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Les 4ACG face à l’épreuve du Dahra



Oui elle a été bien drôle cette journée passée – écourtée, serait plus juste- avec les membres de la 4ACG (Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) qui ne venaient pas pour la première fois à Mostaganem, mais qui ne voulaient pas se rendre dans le Dahra. Préparée avec persévérance depuis plus de deux mois, grâce à l’entremise de Malika Tazaïrt, l’organisatrice du voyage, il était bien entendu question d’une virée mémorielle dans le Dahra. Quoi de plus normal pour des anciens guerriers de la France coloniale que de retourner sur les lieux de leur folle jeunesse, là où appelés du service militaire, ils étaient venus crapahuter un peu et massacrer beaucoup. C’est dans une optique strictement individuelle d’expiation que cette association venait remonte le temps. 

A l’appui de cette forte demande  endogène en pardon et autre repentance, ces pionniers avaient eut la bonne idée de ne pas encaisser les 640 euros que leur verse annuellement le ministère français de la guerre et des anciens combattants. Et afin de joindre l’utile à l’agréable, ils se sont mis d’accord pour consacrer cette somme à des actions de bienfaisance au profit des régions où durant la guerre, ils ont eut à sévir contre les « fellaghas » mais aussi et surtout contre les populations démunies et désarmées. C’est nettement plus commode de faire application de la très fameuse « responsabilité collective », qui plaisait énormément aux généraux français et à leurs soldats qui vont s’adonner à cœur joie à ce sinistre jeux de massacres….bon et alors que vient faire la Dahra dans cette guerre mémorielle ? Tout simplement à faire en sorte que les tortionnaires d’hier, à qui personne ici n’ose demander la moindre reconnaissance ni la moindre faveur, ces soldats à la repentance à fleur de peau, puissent venir fouler ces terres où leurs prédécesseurs, depuis Clauzel et Bugeaud, en passant par Pélissier, Cavaignac, Canrobert et St Arnaud, n’ont laissé que crimes et désolation. Sollicité donc par l’organisatrice, je me suis fait un honneur de concocter un parcours mémoriel digne de ce nom. Tout avait reçu l’assentiment des participants, puisqu’à aucun moment de la préparation, je n’ai reçu la moindre objection. Cependant, alors que j’ai attendu jusqu’à la nuit d’hier -23 mai 2014- peu avant minuit, alors que l’organisatrice m’informait des ultimes décisions, le circuit du Dahra était retenu ; ce qui m’obligeât alors à confirmer notre passage à Sidi Ali où nous attendait le responsable du musée du Moudjahid, ainsi qu’à la grotte de Nekmaria où nous attendait Med Hamoudi, des Ouled Riah ainsi qu’à la ferme de Douaïlia où Dali s’était engagé à nous recevoir et à nous offrir une collation. On s’était même préparé à proposer un repas champêtre à nos hôtes. Il était évident que pour moi, peu avant minuit, le circuit avait été validé et tous nos relais étaient prêts pour nous recevoir. Passé minuit, je reçois un coup de fil de Malika qui me dit que quelqu’un lui avait susurré à l’oreille que Nekmaria c’était trop loin. Je tente de la rassurer en lui disant que le groupe pouvait rentrer à Oran aux environs de 18 heures. Ce qui semblait lui convenir puisqu’elle me disait qu’elle s’était engagée avec une association de lectures pour tous pour une rencontre discursive. Je lui réponds qu’en ce qui me concernait, je maintenais la visite du centre de torture de Sidi Ali, de la ferme Monsénégo de Hadjadj ainsi que de  la grotte de Ghar El Frachih, là où Pélissier fit périr 1500 âmes de la tribu des Ouled Riah. Ce samedi matin (25 novembre), nous accueillions nos hôtes à l’entrée de la ville et entamons le circuit par la stèle de Mazagran, le Fort de l’Est, le tombeau du bey Bouchelaghem, puis détour par le centre ville pour récupérer le père Bernard. Direction une pizzéria  sur les hauteurs de Mostaganem. Invités par l’association du quartier «Colonel Lotfi», le groupe s’était retrouvé autour d’une table et en attendant de se substancer, quelques uns  prendront la parole. Nos hôtes pour présenter leur travail de proximité à destination des jeunes du quartier, le père Bernard, 78 ans à peine, lui-même membre de la 4ACG et mon ami Abdelkader Boudjemaa qui avait entièrement chamboulé son agenda afin de nous accompagner pour nous donner de précieuses indications sur les batailles de Mazagran et sur les vestiges de Mostaganem. 

Une grotte repoussoir



Je n’avais nullement l’intention de parler, puisqu’il était convenu que je le fasse lors du voyage vers le Dahra. C’est lorsque le père Bernard parla de Limoges, sa ville natale, que j’ai demandé à Malika de me permettre d’enchainer sur le sujet. J’ai cru intelligent de rappeler les circonstances de ma première visite dans le Dahra, ma rencontre avec Med Hamoudi, descendant des Ouled Riah et lui-même natif de Limoges, tout comme le sanguinaire Bugeaud !   J’ai à peine eut le temps de finir ma phrase que les visages commençaient à s’assombrir, d’autant que j’avais souligné qu’une halte à la ferme Monsénégo se justifiait amplement du fait que c’est là que le 1er novembre 54, le jeune Laurent François reçut la première décharge de chevrotine tirée par les insurgés. J’ajoutais que son compagnon d’infortune, Jean François Mendez en personne était revenu dans la région pour dire que sa vie durant, il avait milité afin que la France reconnaisse son ami comme étant la première victime française de l’insurrection. Je ne sais pas pourquoi, les convives qui venaient à peine de finir le repas se sont levés et ont pris la direction de la sortie, me laissant à peine le temps de souligner à l’intention du père Bernard qu’il serait judicieux de ne pas trop nous retenir chez lui. Je l’invitais également à se joindre à nous pour la visite du Dahra. Et là, patatras ! Une levée de boucliers quasi unanime s’empara du groupe. De toutes parts, on me rappelait que la grotte c’était trop loin et qu’il fallait être rentré à Oran pour rencontrer une association de lecture pour tous, que d’aucuns s’échinaient, alors que nous étions à table, à joindre au téléphone sa responsable. Preuve que cette association n’était qu’un alibi que l’on brandissait afin de "zapper" la tournée à la grotte. J’ai bien tenté de faire admettre l’idée que des gens nous attendaient, que nous pourrions faire l’impasse sur le centre de torture de Sidi Ali…rien n’y fit…alors, je me suis rendu à l’évidence que cette grotte où gisent encore les restes des Ouled Riah ne « passait» pas chez nos invités. 

Il faut parler aux morts de Nekmaria

Sans rien dire, je suis remonté dans le bus pour récupérer mon sac et mon couffin chargé de gâteaux que je destinais à la collation chez Dali…et je suis allé prendre par la main mon ami Abdelkader Boudjemaa que je regrettais profondément d’avoir embarqué dans cette galère. Un taxi est vite repéré, nous nous glissons dedans tout en nous excusant auprès d’un étudiant qui venait nous le disputer. Je fais déposer mon ami devant sa maison et continue mon chemin à bord du taxi. Je mets mon téléphone à la charge, j’appelle mes amis de Sidi Ali, de Nekmaria et de Douaïlia pour leur présenter mes plates excuses et j’essaie d’oublier cette triste mésaventure…un seul mot me vient à l’esprit : désespoir ! Oui je suis désespéré de la nature humaine. Construite sur un bon sentiment que la guerre est stupide, la 4ACG semblait dans les meilleures dispositions pour faire table rase du passé et songer à ébaucher une relation apaisée entre jeunes Français et Algériens. Ça c’était la théorie…dans la réalité, il y a une grande force d’égocentrisme qui continuera pendant longtemps à miner les relations humaines entre le peuple de France et celui de l’ancienne colonie. Pour ce qui me concerne, je savais qu’il y a une  grande majorité des pieds-noirs qui ne parviennent pas à faire leur deuil de ce pays, ni à se départir de leur haine de l’Algérien ; cet empêcheur de mourir en paix ! Toutefois, il existe bien une minorité de pieds-noirs, si peu nombreux, mais qui sont mes véritables et sincères amis, qui sont aussi les amis de l’Algérie…à ceux-là -je ne les cite pas mais ils se reconnaitront-, je leur dis combien je suis fier de les reconnaître comme compatriotes, comme amis et souvent comme frères…Eux n’ont aucun complexe à reconnaître les crimes commis souvent en leurs noms, par la France colonialiste et revancharde. Eux savent faire la part des choses et savent aussi se taire lorsque les crimes sont évoqués. Cette force de discernement qui nous unie est notre seule arme contre l’amnésie. Ceux parmi les pieds-noirs qui ont atteint cette plénitude, n’ont aucune peine à reconnaître les fureurs commises sur le peuple Algérien, car elles ne sont pas de leurs faits ! Ce sont ceux-là les bienheureux. La volte face unanime des militants de la 4ACG m’a été imposée alors que je ne demandais rien à personne. C’est pourquoi elle m’a dérouté, parce que je m’étais trompé sur la sincérité des intentions. Finalement, ces anciens militaires du contingent ne sont que de pauvres malheureux qui éprouvent toutes les peines du monde à se faire pardonner des pêchés qu’ils sont les seuls à connaître. Il eut seulement fallu qu’ils acceptent d’aller parler aux morts de Nekmaria….ce sont eux qui détiennent les clés de la délivrance…
 
Les chemins de la rédemption se méritent

Avec mes amis Abdelkader, Mohamed, Dali, Kiès…nous voulions juste leur montrer le chemin. Ils ne nous ont pas fait confiance, préférant s’en retourner alors que la délivrance était à seulement 80 kilomètres. C’est très lourd de porter un fardeau durant plus d’un demi-siècle et de refuser d’aller le déposer à l’endroit idoine. Offrir des cahiers d’écoliers, distribuer des brouettes à Berbacha, remettre un chèque de 640 euros à une association de haute Kabylie et attendre que la charge s’allège, c’est aller un peu vite en besogne. Entre le peuple algérien et ses millions de victimes, et la France coloniale, il y a un fossé de sang, une montagne de cadavres  et un fleuve de larmes qu’aucun euro ne pourra assécher. Les rives escarpées d’Oued El Frachih, les ravins abrupts des Aurès et du Dahra, les cimes acérées de la Kabylie, les plaines fertiles de la Mitidja, les hautes plaines de Saïda, les coteaux verdoyant du Béni  Mélek et de Mascara, sont ces lieux où des victimes de tous âges et de toutes conditions attendent enfin une sépulture pour les restituer à  l’humanité. Il faudra bien plus que ces visites conventionnelles et toutes ampoulées pour que cette histoire retrouve les doux rivages de la réconciliation et de la rédemption.  De notre coté, nous les victimes et les descendants des victimes de la furie française, attendons autre chose  que ces actions furtives qui ne font que perpétuer la mésestime que nous avons de  nos tortionnaires.

 S’il est une chose que nous ne céderons pour rien au monde, c’est bien notre fierté d’appartenir à un peuple qui a accepté le sacrifice suprême plutôt que l’humiliation. C’est bien cette leçon que les Ouled Riah nous ont inculqué à jamais durant ces funestes journées des 18 et 19 juin 1845. J’ai tout de même l’impression que les militants de la 4 ACG l’auront enfin compris. A seulement une heure 15 minutes de la grotte de Nekmaria…et moins de 45 minutes du centre de torture de Sidi Al ! Le pardon, il est à ce prix, et c’est pourquoi il faut s’élever pour en être digne ! Sinon, bonne lecture, jamais le père Noël ne fera le printemps! Ceux qui ont buté sur les piémonts du Dahra doivent savoir qu’une visite à Nekmaria, ça se mérite et qu’il faut en être digne, car il n’est pas donné à tout le monde de guérir sans efforts des séquelles d’une guerre injuste.

Commentaires

  1. Monsieur Mouats
    Je tiens à vous dire combien je reste sidéré à la lecture de votre commentaire sur la 4ACG face au Dahra.
    Pour me présenter, je suis le président de l’Association des Pieds noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA), qui regroupe des pieds noirs qui disent haut et fort le bien fondé de la lutte du peuple algérien pour sa libération du joug colonial, qui reconnaissent et condamnent les crimes et horreurs commis pendant 132 ans par la France en Algérie, de St Arnaud à l’OAS, des pieds noirs qu’à vous croire vous rangeriez dans la catégorie que vous aimez (site : http://www.anpnpa.org/).
    Il se trouve que j’ai participé aux deux voyages « Mémoires et Fraternité » conjointement organisés l’an dernier en Algérie par la 4ACG et l’ANPNPA. Ceux que vous dénoncez ont porté avec moi et d’autres ce message de fraternité, le 8 mai à Guelma, à la Soummam et Ifri, au Khroub et Constantine, à Setif et Alger ; ensemble nous nous sommes recueillis au cimetière de martyrs d’Ighzer Amokrane ou devant le mausolée du cheik Aheddad, ce grand résistant de 1871 ; ensemble nous avons communié, ri et pleuré, avec des enfants de Chouhada, avec des héros de la révolution tel Mohamed Mechati, avec tant d’anciens moudjahidine, de moudjahidate comme Louisette Ighilahriz, avec des pieds noirs restés en Algérie leur pays, pour l’indépendance duquel ils avaient combattu.
    Ne nous trompons pas de cible. Ceux que vous dénoncez d’un ton hautain et méprisant, avec des mots si mal venus – expiation, repentance, demande en pardon, de rédemption (pourquoi pas d’absolution !) - ceux là se battent au quotidien pour l’amitié des peuples des deux rives, pour que leur pays reconnaisse réellement, officiellement, les horreurs commises pendant la conquête, la colonisation et la guerre d’indépendance, pour que les idées nauséabondes d’extrême droite, le racisme et la xénophobie, n’aient plus leur place en France.
    Que le couac qui s’est d’évidence passé au Dahra et qui vous a tant blessé, légitimement sans doute, ne vous fasse pas gommer cela et tenir un discours absurde, définitif et faux !
    Fraternellement,
    Jacques Pradel
    pradel.jacques@wanadoo.fr

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    1. Cher monsieur Pradel...
      Je comprends que ma réaction vous fasse réagir, mais je ne comprends pas qu'elle vous soit à ce point insupportable. Je comprends aussi que d'anciens pieds-noirs reviennent dans leur pays d'origine et je milite pour qu'ils soient traités avec égard. Dans le cas des sociétaires de la 4acg que j'ai rencontré à Mostaganem, j'ai l'intime conviction qu'ils ne voulaient pas se rendre sur les lieux mémoriels du Dahra, là où les traces de la grande action civilisatrice de la France s'écrivent encore en lettres de sang. Humainement, ça se comprend et ça se respecte, il eut suffit tout simplement de gommer du circuit ces lieux...ce qui m'a définitivement faché d'avec la délégation de la 4acg, c'est ce revirement qui a été bien préparé, car dès la veille, l'accompagnatrice m'avait laissé entendre que Nekmaria ça faisait un peu trop loin...alors que les mêmes pouvaient faire d'un trait et en moins de 48 heures le circuit Oran-Tiaret- Mascara- Tlemcen- Oran...soit pas loin de 700 km...passer l'après-midi dans un atelier à Mosta, aux cotés du père Bernard, lui meme membre de la 4acg, ne vous a pas alerté! moi si, car si j'ai pris la parole, c'était justement pour expliquer que nous étions attendus dans le Dahra, mais au lieu décourter le passage à l'atelier du père Bernadr comme je le suggérais, nos hotes se sont levés comme un seul homme pour souligner que Nekmaria c'était trop loin. je vous rappelle que lors du déjeuner, une jene dame a tout fait pour joiondre la responsable de la'telier de lecture d'Oran qui était sensé les acceuillirs alors que le fameux rendez-vous n'était pas confirmé....bon j'ai beau n’être qu'un ancien indigène de service, j'ai de suite compris que vos amis ne voulaient point se rendre au Dahra...comme si l'atelier du père Bernard -et son certainement talentueux artistes dont il cessait de clamer les performances picturales qu'il voulait à tout prix faire partager avec ses anciens compagnons d'armes- était bien plus vital que mes amis indigènes du Dahra qui s'étaient mobilisés pour les les accueillir dignement...tout ça faisait un peu désordre, vous en conviendrez peut être! ou alors un algérien du Dahra serait moins digne qu'un "artiste" approximatif de Mostaganem?...vous citez pele-mele des opérations que la 4acg a entrepris de mener dans d'autres régions d'Algérie, ce dont je ne disconviens pas, moi ce que je mets en exergue c'est volonté délibérée de noyer le programme qui avait été retenu et accepté par tous. alors dans mon petit coin, j'en ai tiré les conclusions, soyez donc assurés que ça ne me gène nullement qu'elles ne soient point à votre convenance...si vous avez du temps à perdre, à défaut de marcher doucement vers une fontaine (le Petit Prince) allez donc faire un détour sur la toile et vous trouverez certainement quelques aspects de mon engagement intense en vue d'un réel rapprochement entre les peuples Français et Algériens...vous apprendrez également que moi même ainsi que ma famille avons été victimes de la furie civilisatrice de la France et que nos blessures ne sont pas prêtes à cicatriser...pourtant, lorsque j'avais été sollicité, j'ai accepté de bon cœur de servir de guide attentionné à vos compatriotes...je reconnais avoir sous estimé leur incapacité à soutenir les douleurs subies par les Algériens...dont le Dahra continuera pendant longtemps à servir de réceptacle...voyez-vous, il n'est pas sain de tourner le dos à l'histoire, par contre il est sage de ne pas trop remuer la terre d'Algérie, elle est encore capable de libérer des odeurs insupportables, y compris pour d'anciens soldats en mal de rédemption...quant au discours absurde, définitif et faux, il sera toujours temps de le démentir...Fraternellement et sans rancune...Aziz MOUATS
      azizmouats@gmail.com

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  2. Monsieur Aziz,
    Il me semble que vous faites fausse route en accusant les membres de ce groupe de tous les maux. Je suis le guide qui les a accompagnés durant la partie oranienne de leur circuit et qui était donc présent durant l’épisode que vous reprenez à votre manière. En effet, il me semble que vous tordez allègrement les faits à votre convenance et que vos commentaires ne sont qu'une suite de stéréotypes, que vous opposez à des personnes que vous ne connaissez pas. En ça, vous vous trompez d’ennemis !
    Je peux comprendre que vous soyez attristé par le fait que le groupe, vu le manque de temps (nous ne sommes sortis de table qu’à 14 heures et nous devions encore passer visiter, avec les membres de l’association «Colonel Lotfi», le centre de documentation du père Bernard), n’ait pas fait le déplacement jusqu’aux grottes du Dahra. Le groupe avait bien pris, longtemps auparavant, puisque c’était mentionné dans le programme de visites, rendez-vous avec l’association «Le Petit Lecteur» à 18 h à Oran. Il fallait donc quitter Mostaganem avant 17 h. Ce qui ne laissait que moins de 2 heures pour aller jusqu’à Sidi Ali et Nekmaria, visiter les lieux et revenir à Mostaganem. Vous conviendrez avec moi que c’est quand même un peu court pour parcourir deux fois 80 kilomètres sur une route nationale dont plusieurs tronçons sont en travaux. Et c’est moi-même qui avais émis des réserves sur la possibilité de réaliser l’exploit d’un aller-retour à bord d’un bus, à plus de 80 km/h. Cependant, rien n’avait été décidé au sortir de table.
    Vous oublier juste de mentionner dans votre article qu’en récupérant votre couffin et qu’en descendant du bus, vous nous aviez précisé que vous alliez nous retrouver chez le père Bernard. Vous oubliez aussi de dire que, durant une bonne partie de l’après-midi, vous n’avez même pas daigné répondre à plusieurs appels téléphoniques de la part de Madame Malika Tazaïart qui tentait de vous joindre.
    Quant à vos commentaires et vos interprétations, j’aimerais juste ajouter que vous avez été le seul à remarquer que les visages s’étaient fermés à votre évocation du Général Bugeaud. Il me semble que si les convives avaient éprouvé un malaise c’était juste au début du repas, face à un incident que vous avez provoqué et que j’ai l’élégance de passer sous silence…
    A. Abdelhak

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    1. Mon cher Abdelhak, le bien nommé, parce que j'ai tout simplement réfusé que nos invités soient soumis à consommer une eau"minérale" qui n'a de minérale que le nom, un incident que vous tentez bien maladroitement de monter en épingle...voyez-vous, j'ai en horreur la médiocrité et j'aime que les visiteurs de mon pays reçoivent le meilleur accueil possible....qui commence par leur servir au moins une eau de qualité...pour un guide moins regardant, ça ne devrait point vous échapper que le service est payant et que tout client a le droit d'avoir la prestation qu'il mérite...comme nous sommes entre gens bien intentionnés, il ne vous a pas échappé que la destination Dahra figurait dans le programme et que ce sont les contorsions de vos hôtes qui ont aboutis à l'annulation de la visite du Dahra...donc devant l'insistance du père Bernard, j'ai pris mon parti de me retirer car je venais de comprendre que vos hotes ne voulaient à aucun prix se rendre dans les lieux de mémoire...je comprends que ça puisse ne pas leur convenir de se retrouver dans l'ambiance du centre de torture de Sidi Ali, où des reconstitutions sonores des tortures rappellent de très mauvais souvenirs...je suis même en mesure de comprendre que cela entraine parfois des malaises, et je n'en disconvient pas...c'était ça aussi la réalité de la guerre faite injustement à mon peuple...j'aurais parfaitement compris que pour ces rescapés de la guerre d'Algérie, ces lieux de mémoires pouvaient ne pas être convenables, il suffisait de ne pas les retenir au programme...de plus, comme je me suis engagé à le faire de manière totalemnt bénévole et désointerressée, j'avais prévus avec des habitants du coin, d’accueillir toute la délégation et des personnes s'étaient mobilisées pour cela...vous n'étiez pas là pour essuyer les plâtres à mes cotés, normal puisque vous avez choisi votre camp...pour un guide au demeurant sympathique et compétent, ça fait un peu court....dommage j'avais pris sur moi de vous prendre en estime...me suis-je trompé?

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  3. Avant d'intervenir dans cette triste histoire, je me présente très brièvement comme « atypique » membre de 4acg. A 20 ans, l'été 1959, (retour rapide en 60), sursitaire très inquiet de devoir bientôt partir du mauvais côté d'une guerre coloniale (j'avais passé une enfance heureuse avec des yaouled Égyptiens au canal de Suez), je vins comme étudiant-stagiaire dans la SAS de (l'ex-)Champlain, région de Médéa, au chantier de construction du village de « regroupement » de Sidi-Nahmane, à l'ombre « protectrice » du fort colonial qui m'hébergeait. Ce furent 4 mois d'intenses et douloureuses expériences, avec la joie de (re)trouver des gamins arabes avec qui jouer, comme quelques années avant en Égypte. Je revins en Algérie, militaire, mais après le cessez-le-feu : de mai à novembre 62, cette fois, dans la région de Batna. Mon seul bon souvenir reste la joie magnifique de la population, en juillet... J'ai écrit un long récit de tout cela, « Le Piège », que je tiens gracieusement à votre disposition, cher Aziz Mouats, si j'ai une adresse postale où vous l'envoyer. La mienne est Rémi Begouen, 35 rue Jean Jaurès, Saint-Nazaire, 44600, France.
    N'étant pas « ancien combattant » (ouf!) je ne suis « que » membre-ami de 4acg. J'y ai vite compris qu'y coexistait 2 tendances, disons en gros les « cathos franco-centrés » et les « anti-colonialistes lucides ». Ces derniers minoritaires, et dont je suis... J'ai donc refusé (à regret) de participer aux voyages collectifs 4acg en Algérie, devinant le genre de pièges potentiels de ce type de projets (je suis retourné en Algérie individuellement en 1974, chaleureux souvenir).
    Je suis donc, non pas étonné, mais navré pour vous, vos amis déçus, et pour la réelle amitié de nos deux peuples... qui viendra, c'est certain... : de très nombreux liens individuels l'annoncent !
    Dans 4acg, je me suis tant bien que mal « battu », pour le respect de notre point de vue minoritaire. Certains l'ont fait bien plus que moi et se sont trouvés marginalisés par manœuvres bureaucratiques s'ils avaient d'importantes fonctions... D'autres ont quitté, par dépit, 4acg et il est possible que je le fasse aussi, notamment après l'envoi de ce courriel, de chaude amitié ! Rémi Begouen.

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  4. Cher Rémi, nous voilà déjà amis vous et moi, car nous sommes du même bord, pas celui des hystériques, mais celui des personnes lucides....sachez cher monsieur que je compte de très nombreux amis Français, dont une belle cuvée de pieds noirs...votre témoignage ne fera que me conforter dans mon analyse...et peut être en sera-t-il de même pour ceux qui ont emprunté, bien maladroitement, la voie de l'invective, de la calomnie et de l'insulte...alors que la sagesse plaide pour que nous regardions notre douloureux passé avec courage et lucidité...je serais très ravis de recevoir votre ouvrage que je lirais avec une grande attention...pour ce qui est de mes écrits, il vous suffira de parcourir ce blog ou de le faire à travers le moteur de recherche de google...en attendant la prochaine publication d'un livre qui donnera un éclairage sur le parcours de ma famille dans la région de Philippeville/Skikda qui a tant souffert de la guerre de libération, vous pourriez aussi lire le livre de Claire Mauss-Copeaux consacré à l'insurrection et à la répression du 20 aout 1955....elle y apporte une franche démonstration que les massacres des populations indigènes ont été délibérées tout en souligant, pour la première fois, que les évènements de Aïn Abid et le massacre de la famille Mello est sous tendus par des affaires de foncier entre pied noirs et indigènes...affaire antérieures à l'insurrection du 20 aout 55...voici par ailleurs mon adresse: Aziz Mouats, 73 cité des 84 lgts, 27.000, Mostaganem, Algérie

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  5. Excusez-moi de ma bien tardive réponse, à la vôtre, si chaleureuse, merci !

    Je vous envoie mon petit livre "Le Piège" au plus tôt,

    Amitié, Rémi Begouen

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