La
vie d’Albert Camus est jalonnée par six évènements majeurs : la mort au
combat de son père en 1914, ses reportages sur la misère en Kabylie en 1939,
les massacres du 8 mai 45, l’insurrection nationaliste du 20 août 55, l’échec
de son appel à la trêve civile du 22 janvier 56 et la remise 2 ans plus tard,
du prix Nobel le 10 décembre 57. Il est incontestable que son premier revers
c’est son absence du front, le jour où la répression des populations civiles du
Nord Constantinois creusera un fossé de sang entre les communautés. Ce jour, sa
présence nous aurait peut être épargné tant de haines et tant de peines. Alors
que ses amis le réclamaient en vain, il préféra prolonger ses vacances. Sans doute incapable d’aller à contre sens de sa
communauté, trop orgueilleux ou trop lucide, il décidera de rejoindre les rangs
des partisans de la responsabilité collective. Savait-il qu’en s’abstenant de
crier à l’injustice, il venait d’opter pour la résignation finale ?
En
occultant les massacres du Nord Constantinois et ses 12.000 morts d’août 1955
-dans son ouvrage “L’arme secrète du FLN, Comment de Gaulle a perdu la guerre
Algérie, Matthew Connelly, se référant à un entretien entre Guy Calvet,
représentant de Soustelle à Paris , et un diplomate américain en poste dans la
capitale française, rapporte le chiffre de 20.000 victimes indigènes- (1), Camus
s’alignait derrière le déchaînement des ultras contre les populations
indigènes! Son drame c’est de s’être mis en vacances au moment où son pays
commettait l’horrible tuerie qu’il redoutait depuis 10 ans! Lui, l’intellectuel,
le visionnaire, le révolté aura préféré détourner son regard lors du dernier
acte ! Celui qui prépare le dénouement final ! Difficile de venir par
la suite prêcher la trêve alors que les cadavres se comptaient déjà par
milliers ! Pris en tenailles entre ses convictions et sa fratrie, il
préféra rester au milieu du gué, alors que les deux camps redoublaient de
férocité. Près de 55 ans après ces tragiques instants, on s’aperçoit que Camus
avait déjà tout prévu, dans une vie antérieure !
Si bien qu’à l’heure des
mitraillettes, il était déjà plongé dans un profond dépit ! Fermement
convaincu qu’il n’y avait plus de place pour ce rêve Algérien qu’il chérissait
par-dessus tout. Camus l’orphelin qui perdait son père dès sa tendre enfance,
n’aura d’autres voies que de reporter toute son affection sur sa mère. Pourtant
l’orphelin qu’il fut, n’aura jamais la moindre condescendance pour les milliers
d’enfants arabes, rendus orphelins par l’imprescriptible répression de l’été
55, qui endeuilla « ad vitam aeternam » les populations autochtones
du Nord Constantinois.
Le pourfendeur de la misère en Kabylie, n’émettra pas la
moindre protestation, ni ne formulera la moindre désapprobation, lorsque les
massacres d’Arabes, comme au temps de la conquête, redevenaient la règle.
Aujourd’hui encore, enfants, petits enfants et arrières petits enfants de ces
victimes désespèrent de donner une sépulture à leurs ancêtres.
Au moment où en
France on envisage de transférer Camus au Panthéon, ne serait-il pas juste
de songer à des retrouvailles avec cette terre meurtrie où il pourra prétendre
à un paisible repos. Car en relisant ses contributions, on se rend compte du
grand humaniste qu’il fut, on y découvre également une profonde et subtile
aptitude à la réconciliation.
Le cinquantenaire de la mort d’Albert Camus
n’aura pas dérogé à la règle qui veut que cet auteur ne cesse de questionner
sur son œuvre singulière. Cependant, toutes ces contributions ont un point
commun, elles ne parlent que d’Albert Camus et de son pays natal, lui dirait
« mon seul et unique pays, l’Algérie ». Des textes qui ne sont pas
parvenus à dissocier l’auteur de son œuvre et l’œuvre de son pays, pourtant
combien d’auteurs auront vainement tenté de disséquer cette page houleuse,
trouble, tragique et douloureuse de notre histoire ? Pour ceux ayant été
au cœur de cette terrible guerre qui fera tant de mal à l’auteur du mythe de
Sisyphe, ils ne peuvent se passer de la lecture de la plupart des contributions
parues en France et en Algérie. Personnellement, cette lecture m’aura amené à
me questionner sur la véritable place de Camus non pas dans la littérature
universelle – le Nobel attribué en pleine guerre d’Algérie se suffit à
lui-même, mais dans le paysage actuel et futur de ce qui se dessine entre la
France d’aujourd’hui et l’Algérie de demain. Avec le recul nécessaire, j’avoue
qu’il est toujours prudent de parler de Camus avec gravité. Tout en gardant à
l’esprit la réserve qui s’impose pour tout compatriote, car le moins que l’on
puisse dire est qu’il n’est pas aisé de parler de Camus, encore moins de son
œuvre, surtout lorsqu’on est né ici, de famille indigène ; que l’on aura
subi de plein fouet les affres d’une guerre injuste et que l’on aura été pétri
dans l’adoration de ce romancier hors pairs ; non pas durant la
colonisation, mais ô comble du paradoxe, bien plus tard, dans l’Algérie
Algérienne !C’est pourquoi, il n’est pas facile pour moi de faire la part
des choses, entre les beaux textes de Camus, que des instituteurs inspirés
m’auront fait aimer, et l’action de Camus dans sa vie tourmentée par « les
évènements d’Algérie » dont il ne parviendra pas à modifier ni la
trajectoire ni d’en atténuer les souffrances. A son corps défendant, mais avec
plus ou moins d’ardeur, selon que les victimes appartenaient à sa communauté ou
à celle de la population musulmane. Pour faire la part des choses et trancher
dans le vif, on s’aperçoit que nous ne sommes pas outillés pour un tel
exercice. Certainement à cause de cette histoire commune, sur cette terre
commune ; mais aussi à cause des blessures qui tardent à cicatriser, voire
pour certaines, qui ne cicatriseront jamais. Surtout que les protagonistes ne
sont presque plus là, et que l’histoire comporte beaucoup de zones d’ombres que
même un visionnaire comme Camus n’aura pas su éclairer de son génie.
Une algériannité disputée
Pour mieux comprendre les enjeux, il serait tentant
d’en modifier la donne. Alors imaginons que Camus soit né au Maroc ! Et
resituons son œuvre en pensant comme un citoyen de sa majesté ! Imaginons
l’Etranger dans les rues de Tanger ! Avec Meursault trainant son cadavre
dans une plage de l’Atlantique ! Ni le roman ni le romancier n’auraient
eut le retentissement qui fut et qui demeure le leur ! Convenons-en !
Imaginons « La peste » dans les rues poussiéreuses d’Agadir ou de
Fès, en lieu et place d’Oran. Imaginons « Noces » et Tipaza et son
somptueux site remplacés par les ruines romaines de Volubilis. Sans le Mont
Chénoua, majestueux et rebelle, sans la Méditerranée et son ciel d’azur !
Autant imaginer Camus sans l’Algérie et vice versa. On va vite se rendre compte
que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait ! Ceci m’amène à
dire deux évidences, la première est que Camus et l’Algérie sont indissociables
l’un de l’autre, ils forment un couple en perpétuel déchirement. C'est-à-dire
un couple où rien n’est banal, où rien n’est commun, où rien n’est parfait, où
rien n’est définitivement acquis, mais où la recherche de la perfection tient
du sacerdoce !La seconde est que l’Algérie française n’est pas un
protectorat ; la forte population d’un million de pieds noirs contre 10
millions d’autochtones est un cas unique dans l’histoire de la colonisation.
Entre ces deux évidences, il y a la métropole et ses liens complexes et
contraignants avec sa colonie. Cette excroissance qui ne parviendra jamais à
s’assumer totalement, car dès le départ, elle sera une partie de la France,
sans l’être réellement!
Périlleuse méprise
En cet automne 54, alors que les vendanges n’ont
jamais été aussi abondantes, Paris était aussi gagné par l’insouciance, surtout
que les rares indigènes qui s’y rendaient étaient majoritairement triés sur le
volet, quand ils ne servaient pas d’attraction dans ces funestes zoo
d’humains; l’éclat de la ville lumière ajoutant à leur ébahissement! Les
grondements sourds des campagnes d’Algérie n’avaient aucun écho dans les palais
de la république. Une semaine avant l’insurrection, François Mitterrand, après
une longue visite, en ministre de l’intérieur, était reparti avec la conviction
que tout n’allait pas pour le mieux dans cette Algérie Française. Si bien que
le matin du 1ernovembre, alors qu’une trentaine d’attentats venaient de secouer
la léthargie ambiante, que les premiers cadavres venaient alimenter la macabre
comptabilité du gouverneur Léonard, plutôt affairé avec les milliers de
prisonniers interpellés dans leur sommeil, on ne retiendra que les propos, en
total décalage avec la réalité du terrain, de François Mitterrand. Qui
parla déjà de la répression «nécessaire et impitoyable des troubles»
puis déclarait dès le 7 novembre que «L’Algérie c’est la France et la
France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ».
Il ajoutera une couche, le 20 novembre, répétant invariablement que « les
trois départements d’Algérie sont des territoires français ». Une
parfaite illustration de cette suffisance toute 4ème république, qui fait des
convictions une réalité. La messe était dite. Camus lui-même est pris de court,
probablement obnubilé par les avatars de ses amis communistes, eux-mêmes trop
occupés par l’écriture des pages les plus sombres du totalitarisme soviétique.
Il n’aura rien décelé dans le destin tragique qui se profilait pour son pays.
Trop attaché aux pulsions communautaires, il se laissera aisément convaincre
par la désinvolture de la rue Algéroise et son mépris de tout ce qui peut
rappeler le sort peu enviable fait aux masses indigènes. Toujours aussi
critique vis-à-vis de la métropole, il sera bien seul à déceler chez le
ministre de l’intérieur, les prémices d’une périlleuse méprise. A l’endroit de
François Mitterrand, il dira sans détours que « l’Algérie n’est pas
la France comme on s’obstine à le dire avec une superbe ignorance ».
Pendant que Paris mobilisait la troupe pour mater la rébellion naissante, en
Algérie l’ordre colonial s’engageait dans une indicible répression de tout ce
qui ressemblait à un Arabe. Car dès le début de la guerre, Camus savait que
celle-ci allait être effroyable. Il la redoutait depuis les massacres de Sétif
et de Guelma, en mai 45. Oui, Camus ancienne pupille de la nation, savait
combien ce pays ne pouvait pas supporter d’autres tueries, d’autres massacres.
Pour lui, ceux de mai 45 devraient être les derniers ! Lorsque 10 années
plus tard, toute la région du Nord Constantinois, non loin de chez lui, allait
se soulever contre toutes les misères et toutes les souffrances, sa première
réaction fut de se tenir la tête entre les mains. Et de détourner le regard.
Moins de 100 jours de Dièn-Bièn-Phu
Dès les premiers crépitements des téléscripteurs dans les
rédactions parisiennes, Camus n’en croira pas ses yeux. Il se doutait bien que
le terrible scénario de mai 45, avec sa répression à grande échelle allait se
répéter à travers douars et mechta d’Algérie. Il savait les moindres ressorts
de ce pays fragilisés, il redoutait que la cupidité des parlementaires allait
s’allier à la stupidité des militaires, trop pressés d’en découdre depuis
l’insoutenable défaite de Dièn-Bièn-Phu ; dont les blessures n’avaient pas
encore cicatrisées. Le seraient-elles un jour ? Rien n’est moins sûr.
L’histoire oublie souvent qu’entre la débâcle de Dièn-Bièn-Phu et la Toussaint
rouge, il s’était écoulé à peine 94 jours! Pour l’Armée Française, pour les
états-majors parisiens, pour la 4ème république, la moindre occasion pour laver
l’affront subis face à Giap et ses soldats en guenilles, ils ne se feront pas
prier pour s’y engouffrer! Une autre occasion se présentera à eux, moins de 10
mois après la Toussaint. Le nombre de morts : 35 dont des femmes et des
enfants, le lieu : un village minier, l’impact très fort sur les
colons : Philippeville étant la ville où la proportion de pieds noirs est
la plus forte de toute l’Algérie coloniale, le jour : second anniversaire
de la déportation du roi du Maroc, Mohamed V, et enfin la présence du
« commandant O » de sinistre mémoire, feront de cette insurrection un
formidable tremplin pour tous les va-t-en guerre et les revanchards !
Une répression au centuple.
Alors que chacun tentait de se convaincre de la
justesse de ses choix, Ziroud Youcef, le responsable FLN/ALN du Nord
Constantinois, un simple forgeron devenu chef rebelle, venait de mettre au
point une stratégie qui allait faire basculer définitivement l’Algérie dans la
guerre. Ce furent les attaques à presque mains nues du 20 aout 55 de plusieurs
agglomérations, qui firent 71 victimes parmi la population européenne.
Immédiatement suivies par les massacres à grande échelle des populations
autochtones, notamment dans la région de Skikda-Philippeville! C’est là
qu’aurait du se produire ma rencontre avec Albert Camus! Mais pendant que les
miens achevaient leurs illusions dans une monstrueuse fosse commune, Camus
était en vacances ! Lui, l’unique voix pied noir qui pouvait faire cesser
la répression, appeler à la retenue, actionner la justice, il n’était pas au
rendez-vous ! Il sera bien destinataire d’un courrier d’un ami socialiste
algérien, Aziz Kessous, un proche de Ferhat Abbès, qui l’implorait de
s’impliquer pour éviter que le fossé entre les communautés ne devienne un
abime ; mais Camus ne viendra pas. Pourtant la répression qui se voulait
exemplaire, se fera féroce et disproportionnée. Une récurrente disproportion
qui interpellera l’historien Marc Ferro (2), -dans son livre réquisitoire «Le
livre noir du colonialisme»-, ahuris et révolté par ce rapport de 1 contre 100
qui jalonnera la présence française depuis la conquête. Force est de constater
que ces tueries étaient exécutées sous la bénédiction des autorités civiles et
militaires. Selon Sylvie Thénault (3), «le 23 aout, en effet, le général Lorillot,
commandant l’ensemble de l’Algérie « prescrit » au
général commandant la division de Constantine « de donner ordre aux cadres
et troupes de conduire avec rigueur les opérations ».Pierre Mendès
France qui fut président du Conseil, de juin 1954 à février 1955, soutient avec
vigueur la répression, appelant à une « riposte sévère mais non
aveuglément brutale ni inutilement sanglante » ! Il sera bien
servi, l’horreur d’El Alia sera démultipliée trente deux agglomérations. Sans
que Camus n’ait esquissé le moindre geste de réprobation, ni le moindre regret.
Un prétexte d’écolier
Aziz Kessous le suppliait de dire son déchirement,
mais aussi son attachement, pas seulement à ses frères de sang, mais à tous les
habitants de l’Algérie. La réponse de Camus (4) sera sans grande illusion.
D’emblée, s’excusant auprès de son ami, il dira avoir trouvé ses lettres
à son retour de vacances et qu’il craignait que son approbation ne
vienne tard (…) depuis le 20 aout, je suis prêt à désespérer! On sent
de suite qu’il feint d’être pris de court. Le prétexte des vacances ne
peut vraiment pas tenir la route quand on sait l’étendue de la répression et
l’intensité de l’électrochoc! Au demeurant, ni la presse internationale, ni la
classe politique ne resteront sans réactions. Pendant ce temps, Albert Camus
prolongeait ses vacances ! Sa lettre ne sera publiée par Kessous que le
1er octobre 55, soit 40 jours après ces évènements qui creuseront à jamais un
fossé entre les deux communautés.Pourtant, un riche colon bienveillant, Roger Balestrieri,
notre voisin du Béni Mélek, n’avait pas droit aux vacances, surtout à quelques
jours des vendanges. Sa solidarité, il la manifestera dès que notre douar fut
abandonné en flammes et en larmes par la troupe à Aussaresses. Le 24 aout 1955,
c’est lui qui, accompagné de Boukhmis et de Zine, deux ouvriers indigènes, vint
apporter à plus de 70 femmes et enfants parqués sous les oliviers, de l’eau et
du pain.Et leur offrir un gite dans une ancienne mansarde abandonnée, qu’ils
devraient rejoindre à la tombée de la nuit ! Pour ne pas lui attirer les
rancœurs de ses compatriotes, voire leurs représailles. Dans la colonne qui
s’ébranla au crépuscule du 24 aout, on comptait une vingtaine de veuves et près
de 50 orphelins ! Emportant les rares sacs de semoule retirés des débris
de nos maisons. Ce premier couscous réparateur, il avait un drôle de goût. Il
sentait très fortement le pétrole ou l’un de ses dérivés ! Ma première
rencontre avec le progrès Français : cet arrière gout de napalm ! Si
au moins Camus était venu nous voir chez Roger, dans cette ferme délabrée qui
domine le golfe de Stora, où la paille nous servira longtemps de litière, il
aurait certainement partagé ce couscous si particulier avec nous ! Il
aurait surtout retrouvé, en pire, la misère et le dénuement qu’il décrivit 16
ans plus tôt en Kabylie. Avec en plus la détresse d’épouses éplorées, d’enfants
affamés, de jeunes filles terrorisées ; avec comme seul compagnon notre
chien « Soubba » miraculeusement échappé de la furie des soldats qui
n’avait épargné ni poules ni lapins ! Quant à nos vaches et chèvres, elles
seront également embarquées pour aller améliorer l’ordinaire des officiers
français. C’était aussi ça la fameuse clause de « responsabilité
collective », même nos bestiaux seront sacrifiés. Le principe de la
responsabilité collective ayant été signifié officiellement par le général
Cherrière dans une circulaire du 14 mai 1955 ; le document restera secret
jusqu’à sa révélation par Yves Courrière dans «La guerre d’Algérie» publié 14 ans
plus tard (5). Car pendant que 32 douars grillaient sous le feu et le glaive de
la France coloniale, que la chasse à l’Arabe battait son plein, et que les
victimes débordaient des fosses communes creusées à la hâte, Camus était en
train de bronzer sur une plage du Péloponnèse. Notons qu’il avait encore un
zeste de lucidité, mais vraiment un zeste ; pendant que Paris, encore une
fois, décidera de faire l’exact contraire du bon sens, Camus se fera à la fois
sentencieux et un bout pessimiste.Dans ses « Chroniques algériennes »,
parlant de l’Absente, il eut sans doute les mots les plus justes,
les plus forts mais également les plus désespérants : « les
solutions qu’on pouvait envisager avant le 20 aout sont déjà dépassées
» (6). Mais c’est lorsqu’il parle de Paris que son texte devient un concentré
de lucidité et de désespoir: Beaucoup de monde au palais Bourbon,
une seule absente : l’Algérie. Très critique à l’égard des parlementaires
« qui peinent à se prononcer sur un ordre du jour »,
et du « gouvernement farouchement déterminé à ne rien définir »,
ajoutant amèrement, presque défaitiste : « la France elle
continue, mais derrière elle, l’Algérie meurt ». On se rend compte
combien seul le destin de la colonie lui tenait à cœur. Dans l’amère réalité,
c’est le peuple algérien qui souffre, mais pour Camus, seul le sort de la
colonie le préoccupait. Car c’est bien de son Algérie coloniale qu’il s’agit.
C’est probablement à cause de la prégnance de la revendication nationaliste,
surtout que la rébellion marque des points tant à l’intérieur qu’à
l’international que l’écrivain consentira enfin à parler à l’adversaire. Au
point où l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une simple ruse de
guerre ! Et la guerre est bien réelle eut égard à la nature des moyens
utilisés et à l’ampleur de la mobilisation. Alors que la violence fait rage, on
ne peut lui reprocher d’avoir été visionnaire.
Un éclaireur isolé
Nous
sommes encore en 1955 et les prolongements des sanglants évènements de
Skikda-Philippeville ne sont pas près de s’estomper. Pour Camus, « l’ordre
du jour pour l’Algérie c’est le sang » ! « Aux bavardages – des
parlementaires- répond le hurlement solitaire des égorgés, au maniement du
dictionnaire celui des armes » (5). Résolument, la France entrait
en guerre ! Même le Montcalm un redoutable destroyer se présentera en rade
de Philippeville ! C’est dire si la situation était prise au sérieux par
les états-majors parisiens.Dans ses premiers écrits, on sent chez Camus cette
révolte sourde, vis-à-vis de la métropole mais également, mais bien plus tard,
vis-à-vis des pieds noirs. A ces derniers il dira combien « les
procès haineux ne changent rien à la réalité qui nous étreint. Qu’ils le
veuillent ou pas ils sont devant un choix entre la politique de
reconquête et les réformes. La première signifie la guerre et la répression
généralisée, la seconde serait une démission » ! Pour
Camus il s’agissait « d’une erreur mortelle » ;
pour l’Algérie Française s’entend ! On sait que dès le début, Gisèle
Halimi fera appel à lui pour intercéder envers les accusés du procès d’El
Halia, c’est pourquoi il parlera des procès de la haine. Il enchaîna de suite
sentencieusement : « pour la France, il est une forme suprême
de démission, qui s’appelle l’injustice ». Pour l’auteur
des « Justes », on sent déjà le renoncement et le repli face aux
excès des siens. Le mot est lâché, et c’est à partir de cet instant que Camus
empruntera cette voie très ténue qui le mènera droit vers la solitude et
l’enfermement de celui qui savait ; mieux que les autres, avant les
autres, contre les autres ! Il poursuivra son réquisitoire avec
détermination et clarté : « En Algérie, cette démission (de la
France) a précédé la révolte arabe et explique sa naissance si elle ne justifie
ses excès. Déjà en 1955, il faisait preuve de discernement, mais déjà
il était bien seul.Car de leurs cotés, les tortionnaires de la république
persistaient dans leur criminel entêtement. Après les morts d’El Alia, la
répression aveugle tant redoutée se déchainera. Outre le sanguinaire
Aussaresses, qui tuera de sang froid et en conscience, des centaines de
victimes innocentes, il y eut, samedi 20 aout, à El Alia, dès 15 heures un
mitraillage du village par deux avions ! De suite les gros moyens et surtout
l’absence de discernement ! L’information sera soigneusement gardée
jusqu’au procès en appel des 44 prévenus et c’est le président du tribunal
militaire en personne qui évoquera les faits dès l’entame du procès de
Constantine ! En 1958 !Gisèle Halimi, qui défendait aux cotés de Léo
Matarasso les 44 accusés indigènes du procès d’El Alia parle dans son livre (Le
lait de l’oranger) de révélation ; soulignant qu’à l’époque
ce mitraillage aérien avait été minimisé (7). On le comprend, car il ne fallait
surtout pas parler de répression aveugle et sans discernement. On voulait bien
massacrer pour l’exemple, mais en taisant les moyens disproportionnés et en
minimisant les impacts et le nombre des victimes.
Repousser le mur de la haine
On comprend alors pourquoi, durant l’automne 55 et
l’hiver 56, Camus s’appliquera à asséner certaines vérités qu’il prendra soin
d’enrober dans un discours feutré. Destiné à une élite. Ses nombreuses
interventions qui paraitront entre octobre 55 et janvier 56, seront toutes des
appels à la retenue et à la nécessaire concertation.Devenu aphone, malgré des
efforts certains et soutenus, mais trop isolé y compris dans sa propre
communauté, Camus prendra le chemin de l’exil et de la résignation. Emportant
dans ses valise cette blessure qui ne cicatrisera jamais : celle de
l’inconsolable orphelin qu’il fut. Curieux statut que celui de
l’orphelin ! Pour un non moins curieux pays ! Car à cette époque,
l’Algérie, plus particulièrement la région de Philippeville, se détachait très
loin dans le palmarès du nombre d’orphelins. Camus n’ignore pas combien ce
statut peu recommandable, provoque chez celui qui en hérite un profond
sentiment d’injustice, presque de l’asservissement. Lui sait que dans toutes
les langues du monde, le mot orphelin n’a ni synonyme ni antonyme. On parle
d’orphelinat, un lieu où seront parqués les orphelins. Comme si le fait d’être
orphelin ne se suffisait pas, la république de Bonaparte inventa le concept de
pupille de la nation ; qui ne s’applique qu’à ceux dont les parents mourraient
à la guerre. Certains farceurs y ajouteront « de père et de mère ».
La totale quoi! Mais dans L’Algérie coloniale ils seront des « enfants
nécessiteux ». Un euphémisme pour ne pas trop s’impliquer et surtout pour
cacher sa responsabilité pleine et entière. Le père ayant été tué par la
guerre, ni la 4ème, ni la 5ème république ne voudra intégrer les milliers
d’orphelins indigènes aux pupilles de la nation.Pourtant, ils en avaient tous
les attributs ; fils de «citoyens français à part entière»,
-le mot n’est pas de trop dans la bouche du général de Gaulle-, ils pouvaient
objectivement prétendre à la soupe. Après l’indépendance, fillettes et garçons
deviendront « enfants de chouhadas ». Aujourd’hui, après la guerre et
les privations postindépendance, ils continuent de déranger. Y compris en haut
lieu. Là où paradent les heureux compagnons de nos martyrs. Sans le sacrifice
desquels l’indépendance n’aurait été qu’un simulacre.Même s’ils ont l’âge de la
guerre d’Algérie, ces orphelins grisonnants n’en sont pas moins démunis. Car le
problème avec l’orphelinat est qu’on sait quand il commence mais on ne sait
jamais quand il finit. D’où peut être cette propension chez nos concitoyens
-qui n’ont jamais connu ce statut exécrable-, à mépriser jusqu’à la notion de « fils
de martyr ». Il faudrait peut être qu’ils se calment, car la dette
vis-à-vis de la nation, elle est loin d’être derrière nous.Mieux, elle est à
venir ; et le restera pour longtemps. Pour ceux qui l’auraient oublié, il
y a déjà 48 ans que la guerre est finie, sans que le statut des ces parias ne
soit définitivement clarifié. C’est cette amnésie qui continuera de tarauder la
mémoire de l’Algérie et de la France, car ce n’est pas en occultant ce problème
qu’on parviendra à le résoudre. Parce qu’entre ces orphelins et la France, il y
a les charniers qu’à aucun moment Albert Camus n’osera dénoncer. Pourtant ces
par les charniers que tout a commencé. Tout comme Albert Camus, l’orphelin n’a
qu’un seul défaut, il n’est pas amnésique. Ça, même la médecine qui vient
d’inventer les maladies orphelines, n’y pourra rien.
Un orphelin à Stockholm
Chez Camus, on a tendance à l’oublier, ce statut
imposé à lui dès la tendre enfance, il ne parviendra jamais à s’en détacher.
D’ailleurs la célèbre altercation de Stockholm avec un étudiant Algérien est
symptomatique à plus d’un titre ! Encore une fois, si Albert Camus n’était
pas orphelin, il aurait certainement choisi une autre métaphore. Il est évident
qu’à la conférence de Stockholm, lorsqu’il dira préférer sa mère à la justice,
Albert Camus ne pouvait se départir de son statut d’orphelin. Sa mère risquait
tous les jours sa vie dans le trolleybus algérois.Ayant quitté Alger depuis
longtemps, son seul lien charnel avec le pays c’était sa pauvre mère. Qui
risquait d’être broyée dans un attentat, alors que la bataille d’Alger faisait
rage ! Et que les couffins des uns répondaient aux chars des
autres !Du coup l’analogie entre sa mère et la justice n’aurait aucun sens
si son père était encore de ce monde. Car pour un orphelin, la mère ne compte
pas double, non, elle est unique ! Donc forcément présente partout et en
toutes circonstances !Pour l’unique survivant de la famille, la maman est
le bien le plus précieux que l’on se doit de prémunir de tout, surtout de
l’injustice ! Mais également de la justice!C’est là que l’on comprend
pourquoi Albert Camus ne pouvait être ni Marocain, ni Tunisien
d’ailleurs ! Car s’il l’avait été, il n’aurait aucun souci à se faire,
Tanger et Tunis étaient bien joyeuses lorsqu’Alger s’enveloppait tous les soirs
d’un nouveau linceul! A l’image de tous le pays, plongé dès le 20 aout 55 en un
immense champ de bataille à armes inégales.En page 14 de ses « Chroniques
algériennes » (5), on peut déceler une explication : « quand
sa propre famille est en péril immédiat de mort, on peut vouloir la rendre plus
généreuse et plus juste, on doit même continuer à le faire (…) sans
manquer à la solidarité qu’on lui doit dans ce danger mortel (…) pour
qu’elle retrouve la chance d’être juste ». Ainsi, plus de trois
ans après le sanglant mois d’aout 55, Camus s’adjuge « le droit, et
le devoir de dire que la lutte armée et la répression ont pris de notre coté,
des aspects inacceptables. Les représailles contre les populations civiles
et les pratiques de la torture sont des crimes dont nous sommes tous
solidaires. Que ces faits aient pu se produire parmi nous, c’est une
humiliation à quoi il faut désormais faire face ». Que n’avait-il
pas tenu ce discours au moment des faits, lorsque les passions étaient
déchainées, les ratonades légalisées, encensées, généralisées? Ce silence
inexplicable de l’Eté 55, fut sans doute son premier renoncement, sa plus
grande déconvenue et son ultime défaite! Il reconnu de suite l’échec des rares
libéraux dont il se réclamera plus tard, mais n’osera pas l’affirmer de peur de
heurter ceux de sa communauté qui appelaient au crime. Pourtant chez les
indigènes, il y avait deux groupes : ceux, très rares qui avaient décidés
de prendre les armes pour mettre un terme à l’injustice, et les autres, la grande
majorité, qui observaient incrédules, indécis presque défaitistes comme la
plupart de leurs coreligionnaires.Claire Mauss-Copeaux qui continue de
travailler sur le sujet nous apprend « que la municipalité -de
Philippeville- fit détruire la plupart des bidonvilles où s’abritaient
les Arabes les plus misérables », et qu’elle installera ces
« familles, quelques matériaux et quelques hardes à huit kilomètres
de là, aux Carrières romaines. Est-ce une simple coïncidence si les troupes
recrutées au dernier moment par les fellaghas provenaient… de ces villages et
des Carrières romaines ?», se demande l’historienne! (8).C’est
dire qu’entre 11 heures et midi, tous les insurgés qui déferleront sur la
ville, combien même ils scandaient les mêmes slogans, n’étaient pas sur la même
longueur d’onde. C’est la répression aveugle, sans discernement, injuste,
disproportionnée et démesurée qui fera basculer la population indigène dans les
bras des insurgés conduits par le FLN!Depuis ces sanglantes journées d’aout 55,
au lieu de nous appliquer sans discernement la loi du talion au centuple, il
eut fallu que la justice prenne les choses en main! Paris et ses relais en
décideront autrement, face à la furie de la population pieds noirs, aucune
institution républicaine ne tentera d’activer la légalité et le droit.
Rencontré
en 2007, sur les lieux du drame, à El Alia, un acteur qui assumera avoir égorgé
une fillette et sa maman, soutiendra qu’une fois rassasiée – après s’être
goinfré de sardines frites, préparées pour le déjeuner par la maitresse de
maison qu’il venait d’égorger, lui et ses compagnons se retireront dans la
montagne qui surplombe la mine de pyrite. Le fait de le retrouver 52 ans après,
n’est il pas la preuve irréfutable que les assaillants avaient tous pris le
large? Gisèle Halimi soulignera ne pas avoir admis que les accusés d’El Alia
qu’elle venait défendre, aient été, sans exception, interpellés sur leur lieu
de travail habituel, aux cotés des survivants de la tuerie de la veille !
Au moment du procès, elle s’abritera derrière cette incongruité pour se
convaincre de l’innocence de ses clients. C’est dire combien, sous la pression,
y compris de Paris, il fallait à tout prix fabriquer des coupables. Si bien
qu’au cours du premier procès, le médecin légiste, le nommé Travail, avouera
avoir bâclé son expertise et mélangé ses fiches. Ce qui obligea le
tribunal militaire à ordonner quatre exhumations s’avèreront catastrophiques et
sans appel pour l’accusation.Pour la grande majorité des pieds noirs et des
militaires, nous n’avions aucun droit à la justice ! Comme en mai 45,
comme en novembre 54, la justice abdiquera sous la pression des ultras et
l’injonction des responsables civils et militaires.
Dans son édition du 22 août
1955, le magazine The Times parle de « 12 000 Algériens
massacrés par l’armée, la police et les colons organisés en gangs ».
Le grand journal londonien qui avait ses entrées, -la France étant alors membre
de l’Alliance Atlantique-annonçait froidement 12.000 victimes ! Toutes
civiles, toutes désarmées, toutes innocentes! De son coté, Edward Behr,
correspondant de Newsweek à Paris laissera un témoignage sans nuances :
« A Philippeville, les pieds-noirs ‘’des comités de
vigilance’’ assassinèrent sommairement des musulmans, les ensevelirent
secrètement, tandis que des civiles armés tenaient à distance les
correspondants trop curieux... ».Et là, il faudra rappeler à Camus
que nous étions bien sous la 4ème république, avec son gouvernement, son
ministre de la guerre et son ministre de la justice ! L’honneur de la
France aurait été préservé si les lois de la république et ses institutions
avaient été activées. Il n’en fut rien et là le dérapage était inévitable,
Ziroud Youcef, le vieux militant nationaliste qui venait de succéder à Didouche
Mourad, avait eut raison ! Son bain de sang, qui allait propulser la
population dans les rangs du FLN, il l’avait!
Pendant que dans les charniers des
milliers de corps s’amoncelaient, Camus optera pour un interminable silence!
Certains lui reprocheront de s’être aligné sur les cris de haine de sa
communauté! Sa lucidité d’orphelin, l’incitait curieusement à la retenue. Peut
être parce qu’il se savait minoritaire, incompris, isolé et parfois méprisé par
les siens! Il savait que souvent, dans son Algérie des colons, il était
préférable de ne pas avoir raison! Surtout pas contre la foule surchauffée, pas
contre sa propre communauté. Grave instant d’égarement, pour un homme seul,
pour un homme déchiré entre un humanisme de bon aloi et une tribu décidée et
convaincue de sa puissance et de son droit. Celui qui aura prévalu depuis la
conquête du pays. Surtout de sa supériorité raciale.
Relaxés, innocentés mais coupables !
Dès le départ, il avait été piégé par les décisions de
Soustelle et d’Aussaresses, les relais d’un pouvoir parisien finissant. Il faut
relire le procès d’El Alia, dans l’excellent livre de Gisèle Halimi (Le
lait de l’oranger) pour comprendre l’énorme décalage entre quelques
français lucides et courageux et la grande majorité des colons. Rencontré en
1988 à Echirolles, mon ami Roger Balestrieri qui assistait au procès me parlera
de sa stupeur face à la haine qu’il lisait sur les yeux de ses compatriotes.
Tous savaient que le fermier hébergeait les rescapés de notre mechta, tous le
haïssait pour ce qu’ils considéraient comme une trahison. J’avais conscience de
déranger, mais je ne pouvais me débiner, donc je me suis rendu au procès avec
la peur au ventre, me racontera-t-il alors.Toujours est-il qu’après 14
condamnations à mort, la jeune avocate obtiendra, la relaxe pour 12 prévenus et
les deux condamnés à mort en appel seront graciés par de Gaulle, revenu aux
commandes grâce aux convulsions de la 4ème république. Pourtant, ces innocents,
parce qu’Arabes, donc forcément coupables aux yeux de la population pied noire,
ils devaient payer.Combien sommes nous à savoir qu’aucun des prévenus de ce
procès, qui venaient d’être relaxés ou graciés, aucun ne survivra jusqu’à la
fin de la guerre? Ce n’est pas un scoop ; c’est dans le livre de Gisèle
Halimi (6).
Comme quoi, il n’y avait qu’une seule justice, celle là même
qu’Albert Camus relèguera après sa mère, juste après la remise du prix Nobel!
Comment peut-on accepter que les hommes puissent s’arroger le droit de se faire
justice, et à fortiori les états! C’est là une dérive qu’on ne peut accepter de
la patrie des droits de l’homme, devenue la France coloniale! Qui mieux que ses
meilleurs enfants, les plus intelligents, les plus influents, pouvaient le lui
rappeler? Certainement pas nous, les indigènes! Mais ceux qui osèrent aller à
contre sens furent trop peu nombreux. Albert Camus en faisait-il partie? A un
certains moment, loin des clameurs et des vociférations, avant les massacres de
Philippeville, certainement! Mais dans la réalité de tous les jours, notamment
après le 20 aout, au moment où la responsabilité collective se répandait dans
la région, son silence ne s’explique pas. Il avait pourtant un très bon
prétexte : la démission fracassante des élus musulmans a l’assemblée
algérienne, ce que Camus ne pouvait ignorer.
C’était le 25 septembre, ils
seront 61, dont un seul élu français du premier collège à dénoncer la « répression
aveugle », condamnant la politique de « responsabilité
collective » menée par les autorités françaises tout en rejetant
la politique d’intégration et soulignant que « la majorité écrasante
de la population soutenait l’idée de l’Algérie nationale... ». Ils
seront rejoints par Jacques Chevallier, maire libéral d’Alger et ancien
ministre qui publiera dans l’édition du 5 octobre du quotidien le Monde, une
diatribe contre les évènements du Nord-Constantinois qui rendaient la politique
d’intégration «comme pratiquement inapplicable». Toutes ces
réactions inédites et d’une gravité extrême, ne trouveront plus aucune grâce
aux yeux de Camus. Il ne rentrera au pays que le 18 janvier 56. Pour y
rencontrer ses amis, dont Ferhat Abbas ; mais aussi pour proposer une
trêve.
Le dimanche 22 janvier 1957 vers 17 heures, alors qu’il rentrait dans la
salle où se tenait la rencontre, il est accueilli par une foule hostile qui
scandait « Ca-mus ta gueule, Ca-mus à mort ». C’était
« les enragés parmi lesquels un certain Joseph Rizza »
qu’Emmanuel Roblès présente comme étant «l’un des tueurs de l’OAS qui
participera à l’assassinat le 15 mars 1962 des six Inspecteurs des Centres
sociaux éducatifs parmi lesquels Mouloud Feraoun, l’écrivain de langue
française le plus connu à cette époque et ami de Camus ». (9)Manifestement,
ce n’était pas à la mode, d’être aux cotés de « ces Arabes égorgeurs
de femmes et d’enfants » ; donc on fera semblant de ne pas
savoir. Pourtant les crimes sont bien là, les criminels aussi, ils réclameront
même des promotions !
Sur les traces de Cavaignac, de St Arnaud et de
Pélissier
Fallait-il se taire durant si longtemps, face à autant
de dérives ? Les massacres qui auront jalonné la colonisation ne sont un
secret pour personne, le prince de la Moscowa, le 11 juillet 1845, 22 jours
après les enfumades des Ouled Ryah dans la grotte de Oued El Frachih, par les
hordes du colonel Pélissier, ne se privera pas d’interpeller le gouvernement
sur ces terribles évènements en des termes sans équivoques : « Messieurs,
un journal qui se publie en Algérie, l’Akhbar, contient le récit d’un fait
inouï dans notre histoire militaire. Un colonel français se serait rendu
coupable d’un acte de cruauté inexplicable, inqualifiable, à l’égard de
malheureux arabes prisonniers. Je viens demander au gouvernement français de
s’expliquer sur ce fait. Il est de l’honneur de
l’armée comme il est de la dignité du Gouvernement que de pareils faits soient
démentis ou désavoués hautement. » Il sera bien seul! Combien de
crimes, combien de charniers, combien d’injustices faites à ce peuple ?
Dans un assourdissant silence! Malheureusement, ce ne sont pas les douars et
mechta du Maroc qui en furent le théâtre, mais nos villages du Dahra, de Béni
Mélek, de Kabylie et d’ailleurs. Durant 132 ans ! Un penseur de la trempe
de Camus, qui n’aura rien remarqué, ça passe mal! Il faudra attendre la
publication de ses « Chroniques algériennes », en avril 58 pour
retrouver cette lucidité qui le caractérisa lors de son reportage sur la misère
de Kabylie. Ses sentences sont implacables pour la France mais aussi pour sa
communauté : « s’il y a vingt ans ma voix avait été mieux
entendue, il y aurait peut être moins de sang présentement. Le malheur est que
les évènements m’ont donné raison ».
Cependant, dans langage
enrobé il ajuste en priorité la rébellion : « Mais pour être
utile, autant qu’équitable, nous devons condamner avec la même force le
terrorisme appliqué par le FLN aux civils français comme, d’ailleurs, et dans
une proportion plus grande, aux civils arabes », l’allusion à
Mélouza est patente. Pour les crimes coloniaux, ceux du Nord Constantinois ou
de la bataille d’Alger, il faudra faire preuve de patience et d’acuité. Parlant
de la torture généralisée il ose enfin le moralisateur : « celle-ci
a peut être permis de retrouver 30 bombes, au prix d’un certain honneur, mais
elle a suscité du coup cinquante terroristes nouveaux… qui feront mourir plus
d’innocents… ».
Lorsqu’il aborde le problème de la répression, il
en appelle aux autorités, sans jamais donner la moindre impression de
réprobation personnelle : « le devoir du gouvernement n’est pas
de supprimer les protestations même intéressées, contre les excès criminels de
la répression ; il est de supprimer ces excès et de les condamner
publiquement, pour éviter que chaque citoyen se sente responsable
personnellement des exploits de quelques-uns et donc contraint de les dénoncer
ou de les assumer ». Mince alors, encore un peu et il en voudrait
aux victimes de s’être trouvées sur le chemin des criminels, au mauvais moment
et au mauvais endroit. On est à mille lieux du désaveu cinglant de nombreux
intellectuels et hommes d’église qui n’auront aucun état d’âme à dénoncer avec
fermeté les excès répressifs commis par la France. Parmi eux on citera JP
Sartre, qui dès l’automne 55, dans un entretien publié par La République
Algérienne de Ferhat Abbès apporte une caution sans faille au comité
d’action des intellectuels contre la guerre d’Algérie. Sans doute que
l’engagement de son ami Francis Janson y est pour beaucoup dans cet engagement
précoce. D’autres comme Maillot, Mine, Scotto, Audin, Mandouze,
Lavalette, Timsit, Perrin, Gauton, Yveton ou Alleg, payeront cher leur
engagement aux cotés du FLN.
Dans « Albert Camus ou l’inconscient
colonial » Edward Saïd note que le philosophe aura participé « à
entretenir l’illusion que la question coloniale algérienne pouvait être résolue
sans donner l’indépendance au peuple algérien avec une nation algérienne
indépendante ». Pour se convaincre de l’opposition tenace de Camus à
l’indépendance de l’Algérie, il n’est que de relire cette déclaration parue en
1957 dans l’Express : Il faut considérer la revendication d’indépendance
nationale algérienne en partie comme une des manifestations de ce nouvel
impérialisme arabe dont l’Egypte, présumant de ses forces, prétend prendre la
tête et que, pour le moment, la Russie utilise à des fins de stratégie
anti-occidentale.
Camus l’étranger
Autre exemple significatif : Albert Camus,
du terroir pourtant, a pris un prix Nobel de littérature, à une question sur sa
position au sujet du drame algérien, déclare quant à lui : « Entre la
justice et ma mère, je choisis ma mère. » A savoir la France. Clair, net
et précis ! Et, bien qu’en ce temps-là, l’Algérie fut la France, il est
devenu étranger à deux patries en même temps. On finit donc par se cogner la
tête contre les murs devant autant de pensées sales. Car, il est pitoyable
d’enregistrer que certains intellectuels aient rayonné par un silence aussi
complice, du moins tellement propice, à la drôle mission de pacification et de
civilisation ! Et dire que beaucoup de choses auraient pu avoir leur cours
dévié dans le bon sens, si la probité intellectuelle avait été dans le camp
idoine !Dans son élégante contribution au Monde diplomatique, Edward Saïd
met en exergue la pensée impériale qui prévaudra chez Camus : « C’est
vrai, Meursault tue un Arabe, mais cet Arabe n’est pas nommé et paraît sans
histoire, et bien sûr sans père ni mère. Certes, ce sont aussi des Arabes qui
meurent de la peste à Oran, mais ils ne sont pas nommés non plus, tandis que
Rieux et Tarrou sont mis en avant. Et l’on doit lire les textes pour la
richesse de ce qui s’y trouve, non pour ce qui en a été éventuellement exclu.
Mais justement. Je voudrais souligner qu’on trouve dans les romans de Camus ce
qu’on en croyait autrefois évacué : des allusions à cette conquête
impériale spécifiquement française, commencée en 1830, poursuivie de son
vivant, et qui se projette dans la composition de ses textes (8) » Il
apparaît que malgré tous les efforts sémantiques qu’il n’aura cessé de
déployer, Albert Camus aura de la peine à se départir de cette exécrable idée
que l’Algérie n’est que le prolongement de la France. Et que le peuple pied
noir doit se faire à l’idée que le temps des colonialismes est fini.
Sentencieux il énonce un jugement qui se veut définitif, sans appel, et
n’ouvrant droit à aucune forme de contestation : Il est dangereux en
tout cas de lui demander (à la Nation, ndlr) de s’avouer seule
coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle. Je crois en Algérie à une
politique de réparation, non à une politique d’expiation ». On le
voit, Camus est coincé entre d’un coté sa communauté et ses avatars, son
attachement viscéral à l’Algérie Française dont il sait la fin proche. Et de
l’autre à la nécessaire émancipation des masses musulmanes dont les ralliements
au FLN s’affirment tous les jours davantage.Encore une fois, le jugement
d’Edward Saïd se veut sans appel : « Pourtant, il n’a cessé
d’exister une autre voie, plus difficile et stimulante : juger, puis
refuser la mainmise territoriale et la souveraineté politique de la France, qui
interdisaient de porter sur le nationalisme algérien un regard compréhensif.
Dans ces conditions, il est clair que les limites de Camus étaient
paralysantes, inacceptables. Comparés à la littérature de décolonisation de
l’époque, française ou arabe - Germaine Tillion, Kateb Yacine, Frantz Fanon,
Jean Genet -, ses récits ont une vitalité négative, où la tragique densité
humaine de l’entre prise coloniale accomplit sa dernière grande clarification
avant de sombrer. En émane un sentiment de gâchis et de tristesse que nous
n’avons pas encore entièrement compris. Et dont nous ne sommes pas tout à fait
remis ». (10) Ah s’il avait été Marocain ! Ça aurait arrangé
bien du monde! Car en fin de compte, cette histoire fut un lamentable gâchis
pour tous les habitants d’Algérie.
Il eut fallu des milliers de Camus et des
milliers de reportages pas seulement sur la misère en Kabylie entre les deux
guerres, mais sur ces charniers d’Algérie où dorment entassées, sans linceuls,
des milliers d’innocentes victimes. Dans une totale désinvolture
métropolitaine, dans une totale impunité, dans une totale certitude. Car ni
Camus, ni les siens, n’oseront une dénonciation, même pour la forme, d’autres
s’y sont attelés avec constance, courage et lucidité! Ils méritent également
d’être cités au Panthéon. Celui qui reste à ériger, car les victimes de la
guerre d’Algérie, dont de nombreux Français de métropole, des juifs et des
chrétiens, mais pas seulement, attendent une reconnaissance qui tarde à venir.
Hommes et femmes continuent de partir dans un assourdissant fourvoiement chez
ceux en charge de l’Histoire.
Un air de repentance
Quant à Albert Camus, franchement et avec gravité, si
ça ne dépendait que de moi, sa place serait en Algérie, car incontestablement,
il est algérien à part entière, exagérément pied noir, mais assurément
Algérien! Il reste surtout un orphelin qui s’est trompé de peuple, de ce
peuple d’Algérie qui aura tant souffert des injustices subies! C’est pour Camus
une mémorable méprise. Il faudra attendre le 4 juin 1958 pour qu’un haut
dignitaire Français vienne enfin rappeler une évidence. C’est le général de
Gaulle, devenu chef de l’Etat, qui après son célèbre « je vous ai
compris » ajoutera que « désormais, dans ce pays, il
n’y aura qu’une seule catégorie de citoyens, des Français à part entière, avec
les mêmes droits et les mêmes devoirs »! C’était 128 ans après
l’invasion de l’Algérie et déjà 4 ans après le début de la guerre
d’indépendance!De Gaulle nous avait compris, mais c’était trop tard, il y eut 3
ans auparavant, les massacres de Philippeville. Des massacres de trop dans une
longue, trop longue série. Des massacres toujours impunis, plus grave, même pas
reconnus! Le seul bilan officiel parle invariablement de 1273 victimes
indigènes. Et si on posait la question à Camus? On s’aperçoit que finalement,
au fil du temps, à mesure que l’oppression se faisait plus tragique et plus
sourde, lui avait pris le parti de s’en détacher. Comme atteint par une
profonde lassitude. Comme si ses mises en gardes antérieures, toutes empreintes
d’une rare lucidité, n’étaient plus d’actualité. C’est pourquoi, pour rester
sobre et objectif, il serait fortement indiqué de relire calmement et en toute
objectivité, ses contributions antérieures. Elles renseignent à la fois sur
l’intelligence du personnage et justifient à postériori son isolement
intérieur. On comprend qu’ayant fait l’amer constat d’avoir prêché dans le
désert, pour aider ce peuple arrogant à ouvrir les yeux sur la condition infra
humaine faite aux 9 millions d’Algériens, lui, Camus, le visionnaire se rangera
à l’évidence que plus rien ne pouvait nous sauver du désastre.
Vaincu par une
formidable conspiration, il abdiquera sans gloire et sans espoir. Un
insupportable dilemme chez Camus dont la mort prématurée ne serait qu’une
divine délivrance d’un cauchemar auquel il était dit qu’il ne survivra
pas. Après son silence gêné sur les représailles du Nord-Constantinois, on
serait tenté de plier son procès. Mais à la lecture de ses nombreux textes, on
peut légitimement se demander si lui, le grand romancier et le frêle humaniste
pouvait s’en aller comme si de rien n’était, en laissant les bourreaux
plastronner face aux veuves et aux orphelins.
En fouillant dans ses Chroniques
Algériennes, on peut y déceler une singulière attitude qui lui vaudrait
de nos jours l’échafaud d’une grande partie de l’establishment parisien; à qui
il avait déjà esquissé une réponse cinglante, toute en symbole, mais
cinglante :« Faut il donc que ces Français laborieux, isolés
dans leurs bleds … soient offerts au massacre pour expier
les immenses péchés de la France colonisatrice ? ».
Alors
Camus serait-il enclin à la repentance ? On serait tenté de le croire. A
ceux, fort nombreux dans mon pays qui lui reprochent depuis longtemps
l’anonymat de l’Arabe de l’Etranger ou l’absence d’indigènes dans son œuvre,
qu’ils brandissent comme une preuve irréfragable de l’indifférence de Camus
envers le peuple algérien, je leur suggère d’y ajouter les 20.000 victimes
expiatoires du Nord Constantinois (1) ! Vingt milles innocents, autant
d’anonymes. Tués par l’impériale bêtise d’une France colonisatrice,
revancharde, arrogante et sanguinaire. Pour l’auteur de « L’autre
homme », ces victimes anonymes pouvaient parfaitement compter parmi «les
innocents coupables», l’élégante définition dont il affublera lui-même «Les
justes». Il n’osera pas! Pourtant, ces centaines de charniers resteront à
jamais la preuve irréfutable de l’ultime « action civilisatrice » de
la France colonialiste. Cependant, outre l’occultation officielle de l’étendue
des massacres, les historiens buttent sur l’absence de témoignages et de
documents de l’époque.
Il aura fallu le travail remarquable de l’historienne
Claire Mauss-Copeaux pour se faire une idée sur l’ampleur des
représailles, mais également de la difficulté de leurs auteurs à les assumer
dans toute leur horreur. C’est ainsi qu’elle donne un éclairage nouveau à cette
tragédie en faisant parler des témoins directs.
Le résultat est sans
appel:« Au cours de nos rencontres, beaucoup reconnaissaient :
« On ne vous dit pas tout. » Chacun, en effet, précise ce qu’il peut
dire avant de buter et de s’arrêter sur le seuil de l’indicible, cette
répression injuste et barbare dont ils ont été les acteurs. Dirigés par leurs
chefs, ils ont raflé et massacré de nombreux innocents, en toute connaissance
de cause »(7). Des aveux tardifs mais précieux, qui ne peuvent que
nous conforter dans notre quête d’une reconnaissance officielle de ses crimes
par la France. Après son très inattendu discours du Président Sarkozy à
Constantine (2007) il est attendu de la France qu’elle fasse l’effort sur
elle-même de reconnaître qu’elle s’est trompée de cibles. Sinon, comment
conclure sans citer Camus ? À dessein, j’emprunterai un passage à «l’appel
pour une trêve civile en Algérie » (in : Chroniques algériennes,
1939-1958, p.180) qui assurément, ne pourra que relancer le débat :
« on ne peut pas nous demander d’applaudir à tous les nationalismes,
sauf au français, d’absoudre tous les péchés, sauf ceux de la France» !
(4)
Comment conclure sans rappeler que ni la langue française, ni aucune autre,
n’auront su donner un synonyme au mot orphelin, comme s’il se suffisait à
lui-même ! Même un grand écrivain comme Albert Camus n’y pourra rien!
Pourtant, à travers l’histoire tumultueuse de notre pays, que de morts impunis
et que d’orphelins inconsolables.Pour ceux qui continueront de l’aimer par delà
les vicissitudes, c’est sur sa terre natale qu’il devrait s’installer, pour
mieux narguer Paris!
Mort sur une route métropolitaine, en janvier 1960, on ne
peut que se demander le pourquoi de son enterrement en cette terre d’exil où il
s’est toujours senti « L’étranger ». Camus est l’incarnation de 3
drames, celui de l’orphelin pendant la guerre, celui de la dérive pied noir et celui
de la souffrance du peuple algérien dont il n’aura pas réussi à nier ni
l’existence ni la justesse des revendications. Pour nous, il sera sans doute un
souffre douleur utile, car il incarnera à jamais, mieux que mille combattants
et bien plus que cent historiens, la longue souffrance des opprimés qu’il n’aura
pas su défendre. Avec un peu de discernement, d’apaisement et de bon sens, il
deviendra lui aussi un butin de guerre !
AZIZ MOUATS, MOSTAGANEM
LE 17 AVRIL 2010
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Références Bibliographiques
(1) Matthew Connelly, 2012. L’arme secrète du FLN. Comment
de Gaulle a perdu la guerre d’Algérie. Médi-Plus éds, Constantine, 2012, Page 118.
Ref : 98, Boyd à Murphy, 22 septembre 1955, UNSA, RG 59, Central Decimal
Files, 751S.00.
(2) Marc Ferro, 2003. Le livre noir du
colonialisme, édition Robert Laffont, pp. 843.
(3) Sylvie Thénault, 2005. Histoire de la guerre
d’indépendance algérienne, éd. Flammarion, pages 47-52.
(4) Albert Camus, 1958. Chroniques algériennes,
1939-1958. Edition Gallimard, pp 125-130.
(5) Yves Courrière, 1968. La guerre d’Algérie,
t. II, p. 38, collection » le livre de poche, édition Fayard,
1968. pp. 698.
(6) Albert Camus, 1958. Chroniques algériennes,
1939-1958. Édition Gallimard, pp 133-135.
(7) Gisèle Halimi, 2001. Le lait de l’oranger.
Edition Gallimard.
(8) Claire Mauss-Copeaux, 2006. L’insurrection du
Constantinois, 20 août 1955. voir site de la LDH Toulon.
Lien : [LDH-Toulon]l'insurrection
du Constantinois, 20 août 1955, par
(9) Emmanuel Roblès, 1995. Camus, frère de
soleil, Seuil, Paris, 1995, pp.110-113.
(10) Edward Saïd, 2000. Albert Camus, ou
l’inconscient colonial. Le Monde Diplomatique, avril 2000.