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Boudjedra entre Dahra et Béni Chougrane

 La venue de Rachid Boudjedra en Oranie a été marquée par ses haltes dans l'opulente cité de l'Emir Abdelkader et à travers un parcours mémorables dans le Dahra occidental. Son passage à la libraire Art et Culture, en plein coeur d'Oran, est à oublier. Le public constitué essentiellement de journalistes s'est distingué par son mutisme. Seule une sémillante universitaire s'est distinguée par une judicieuse présentation du prolifique romancier national. Avec une sobriété remarquable, elle parviendra à faire le tour de l'homme et de son oeuvre. Les rares échanges avec Rachid Boudjedra se concentreront essentiellement sur son livre pamphlet dont l'un des protagonistes n'est autre que l'ex chroniqueur du QO, L'auteur de la répudiation en profitera pour rappeler sa mise au point concernant le passage relatif à l'implication de KD dans le GIA. De manière directe et sans aucune équivoque, Rachid Boudjedra fera son mea-culpa, reconnaissant qu'à l'époque des faits, le GIA n'existait pas. Curieusement, certains écrits parus dans la presse arabophone feront délibérément l'impasse sur cette mise point. Ce qui n'a pas été apprécié par les nombreux présents qui ne comprennent pas les raisons de cet acharnement. Ces péripéties oranaises seront très vite dissipées lors des rencontres de Mascara et du parcours mémoriel dans le Dahra.
C'est face un immense portrait
de l'Emir Abdelkader, devant un public avertis et chevronné que Rachid Boudjedra entamera la rencontre au niveau du lycée Djamel Eddine El Afghani.
Rachid Boudjedra a été épatant à Mascara...la cité de l'Emir lui a fait le plus bel accueil...dans la pure tradition mascaréenne...Autant au niveau du lycée El Afghani, grâce à l'association des anciens qu'à celui de l'association El Amel, dont la bibliothèque regorge de livres de la littérature universelle...des interventions d'une grande dignité et d'un très haut niveau ont jalonné les conférences...Nous avons eu droit à des déclarations d'une grande générosité et aussi d'une grande probité de la part de Rachid Boudjedra...qui a dit tout le bien qu'il pensait de la littérature de Feraoun, de Dib, de Kateb, de Maameri, de Malek Alloula...et de Boulenouar Messaour....comme j'ai eu l'insigne honneur de servir de modérateur à cette rencontre...qu'il me soit permis ici de remercier l'ensemble des organisateurs, avec une mention particulière à Djilali Boucif et à Sidahmed Sahla....je voudrais aussi remercier pour leurs questions l'ensemble des intervenants...leurs éclairages ont permis un débat serein...et ô combien instructif...encore une autre preuve s'il en fallait, que ce peuple possède une élite...

Venu depuis la voisine Mostaganem, Mansour Benchehida a tenu à rappeler qu'il venait souligner que lors de la scolarité de KD au niveau du lycée Zerrouki Chekh Bneddine, c'est lui qui assumait la fonction de surveillant général. A ce titre, il dira de manière catégorique que le jeune lycéen n'a jamais été imam au niveau du lycée. Ce à quoi Rachid Boudjedra répliquera de manière cinglante qu'il tient cette information des propres déclarations de KD à Médiapart et au quotidien français Le Monde.
La seconde rencontre de Mascara se fera au niveau du siège de l'association El Amel et en présence d'un jeune public. Un débat tres convivial et très courtois au cours duquel Rachid Boudjedra fera l'éloge de Kateb Yacine qu'il considère comme étant son modèle.
Concernant le passage par Mostaganem, il est juste de rappeler que j'avais été chargé d'organiser une rencontre débat au niveau d'une institution publique. J'ai alors pris contact avec la bibliothèque publique et avec le musée du Maoudjahid. Je ne suis pas en mesure de vous dire à quel niveau ça a coincé, toujours est-il que ces rencontres avec le lectorat de Mostaganem ne se sont pas concrétisées. Je souligne avec force que l'idée originelle de la visite de Rachid Boudjedra était de lui proposer un parcours mémoriel. Qui ne nécessite aucun accord préalable d'aucune institution. Lorsque j'avais soumis ma proposition, Rachid Boudjedra a fait part de sa disponibilité et surtout de son enthousiasme. C'est pourquoi, je tenais à ce que ce déplacement se fasse dans la discrétion et le recueillement. Comme j'avais fais la promesse à mon jeune collègue le journaliste Salim Skander de lui faire découvrir le Dahra, c'est tout naturellement que je l'ai invité à se joindre à nous. Je voudrais ici remercier Ahmed Boualem de nous avoir accompagné et d'avoir témoigné de vive voix et sur le lieu du tragique attentat du 1 novembre 1994. Là où périrent 4 jeunes scouts originaires de Mostaganem, dont le propre fils de Boualem. Sa présence à nos cotés, son témoignage, ont profondément ému Rachid Boudjedra.  Au niveau du centre de torture de Sidi Ali, l'enfant d'Aïn Beida, lui même ancien Moudjahid, a été tres fortement ébranlé par la découverte de ce sinistre lieu.
Au point où Rachid Boudjedra a fait la promesse que dans une prochaine oeuvre littéraire, il n'omettra pas de rappeler ces douloureux évenements vécus par les jeunes scouts et aussi par les farouches résistants du Dahra.
Cette nouvelle incursion dans notre patrimoine fut encore une fois une épreuve. Elle sera miraculeusement ponctuée par une invitation officielle de la part de la radio nationale. C'est accompagné de son staff que le directeur de Radio Mostaganem nous recevra. C'est donc à travers les ondes que les habitants de Mostaganem et du Dahra auront droit à plus d'une heure d'entretien avec Rachid Boudjedra! C'est aussi ça le miracle du Dahra! Dans son message, Rachid Boudjedra n'omettra pas de rendre l'hommage qu'ils méritent à l'ensemble des habitants du Dahra. Lorsque la journaliste lui demande s'il devait faire un film quel serait le personnage qu'il voudrait honorer, il aura cette sublime réponse: l'Emir Abdelkader!
  Deux jours après, je reçois un message de Rachid Boudjerdra auqel j'ai fais cette réponse:
" Très cher Rachid Boudjedra...cher Grand frère en patriotisme...t'accompagner à travers le parcours mémoriel du Dahra a été pour moi un inoubliable voyage au coeur de la mémoire vive de notre cher pays. Les haltes que tu as accepté de faire avec mes amis et moi, auprès de ceux qui sont à jamais les plus valeureux enfants de ce pays et les plus vibrants symboles de sa ténacité, de son courage et de sa bravoure, resteront à jamais inscrites dans ma tempétueuse mémoire. Après cette mémorable journée que tu nous as consacrée, en toute spontanéité et en totale confiance, j'ai constaté combien tu cultivais cette fibre patriotique qui est ta véritable ligne de fond. Car après avoir mené le courageux combat contre l'amnésie et contre les fossoyeurs de notre histoire, tu es venu te ressourcer auprès des authentiques combattants, tes frères de lutte et de souffrances. Les mots que tua s eu l’extrême gentillesse de délivrer sur les traces à jamais glorieuses de nos ancêtres, seront inscrits à jamais dans ces vallons crayeux  du Dahra...l'instant nodal où tu a accepté de lire tes propres mots, écrits voilà plusieurs années, en hommage aux Ouled Riah, ont été pour moi la plus belle offrande. Surtout en ces lieux de grande tragédie, à quelques pas de la grotte de Ghar El Frachih, là où, par cette rude journée du 19 juin 1845, périrent par enfumade plus de 1500 membres de la tribu insoumise. Désormais, nous partageons le redoutable privilège de ceux qui ont été choisis pour porter ce combat mémoriel. En total prolongement de tes combats anciens. Merci infiniment Cher Rachid, Cher Ami...avec toute mon affection et mon plus profond respect pour toi... pour tes combats...et tes victoires...

 

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