50 000 m3 par jour a coûté 40 millions de dollars alors que la station de Ténès d'une capacité de 200 000 m3 par jour coûtera 280 millions de dollars », note l'étude.

Le parti de Said Sadi s'inquiète également des conséquences néfastes des stations de dessalement sur l'environnement et le littoral. Ces usines dégagent d'énormes quantités de saumure nocive au milieu marin, des gaz à effet de serre et beaucoup de produits chimiques, selon le RCD qui cite le Fonds mondial pour la nature et le professeur et expert en environnement Abdelouahab Chouikhi de Turquie. « Le Fonds mondial pour la Nature estime que les activités intensives de dessalement peuvent provoquer le développement de saumures et entraîner la destruction de précieuses régions côtières, et ainsi contaminer la vie marine, les cours d'eau, les zones humides, les eaux souterraines et plus généralement les écosystèmes qui assurent l'épuration de l'eau et la protègent contre les catastrophes ».

Le RCD propose des solutions palliatives notamment le traitement des eaux usées, la réparation des réseaux d'adduction de l'eau potable pour réduire les fuites et la récupération des eaux de pluie.

L'Algérie a entamé en 2005 des investissements de l'ordre de 12 milliards de dollars pour construire 13 stations de dessalement de l'eau sur le littoral et produire 2,2 millions de m3 par jour.

mardi 2 août 2011

Rapport accablant sur le FMI


Le Monde diplomatique

En kiosques Août 2011

Un rapport accablant

Bonnet d’âne pour le FMI

« Recherche institutionnellement orientée », « biais idéologiques », « autocensure », « conclusions préconçues », « faible diversité d’approches théoriques et, plus encore, empiriques », « étroitesse de vues », « cadre analytique inapproprié aux réalités des pays étudiés », « incapacité répétée à citer des travaux de chercheurs locaux »… A tout prendre, il valait mieux pour les têtes pensantes du Fonds monétaire international (FMI) que les feux de l’actualité fussent braqués sur leur directeur général, arrêté à New York le 14 mai 2011, plutôt que sur le dernier rapport de son Bureau indépendant d’évaluation, publié la semaine suivante dans l’indifférence générale.
Au moment où le prêteur international sur gages, remis en selle par la tempête financière et la crise de la dette, impose l’austérité au nombre croissant de pays pris dans ses rets (1) (Lettonie, Ukraine, Roumanie, Hongrie, Islande, Irlande, Grèce, Portugal...), cette enquête consacrée à « La recherche au FMI : pertinence et utilisation (2) » jette une lumière crue sur la « science » économique dont se prévalent les directeurs généraux successifs pour administrer urbi et orbi des leçons de bonne conduite.
Clé de voûte intellectuelle du Fonds, les études et recherches charpentent les « Perspectives de l’économie mondiale », « Rapport sur la stabilité financière dans le monde » et autres « Consultations au titre de l’article IV » lus avec attention par les dirigeants de la planète — et avec terreur par ceux des pays débiteurs. Les plans d’ajustement structurel imposés aux pays émergents ou en crise leur doivent beaucoup. En théorie, la recherche « contribue au développement et à l’actualisation des modèles théoriques et des outils qui forment le socle des analyses du FMI ». Pour s’en assurer, le Bureau indépendant d’évaluation a passé au crible une décennie d’analyses usinées par les experts de Washington (1999-2008) en s’appuyant sur une méthodologie robuste : réexamen d’articles et de rapports par des économistes universitaires, selon la procédure en vigueur dans le monde académique, administration d’un questionnaire aux autorités financières et monétaires des pays membres ainsi qu’aux économistes travaillant au FMI, réalisation d’une campagne d’entretiens individuels. Les conclusions suggèrent que, loin de nourrir la réflexion stratégique du Fonds, les travaux de recherche servent à légitimer ses présupposés idéologiques.
« Parmi les autorités interrogées, beaucoup ont estimé que les études du FMI étaient hautement prévisibles et ne permettaient pas l’expression de points de vue alternatifs. Cette opinion concernait l’ensemble des productions analytiques du Fonds », expliquent les rapporteurs. En outre, « les études du FMI semblaient suivre une opinion prédéterminée et, parfois, les recommandations ne découlaient pas de l’analyse ». Un sentiment partagé par nombre d’universitaires extérieurs chargés d’expertiser ces masses de littérature grise. A leurs yeux, le Fonds « était obnubilé par un type de message et n’accordait aucune considération aux autres manières de voir ». Pis encore pour un esprit scientifique habitué à poser le problème avant de trouver la solution, « la plupart des conclusions et recommandations formulées dans les séries “Documents de travail” et “Questions générales” n’étaient pas étayées par les développements ». Examinant les travaux relatifs à la politique budgétaire, un évaluateur diagnostique une obsession pour les réductions d’impôts et s’étonne que le modèle théorique principalement utilisé « ne fasse aucune place à la redistribution ni au chômage ».
La critique la plus embarrassante émane du cœur même de l’institution. En effet, parmi les sept cent quatorze économistes du FMI ayant répondu au questionnaire, « 62 % se sont “très fréquemment” ou “assez fréquemment” sentis contraints d’aligner leurs recherches et leurs conclusions sur les positions du FMI. Les entretiens ont confirmé cette tendance : plus de la moitié des employés ont déclaré qu’ils avaient eux-mêmes vécu ou connu des cas où les résultats avaient été ajustés à ce qui était perçu comme le point de vue institutionnel sur le sujet ». Pour que nul ne soit tenté de comparer le crédit intellectuel du Fonds à celui des statisticiens soviétiques, réputés prompts à devancer les désirs du pouvoir, les rapporteurs recommandent aux dirigeants de « promouvoir l’ouverture intellectuelle à d’autres perspectives ». Et, jugent-ils utile de préciser, « les chercheurs devraient pouvoir traiter des problématiques sans conclusions préconçues et sans messages à faire passer ».
Le conseil sonne comme un dernier avertissement. En janvier dernier, un autre rapport du Bureau d’évaluation interne sur « l’action du FMI au cours de la période qui a précédé la crise financière et économique mondiale (3) » avait déjà abouti à l’octroi d’un bonnet d’âne. « La capacité du FMI à détecter convenablement les risques qui prenaient de l’ampleur a été freinée par un degré élevé de pensée doctrinaire, un a priori intellectuel », pouvait-on lire. « L’opinion dominante au sein des services du FMI — groupe cohésif de macroéconomistes — était que la discipline et l’autorégulation du marché suffiraient à écarter tout problème majeur des institutions financières. » Cruels, les rapporteurs rappelaient que « le FMI a mis en exergue les avantages de la titrisation » et citaient un rapport sur les Etats-Unis publié en 2007, quelques mois avant l’effondrement de Lehman Brothers et le collapsus du système bancaire occidental : « Les banques commerciales et d’investissement proprement dites sont foncièrement en bonne situation financière et les risques systémiques semblent faibles. » Devant une telle clairvoyance, on s’incline.

Pierre Rimbert.

(1) Lire Arnaud Zacharie, « La troisième vie du FMI », Le Monde diplomatique, mai 2009.
(2) Independent Evaluation Office of the International Monetary Fund, « Research at the IMF : Relevance and utilization », Washington, DC, 20 mai 2011 (en ligne sur www.ieo-imf.org). Comme le note le rapport, la recherche, définie au sens large, englobe la plupart des publications analytiques du FMI.
(3) Bureau indépendant d’évaluation, « Evaluation de l’action du FMI au cours de la période qui a précédé la crise financière et économique mondiale », Washington, DC, 10 janvier 2011 (www.ieo-imf.org).

dimanche 24 juillet 2011

Un silence inquiétant...et interéssé...


Le timide débat à propos du voyage médiatique de Yasmina Khadra au Bahreïn peine à prendre de la hauteur. Ici une réaction à un post d’Ahcène Aït Saïdi (sur Facebook), un Ami de longue date, journaliste et écrivain de talent :

 Mon cher ASA...tu sais très bien que lui (Yasmina Khadra) et ses prix ne m'intéressent pas du tout...il les a gagnés de haute lutte et c'est très bien pour lui...B'sahteh alf mara...je ne le jalouse pas comme certains et je suis convaincu qu'ils sont mérités largement (ses prix)...c'est l'évidence...ce qui me plait dans cette affaire c'est l'autre facette de YK et je trouve que c'est très bien qu'il fasse de l'humanitaire...je le lui ai dis dans un long mail...ce qui n'est pas normal c'est ce soutien inconditionnel à l'émir du Bahreïn...et là non plus je ne parle pas de la forme mais du fond...une balade aux confins du golfe persique pourquoi pas...un cadeau ou un prix que l'on reçoit...normal...la générosité Arabe étant mise à l’épreuve…mais sans aucune contrepartie...c'est là où commence la mission de l'intellectuel...y a aucune raison qu'à longueur d'années je pourfende BHL, Finkielkraut...JP Lledo...Sadi...Sifaoui…Addi Lahouari…et tant d'autres et lorsqu'il s'agit d'un autochtone, on se la joue binatna...c'est là où j'admire ce qu'a fait Kamel Daoud...il a remis en cause son amitié et son « tribalisme » ( Kamel en est totalement dépourvu, mais sait-on jamais on peut penser pour lui) pour dénoncer un acte contre nature...même si le prince du moment est le plus démocrate de l'univers, un intellectuel ne doit pas lui signer aucun Cheikh en blanc....vois-tu cher ASA, lorsque Bouteflika lui (YK) a confié le CCA, j'étais l'un des rares à m'être exprimé pour dire qu'il a bien fait d'accepter et qu'il fallait qu'il démontre qu'il n'a pas été récupéré...par le système...j'attends tjrs la réponse par les actes...moi à priori je me suis dis que Mohamed Khadra était suffisamment un électron libre qu'il finirait par se rendre à l'évidence...wait and see...mais ça dure...c'est à lui d'en tirer les conséquences...mais ça n'enlève rien à l'écrivain...l'intellectuel est par contre bien embarrassé...les mails que nous avons échangés et que je me destine à rendre publics lorsque les choses seront décantées...en sont une preuve éclatante...franchement si tu crois qu'en parlant de cette affaire émiratie nous lui faisons de la pub c'est que nous n'avons pas la même conception de la pub...
Dans le fond...il y a 2 attitudes pour expliquer ce silence des intellectuels algériens:
-1- certains cherchent tout simplement à caresser dans le sens du poil, espérant un retour de l'ascenseur de la part de YK...le Parisien du CCA...
-2- d'autres trouvent ça très bien que deux des plus talentueux écrivains algériens du moment s'étripent...ils attendent les dividendes...surtout que les deux romanciers sont des algériens de l'Oranie...j'imagine que le tribalisme incestueux régnant y trouve matière à jouissance....
 Moi je cherche seulement à retrouver YK et KD dans leurs rôles respectifs d'intellectuels et de romanciers...Kamel Daoud a eut le courage de dire les dérives de son ami...excusez du peu...mais moi ça me rassure sur l'avenir du pays...tous les deux ne me doivent strictement rien dans l'épanouissement de leurs carrières respectives...Moi je me suis fais traité de tous les noms d'oiseaux par Yasmina Khadra...ça ne m'a pas empêché de lui dire ce que je pensais de cette affaire....comme je ne concoure ni au Goncourt ni au CCA...je suis quitte avec tous le monde...surtout avec ma conscience...Un  ami commun -  bien tapis derrière ses convictions et une rangée de ceps- en sait quelque chose puisque je lui ai longuement parlé au téléphone...je te rassure nous nous sommes quittés bons copains mais inconciliables...pour un temps...lui a encore les pieds dans la tribu...moi ça fait 56 ans que je m'en suis affranchi...
PS: tu ne trouves pas curieux que les papiers de YK soient publiés dans Liberté et l'Expression, voire dans l'Authentique????
Boussayar

20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...